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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 00:04
Paris. 41 Quai de la Tournelle. Mars 2011. © Jean-Louis Crimon

Paris. 41 Quai de la Tournelle. Mars 2011. © Jean-Louis Crimon

Cher libraire de plein air,

Tu te souviens de l'averse froide et si soudaine que le passant sans parapluie s'invite sous tes auvents ? Parfois ces animaux citadins sont désemparés au point de sauter à cloche-pied dans les flaques pour aller d'une berge à l'autre de cette rivière inattendue qui s'empare de toute la rue.

Pluie froide sur le quai, c'est journée morte. Les boîtes vertes restent muettes. Déjà, ces derniers jours, sur la portion qui va de Montebello à La Tournelle, ta portion de quai préférée, vous n'étiez guère nombreux à risquer l'ouverture. A peine cinq ou six. Le mauvais temps n'explique pas tout. Un de tes voisins t'a dit: "Avec les soldes, tu comprends, les gens n'ont plus d'argent pour la littérature !"

Tu as pensé à la citation en exergue du catalogue de livres anciens que tu reçois chaque mois: "Quand j'ai un peu d'argent, j'achète des livres et s'il m'en reste, des vêtements et de la nourriture."

Un choix de vie vraiment impensable aujourd'hui. Plus dans l'air du temps. Pas même les jours de mauvais temps.

Tiens, chiche: un café ou un Poche, à qui trouve le nom de l'auteur de la citation !

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 00:33
Paris. Août 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Août 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher amoureux des mots et de la bonne orthographe,

T'as vu, c'est dingue, parait qu'on va désormais pouvoir écrire "ognon" au lieu de "oignon" ! Non, me dis pas que t'as plus que tes yeux pour pleurer.

Dans la même logique, il va falloir couler au fond de l'étang le "ph" de "nénuphar" pour en faire un "nénufar". Breton peut-être. Far Breton. T'as du mal à suivre.

Tu découvres aussi qu'il sera désormais permis d'oublier les traits d'union. Exemple : week-end pourra s'écrire "weekend" et "mille-pattes" deviendra "millepattes".

2.400 mots sont concernés, mais le Ministère de l'Education assure que seulement 10 mots feront la rentrée prochaine dans leurs nouveaux habits. Les voici :

Oignon : ognon

Nénuphar : nénufar

S'entraîner : s'entraine

Maîtresse : maitresse

Coût : cout

Paraître : paraitre

Week-end : weekend

Mille-pattes : millepattes

Porte-monnaie : portemonnaie

Des après-midi : des après-midis

...

Il s'agit de l'entrée en application de la réforme orthographique du 6 décembre 1990, approuvée alors par les Immortels de l'Académie française, des Immortels pas si immortels que ça puisque la plupart sont morts depuis. Plus d'un quart de siècle pour mettre en musique une réforme orthographique dont de nombreux enseignants ne sont pas franchement persuadés du bien-fondé, ça semble très français, tout ça.

Sais pas si tu peux dire "chapeau", mais l'accent circonflexe va disparaître également. Un simple "i" suffira désormais pour "maitresse", "s'entrainer" et "paraitre". Objectif de ces disparitions : rendre plus facile l'apprentissage de l'orthographe, pour les enfants.

Seulement 45 % des Français maîtrisaient les règles orthographiques en 2015, même pas un Français sur deux, à juste titre les enseignants se demandent ce qu'il en sera lorsqu'ils vont apprendre à leurs élèves les deux façons différentes d'orthographier un mot.

D'autant que le bulletin officiel spécial de l'Education nationale du 26 novembre dernier rappelle que la réforme orthographique applicable lors du parcours scolaire d'un enfant sera bien celle de 1990. A la rentrée prochaine, les manuels d'orthographe et de grammaire porteront donc un macaron avec la mention " Nouvelle orthographe ". Problème: cette évolution de l'orthographe française n'est pas, depuis le départ, du tout du goût du monde du travail et de l'entreprise. Les 2.400 mots concernés par la réforme risquent d'être considérés commes des fautes par les futurs employeurs même si, en théorie, les deux orthographes sont acceptées.

Moralité, si tu ne veux pas sombrer dans un nostalgisme décadent, n'oublie jamais ce que t'a si bien dit, il y a bien dix ans, un Professeur de linguistique de l'Université de Picardie, Dominique Mainguenaud, " Le linguiste n'est pas le législateur de la langue, il est le greffier de l'usage." Pas mal, non ?

Tu comprends que ça... relativise !

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 00:02
Amiens. Rue Delpech. 2012. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue Delpech. 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher doux rêveur,

La fille à la fenêtre, sans doute ou bien peut-être, tu crois la connaître...

La fille à la fenêtre, sans doute ou bien peut-être, c'est à toi qu'elle téléphone, juste à attendre que ça sonne...

La fille à la fenêtre, sans doute ou bien peut-être, c'est toi qu'elle appelle, mais c'est ton tél qui déconne, dans ta vie, y'a souvent mal donne...

La fille à la fenêtre, sans doute ou bien peut-être, elle te laisse un message, rêve pas trop, ta batterie est en rade, elle parle à un tendre camarade...

La fille à la fenêtre, ce n'est pas peut-être, c'est un autre qu'elle appelle, des mecs elle en a... à la pelle...

La téléphonie sans fil, ça ne tient qu'à un fil, t'es sans doute pas dans la mémoire des numéros qu'elle défile...

Elle est belle comme un Vermeer de bord de mer, comme un Gauguin gris, comme un profil de Madone qui guette la pluie...

Ce n'est pas peut-être, toi, tu voudrais qu'il tombe d'un coup des tonnes d'eau, pour courir la sauver du déluge, mais pas la moindre averse, juste ton coeur à la renverse...

La fille à la fenêtre, cherche pas, c'est sûr, elle est trop belle pour toi... Laisse tomber, arrache-toi...

Son coup de fil n'est pas pour toi.

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 00:01
Paris. RER Saint-Michel. Déc. 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. RER Saint-Michel. Déc. 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher ex bouquiniste,

Tu te souviens du jour où tu as cru croiser Rictus. L'homme te faisait face de son regard hagard. Dans le RER du soir, juste en face de toi, il est venu s'asseoir. Après avoir arpenté longuement l'allée du compartiment. Dévisageant, un à un, les visages des gens. Avait sa gueule hirsute d'autrefois. Vous ne vous êtes pas parlés. Vous n'avez prononcé aucun mot. Rien dit. Juste un regard qui en disait long. Tu pensais tout bas: Je sais qui vous êtes. Je ne dirai rien. Le Poète populaire. Randon de votre vrai nom. Gabriel Randon. Connu sous le pseudonyme de Jehan Rictus. Rendons à Rictus ce qui n'était pas Randon. L'Hiver, extrait des Soliloques du pauvre. Que par le plus grand des hasards, tu avais dans ton sac. Devait le savoir, sûr, l'homme en noir.

Tu ouvres et tu commences à lire. Esquisse d'un sourire dans le regard de l'homme qui te fait face. Un sourire léger. Le plus beau. Le sourire des yeux.

...

Merd' ! V'là l'hiver et ses dur'tés,

V'là l'moment de n'pus s'mett' à poils :

V'là qu'ceuss' qui tienn't la queue d'la poële

Dans l'Midi vont s'carapater !

...

V'là l'temps ousque jusqu'en Hanovre

Et d'Gibraltar au cap Gris-Nez,

Les Borgeois, l'soir, vont plaind' les Pauvres

Au coin du feu... après dîner !

...

Et qu'on m'tue ou qu'j'aille en prison,

J'm'en fous, j'connais pus d'contraintes :

J'suis l'Homme Modern', qui pousse sa plainte

Et vous savez bien qu'j'ai raison !

...

Trénet avait raison : Longtemps, longtemps, longtemps, après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues... Sous le titre de son recueil Le Coeur populaire, Rictus avait fait imprimer par Eugène Rey, son Editeur, quelques lignes aux accents de vraie profession de foi littéraire : Poèmes, Doléances, Ballades, Plaintes, Complaintes, Récits, Chants de misère et d'Amour, En Langue Populaire (1900-1913). Cette langue populaire que d'autres après lui feront vivre sous le pseudo du mot argot.

Envie, ce soir, de tout relire de vous, Monsieur Jehan Rictus. Les Soliloques du Pauvre, Doléances, Cantilènes du malheur, Le Coeur populaire. Sans oublier votre unique roman Fil de fer. Où vous exorcisez si bien les déboires cruels avec votre mère.

Tu n'oses pas te lever pour descendre à la prochaine station. Tu aimerais savoir où l'homme en noir arrêtera son trajet. Rencontre vraiment extraordinaire. Croisé Rictus dans le RER. Si ce n'était pas lui, c'était son frère. Mais Rictus n'a pas eu de frère...

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 00:01
Amiens. Marché aux livres. Avril 2009. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Marché aux livres. Avril 2009. © Jean-Louis Crimon

Cher fou de littérature,

Tu te rêves parfois une bibliothèque idéale. Il y aurait tes auteurs fétiches, tes auteurs préférés, tes auteurs adorés.

Dans ta bibliothèque idéale, il y aurait, bien sûr, les valeurs sûres, Rutebeuf, Villon, Louise Labé, Ronsard, Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Théophile Gautier, Balzac, Flaubert, Maupassant, Louise Colet, Proust, Paul Nizan, Camus, Sartre, Queneau et Modiano, mais aussi Vallès, Jehan Rictus, Luc Dietrich, Henry Poulaille, Jean Meckert, Neel Doff, Eugène Dabit et Stig Dagerman.

Tu le dis à qui veut bien l'entendre, de Stig Dagerman, il faut tout lire, lire et relire surtout L'enfant brûlé et Le Serpent , et puis aussi Dieu rend visite à Newton, Les Wagons rouges et Le froid de la Saint-Jean.

Dans ta bibliothèque idéale, il y aurait aussi Roland Dorgelès, Blaise Cendrars, Pierre Mac-Orlan, André Billy, Aragon, Paul Eluard, il y aurait Elsa Triolet, Simone de Beauvoir, et peut-être Françoise Sagan, il y aurait Emmanuel Bove et Boris Vian, il y aurait Olivier Séchan, il y aurait Knut Hamsun, Per Lägerkvist, Selma Lagerlöff et Brautigan, Richard Brautigan, et Jack Kerouac, il y aurait Alberto Moravia, Elsa Morante, Erri De Luca et Dino Buzzati, il y aurait Jean Rouaud, Philippe Djian, Philippe Claudel, Philippe Delerm, et Jeanne Benameur, il y aurait Friedrich Nietzsche, Vladimir Jankélévitch, Voltaire et Rousseau, Sören Kierkegaard et Gaston Bachelard. Tu oublies Jean-Marie Lhôte et sa fabuleuse Histoire du Hasard.

Bon, assez pour ce soir, tu as encore pas mal d'auteurs à relire et à classer. Penser/Classer, de Georges Pérec. Tu l'as oublié, Pérec ! Impardonnable. Impensable.

Tu reprends Stig Dagerman et ce petit texte de 1952 Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, (Actes Sud, 1981), avec ton passage préféré, page 18, que tu relis chaque soir et chaque matin:

"Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l'éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l'éternité ? Ma vie n'est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j'aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n'est pas l'étalon qui convient à la vie."

Tu te dis: comment est-ce possible de vouloir encore écrire après de tels mots ?

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 00:01
Paris. L'Orangerie. 25 Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

Paris. L'Orangerie. 25 Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher toi,

Va savoir pourquoi, ce soir, tu te revois tirer un trait sur trente ans de journalisme. Sentiments contrastés. Satisfaction face au travail accompli. Légère inquiétude face à ta vie d'après. Dernière ligne droite. Fin du parcours. Tu mesures la briéveté d'une existence sociale. Remarque faussement banale.

Tu as payé ta dette à la société: 42 années et demi de cotisations et taxes diverses. Libéré du travail obligatoire, tu te sens prêt pour un nouveau métier. Un métier à exercer sans patron, sans chef de service, sans horaires. Un métier de liberté.

Tu penses que le plus beau métier, pour ce genre d'aventure, c'est... photographe. Ecrire avec l'ombre et la lumière. Plus fort, beaucoup plus fort que d'écrire avec des mots. Photographe, le métier que tu aurais dû exercer toute ta vie, si le goût des mots, dans les journaux ou à la radio, ne t'avait détourné de ton chemin.

Peu importe, tu sais très bien que tu n'as jamais vraiment arrêté de prendre des photos et que tu n'arrêteras jamais. Photographier, chez toi, c'est comme respirer, c'est naturel et c'est vital.

Quand tu te sens seul, tu sais que tu ne dois compter que sur toi-même. Dans un film italien, dont tu as oublié le titre, quelqu'un dit quelque chose comme: "Flaubert voulait écrire un roman sur le néant, mais il n'a pas réussi." Tu as souri. Tu te dis que pour te reposer, après tes longues déambulations photographiques, tu pourrais bien t'installer, le soir, devant ton écritoire, pour relever le défi de Gustave.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 00:01
Paris. 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. 2012. © Jean-Louis Crimon

Chut ! Ne dis rien ! Le mur fait chut. L'index sur la bouche. La parole est à l'index. La ville a de l'humour, tu sais. Mais la ville a de l'oreille aussi. Les murs n'ont pas seulement la parole, ils ont aussi de grandes oreilles. Parle à voix basse si tu ne veux pas que toute la ville te renvoie ta voix en écho. Au risque de passer pour un grand parano, méfie-toi. Un peu. Un tout petit peu.

On t'a déjà dit que pour "s'écrire à soi-même" fallait être un bon schizo, alors parano, pourquoi pas ? Tu as beau faire, tu as beau dire, rares sont ceux qui sont sensibles à ton dédoublement de personnalité. Dédoublement volontaire et assumé. Pour un journal intime tutoyé. Cette lettre quotidienne à "toi-même" n'est qu'un prétexte: dans le "tu" que tu t'adresses, il y a toutes les lectrices et tous les lecteurs possibles. Même en s'écrivant "à soi", c'est l'autre, ce sont les autres que l'on cherche.

Au fond, tu es un graphomane d'un genre particulier, un graphomane qui voudrait trouver du sens même dans les propos les plus insensés. Irrésistible envie d'écrire, seule façon d'apaiser ce curieux désir d'éternité.

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 00:01
Rimbaud, en octobre 1871. © Étienne Carjat

Rimbaud, en octobre 1871. © Étienne Carjat

Ta mémoire commence à te jouer des tours. C'est agaçant. Tu as du mal à trouver facilement les choses que tu connais. Tu cherches comment Mallarmé parlait de qui tu sais. Quand il disait "le piéton improbable". Non, ce n'est pas "le piéton improbable", l'expression Mallarméenne, c'est le "passant déconcertant". Non, ce n'est pas ça non plus. Passant, sans doute, mais pas déconcertant. Plus fort que déconcertant. Plus beau aussi. Plus aérien. Plus léger. "L'homme aux semelles de vent" ? Non, pas davantage. "L'homme aux semelles de vent", ce n'est pas de Mallarmé.

Ce soir, tu penses à lui, à cet homme-là, et tu penses aussi à Isidore Ducasse, alias Lautréamont, auteur des "Chants de Maldoror", l'un de ses contemporains, mort trop jeune, lui aussi, mort en 1870. Ça y est, tu as trouvé, c'est " Le passant considérable ". Oui, sûr, tu en es sûr, ce sont les mots de Mallarmé pour évoquer Arthur. Pour définir Rimbaud. "Le passant considérable", tu trouves qu'il n'y a rien de plus beau.

Le dire aujourd'hui, tu le sais bien, n'est pas très original. Mais Dieu que c'est beau, cette définition de Rimbaud. "Le passant considérable"...

Soit dit en ... passant.

Forcément.

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 00:01
Amiens. Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher voleur d'instants,

Tu es incorrigible. Tu as une pratique compulsive de la photographie. L'oeil toujours en alerte. En éveil. Le regard circulaire pour mieux faire entrer dans le cadre le sens du moment, la beauté de l'instant. L'insolence de l'insolite. Tu es incapable de ne pas "prendre". Tu ne sais pas te contenter de simplement voir. Regarder. Contempler. Pourquoi cette nécessité de fixer ? Ce devoir de tout fixer ? Pour laisser trace. Pour laisser des traces. Des traces du fugace. Des traces du trop fugace.

Chasseur d'inattendu, toujours aux aguets, toujours à l'affût.

Tu sais bien que ce qui est fascinant, c'est le paradoxe. Paradoxe, du grec paradoxos, παράδοξος, ce qui est contraire à l'opinion communément admise. De para, "contre" , et de doxa, "opinion". Surprenant ou choquant, au premier abord, à première vue. Ce qui va à l'encontre du sens commun. Des idées reçues. Des préjugés. C'est ce qui te plait. Ce qui t'attire.

Tu te souviens de: "Toi, tu vois des choses que les autres ne voient pas !" Une remarque qui te va droit au coeur. C'est exactement ton projet photographique. Fait plaisir parfois d'être si bien saisi.

Dans le domaine des idées aussi, tu adores cette apparente contradiction, ce raisonnement proche de l'absurde, et pourtant porteur d'une vérité désarmante. Le paradoxe, c'est ton carburant. Ton moteur. Ta potion magique. Ton remède pour pactiser avec le réel. Avec les mots ou par la photo. De bon matin et jusqu'à très tard le soir. Le monde appartient à celui qui se lève tôt, mais il se révéle aussi aux couche-tard.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 00:01
Copenhague. Juillet 2009. © Jean-Louis Crimon

Copenhague. Juillet 2009. © Jean-Louis Crimon

Goddag fra København,

Te souviens-tu du temps - déjà 20 ans- où tu étais Danois chez les Danois ? Heureux de vivre au milieu d'eux, si joyeux et si bons vivants, avec cet incroyable sens de l'hospitalité. Aujourd'hui, tu te demandes comment un peuple aussi accueillant, aussi ouvert aux autres, aussi tolérant, peut-il, en à peine un quart de siècle, se métamorphoser en petite nation égoïste et nationaliste ? Avec des députés aussi unanimement fermés à l'accueil de l'étranger ?

Shakespeare t'excuse ou te pardonne, mais cette fois, tu te dis qu'on peut dire et écrire sans vergogne: " Il y a VRAIMENT quelque chose de pourri au Royaume du Danemark ".

Tu te demandes même - au diable le respect du protocole en pareilles circonstances - si tu ne te fendrais pas d'une petite bafouille à la Reine de ces pedzouilles. Une bafouille délibérément irrévérencieuse et malicieuse. Histoire de rappeler au Gouvernement Danois et à son Parlement que tout n'est pas possible dans la Démocratie Danoise.

Tu te sens très capable d'écrire un truc du genre:

" Margrethe, je vous en prie, ne laissez pas faire ça ! Dites à votre Premier Ministre de leur donner un travail si vous souhaitez qu'ils participent aux frais qu'ils occasionnent, faites-les cotiser sur leur salaire, payer des impôts, des taxes en tout genre, mais ne leur prenez pas le peu qu'ils ont pu sauver en payant les passeurs et leur passage.

Ce n'est pas sage de la part de la plus belle des démocraties.

Comment, Majesté, j'apprends que votre mari Henri, le Prince Henrik de Danemark, alias Henri de Laborde de Monpezat, actuel prince consort, perçoit une retraite de l'Etat danois ? Mais, au fond, n'était-il pas un MIGRANT, lui aussi, au départ ? Qu'on lui saisisse une bonne partie de sa fortune personnelle et qu'on lui confisque ses objets de valeur, pour payer sa pension de Prince retraité. Au bas mot, 500.000 €uros par an, non imposables.
Que la police fouille ses bagages et s'empare de l'argent liquide au-delà de 10.000 couronnes (1.340 euros) et récupère également ses objets dont la valeur dépasse cette somme
de 10.000 couronnes.

Comment, Majesté, vous trouvez mon propos déplacé ! Mais pardonnez-moi, le texte de loi

voté mardi dernier, 26 janvier, qui autorise la saisie des biens des migrants pour financer leur accueil, me semble tout autant déplacé. Vous ne pouvez pas ignorer que le Washington Post a d'ailleurs comparé cette disposition à la spoliation des biens des Juifs pendant la dernière guerre."

Sûr et certain, tu pourrais bien être capable d'envoyer pareille lettre à la Reine Margrethe, mais ne penses-tu pas que ton pays, la France, et sa jungle de Calais, mériteraient tout autant ton courroux. Alors si vraiment tu te permets de dire et d'écrire: "Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark", attends-toi à ce que le Parlement danois te réponde, avec ce sens de l'humour que les Danois maîtrisent autant que leurs comptes publics: " Voyons, Monsieur, on ne fait pas d' Hamlet sans casser d'oeufs ! "

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