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13 mai 2022 5 13 /05 /mai /2022 08:57

Amiens. Stade de la Licorne. Sedan-Calais. 20 Janvier 2001. © Jean-Louis Crimon

Mi-temps d'un match de 32èmes de finale de la Coupe de France qui se joue à Amiens, au Stade de la Licorne, ce samedi 20 janvier 2001, Sedan-Calais. Thierry Roland et Jean-Michel Larqué pour parrains de baptême. Insolite présentation de "Verlaine avant-centre", la première à la télévision. Impact national immédiat. 

 

Thierry Roland présente "Verlaine avant-centre", roman de Jean-Louis Crimon

 

© Jean-Louis Crimon

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12 mai 2022 4 12 /05 /mai /2022 08:57
Amiens. Equipe Fac de Lettres. Mai-Juin 1972. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Equipe Fac de Lettres. Mai-Juin 1972. © Jean-Louis Crimon

Mai-Juin 1972. Terrain du Stade Delaporte. Terrain de l'Olympique Amiénois. Michel Margerin pour entraîneur. Toujours à valoriser chaque joueur de cette équipe des étudiants de la Fac de Lettres. Davantage des poètes du ballon rond que des techniciens professionnels. Capables d'exploits aussi inédits qu'inattendus, mais aussi de "toiles" impensables. Finale de la Coupe de l'Université de Picardie. Mini Tournoi où dans l'équipe Fac de Médecine, jouent Pierre Mankowski et André Cadart, deux vrais pros. Nous, les "Lettres", on a deux Philippe, Philippe Monchy qui joue en CFA, à Boulogne, et Philippe Demarcy, chanteur passé par le Petit Conservatoire de la chanson de Mireille. Notre équipe, pourtant de Lettres, ne se paie pas de mots. En finale de la Coupe de l'Université, Médecine a gagné. Normal. Leurs joueurs étaient plus forts. J'ai oublié le score.

Dans la tête, après la défaite, vite se replonger dans les auteurs au programme de la Licence de Philo, - les oraux approchent -, mais pas encore la moindre idée d'un roman qui pourrait s'appeler... Verlaine avant-centre.

 

© Jean-Louis Crimon

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11 mai 2022 3 11 /05 /mai /2022 08:57
"Bouillon de Culture". 23 Février 2001. Bernard Pivot. © Capture d'écran / Jean-Louis Crimon
"Bouillon de Culture". 23 Février 2001. Bernard Pivot. © Capture d'écran / Jean-Louis Crimon

"Bouillon de Culture". 23 Février 2001. Bernard Pivot. © Capture d'écran / Jean-Louis Crimon

Dernier vendredi de février 2001. Antenne 2. Le soir où "Verlaine avant-centre" fait l'ouverture de Bouillon de Culture. Emission consacrée aux "blessures de l'enfance". Bernard Pivot, face caméra : "Bonsoir à tous, paradoxalement, en ouverture de cette émission sur les blessures de l'enfance, je voudrai vous conseiller la lecture d'un livre absolument délicieux, certainement les souvenirs d'enfance du narrateur, un livre délicieux où l'on voit un petit garçon qui a 9 ans, qui risque surtout des blessures sur les terrains de football... on est en 1958, Just Fontaine marque 13 buts en Suède, dans la phase finale de la Coupe du Monde, et le petit garçon, lui aussi va marquer 13 buts, parce que Justo, évidemment, est son idole et alors, entre deux buts, il raconte ses souvenirs d'enfance, son enfance heureuse, parfois aussi chagrine, entre ses parents, l'école, la mairie, la campagne, la pêche à la ligne, et puis aussi son envie de devenir écrivain, et puis aussi il a une grand Tante dont il pense qu'elle a été l'amie de Verlaine, qu'elle a été très aimée de Verlaine, voici pourquoi...

 

Bernard Pivot ouvre alors mon roman, page 77, et commence à lire, devant ses cinq invités médusés : "Un jour, entre les livres de Tante Laure, j'ai découvert sur une étagère, un livre de poèmes de Verlaine. Jadis et naguère était son titre. La dédicace du premier des poèmes de ce livre-là me parut extraordinaire. C'était écrit : A la louange de Laure et Pétrarque. Bien sûr, je ne savais pas qui était ce Pétrarque, mais sûr, Laure, c'était ma Tante Laure. La preuve que Verlaine l'avait aimée et qu'elle, en retour, s'était juré de n'aimer que lui."

Voilà, vraiment, c'est très poétique, c'est délicieux, faut un peu aimer le football aussi, enfin, voilà..."

L'auteur s'appelle Jean-Louis Crimon,  il était journaliste au Courrier Picard, il est maintenant grand reporter, je crois, à France Culture. Son ouvrage s'intitule "Verlaine avant-centre", et il est paru aux édions du Castor Astral, je vous présente mes cinq invités..."

 

Sourire attendri de Boris Cyrulnik, juste en face de Catherine Dolto, fille de Françoise Dolto. Joli plateau ce soir-là. Dommage, je n'en suis pas. Déception de courte durée. Fier et heureux surtout que mon premier roman ait pu avoir l'honneur, à une heure de grande écoute, de cette émission culturelle, populaire et exigeante à la fois. Surtout sans en avoir été informé.

Le lundi suivant, téléphonant à Antenne 2, pour remercier Bernard Pivot de sa délicate attention, son assistante me confie : "Bernard a beaucoup aimé votre roman, il a hésité à vous inviter, mais il s'est dit, compte-tenu du nombre de participants, que vous risqueriez de passer en toute fin d'émission, et que ce ne serait pas très porteur pour vous et votre livre..."

- Il a très bien fait, madame, dis-je en remerciant à nouveau. Regrettant un court instant d'être passé tout près, très près, très très près, de cette gloire télévisuelle éphémère, gloire pourtant vitale pour la vie d'un roman. J'appris très vite, par la suite, que toutes les FNAC de France, avaient dès le lendemain de l'émission, passé, chacune, des commandes de 5 à 10 exemplaires. Preuve, s'il en fallait une, que Bouillon de Culture et Bernard Pivot, étaient, en ce temps-là, d'excellents prescripteurs.

 

© Jean-Louis Crimon

 

Le lien de la vidéo, c'est cadeau : juste à cliquer sur cette dernière ligne...

 

Bernard Pivot présente "Verlaine avant centre", roman de Jean-Louis Crimon

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10 mai 2022 2 10 /05 /mai /2022 08:57
Adapté au théâtre, par la Compagnie  Engrenage Théâtre. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon
Adapté au théâtre, par la Compagnie  Engrenage Théâtre. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon

Adapté au théâtre, par la Compagnie Engrenage Théâtre. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon

Une idée et une mise en scène de René Albold, de la Compagnie Engrenage Théâtre, installée à Auvers-sur-Oise. Auvers rime avec "aux vers", clin d'oeil de Paul Verlaine à Vincent van Gogh, clin d'oeil du destin, fantaisie du hasard, le hasard, pseudonyme de Dieu quand il veut rester anonyme. 

Le spectacle, créé au Prisme de Saint-Quentin-en-Yvelines, sera joué à plusieurs reprises dans les Yvelines, à Mantes-la-Jolie et à Plaisir. Pour le plus grand plaisir d'un romancier débutant, fasciné de voir ses mots et ses phrases devenir paroles parlées à haute voix par un comédien qui incarne à merveille un texte jusque là silencieux. La magie du théâtre, c'est, dans l'instant, rendre vivant ce qui était inerte, c'est le livre qui se met à vivre, c'est à tout moment donner vie aux mots du roman. Seul regret, que la Picardie n'ait pas repris et diffusé à volonté cette adaptation où l'enfance picarde est tellement vivante. 

Dans son petit papier du 12 février 2009, Philippe Lacoche, journaliste au Courrier Picard, avait dit l'essentiel : " Rappelons que dans son roman, Jean-Louis Crimon fait revivre la Coupe du Monde de 58, mais c'est surtout une ode à l'enfance et à la poésie."

 

© Jean-Louis Crimon

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9 mai 2022 1 09 /05 /mai /2022 08:57
Paris. 2008. Heimermann, Fournel, Crimon, Echenoz. Une attaque de rêve. Stade Charléty. © DR

Paris. 2008. Heimermann, Fournel, Crimon, Echenoz. Une attaque de rêve. Stade Charléty. © DR

Quatre prix Tristan-Bernard pour une attaque de rêve. Benoît Heimmermann, Paul Fournel, JLC et Jean Echenoz. Un soir à Charléty. Le stade Sébastien-Charléty. Remise du Prix Tristan-Bernard à Jean Echenoz pour Courir, biographie romancée consacrée à Emil Zatopek, parue aux éditions de Minuit. Ce prix Tristan-Bernard, surtitré Grand Prix de Littérature Sportive a été attribué pour la première fois, en 1943, à Roger Frison-Roche pour son roman Premier de cordée.

 

Pour Tristan Bernard, créateur de l'Asssociation des Ecrivains sportifs, le sport et la littérature n'ont rien de contradictoire. Bien au contraire, pour le romancier et auteur dramatique, célèbre pour ses mots d'esprit, de nombreuses passerelles réunissent sport et littérature. Créé en 1943, le Grand Prix de Littérature Sportive se donne pour ambition de couronner un ouvrage écrit en langue française, pour ses qualités littéraires avant tout, son authenticité et son originalité. Il a pour but de contribuer à la reconnaissance, à la popularité et au renom du sport. Pour le bonheur de la littérature et des écrivains. 

 

© Jean-Louis Crimon

 

1989 : Paul Fournel, Les athlètes dans leur tête. Ramsay.

2001 : Jean-Louis Crimon, Verlaine avant-centre. Le Castor astral.

2002 : Benoît Heimermann, Tabarly. Grasset.

2008 : Jean Echenoz, Courir. Editions de Minuit.

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8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 08:57
L'Union. 24 Nov. 2002. © Jean-Pierre Prault. Lettre manuscrite. © Serge Laget. L’Équipe.
L'Union. 24 Nov. 2002. © Jean-Pierre Prault. Lettre manuscrite. © Serge Laget. L’Équipe.

L'Union. 24 Nov. 2002. © Jean-Pierre Prault. Lettre manuscrite. © Serge Laget. L’Équipe.

 

Incroyable bonheur de relecture ce matin. D'abord, avec l'article paru dans L'Union, en novembre 2002, superbe papier signé Jean-Pierre Prault. C'est si rare d'être si bien saisi et compris. D'autant que l'interview s'est faite au téléphone. En dix minutes à peine. Entre deux trains, je m'en souviens très bien. Dans la foulée, relecture de cette carte postale signée Serge Laget, à l'époque journaliste à L'Equipe Magazine. Serge Laget, premier supporter - le mot s'impose pleinement ici -  de Verlaine avant-centre, premier roman. Premier roman pour réunir deux passions : football et poésie. Un récit construit sur la personne et les prouesses de Just Fontaine, le célèbre buteur de l'Equipe de France de 1958. 13 buts en une seule Coupe du Monde. Record absolu. Record jamais battu. 13 chapitres en hommage aux 13 buts. Chaque chapitre prend fin avec les actions de jeu, les dribbles, les passes qui amènent au but de Fontaine. L'avant-centre parfait. En filigrane, en transparence, le poète parfait.

Verlaine s'infiltre dans le récit. Pourquoi Verlaine ? Parce qu'un poète, c'est un avant-centre qui marque des buts avec des mots. Conviction irrésistible du jeune narrateur. Au début du match, les footballeurs se placent en W-M. mais, bien sûr, la position des joueurs évolue au cours de la rencontre et forcément, toutes les lettres de l'alphabet s'écrivent alors sur la pelouse. Avec les lettres, on fait des mots. Avec les mots, on fait des phrases. La magie opère : les joueurs, dans leurs placements, leurs déplacements, leurs dribbles, leurs passes, une-deux ou une-deux-trois quand ils jouent en triangle, écrivent sans le savoir une histoire que seul le narrateur affirme savoir lire. Les phases de jeu sont, sans en avoir l'air, des phrases du livre. Enlevez la lettre " r " au mot "phrase", il devient "phase". Ajoutez la lettre " r " au mot "phase", il devient "phrase". Fabuleux, non ?

 

Serge Laget avait été fasciné par le titre de mon roman. L'homme adorait autant Verlaine que Fontaine. Autant la poésie que le football. Le lecteur idéal. Même si l'homme plaçait le cyclisme au-dessus de tous les sports.

Relire les mots de Serge, à propos de la parenté Verlaine/Fontaine et surtout du rapport Verlaine/Football, est toujours pour moi quelque chose de vraiment extra-ordinaire. Ce que je ne savais pas, ce que je n'aurais jamais osé imaginer dans mes gamberges les plus folles, c'est que Verlaine, le poète des sanglots longs de l'automne, le poète des Poèmes saturniens, ait pu, vraiment, taper dans un ballon rond. Dans un ballon de football. Serge Laget est formel :

 

" Mais le plus important, je te confirme bien ma remarque initiale : Verlaine a tapé dans un ballon, joué au football ! ! !

" Cette​ expérience s'est passée en 1876-1877 quand il était professeur de français et de dessin à Stickney (Lancashire). Il bavarde beaucoup avec M. Andrew, directeur de l'école, le chanoine protestant Coltman et le colonel Grantham... Ce dernier avait deux enfants à qui Verlaine donnait des leçons particulières... Est-ce un des fils Grantham, toujours est-il qu'un de ses élèves offrit au poète à jouer au football...

" C'est absolument sûr. Ton titre est en fait celui d'un visionnaire. Bravo. Je me fais tout petit. Ma vive considération." Signé: SERGE LAGET.

 

Difficile, après pareil hommage, de rester modeste. Toi, après ça, tu t'es dit : aucun doute, le titre, ce sacré beau titre, ce superbe titre, c'est Verlaine lui-même qui te l'a... soufflé !

 

© Jean-Louis Crimon

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7 mai 2022 6 07 /05 /mai /2022 08:57
Amiens. Janvier 2003. Ecole Voltaire. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Janvier 2003. Ecole Voltaire. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Janvier 2003. Ecole Voltaire. © Jean-Louis Crimon

- Monsieur, Monsieur, vous n'êtes pas un écrivain, vous n'êtes pas mort

Fabuleuse entrée en scène, juste avant l'entrée en classe. Parce qu'un écrivain, dans leur tête d'élèves de CM2, ça doit être mort pour être vraiment un écrivain. Ces mômes sont déroutants. La phrase fait mouche et son inventeur n'est pas peu fier : toute la classe est hilare. Heureusement, l'instituteur a bien préparé la rencontre. Les questions sont prêtes et, pour une fois, celui qui est intervieweur professionnel devient l'interviewé. Beau moment et belles questions. Tout est dit ou presque. Regard complice et admiratif de l'instituteur. Sur le terrain de la pédagogie, il faut aussi avoir le sens du dribble et de la conduite de balle. Surtout apprendre à jouer collectif. L'apprenti romancier n'est pas déçu : gagner le match avec les mots devient l'impératif de toute une vie. Mort ou vivant, l'écrivain est un bon passeur. 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Verlaine avant-centre. Le Castor Astral. Janvier 2001.

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6 mai 2022 5 06 /05 /mai /2022 08:57
Avec Raymond Kopa. Salon du Livre de Fismes. Dimanche 17 Mai 2009. © Jean-Pierre Prault
Avec Raymond Kopa. Salon du Livre de Fismes. Dimanche 17 Mai 2009. © Jean-Pierre Prault

Avec Raymond Kopa. Salon du Livre de Fismes. Dimanche 17 Mai 2009. © Jean-Pierre Prault

Crimon-Kopa en tête de gondole, au Salon du Livre de Fismes, trente petits kilomètres à l'Ouest de Reims, un dimanche de Mai 2009, le plus beau des cadeaux. Joli tandem le temps d'une journée de signatures chaleureuses et de une-deux littéraires. Crimon, footballeur de papier qui joue sur l'aile et Kopa Capitaine au centre. Cadeau que je dois à Jean-Pierre Prault, journaliste à L'Union, le journal de Reims, comme disait mon père, des étoiles dans les yeux et un rien de petite émotion dans la voix. Mon père qui ne saura pas, qui ne saura jamais, que son fils a parlé de lui à Raymond Kopa, qui l'a pris sous son aile le temps d'une journée, alternant les confidences très personnelles et l'intérêt pour son petit roman-football.

Verlaine avant-centre qui tutoie la Biographie de Raymond Kopa, qui le croit, qui l'aurait cru ou qui le croirait ? Pourtant c'est vrai. Vrai de vrai, comme on disait dans ma famille, au temps des premiers dribbles dans le verger de Tante Laure transformé en Parc des Princes.

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Verlaine avant-centre. Le Castor Astral. Janvier 2001.

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5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 08:57
Ribemont sur Ancre. Saison 1988/89. Contay. Saison 1960/61. L'art du dribble. © DR
Ribemont sur Ancre. Saison 1988/89. Contay. Saison 1960/61. L'art du dribble. © DR

Ribemont sur Ancre. Saison 1988/89. Contay. Saison 1960/61. L'art du dribble. © DR

Dribbler le père, le rêve de tous les fils. Dribbler le père qui a appris la technique du dribble quand le fils n'était qu'un enfant de 7 ou 8 ans. La couverture du ballon, la souplesse de l'intérieur du pied, le cuir collé à la chaussure, la fausse ouverture et très vite l'embarquement de l'adversaire, soudain décontenancé, médusé de s'être fait... dribbler.

© Jean-Louis Crimon

 

 

Verlaine avant-centre. Le Castor Astral. Janvier 2001.

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4 mai 2022 3 04 /05 /mai /2022 08:57
Le Courrier Picard. Papier de Denis Demarcy. 20 Avril 2015. © DR

Le Courrier Picard. Papier de Denis Demarcy. 20 Avril 2015. © DR

C'est souvent la même question. " Est-ce que vous accepteriez de venir dans ma classe au Collège, parler à mes élèves de votre roman ? Je vous préviens, nous n'avons pas de budget pour vous rétribuer !" Pas de problème, je dois tout à l'Ecole de la République, je suis gratuit. Date fixée, rendez-vous pris.

D'abord, relire un extrait de "Verlaine avant-centre". Pages 108 et 109. Histoire de se motiver. Bien sûr, les élèves ont lu le roman. Des passages ont même été étudié en classe. Ce n'est pas toujours possible. Le face à face avec la classe réserve toujours des surprises. Mieux vaut se préparer quelques antisèches, au cas où...

 

"La ponctuation est pour moi la technique utile au jeu d'écrire, comme le jonglage se révèle précieux pour apprendre à contrôler la balle. C'est une respiration dans le match que l'écrivain livre avec les phrases et avec les mots, une manière de temporiser, de maîtriser la partie, avant de relancer, de jouer en profondeur, sans se refuser, si l'opportunité se présente, un superbe changement d'aile. Histoire de dérouter le lecteur.

 

"Les deux-points représentent le but par lequel doit passer la phrase. Bien construite, bien menée, bien appuyée par les arrrières et les demis, elle va droit au but, elle atteint son but, elle marque. La virgule, c'est le contrôle à une touche de balle, avant le dribble court, ce dribble irrésistible qui met l'adversaire dans le vent, comme on embarque son lecteur pour mieux le prendre à contre-pied. Le point d'exclamation ponctue une belle action de jeu: c'est le joueur étonné de voir son tir raser de près le poteau et choisir de passer juste à côté du cadre ! Le point d'interrogation, n'est-ce pas le goal qui saute et qui se demande une fraction de seconde s'il va bloquer ou dévier en corner. D'une claquette dans le cuir, in extremis, pour l'expédier au-dessus de la transversale ? Ou alors, les deux mains en écran, pour stopper la trajectoire du ballon, l'arrêtant net dans sa course, tout en accompagnant le mouvement ? Les deux mains en écran : deux parenthèses qui effacent la tentative de but.

 

"Les points de suspension: une action dont on ne sait si le ballon va mourir en touche ou en six mètres, phase de jeu mal maîtrisée comme une phrase mal ficelée ou une idée confuse qui reste en suspens, parce qu'on ne sait pas comment conclure. Le point, c'est le rond central, le lieu de l'engagement, là où la rencontre commence, là où l'on revient toujours après un but marqué pour engager à nouveau, comme dans l'écriture : à chaque point, ça repart. Comme si rien n'était joué. Comme si tout était à refaire. Ça repart et ça va plus loin. Dans le match de l'écrivain avec les mots."

 

Se relire est toujours une réelle épreuve. Entre fierté et torture. L'auteur est à la fois fier et heureux que le livre existe, qu'il soit toujours vivant, et malheureux devant les imperfections, les facilités et les faiblesses qui apparaissent soudain en pleine lumière. L'auteur se dit qu'il aurait dû travailler davantage son texte. Mais comme il ne veut pas succomber à la "nouvelle édition revue et corrigée", il avouera simplement aux élèves son sentiment. Il ira jusqu'à leur dire : "Je ne suis pas un écrivain. Camus est un écrivain. Flaubert est un écrivain. Maupassant est un écrivain. Je ne suis pas un écrivain. Je ne suis qu'un romancier. " Leur professeur a trouvé ça très bien. Certains élèves n'ont pas vraiment saisi la nuance. Pas très grave, leur a dit l'auteur en leur tirant sa révérence, il faut parfois toute une vie pour comprendre la différence.

 

© Jean-Louis Crimon

 

Verlaine avant-centre. Le Castor Astral. Janvier 2001.

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