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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 00:00
Charleville. La tombe de Jean-Arthur. © DR.

Charleville. La tombe de Jean-Arthur. © DR.

 

 

Comme je remontais les classes impassibles

Traquant les préjugés, cherchant les idées neuves

Je pensais à l'autre fou rêvant de grands fleuves

Au scalp du vieux monde, aux livres impossibles

 

A contre-courant des pédagogues en vogue

Pour apprendre je voulais croire qu'on embarque

A bord du même navire, de la même barque

Qu'on aborde les idées sans esprit de catalogue

 

J'avais le verbe auxiliaire comme le statut

J'étais le prof, le copain, l'ami, le frangin,

De tout savoir vous aviez faim, j'étais à jeun

Que ne l'ayez-vous dit, pourquoi l'ai-je tu

 

J'étais inquiet du chemin et vous insouciants

Combien de vies faut-il pour faire le parcours

Curieux savoir où le par cœur n'a plus cours

On se quittait sur des questions, moi vous remerciant

 

Comment pousser la porte, c'est la question qui importe,

Le regard qui la fait naître, ouvrez la fenêtre

Il y a mille et une manières de connaître

Mille et une façons de suivre la leçon, qu'importe

 

Le cours qui prenait fin me laissait sur ma faim

Cartable sur la table, livre encore ouvert

Comme le journal à la page des faits-divers

Déjà nous savions que la quête n'aurait pas de fin

 

J'inventais le verbe semer, des idées comme de l'herbe

Les pensées aussi ça se sème, prenez-en de la graine

Bon jardinier semaille chaque jour de la semaine

A bonnes semailles, belles récoltes et savoir superbe...

 

 

© Jean-Louis Crimon. La chanson amère.(1978-79)

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 00:00
Petit-Séminaire d'Amiens. Année scolaire 1960-61. © Photo-Comptoir Caron.

Petit-Séminaire d'Amiens. Année scolaire 1960-61. © Photo-Comptoir Caron.

 

"L'âne, ça lui va bien !" L'ont-ils vraiment dit ? Ou l'ai-je simplement lu dans leurs yeux ? Déchiffré sur leurs lèvres muettes ? Aujourd'hui, peu importe. M'ont mis à la porte. M'ont renvoyé dans mon village. Me recommandant, d'un bon métier manuel, l'apprentissage. 

De passer pour un âne, dois-je l'avouer encore aujourd'hui, oui, ça m'a fait... braire. Que le Père supérieur de l'honorable institution n'ait pas perçu chez moi cette intelligence particulière qui allait être mienne, m'a vraiment déçu. En silence, à leur insu, à la messe, au moment du pater noster, moi, je récitai "L'âne si doux". J'avais l'âme rieuse et l'esprit malin. Sûr que Dieu, s'il existe, devait trouver ça bien. 

 

 " J'aime l'âne si doux

marchant le long des houx.

 

Il prend garde aux abeilles

et bouge ses oreilles;

 

et porte les pauvres

et des sacs remplis d'orge

.

Il va près des fossés,

d'un petit pas cassé.

 

Mon amie le croit bête

parce qu'il est poète.

...

 

Il a fait son devoir

du matin jusqu'au soir.

 

Il a tant travaillé

que ça vous fait pitié.


L'âne n'a pas eu d'orge

car le maître est trop pauvre.

 

Il a sucé la corde

puis a dormi dans l'ombre...

 

Il est l'âne si doux

marchant le long des houx."

 

Francis Jammes (1868-1938)

 

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 00:03
Contay. Mars 2009. © DR.

Contay. Mars 2009. © DR.

 

J'ai trouvé ma place. Une petite place. Tout près de ma Tante Laure et pas très loin de mon petit frère Jean-François. Né le matin, mort le soir. Pas même vécu une journée entière. Redevenu poussière depuis si longtemps. Né un an après moi. Jamais compris pourquoi, lui, était mort, et pourquoi, moi, j'étais vivant. Pourquoi, moi, j'allais devoir vivre. Avant moi, une petite fille était née et morte aussi, à la naissance. J'étais donc né entre deux enfants morts. Je ne sais plus quand ma mère me l'a dit. Je n'ai pas non plus compris pourquoi elle avait éprouvé le besoin de me le dire. Comme si, à ses yeux, j'avais la charge de vivre pour trois. Comme si je devais en être conscient chaque instant de ma vie de vivant.

La vie m'a semblé très courte. Passée si vite. Se pointe déjà la fin du parcours. J'ai trouvé ma place. En lisière, en bordure. Près de la haie qui borde le chemin qui va vers la Butresse. La source du village. Un bon endroit, ma foi. Pour celui qui n'a pas la foi.

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 00:00
Amiens. Librairie Martelle. Avril 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Librairie Martelle. Avril 2018. © Jean-Louis Crimon

 

 

Je n'ai jamais compris pourquoi l'âne passait toujours pour un âne. Pourquoi surtout un élève qui ne comprend pas tout, tout de suite, est affublé de ce surnom infâne, enfin infâme ? Infamant. Pourquoi on a un jour inventé le bonnet d'âne ?

"Tu n'es qu'un âne !" Combien de fois a-t-on stigmatisé les bêtises de mon enfance par cette satanée sentance ! Ce qui me causait une peine immense. Pour l'âne surtout. Moi, je savais déjà qu'un jour, j'aurai ma revanche.

Passer pour "être bête comme un âne", parce que cet animal ne semble pas particulièrement intelligent, ça me semblait d'une bêtise impensable. Ce que les gens intelligents ne savent pas, c'est qu'en fait, au départ, le bonnet d'âne n'a pas pour but de ridiculiser l'élève. Il ne s'agit pas de dire : tu es aussi stupide qu'un âne ! Bien au contraire, on met un bonnet d'âne à l'enfant en espérant que grâce au bonnet, l'animal va transmettre son intelligence à l'enfant et l'aider ainsi à trouver la bonne réponse au problème posé. 
En fait, l'âne est un animal intelligent, malin et réfléchi. Il est aussi un peu, beaucoup, têtu. Il a du mal à d'obéir. Têtu comme un âne, ça, je veux bien. Bête comme un âne, ça, non, jamais. Par respect pour l'âne. Pour tous les ânes.

 

Aux ânes bien nés, la valeur n'attend pas le nombre des... ânées !

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2 mai 2018 3 02 /05 /mai /2018 00:00
Chengdu. Sichuan. Confucius applaudit Crimon. 23 Oct. 2013. © Baptiste Resse

Chengdu. Sichuan. Confucius applaudit Crimon. 23 Oct. 2013. © Baptiste Resse

 

A.− Vieilli

 

1. MÉD., vx. Âcreté corrosive. L'acrimonie du sang, des humeurs, d'une substance agissant sur le corps :
1. Souvent l'altération de la lymphe se manifeste par une acrimonie singulière des humeurs, par des éruptions rongeantes, par des tubercules cutanés, par des excoriations ulcéreuses, d'un caractère opiniâtre et féroce. Dans ces circonstances, l'irritation des extrémités sentantes des nerfs est extraordinaire; le système tout entier est dans un état d'inquiétude, plus ou moins violent. Suivant le degré de cet état, il se développe des appétits, il se forme des habitudes de différentes espèces. Le degré le plus faible ne produit qu'une excitation incommode; il en résulte une certaine âpreté dans les idées... P. Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme, t. 1, 1808, pp. 466-467.
2. Dans la langue commune :
2. Il avait avalé plus d'un quarteron de tabac à fumer... [fait inouï], introduire en si grande quantité dans son estomac, une substance qui, par son acrimonie, ne peut avoir que de funestes effets. F. Vidocq, Mémoires de Vidocq, chef de la police de sûreté, jusqu'en 1827,t. 3, 1828-1829, p. 407.
Rem. Au sens propre, la valeur sém. de acrimonie est très proche de celle de âcreté (cf. rongeant, opiniâtre, férocedans l'ex. 1, funeste dans l'ex. 2). Ce sens est enregistré par tous les dict. du xixes. DG, le déclare vieilli et Rob. peu usité, sans indication sur son emploi. Encore mentionné ds Lar. 20e(acrimonie des humeurs), il est absent ds Lar. encyclop., Lar. 3, Pt Rob., et Dub.
 
B.− Au fig. [S'applique à une pers., à son caractère, à sa conduite, et particulièrement à ses paroles...] Aigreur qui est ou qui paraît méchante, blessante :
3. Vous avez fait à la monarchie légitime une guerre assez rude, vous lui avez porté des coups assez éclatants pour être généreux après la victoire. Aujourd'hui, l'adversaire est désarmé et à terre, et votre vers incisif le poursuit encore. Dès le début de votre pièce, vous montrez votre haine terrible pour cette famille que l'exil frappe pour la troisième fois. Vous leur faites vos sanglants reproches avec la même acrimonie et le même fiel que s'ils étaient encore sur le trône. H. de Balzac, Correspondance,1831, p. 518.
4. Public exécuteur, il [Juvénal] a peu d'harmonie, Mais de la bile à force et de l'acrimonie. A. Pommier, Crâneries et dettes de cœur,1842, p. 63.
5. Cet empoisonnement mutuel de la vie de chacun par chacun est une des choses qui me répugnent le plus dans notre société. Et ceux qui devraient l'exemple de la réserve et de la charité, sont souvent encore plus dénigrants que tous les autres. « Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés. » − On suspecte, incrimine, noircit les actes et les intentions avec une mauvaise joie que pour ma part je trouve hideuse. L'acrimonie vigilante, les insinuations perfides, les commentaires fâcheux, les inventions gratuites, la commisération hypocrite et toutes les variantes de ce Protée qu'on appelle la méchanceté abondent, pullulent à tous les étages et dans tous les cercles de cette ville acide. H.-F. Amiel, Journal intime,11 févr. 1866, pp. 129-130.
6. Elles avaient l'acrimonie facile des filles, mais aussi le manque absolu de toute rancune,... G. Courteline, Le train de 8 h 47,1888, p. 173.
7. Je regardai Anne. Elle considérait Elsa avec calme, détachement, comme elle regardait les mannequins qui présentaient ses collections ou les femmes très jeunes. Sans aucune acrimonie. Je l'admirai un instant passionnément pour cette absence de mesquinerie, de jalousie. F. Sagan, Bonjour tristesse,1954, p. 147.
 P. ext., au plur. Paroles blessantes ou sujets de discorde :
8. Après avoir réfléchi, Gérard s'écria : « ce Montaigne est un misérable! » Tout le temps du dîner, il éclata en telles acrimonies contre le sceptique, que Giraud lui demanda la raison de sa colère subite. Champfleury, Les Aventures de Mademoiselle Mariette,1853, p. 220.
Rem. 1. En ce sens, il est souvent en assoc. avec fiel (ex. 3), méchanceté (ex. 5), rancune (ex. 6), mesquinerie, jalousie (ex. 7), colère. P. oppos. à âcreté, acrimonie n'a pas, au sens fig., la même vigueur; il désigne plutôt un trait de caractère permanent, un état d'esprit : ,,Acrimonie désigne une disposition constante à l'âcreté, tandis que âcreté peut s'appliquer à ce qui se fait sentir actuellement ou vient de se faire sentir.`` (Littré). 2. Syntagmes fréq. : avec acrimonie(ex. 3), sans acrimonie (ex. 7).
Prononc. − 1. Forme phon. : [akʀimɔni]. Enq. : /akʀimoni/. 2. Dér. et composés : acrimonieusement (cf. Lar. encyclop.), acrimonieux.
Étymol. ET HIST. − 1. Sens propre a) 1539 « acuité (d'une sensation reçue) » (J. Canappe, Tables anat., IV ds R. Hist. litt. Fr., I, 488 : L'acrimonie ou l'acuité de son sentiment); b) 1542 « aigreur des humeurs » terme de méd. (Du Pinet, Pline, XXX, 8, ibid. : Le bouillon de chappon est fort propre... a mitiguer les acrimonies et mordactiez [mordacitez] du ventre); 2. emploi fig. 1801 (S. Mercier, Néol. ou vocab. de mots nouv., s.v. : Il a dans le caractère une Acrimonie que rien ne peut corriger). Empr. au lat. acrimonia, attesté dep. Caton au sens « âcreté (en parlant d'une plante, d'un produit) » (De agricultura, chap. 157, 5 ds TLL s.v., 431, 51); le plus souvent terme de méd. (Pline, Cael. Aurelian.) emploi fréq. en relation avec n. de plantes, de substances, de médications; cf. avec 1 b, Pline, Nat. hist., 22, 259, ibid.,431, 78 (acrimoniam stomachi) et Cael. Aurelian, Acut. passion., 2, 54, ibid., 431, 79 (acrimonia humorum); emploi fig. dep. Cicéron (De inventione, II, 143 ds TLL s.v., 432, 22 : Omnem eius [argumenti] illam vim et acrimoniam lenierit et diluerit), fréq. comme terme de rhét.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 33.
BBG. − Bar 1960. − Bél. 1957. − Guizot 1864. − Laf. 1878. − Littré-Robin 1865. − Nysten 1814-20. − Synon. 1818.

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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 00:00
Saint-Souplet-sur-Py. Marne. 2 Nov.2014. © DR

Saint-Souplet-sur-Py. Marne. 2 Nov.2014. © DR

 

"Ça va leur apprendre la vie". Je ne sais plus quand j'ai entendu pour la première fois cette drôle de phrase. J'étais petit. Moins de 10 ans. 7 ans, peut-être. L'âge de raison. L'âge où l'on comprend que ce sont les grandes personnes qui déraisonnent. La phrase était-elle vraiment destinée à mes parents ? Ou bien celui qui venait de la prononcer parlait-il d'autres gens, d'autres gens comme nous. Comme mes parents et nous, leurs deux enfants, bientôt trois. Je n'ai jamais su. Me suis dit que ça devait être pour nous. Nous, les gens modestes, que les gens riches n'appelaient pas toujours les pauvres. Il y avait dans la phrase une autre phrase qui devait dire : ça va leur apprendre à se révolter, à se rebeller, ça va les calmer. Mes parents étaient des gens gentils, mais qui ne supportaient pas l'injustice. Au premier accroc, chez nous, on montrait les crocs.

Assis sur le bord de la tombe où sont désormais allongés pour toujours mes deux parents, je repense à la phrase. Une autre phrase me traverse l'esprit : tout ça pour ça.

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30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 00:25
Amiens. Avril 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Avril 2018. © Jean-Louis Crimon

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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 00:13
Amiens. Avril 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Avril 2018. © Jean-Louis Crimon

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28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 00:00
Amiens. Avril 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Avril 2018. © Jean-Louis Crimon

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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 00:00
Amiens. Avril 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Avril 2018. © Jean-Louis Crimon

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