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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 08:57
Amiens. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon 

Amiens. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon 

Toi qui passes pour un être trop terre à terre, tu te surprends souvent à lever les yeux vers ce ciel auquel tu ne crois pas. Tu sais, faculté si rare désormais sous nos climats, lire le ciel, selon le moment de la journée.

La nuit, - tu le crois dur comme fer -, la mer prend la place du ciel. Preuve: le ciel du matin garde mémoire des vagues de la nuit. Image mirage visible seulement par les yeux de ceux qui se lèvent tôt.

 

© Jean-Louis Crimon 

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2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 08:57
Amiens. 1er Janvier 2021. © Jean-Louis Crimon 

Amiens. 1er Janvier 2021. © Jean-Louis Crimon 

 

- Monsieur, vous rêvez !

- Pardon, madame, je contemplais la forme des nuages. Les nuages, vous savez, pour moi, c'est fascinant...

 

- Vous feriez mieux de contempler vos ouvrages et vos éventuels clients !

- Vous savez, ces temps-ci, sur cette portion du quai, si les promeneurs sont nombreux, les acheteurs sont plutôt rares.

- Au fond, vous n'avez pas tort, le bleu du ciel et les nuages qui s'y promènent ont des vertus apaisantes...

- Surtout dans cette époque violente où les gens sont très vite agressifs.

- La faute à la politique, monsieur, tout ça !

 

Le dialogue avait quelque chose d'insolite. Le ton de la dame surtout. J'avais l'impression d'avoir été pris en faute par une vieille maîtresse d'école. D'ailleurs, je ne me privais pas, trouvant cette dame plutôt sympathique, de lui raconter l'origine de ma passion pour les nuages.

Enfant, on disait de moi : il est toujours dans les nuages. Les grandes personnes pensaient pouvoir, en toute impunité, stigmatiser, avec cette formule, ma propension à m'embarquer dans des rêveries profondes et légères à la fois. Les nuages m'ont fasciné très tôt. Leur forme, leur aspect, leur texture. Enfin, ce que j'en imaginais. Dans un vieux Larousse, j'avais recopié la définition du mot "nuage". Je l'avais enrichie avec des notes prises sur un livre de Sciences Naturelles. De cette façon, à 10 ans, je connaissais les noms de dix genres de nuages différents. De cumulus à stratus, en passant par cirrus ou nimbo-stratus.

Mon récit, je le sentais, intriguait mon auditrice. Pour ne pas être en reste, elle voulut se lancer dans une énumération des différents noms des nuages : cumulus, cumulonimbus, stradivarius ! Je l'arrêtais net :

- Non, madame, Stradivarius, n'est pas un nom de nuage, c'est le nom d'un instrument de...

- Monsieur, voyons, j'en suis sûre !

- Madame, c'est le nom d'un célèbre luthier italien. Antonio Stradivari, dit Stradivarius. Les plus beaux violons sont sortis de son atelier de Cremone, entre 1700 et 1725. On les appelle depuis des "Stradivarius"... 

- Suis bête, je voulais dire "Stratus" ...

- Bon, vous êtes toute pardonnée, madame... mais promettez-moi de ne plus jamais confondre "Stratus" et "Stradivarius" ! Même si en écoutant le son particulier des cordes du violon, je suis sur... un nuage.

 

La dame éclata d'un petit rire étrange qui me fit prendre conscience qu'en fait, elle devait être très âgée. Beaucoup plus en tout cas que je ne l'avais cru au départ. Je lui proposais de faire, ensemble, à deux voix, l'énumération des dix genres de nuages à ce jour répertoriés. Elle trouva l'idée sympa. On se lança.

- Cumulus, Cumulo-nimbus, Cirrus, Stratus, Cirrostratus, pour les plus faciles parce que les plus courants...

- Altocumulus, Altostratus, Nimbo-stratus, Cirrocumulus, Strato-cumulus, pour prendre un peu de hauteur...

 

Pour terminer notre dialogue de météorologie impromptue, je proposais à ma nouvelle camarade de lire ensemble la définition de "nuage" dans l'édition 2000 du Petit Larousse Illustré que j'ai toujours à proximité. Je le consulte parfois, pour vérifier le sens précis d'un mot.

Page 703, nuage : ensemble visible de particules d'eau très fines, liquides ou solides, maintenues en suspension dans l'atmosphère par les mouvements verticaux de l'air.

Fascinante définition. Simple et complexe à la fois. Précise en tout cas. Une définition comme seuls les dictionnaires savent en faire.

Sur ce, nous décidâmes, moi et la dame, d'aller prendre un café au petit bistrot d'en face. En chemin, elle me dit qu'elle adorait le café noir. Sans crème et sans sucre. Je lui avouais que moi, allez savoir pourquoi, c'est toujours avec... un nuage... de lait.

 

 © Jean-Louis Crimon

 

Journal du Bouquiniste. 2010-2012.

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1 janvier 2021 5 01 /01 /janvier /2021 14:27
Amiens. Beffroi. Déc. 2015. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Beffroi. Déc. 2015. © Jean-Louis Crimon

     

       J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

 

       Baudelaire. Petits poèmes en prose, I. 1869

 

 

 

       © Jean-Louis Crimon 

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31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 09:17
Le Havre. L'Entrée du Port. © DR.

Le Havre. L'Entrée du Port. © DR.

 

 

Passant par hasard sur le quai du vieux Monde

Je suis l'embarqué de l'antépénultième seconde.

 

 

© Jean-Louis Crimon 

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30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 08:57
Amiens. Déc. 2020. © Jean-Louis Crimon 

Amiens. Déc. 2020. © Jean-Louis Crimon 

      

      Ta porte côté cour s’ouvrait sur un mur

       Il fallait se renverser la tête

       Pour boire un carré de ciel.

 

       Ivresse céleste.

 

       © Jean-Louis Crimon 

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29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 08:57
Paris. Avenue Théophile Gautier. Nov.2012. © Jean-Louis Crimon 

Paris. Avenue Théophile Gautier. Nov.2012. © Jean-Louis Crimon 

       

     Peu importe l’heure, le lieu, la ville, le pays,

     Soir qui tombe ou plein midi

     J’aime le geste du balayeur

 

     Sans doute parce que c’est le geste de mon père jardinier

     Bon bêcheur pas bêcheur, bon balayeur 

     Dans sa vie, il en a donné des coups de balai, mon père

     Autant que de coups de bêche

     Feuilles mortes ou poussière

     Eté, printemps, automne, hiver 

     En toute saison, son balai avait toujours raison

 

     N’a jamais lésiné 

     Chaque jour de sa vie 

     Pas un jour sans un coup de balai 

     La cour, côté jardin 

     Le trottoir, côté rue

     Impeccable 

     Fallait que ce soit impeccable 

     Impeccable, nickel, ses deux mots préférés 

     Pour parler de ces choses essentielles à ses yeux
 


     Dans ma tête d’enfant, j’imaginais qu’il balayait aussi les jours au calendrier 

     Pour que le temps passe plus vite

     Hop, un coup de balai sur aujourd’hui pour qu’il se nomme hier 

     Hop, déjà se pointe demain pour balayer les soucis d’aujourd’hui 

     Hop, demain effacé en un tour de main 

     Dans mes conjugaisons enfantines, les éléments étaient aussi de la partie

     Le vent balaie la campagne 

     Le ciel balaie les nuages 

     La pluie balaie la poussière

 

     Aujourd’hui encore, après toutes ces années amoncelées

     il y a toujours un coup de balai à donner quelque part 

     Le balai Aujourd’hui efface toujours Hier 

  

     Rien à faire, il y a toujours quelque chose à faire 

     Dernier balayage du soir 

     Déjà pointe le premier coup de balai du matin

 

     Seule différence, s’est enfui à tout jamais le temps de la belle enfance

     Mon père a changé de destin

     Il s’est absenté 

     Pour toujours, disent les gens

     Je n’en crois rien 

     Moi, je pense qu’il balaie l’envers des nuages.

 

     © Jean-Louis Crimon 

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28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 08:57
Paris. Montparnasse. Avril 2019. © Jean-Louis Crimon

Paris. Montparnasse. Avril 2019. © Jean-Louis Crimon

 

     Je parle aux oiseaux du bord de l’eau

     Je connais les accents de la rivière

     Je sais le sens du vent

     La course des nuages

     L’heure de la pluie

 

     Je marche tard dans le soir

     Sans jamais m’asseoir

     Je n’ai pas peur du noir

     La nuit est mon amie

 

     J’étudie les mots du silence

     Pour en connaître le sens

     Je n’ai pas peur de la solitude

     Je ne crains pas l’absence

     On n’est jamais seul quand on est seul avec soi-même 

 

     La grille du cimetière donne sur les champs

     Les paysans ont mis le feu à l’herbe sèche des talus

     J’aime l’odeur âcre de la fumée du mois de mars 

     Les giboulées vont venir ponctuer l’écriture du printemps

     Mettre un point final à l’hiver

 

     Toi, déjà, tu rêves à la musique des feuilles des arbres

     Quand le vent joue de l’harmonica dans les branches qui grincent pour ne pas pleurer

     Les larmes, ça attire la pluie

 

     Tu ne ressens jamais aucune fatigue, aucune douleur

     Tu n’as jamais mal aux pieds, mal au dos, mal aux dents,

     Ou si tu as mal, tu ne te plains pas

     Se plaindre, c’est mal, se plaindre, ce n’est pas normal,

     On ne se plaint pas d’être vivant.

     Les morts n’ont plus mal aux dents.

 

     Toi, tu rêves et tu dérives

     Tu rêves tes rêves à la dérive

     Tu vas dire : j’arrive quand on t’appelle de l’autre côté de la rive

 

     Tu dis parfois Il pleut dans ma tête ou J’écoute la respiration de l’eau.

     Tu penses que tu as le même arbre généalogique que la pierre.

     Tu parles de ta sœur la pluie.

 

     Tu voudrais laisser des messages aux générations futures

     Tu dis qu’un écrivain, c’est un pêcheur à la ligne

      Il amorce

      Il lance ses gaules et il attend que ça morde

 

      Tu prétends que les mots sont des poissons d’argent

      Pourtant tu dis : Le silence est d’or.

      Tu n’as pas ta langue dans ta poche

      Tu dis : Les idées, c’est comme les chaussures, celles qui ne sont pas à votre pointure

      risquent de vous empêcher de marcher.

 

      Moi, pour t’ennuyer, je te réponds : 

      Un penseur est un va nus pieds.

 

      J’invente des titres impossibles pour des livres que je n’écrirai jamais.

 

       « Voyage au bout de l’ennui » et « Rêveries du promeneur solidaire »

      sont mes deux préférés.

 

       « Traverses » 

      sera le plus beau.

 

       © Jean-Louis Crimon 

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 08:57
La soupe à cailloux. © DR

La soupe à cailloux. © DR

 

        Ce caillou bizarre 

        pomme de terre à la peau brune

        je l’ai toujours dans ma poche

        comme un trophée

        un talisman

        un trésor

 

        Pomme de terre éternelle

        inoxydable

        imputrescible

        silex silencieux depuis si longtemps

        qui ne parle qu’à moi

        le soir très tard

        ou la nuit

 

        Pomme de terre fossile venue de la nuit des temps

        pomme de terre-caillou de la mi-août

        pomme de terre-caillou qui se fout du mildiou

 

        Des pommes de terre cailloux, j’en ai des dizaines

        rangées dans le bas du placard de ma chambre

 

        Souvent mon père me chambre :

        un jour, on va les cuire, tes patates-cailloux

        on fera un grand feu dans le jardin

 

        On les mettra dans le grand chaudron

        avec de l’eau

        des poireaux

        des carottes et des oignons

 

        Ce jour-là

        tu sauras

        quel goût elle a

        la soupe à 

        cailloux

 

        

       © Jean-Louis Crimon 

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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 09:57
Bourdon. Cimetière Allemand. Août 1978. Mon père, Georges Crimon. © Jean-Louis Crimon

Bourdon. Cimetière Allemand. Août 1978. Mon père, Georges Crimon. © Jean-Louis Crimon

 

      Quand je regarde les mains de mon père

      Je me dis que ces mains-là

      Sont toutes les leçons de philosophie

      Que je cherchais en vain dans les livres

 

      Quand je regarde les mains de mon père

      Je me dis qu’elles sont aussi

      Le prix des peines acceptées

      Et des révoltes contenues

 

      Parfois je les vois deux poings forts

      Frappant la tête des gouvernants

 

      Mais quand je regarde les mains de mon père

      Je vois que les poignets sont encore rouges

      Des chaînes qu’il lui a fallu porter

 

      Je me demande sans comprendre

      Pourquoi il n’aspire qu’à se taire

      Et comment il a pu tant accepter

 

      Je sens qu’au fond de moi la révolte gronde

      Je sais pourquoi je veux la fin du vieux monde

 

      Alors que mon père me pardonne

      De ne pas seulement rêver de liberté

      Alors que mon père me pardonne

      S’il apprend qu’un fils d’esclave s’est révolté. 

 

 

      © Jean-Louis Crimon 

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25 décembre 2020 5 25 /12 /décembre /2020 09:27
Paris. RER Saint-Michel. Déc. 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. RER Saint-Michel. Déc. 2012. © Jean-Louis Crimon

 

     Tu te souviens de ce soir de décembre

     RER B Station Saint-Michel

     Rictus vient s’asseoir devant toi

     Rictus dessiné par Steinlen 

 

     Il te fait face cheveux hirsutes

     Regard hagard dans le train du soir 

     Après avoir arpenté l’allée du train deux fois

     Dévisagé un à un le visage de chacun

     Il t’a choisi, toi

 

    Vous ne vous parlez pas

    Vous ne prononcez aucun mot

    Juste un regard qui en dit long

    Tu penses tout bas mais très fort 

    Je sais qui vous êtes mais je ne dirai rien

 

    Le poète populaire

    Randon de votre vrai nom

    Rendons à Randon ce qui est à Rictus

    Rendons à Rictus ce qui est à Randon

    Gabriel Randon, Rictus, Jehan Rictus

 

    Il a raison celui qui chante « Longtemps, longtemps, après que les poètes ont disparu, 

    leurs chansons courent encore dans les rues… »

 

    R E R 

    Rictus Est Rictus

    Rictus Est Randon

    Randon Est Rictus 

 

    Je venais d’acheter « Le Cœur populaire » chez un bouquiniste du quai de la Tournelle.

    Poèmes, Ballades, Plaintes et complaintes.

    S’il est permis, une fois ou deux, dans la vie, de croire aux signes, sûr, ce soir-là, c’était un signe. 

    L’Ange Gabriel venu annoncer l’enfantement d’un poète. Sa naissance. Ou son retour.

    Jehan Rictus et ses Soliloques du pauvre. 

 

    « Tout d’même, si qu’y r’viendrait… »

 

   

    © Jean-Louis Crimon 

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