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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 19:09
 Picardie. Contay. Cimetière anglais. Laveurs de stèles. 1969. © Marie-Christine Crimon

Picardie. Contay. Cimetière anglais. Laveurs de stèles. 1969. © Marie-Christine Crimon

 

 

 

Mercredi 16 Mai 2018, tu penses à ton père. Tu penses au temps où avec lui, après sa journée de travail, au cimetière anglais, vous faisiez le tour du village, en quête de travaux à faire. Ton père est jardinier. Le meilleur bêcheur à la ronde. Tous le savent. Un jardin à faire, on lui fait signe. Chaque soir de la semaine, il y a un jardin différent à entretenir. Celui de l'Instituteur. Celui du Curé. Celui de la Tante Laure. Celui du Père Delacroix. Ne reste que le dimanche, pour votre jardin à vous.

 

Tu relis Verlaine avant-centre. Chapitre 10. Page 117. Tu adores ce passage :

 

"Mon père pince la corde du cordeau comme une corde de guitare. Il tend l'oreille, écoute le son de la corde. Si l'accord est parfait, la corde bien tendue, on peut tracer la route, puis semer. Mon père laisse glisser les graines entre le pouce et l'index. Il ne faut pas semer trop dru. Mon père le sait. Il dit: qui sème trop dru récolte menu. Ensuite, on dame le sol avec le dos du râteau. Ça dessine de petits traits verticaux tout au long de la ligne semée. C'est beau à regarder comme un tableau de peintre abstrait. Un tableau peint au cordeau et au râteau, à même la terre. Dieu, s'il existe, sûr, c'est un esthète qui apprécie la peinture de mon père. En fait, mon père ne jardine que pour exposer les oeuvres qu'il ne prend pas le temps de peindre sur la toile et qu'il crée à fleur de terre, l'espace d'un dimanche matin, juste avant la messe."

 

Mercredi 16 Mai 2018. Tu penses aux absents. Tu penses à ton père. 96 ans aujourd'hui, et déjà 17 ans sous terre. Tu te demandes pourquoi, une fois mort, on ne se souhaite plus les anniversaires. Pourquoi on n'ose pas. Les vivants, même bons vivants, ne doivent pas oublier les absents. Doivent au contraire les associer, le plus souvent, à la vie qui continue, sans eux. C'est important. Pour eux. Pour eux, les absents. Pour les garder vivants. C'est important pour nous. Pour nous, les vivants. Pour ne pas laisser nos coeurs se transformer en coeurs.. morts.

Ce matin, toi, tu sais que tu as dit: "Bon anniversaire, mon père". Tu relis "Verlaine avant-centre". Dans ce petit roman, ton père est... vivant.

Eternellement vivant.

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15 mai 2018 2 15 /05 /mai /2018 13:47
Cagny. Bibliothèque Jean Giono. 15 Sept. 2017. © DR

Cagny. Bibliothèque Jean Giono. 15 Sept. 2017. © DR

 

 

Parfois, tu te dis que tout ça ne sert à rien. A quoi bon aller expliquer "pourquoi tu écris" à des lecteurs ou des lectrices, - surtout des lectrices-, qui croient que tu racontes simplement ce que tu as vécu ? A quoi bon t'évertuer à leur montrer "comment et pourquoi" tu ne racontes pas ta vie, mais la leur ? Pourquoi un roman, même avec un narrateur qui s'exprime à la première personne du singulier, ce n'est pas une autobiographie, un journal intime, ou un simple récit de vie. Dans le patchwork de ton enfance, tu choisis des morceaux, des instants, des sons, des images, et tu recomposes une existence. Du singulier au pluriel de l'universel. 

Tu te souviens de la terrible réaction de ta mère après la lecture de "Verlaine avant-centre", ton premier roman : Tu n'es pas un écrivain, mon fils, tu es un menteur, ce n'est pas la vie qui a été la nôtre que tu racontes, ça n'a pas été aussi beau que tu le dis !

Un jour, elle a remis ça : J'suis sûr que tu en écris un autre, mais celui-là, j'espère que tu me le montreras avant qu'il ne soit publié, parce que moi, je le corrigerai !

Une sacrée détermination, la mamma, n'est-ce pas !

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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 00:00
Paris. Déc. 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Déc. 2012. © Jean-Louis Crimon

 

 

Il y a des jours où tu te dis que tu n'as rien à dire. Trop de mots dans les radios. Trop de mots dans les journaux. Trop de gens qui jouent perso. Trop de phraseurs. Trop de raseurs. Ces jours-là, tu te dis que tu dois seulement relire les mots anciens. Tu te rappelles le jour où tu a écris, d'une traite, pour qui tu sais, Sur le côté. Le soir même, tu lui donnes ton poème. Sans oublier ta petite pièce. Son sourire en dit long. Il aime les mots de ta chanson.

 

 

 

Je vis ma vie comme je l'ai commencée,

Sur le côté,

Même pas dans la marge, suis pas barge,

La marge, c'est encore dans la page,

Moi, je suis à côté...

 

Je vis ma vie comme je l'ai commencée,

Sur le côté,

Sans me révolter, sans protester,

Sans en vouloir à qui que ce soit,

J'ai dû naître comme ça...

 

Je vis ma vie comme je l'ai commencée,

Sur le côté,

Côté de la vie, côté de la rue,

Sans savoir si je l'ai vraiment voulu,

Cherchez pas, c'est peine perdue...

 

Je vis ma vie comme je l'ai commencée,

Sur le côté,

Toujours sur le bord, le bord du trottoir,

C'est mon destin, c'est mon histoire,

Si ça vous rassure, je vous laisse... le croire...

 

Je vis ma vie comme je l'ai commencée,

Sur le côté,

Surtout, pensez pas que je vous envie,

C'est ma vie, même si c'est pas une vie,

C'est ma vie qui dévie...

 

Je vis ma vie comme je l'ai commencée,

Sur le côté,

Je ne sais même plus depuis quand ça dure,

Ma misère en lisière, en bordure,

La vie m'a trop mené la vie dure...

 

Je vis ma vie comme je l'ai commencée,

Sur le côté,

Je ne suis pas l'humain le plus drôle,

Plutôt dans le genre second rôle,

Quand le succès me frôle...

 

Je vis ma vie comme je l'ai commencée,

Sur le côté,

Me suis jamais senti bien à ma place,

Sans trouver ça injuste ou dégueulasse,

A la fin, on se lasse...

 

Je vis ma vie comme je l'ai commencée,

Sur le côté,

Je suis un être à part, qui jamais ne prend part,

J'ai dû manquer le départ,

Ou c'est la vie qui m'a manqué...

 

Je vis ma vie comme je l'ai commencée,

Sur le côté,

Je me sens souvent un peu en rade,

Ma vie n'est qu'une mauvaise mascarade,

Pas vraiment une vraie camarade...

 

Je vis ma vie comme je l'ai commencée

Sur le côté,

Faut pas m'en vouloir, pas me juger,

J'ai juste pas voulu vous déranger,

A la vie, me suis senti... toujours étranger.

 

 

 

© Jean-Louis CrimonLa Chanson amère. Déc. 2012.

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13 mai 2018 7 13 /05 /mai /2018 00:21
Contay. Frère et soeur. 1957. © DR.

Contay. Frère et soeur. 1957. © DR.

 

Cette photo, je la connais depuis toujours. Elle a toujours été à l'honneur sur le buffet de la cuisine de la maison de Contay, notre première maison, ou, plus tard, sur la commode de la salle à manger, dans la "maison neuve" de Ribemont. Je me demande bien pourquoi le photographe a éprouvé le besoin de retoucher à ce point la robe de ma petite soeur et la chaine qu'elle porte au cou. Etait-ce à la demande de mes parents, pour masquer la modestie de nos habits ? Ou bien est-ce une initiative malheureuse du photographe qui a cru "bien faire" ? 

Je penche pour la seconde hypothèse. Ma mère a toujours dit que nous étions des gens "modestes", pour ne pas dire "pauvres". Mais modestes, nous l'étions surtout par cette façon de ne jamais vouloir paraître autrement que nous étions. Sans  apprêt, sans apparat, sans en rajouter. Nature et naturels. Alors, les "retouches", vestimentaires ou photographiques, ce n'était pas pour nous. Pas notre style. Pas notre manière d'être.

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12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 00:00
Ljusekulla. Scanie. Sud de la Suède. Eté 72. © Björn Alhvin.

Ljusekulla. Scanie. Sud de la Suède. Eté 72. © Björn Alhvin.

 

Jag är tjugofyra år gammal och jobbar på Ljusekulla. J'ai 24 ans et je travaille sur la colline de lumière. Jag vet hur man gör sticklingar av stjärnor. Je sais comment on fait des boutures d'étoiles.

Cet été-là, j'avais décidé d'apprendre le suédois. Campanules, bégonias et poinsettia étaient mes camarades de jeu. Jardinier suédois, je m'inventais une nouvelle vie. Loin de ma Licence de Philosophie. J'avais appris par coeur une phrase qui m'allait parfaitement, ça disait : "Maintenant que j'ai abandonné la philosophie pour écrire des histoires pour les enfants, j'ai l'impression que cela seul a de l'importance." 

C'était pour moi beaucoup plus qu'une simple citation. Un projet de vie. Un destin de choix pour qui refuse de choisir son avenir.  

 

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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 06:22
Amiens. Saint-Leu. Place du Don. Tableau de Daniel Grardel. 2016. © DR.

Amiens. Saint-Leu. Place du Don. Tableau de Daniel Grardel. 2016. © DR.

 

Je ne sais pas pourquoi l'ami Grardel a tenu à me peindre entre deux képis en tenue. Scène insolite. A deux pas, sur son scooter, s'échappe le camarade Lacoche, embarquant une énième conquête. M'abandonne à mon destin de menu fretin. Mais qu'ai-je à voir avec les deux blondes ? Celle qui s'installe au volant, ou qui sort de la voiture, et celle de dos, légèrement cambrée qui tutoie un renard ou un loup, - il y a beaucoup de loups et de renards, le soir, dans le quartier Saint-Leu. Leu, en picard, c'est loup en français. D'ailleurs, Lafleur est tout près. On reconnait sa bonne trogne et son chapeau caractéristique. 

La scène se déroule Place du Don, juste en face des As du Don. Je m'accroche machinalement à mon écharpe mauve, comme si j'étais vraiment en état d'arrestation. Qu'ai-je donc fait pour me retrouver dans cette galère ? Ou bien, est-ce un film que l'on tourne ? Suis-je l'un des acteurs des nuits amiénoises ?

Même s'il semble faire beau dans le tableau, je crois que je repense à mon Je me souviens d'Amiens n° 193 : "Je me souviens du ciel ardoise qui tutoie les toits qu'il toise, les soirs de pluie narquoise, on ne cherche pas noise à la pluie amiénoise."

Curieuse séquence d'un bien étrange tableau, - de plusieurs mètres de long -, m'a assuré Grardel, et dont la photo, offerte par lui, ne révèle que la scène centrale.

 

 

Je me souviens d'Amiens, Castor Astral. Mai 2017. Page 61.

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10 mai 2018 4 10 /05 /mai /2018 14:24
François Mitterrand à Abbeville. Oct. 1978. © Jean-Louis Crimon.

François Mitterrand à Abbeville. Oct. 1978. © Jean-Louis Crimon.

 

 

Bizarre. Pas un mot ce matin sur France Inter. Pas un mot sur France Info. Pas un mot, à 13 heures, sur France 2. Pourtant les confrères, habituellement si gourmands d'anniversaires en tout genre, auraient pu, d'une demi-phrase clin d'oeil, saluer un certain 10 Mai 1981. Mais rien. Ailleurs, sur d'autres chaînes, d'autres radios, j'en sais rien. Etonnant comme nous avons la mémoire sélective. Désolant. 

En ce 10 Mai 2018, je me demande bien qui se souvient du 10 Mai 1981 ?

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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 08:40
Paris. 41, Quai de la Tournelle. Août 2011. © DR

Paris. 41, Quai de la Tournelle. Août 2011. © DR

 

 

 

" Au tout début des années 70, un étudiant en philo découvre le monde particulier des bouquinistes. Un univers à la fois étrange et familier. Amarrés au bord du fleuve, impassibles, de curieux petits bateaux verts prennent l'air, du matin au soir.  Ça l'étonne et le fascine, autant que les cargaisons de ces pénichettes en partance.

Ses premiers livres vraiment à lui seront des livres déjà lus par d'autres, annotés parfois, jaunis souvent, mais au texte intact et toujours vivant. Au fil des années, à chacun de ses passages sur les quais, rive droite ou rive gauche, il s'invente une bibliothèque impensable, faite uniquement d'achats coup de coeur ou coup de blues. Sans que la Seine en soit jamais jalouse. Il glane indifféremment des éditions de peu de valeur ou des originales. Il entre dans l'amitié de Léautaud, de Poulaille, de Rictus, de Vallès, de Verlaine ou de Rimbaud. Chacune de ses trouvailles lui apporte la part de rêve qui lui manquait jusque là.

Très vite, les bouquinistes chez qui il achète, deviennent, plus que des marchands, des amis. De précieux amis qui le conseillent et le guident, en douceur, vers des titres ou des auteurs qu'il n'aurait jamais connus sans eux. Dix ans, vingt ans, trente ans, quarante ans, toute une vie passe ainsi. Dans l'amitié des livres et de ceux qui en font commerce. A chacun de ses passages dans cette ville où coule la Seine, il ne manquerait pour rien au monde sa balade sur les quais. D'année en année, il progresse dans la connaissance du métier, de ses rites, de ses rituels, de ses manies, de ses travers.

Un jour, il traverse la rue. Il entre dans son rêve. Vieux rêve romantique. Rêve d'ado. Rêve d'enfance. A la société encadrée, il tire sa révérence. Libéré du travail obligatoire, ses années de cotisations en ordre, il devient à 60 ans, et un peu plus, celui qu'il voulait être à 15 ans. Homme libre, toujours tu chériras... ton rêve.

 

L'étudiant en philo du début des années 70, bien sûr, c'est moi. Bouquiniste, sur le quai, mon vieux rêve d'ado. Bouquiniste, sur le quai, désormais mon nouveau métier. Mon dernier rôle social. Comme aime à dire ma vieille maman : c'est pas banal ! "

 

 

"Journal du bouquiniste". 2011. © Jean-Louis Crimon 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 08:10
Contay. Mai 1961. © Juliette Crimon.

Contay. Mai 1961. © Juliette Crimon.

 

" L'après-midi, je retrouve Garrincha, Vava, Didi, Pelé, Kopa et Piantoni. Ensemble on joue la Coupe du Monde. Moi, je suis Fontaine. Just Fontaine. Justo, comme dit mon père. Le roi des buteurs de la Coupe du Monde 58. Plus fort que Jésus qui n'a eu que douze apôtres, Just Fontaine, lui, a marqué treize buts. En une seule Coupe du Monde. Mon père en est persuadé : jamais personne ne pourra faire mieux. Sauf moi, peut-être, petit Fontaine, son fils.

"Sur une passe en retrait de Kopa, je feinte la reprise, et petite pichenette lobée... juste dans la lucarne droite du petit cerisier. Nous menons 1 à 0.

"Contre-attaque, je dribble le gros noyer, celui qu'on appelle Roger Marche, parce qu'il a de ces tirs à bout portant à vous marquer un but des quarante mètres si vous frappez trop fort en plein tronc, au lieu de faire glisser doucement le ballon sur l'écorce. Le bigarreau joue sur l'aile, près de la rivière. Il est facile à prendre en contre-pied, juste avant la remontée du talus : le terrain est en pente à cet endroit.

"L'inconvénient, c'est que le bigarreau joue souvent en touche. Faut faire la remise en jeu, pieds joints, dit mon père, et le ballon dans les deux mains bien au-dessus de la tête. Ça casse le rythme."

 

 

Verlaine avant-centre, roman, Castor Astral. 2001. Chapitre 1, Balle au centre, p. 15 et 16.

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 10:24
Contay. La grille du cimetière. Mars 2009. © DR.

Contay. La grille du cimetière. Mars 2009. © DR.

 

" Je me demande bien pourquoi je suis à chaque fois le dernier à quitter le cimetière, avec le goupillon et l'eau bénite. Je referme derrière moi la grille qui grince toujours d'un grincement horrible, cri humain qui proteste. Pourrait pas mettre un peu d'huile sur les gonds, le garde ?

" Je tremble des genoux, de froid ou de peur. Pourquoi dois-je toujours être le dernier à rester près du mort. Jusqu'à ce qu'ils descendent le cercueil à plusieurs, avec la corde, et que le fossoyeur jette la première pelletée de terre.

" Au bord du trou, je dois attendre que tous soient venus bénir le cercueil. Ils défilent tous devant moi, un à un. Sont pas fiers alors, les vivants face au mort. Surtout ceux qui, du vivant du mort, n'ont pas été très justes, ni très gentils avec lui, le mort. Comme s'ils avaient peur que le mort, bien mort, ne prenne soudain sa revanche sur les vivants qui l'ont malmené sa vie durant.

" Puis c'est le moment où je redescends seul du cimetière, le goupillon et le seau d'eau bénite à la main. Je referme la grille qui grince. Avant de la refermer complètement, je me retourne une dernière fois vers le cimetière et la dernière tombe. Je lui souhaite "Bon courage" au mort. Surtout pour la première nuit. La plus dure, la plus froide, la plus désespérante. Après, du moins je le pense, il s'habitue à sa nouvelle vie. Sa vie de mort. "

 

Verlaine avant-centre, roman, Castor Astral. 2001. Chapitre 11, Feuille morte, p. 129 et 130.

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