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9 avril 2022 6 09 /04 /avril /2022 08:27
Amiens. Petit séminaire. 6ème de l'Abbé Guisembert. Année scolaire 1960-61. © DR

Amiens. Petit séminaire. 6ème de l'Abbé Guisembert. Année scolaire 1960-61. © DR

Grand-père Zanda, j'aurais tant aimé que tu sois là pour mon entrée en sixième, au Petit séminaire d'Amiens. Sur la photo, je suis au premier rang, assis en tailleur, le premier dans le coin gauche. Interne. Avec des retours en famille seulement une fois tous les quinze jours. Le Père supérieur et le Préfet de discipline appelaient ça la "Grande sortie". Pour des chahuts à l'Etude du soir ou au dortoir, la "Grande sortie" nous était supprimée et alors, on était un mois sans revoir notre famille. 

 

© Jean-Louis Crimon

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8 avril 2022 5 08 /04 /avril /2022 08:27
L'Est Républicain. 2 Novembre 1932. Page 4. © Jean-Louis Crimon

L'Est Républicain. 2 Novembre 1932. Page 4. © Jean-Louis Crimon

En fait, Grand-père Zanda, grand cachotier, tu as aussi eu un fils. Ton fils. Je viens d'en découvrir l'existence, d'une façon tout à fait fortuite. Un bel article en page 4 de L'Est Républicain, en date du mercredi 2 novembre 1932. La relation d'un fait-divers. Un fait-divers qui, pour une fois, ne fait pas diversion. Bien au contraire. La vérité sort de la bouche des enfants. D'un petit enfant de trois ans qui travers la rue imprudemment. Un jour de l'année 1932. Un mercredi de début novembre.

 

Quatre-vingt cinq ans plus tard, un jour de l'an 2017, par pur hasard, la vérité éclate. Zanda a eu un fils. Après sa fille Juliette, conçue avec Berthe Leloup. Un fils prénommé François, comme son père, François Zanda. Conçu avec une autre mère, Jeanne Bourgeois. Né en 1929, juste après ta fille, Juliette, née en 1928. Un fils qui devait être un petit gamin très turbulent, sinon très imprudent. Mais lisons d'abord le bel article dont François Zanda, garçonnet de 3 ans, est le héros.

" Un enfant est renversé par une auto. — La semaine dernière, un automobiliste se dirigeant vers Murvilie, arrivait à proximité des premières cités de Bonviilers, quand il aperçut plusieurs enfants qui jouaient sur le côté droit de la route, sens de la marche, et un troupeau d'oies qui tenait la gauche ; quelques mètres plus loin, un deuxième troupeau venait à droite. L'automobiliste,afin de prévenir les enfants de son approche, actionna son appareil avertisseur et prit légèrement sa gauche pour les doubler. Au moment où il passait à la hauteur du groupe formé par les bambins, l'un d'eux, un garçonnet de 3 ans, le petit Zanda François, traversa la chaussée en courant et un deuxième suivit. Ne pouvant passer derrière le premier, par crainte de heurter le second, le conducteur donna un brusque coup de volant à gauche et les deux roues avant de sa voiture allèrent tout doucement dans le fossé ; à ce moment, il ressentit un léger choc provenant de la droite du véhicule et s'arrêta aussitôt. Descendant immédiatement, il se porta au secours de l'enfant Zanda. qui avait dû être touché par le marchepied, et le releva ; l'enfant fut ensuite emmené au domicile de la personne qui le garde. L'automobiliste fit appeler un docteur et, en attendant son arrivée, l'enfant fut soigné par l'infirmier de la mine de Murvilie. Le petit blessé porte des contusions multiples sur les deux jambes et une large plaie à la tête ; le docteur a jugé son état sans gravité, sauf complications. Grâce à la prudence et à l'allure modérée à laquelle roulait l'automobiliste, cet accident n'aura aucune suite fâcheuse ; mais il serait utile que les mamans surveillent de plus près leurs enfants, surtout les tout petits."

 

En fait, grand-père Zanda, toi qui as reconnu ton fils, François, et laissé à ta fille, ma mère, le statut ingrat d'enfant naturelle, pour ne pas dire -horrible expression- d'enfant "illégitime", de bâtarde, jusqu'à ce qu'un aure Italien, Francesco Filippin, la légitime en épousant Berthe Leloup, toi qui as abandonné ta fille Sarde, Maria, et ne l'a jamais revue, ni sa mère, peut-être que tu n'aimais pas les filles, même si tu adorais les femmes, leurs mères... Surtout leurs mères. Auxquelles tu faisais, une fois par an, le cadeau d'un enfant. Trois femmes, trois mères, une Sarde et deux Françaises. Trois enfants, deux filles et un garçon.

 

Francesco Zanda avait un fils, appelé François Zanda. Juliette, ma mère, n'a jamais su qu'elle avait un demi-frère. Reconnu, lui, tout à fait officiellement, par son père. Juliette n'eut pas cet honneur-là.

La vérité sort de la bouche des enfants. Quand ils traversent la rue imprudemment et qu'ils se retrouvent dans la page des faits-divers. Mémoire de papier journal. Pas banal.

 

© Jean-Louis Crimon

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7 avril 2022 4 07 /04 /avril /2022 08:27
Bouligny-les-Mines. (Meuse). Joudreville. Les Mines. © Ch. Adam.

Bouligny-les-Mines. (Meuse). Joudreville. Les Mines. © Ch. Adam.

Grand-père Zanda, tu sais, à la maison, ma mère, Juliette, ta fille, nous parlait souvent de Joudreville. Elle nous racontait que tu y avais été mineur et que sa propre mère lui avait dit un jour que tu étais mort le jour de sa naissance, le 2 août 1928, dans un coup de grisou au fond de la mine. Ce terrible coup du sort a été notre vérité première. Jamais remise en cause. Puisque ma mère la tenait de sa propre mère, ma grand-mère maternelle, Berthe Leloup. Une vérité en forme de légende. Tu étais notre héros. Jusqu'au jour où ma mère me demanda - toi, tu sais écrire ! - de faire une belle lettre au Directeur de la Mine de Joudreville afin de recueillir des précisions sur cet accident au fond de la mine. J'étais journaliste depuis peu, j'obtempérais. La réponse ne tarda pas. Elle laissa ma mère sans voix. Le Directeur était formel. Catégorique. Les archives consultées, une autre vérité se faisait jour. Il n'y avait pas eu d'accident mortel à la mine de Jourdreville le 2 août 1928. 

J'avoue que la réponse du Directeur de la Mine, sur un beau papier à en-tête, me mit en tête un début de raisonnement que je gardais pour moi. Ne voulant pas semer le moindre doute dans l'esprit de ma mère.

 

© Jean-Louis Crimon

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6 avril 2022 3 06 /04 /avril /2022 08:27
Le pianure vegliate dai Nuraghi. Les plaines surveillées par les Nuraghi. © DR

Le pianure vegliate dai Nuraghi. Les plaines surveillées par les Nuraghi. © DR

Grand-père Zanda, tu es mort vraiment trop tôt. J'aurais tant aimé que tu me racontes l'histoire de ton île. Les plaines surveillées par les Nuraghi. Que tu m'expliques qu'un nuraghe est une tour ronde en forme de cône tronqué. Un édifice mégalithique caractéristique de la culture nuragique. Une culture apparue en Sardaigne deux mille ans avant notre ère. Nuraghe, petite soeur ou cousine des pyramides d'Egypte. 

 

© Jean-Louis Crimon

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5 avril 2022 2 05 /04 /avril /2022 08:27
Costumes de Sardaigne. Vers 1880. © DR

Costumes de Sardaigne. Vers 1880. © DR

Grand-père Zanda, aucune photo de toi dans la boîte à photos de la famille. C'est vrai, notre album était une boîte à chaussures en carton reconvertie pour une plus noble fonction. Le soir, après le souper, - il n'y avait pas encore la télévision à la maison - on ouvrait la boîte et ma mère, rarement mon père, faisait les commentaires. D'abord, elle donnait les prénoms et les noms des gens sur la photo, précisait "de notre famille ou pas de notre famille", avant de dire le métier de l'homme ou le lieu où la photo avait été prise. Ma petite soeur et moi, on était bouche bée devant tout ce qu'une simple photographie pouvait évoquer. Peu à peu, je dessinais dans ma tête l'arbre généalogique de la famille.

J'aurais aimé voir une photo de toi enfant ou plus tard prenant le chemin de la mine. Ou un peu avant, gardant les chèvres de ton père chevrier, trop occupé à terminer les paires de sabot commandées. Sabotier et chevrier, double métier pour Antioco le paternel, pour nourrir au mieux les cinq personnes de la famille, les deux parents et les trois enfants.

 

© Jean-Louis Crimon

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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 08:27
Amiens. La Confirmation solennelle. Eglise Sainte-Martin. Avril 1961. © DR.

Amiens. La Confirmation solennelle. Eglise Sainte-Martin. Avril 1961. © DR.

Grand-père Zanda, j'aurais aimé te raconter le jour de ma communion solennelle et le mauvais tour joué par grand-père Maillet. Oui, grand-père Crimon était déjà mort. Mort très jeune aussi. Du gaz moutarde de la première guerre mondiale. Gaz utilisé pour la première fois en Belgique, près d'Ypres, d'où son surnom de gaz Ypérite. Terreur des champs de bataille. Même si, ont noté les historiens, ces gaz de combat n'ont été responsables que d'un petit nombre de morts. Tout est relatif : 90.000 sur les 10 millions de soldats tués dans la grande boucherie de 14-18.

Grand-père Edouard Maillet avait donc épousé grand-mère Edith, jeune veuve avec déjà deux enfants, Maurice, l'ainé, et Georges, le cadet, Georges qui sera mon père. Le jour de la communion solennelle, au beau milieu de l'après-midi, au moment où nous venions de regagner le choeur de la petite église Saint-Martin, grand-père Edouard, jusque là irréprochable, ne se sentit soudain pas très à l'aise dans ses habits d'ouvrier. Pour la première fois de sa vie, la seule sans doute, Edouard eut honte de ne pas avoir d'habits du dimanche et de ne pas être comme les autres hommes en impeccable costume croisé. Grand-mère Edith eut beau lui labourer les côtes à grands coups de coude, rien n'y fit : Edouard était têtu, il ne bougea pas de son banc. 

Ce qui devait arriver arriva. Je suis le seul petit séminariste à me présenter devant Monseigneur l'Evêque sans parrain de confirmation. Scandaleuse entorse au rituel sacré. Je suis le mouton noir au milieu du troupeau d'aubes blanches. Je tremble de tout mon être, de toute mon âme sans doute, si Dieu existe vraiment.

 

Sur la photo, c'est un parrain d'emprunt, le parrain de l'enfant qui me suivait dans la longue file des communiants. L'Evêque a eu la présence d'esprit, pour me sauver la mise, de lui demander de poser sa main sur mon épaule. Ce qui n'enlève rien à la cruauté de l'instant à vivre, mais ce qui fait, sur le champ, une bonne photo.

 

© Jean-Louis Crimon

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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 08:27
Hôpital Maringer. Nancy. Acte de décès de Francesco Zanda. 11 Sept. 1936. © DR

Hôpital Maringer. Nancy. Acte de décès de Francesco Zanda. 11 Sept. 1936. © DR

Les archives de l'hôpital Maringer de Nancy ont gardé mémoire du jour de ta mort. 11 septembre 1936. L'acte de décès précise que tu étais entré à l'hôpital le 4 avril 1935, sans indication de la raison. Sous la rubrique "Genre de maladie" est écrit " Ostéite Bacillaire Amputation." Trois mots qui sont la clé de l'histoire. De ton histoire.

L'ostéite, définition médicale, se manifeste par un "syndrome infectieux à fiévre élevée, des maux de tête, des frissons, des douleurs vives musculaires et osseuses au niveau de la partie atteinte". Un accident au fond de la mine, un bloc de minerai qui te tombe sur le pied ou sur la jambe, sans doute la cause de ton hospitalisation. Reste une question, la question : dans ton cas, amputation immédiate ou tardive. 

 

Dans le récit des accidents des mines de fer, à Pompey, à Marbache, publiés dans la presse locale ou régionale, entre 1857 et 1955, se trouvent des indications précieuses sur le travail des mineurs et sur les accidents. Au fond de la mine, dans les galeries, les boyaux étroits, la menace de l'éboulement était présente à chaque instant. 

 

Exemples de cette longue litanie des misères des mineurs des mines de fer :

 

.- La chute soudaine d'un énorme bloc de minerai, sous lequel il travaillait, vient d'occasionner la mort, à Pompey, d'un ouvrier du nom de Pinasse (Hippolyte), âgé de 33 ans, né à Commercy (Meuse) et domicilié à Dieulouard.


..Il y a quinze jours, à Marbache par suite d'un accident semblable, un jeune garçon de dix-sept ans, Edouard Masson, était horriblement mutilé et venait mourrir à l'hôpital Saint-Charles de Nancy.
(Le Journal de la Meurthe et des Vosges du mercredi 27 mars 1857)

 

..- Un ouvrier mineur du nom de Boccardi (Henry), âgé de 36 ans, a été renversé, à Marbache, sous des wagonnets qui ont déraillé et a eu la jambe droite brisée. On l'a transporté à l'hôpital Saint-Charles de Nancy, et l'amputation du membre a été jugée nécessaire.
(L'EST REPUBLICAIN du mercredi 6 avril 1870)

 

..- Le sieur Etienne Coudry, âgé de 48 ans, wagonnier à la mine de Marbache, est accidentellement tombé d'une hauteur de dix-sept mètres sur un wagon vide, et s'est tué sur le coup.
(Le Journal de la Meurthe et des Vosges du mercredi 20 juillet 1870)

 

..- On nous signale de Marbache la mort accidentelle, par suite de la chute d'un bloc de minerai, du nommé Gustave Hongardy, originaire de Belgique, travaillant à la mine de cette localité. Il était âgé de 23 ans.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du mercredi 12 juin 1872)

 

..- Le 17 courant, le nommé Jacquelin (Picard-Etienne), âgé de 42 ans, ouvrier mineur à Marbache, était à travailler dans son chantier avec les nommés Conder et Bruyer qui l'aidait à haver un bloc de minerai du poids de 200 kilogs environ, lorsque tout à coup ce bloc est tombé sur sa jambe gauche et l'a fortement contusionnée. Aussitôt ses camarades ont prévenu M. Gautherat, conducteur de la mine, qui a fait transporter le malheureux ouvrier chez lui où le docteur Claude, de Pompey, lui a donné les premiers soins.
..On pense qu'il sera au moins quinze jours sans pouvoir travailler.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du mardi 23 juin 1874)

 

.- Le sieur Guiber (Prosper), de Marbache, âgé de 20 ans, a eu le pied gauche broyé par un éboulement en travaillant dans une mine de minerai, il a été transporté à l'hospice de Pompey, où il a reçu les soins de M. le docteur Claude.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du mardi 5 janvier 1875)

 

..- Il y a Quelques jours, le nommé Prosper Guéler, ouvrier mineur à Marbache, était occupé sur son chantier, lorsque tout à coup un bloc de minerai se détacha de la voûte et lui broya le pied gauche.
..Il a été aussitôt transporté à l’hospice de Pompey, où il reçoit les soins nécessités par son état.
..Le médecin estime que cette blessure entraînera une incapacité de travail de près de trois mois.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du jeudi 7 janvier 1875)

 

..- Ces jours derniers, le nommé Quériot, domestique, âgé de 37 ans, ouvrier mineur, demeurant à Marbache, était occupé à déblayer du minerai dans une galerie, lorsque tout à coup un bloc vint à se détacher de la voûte et tomba sur le malheureux ouvrier qui eut la jambe et la cuisse fracturées. M. le docteur de la mine fit aussitôt transporter le blessé à l'hospice de Pompey, où il reçut les soins de M. le docteur Claude qui a déclaré que le malheureux ne reprendrait pas son travail avant quatre mois.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du mardi 20 mars 1877)

 

..- Marbache. - Blessure accidentelle au nommé Jean Dussac, mineur à Marbache. Oeil perdu par la suite d'un éclat de minerai.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du mardi 14 décembre 1880)

 

.- Le nommé Caro, mineur à Marbache, a été grièvement blessé par un bloc de minerai qui lui a fracturé la jambe droite.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du vendredi 4 novembre 1881)

 

..- Le nommé Pierre Bezzi, mineur à Marbache, se disposait à abattre un bloc de minerai du poids de 2,000 kilogs environ, lorsque tout à coup, ce dernier se détacha. Bezzi ne put l'éviter et eût le pied gauche broyé. M. le docteur Claude de Pompey, a déclaré que l'amputation d'une partie du pied serait nécessaire.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du samedi 11 février 1882)

 

..- Le nommé Charles Chirio, âgé de 19 ans, mineur à Marbache, a été atteint par un bloc de minerai du poids de 400 kg environ qui lui a fracturé la jambe droite.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du mercredi 26 septembre 1883)

 

..- Le 27 août dernier, le nommé Gudin, âgé de 45 ans, ouvrier mineur à Marbache, était occupé dans une galerie de la mine dite la Chevreuse, lorsqu'un bloc de minerai se détacha subitement de la voûte, vint rouler sur les talons de Gudin et lui a mutilé le pied gauche. M. le docteur Claude de Pompey, appelé à soigner le blessé a déclaré qu'il ne pourrait reprendre son travail avant trois mois.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du 1er septembre 1885)

 

..- Le 8 janvier, vers 10 heures et demie du matin, un mineur nommé Pouilleux, âgé de 40 ans, demeurant à Marbache, travaillait à la mine dans la galerie n°10.
..Il venait de donner les premiers coups de pic à un bloc de minerai, lorsque tout à coup ce bloc du poids d'environ 4,000 kilog. s'est détaché et lui est tombé sur la tête.
..Le malheureux n'a jeté aucun cri, la mort a été instantanée.
..Pouilleux laisse une veuve et six enfants.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du jeudi 13 janvier 1887)

 

..Voici les détails sur l'accident mortel dont a été victime l'autre jour un jeune homme de 19 ans : Le sieur Alfred Paillot, mineur à Marbache, était occupé à conduire des wagonnets de pierres au plan incliné de la carrière de cette localité.
..Il omit de placer la barre de sûreté devant l'ouverture du monte-charge et tomba d'une hauteur de près de 18 mètres avec le wagonnet sur lequel il était monté.
..Paillot est mort après deux jours de souffrances.


..- Le nommé Louis Jacquet, mineur à Marbache, déjeunait avec deux camarades dans l'une des galeries de la mine. Soudain, un bloc de minerai du poids d'environ 100 kilos, se détacha du plafond et atteignit Jacquet au pied droit. Il eut le gros orteil broyé et dut être conduit à l'hôpital de Nancy.
(L'EST REPUBLICAIN du mercredi 8 février 1899)

 

..- Jean Gabriel, âgé de 25 ans, demeurant à Saizerais, travaillait dans une galerie de la mine de Marbache. Ayant engagé sa pince entre le plafond et un bloc de minerai, celui-ci tomba subitement. L'ouvrier ne put se garer à temps. Il fut atteint par l'extrémité de la pince qui lui fractura la cuisse droite.
..Relevé par ses camarades, Gabriel a été transporté à l'hospice de Pompey. L'incapacité de travail sera d'environ deux mois.
(L'EST REPUBLICAIN du samedi 17 juin 1899)

 

..- Le jeune Roger Barthélémy, âgé de 17 ans, travaillant à la mine, ayant été heurté par un wagonnet, tomba sur la voie. Deux véhicules lui passèrent sur la jambe droite, lui broyant le pied.
..Le blessé a été conduit à l'hôpital de Nancy, où il devra subir l'amputation.
(L'EST REPUBLICAIN du dimanche 1er mars 1914)

 

.- Hier matin, vers 10 h.30, un accident mortel s'est produit à Marbache.
..Un mineur, M. Serge Bachetta, 34 ans, mariè, père de 4 enfants, demeurant à Custines et travaillant à la mine de Marbache a été tué par suite d'un éboulement.
..Il a eu la tête fracassée par un bloc de minerai. Le procureur, ainsi qu'un médecin légiste ont procédé à une autopsie. La gendarmerie poursuit son enquête en vue d'établir les causes de ce tragique accident.
(LE REPUBLICAIN LORRAIN du jeudi 7 avril 1955.

 

Longue litanie des misères des mineurs des mines de fer. Ton nom n'y figure pas, Zanda, sans doute parce que tu n'as jamais travaillé à Pompey ou à Marbache, plutôt à Bouligny et à Joudreville. C'est dans cette direction qu'il faut chercher. Qu'il me faut chercher. Je cherche. Qui cherche... trouve.

 

© Jean-Louis Crimon

 

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2 avril 2022 6 02 /04 /avril /2022 08:27
Musée de la Mine de Buggerru. (Sardaigne). Le travail des femmes et des enfants. © Jean-Louis Crimon

Musée de la Mine de Buggerru. (Sardaigne). Le travail des femmes et des enfants. © Jean-Louis Crimon

 

J'aurais tant aimé, mon grand-père Sarde, que tu me racontes ton premier jour de travail à la mine. Que tu me dises quel âge tu as quand ça commence. Même pas 10 ans. Comment on t'explique ce qu'il faut faire. Comment tu comprends que c'est ton destin puisque tu es l'aîné. Comment, le soir du premier jour, se passe ton retour à la maison de la rue près de l'église. Ce que te disent tes parents. A quoi tu penses quand tu cherches le sommeil et que tu te repasses le film de la journée.

Est-ce que les enfants aident les femmes dans leur travail ? Les femmes cassent les pierres, à coups de marteau et à mains nues, pour en extraire les minerais, zinc ou plomb, avant de les mettre dans des sacs. Toi, tu leur prépares les pierres ou tu préfères porter les lampes des mineurs ? avec ce morceau de bois au-dessus des épaules pour en prendre plusieurs à la fois ? Le travail à la mine, ça doit te changer du temps où tu jouais dans la montagne en gardant les chèvres. Ton père, Antioco Zanda, aurait bien préféré que tu sois berger. Mais, bien sûr, le travail à la mine, ça rapporte un peu plus d'argent à la maison.

J'aurais aimé aussi que tu me dises comment, avec tes yeux d'enfant, tu ressens ce travail dans les entrailles de la terre. Comment tu comprends les adultes quand ils parlent de luttes ou de grève pour améliorer les conditions de vie et de travail des mineurs du bassin minier sarde.

Oui, vraiment, j'aurais tant aimé que tu me racontes et que tu m'expliques tout ça, mon grand-père Zanda.

 

© Jean-Louis Crimon

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1 avril 2022 5 01 /04 /avril /2022 08:27
Francesco Zanda. 8 mars 1896. (Fluminimaggiore). 11 Sept. 1936. (Nancy).
Francesco Zanda. 8 mars 1896. (Fluminimaggiore). 11 Sept. 1936. (Nancy).

Francesco Zanda. 8 mars 1896. (Fluminimaggiore). 11 Sept. 1936. (Nancy).

Bien sûr, mes lettres sont restées sans réponse. Là où tu es, si tu es quelque part, on n’écrit pas à ceux d’en bas. A supposer que toi, tu sois en haut. Le fait que tu n’aies pas eu de vraie tombe, dans un vrai cimetière, me fascine chaque jour davantage. Fosse commune, pour un destin peu commun, n’est pas une fin commune.

Je pense souvent à ce jour-là où on t’as mis en terre. Etait-ce dans l’enceinte de l’Hôpital ? Là où tu es mort. Etait-ce dans le carré des indigents ? Est-ce qu’au moins il y a eu deux ou trois humains pour accompagner ton cercueil ? Un camarade de la mine, un prêtre, un enfant de choeur ? Est-ce que tu es mort seul dans ta chambre d’hôpital, te plaignant de souffrir, comme Rimbaud, de ta jambe amputée. Est-ce que tu as dit comme tous les amputés : « j’ai mal à la jambe que je n’ai plus » ? Est-ce que quelqu’un t’a tenu la main pour le passage ? Est-ce que tu t’es senti mourir ?  Est-ce que tu as revu des images de ton village de Sardaigne ? Est-ce que tu as eu la force de redessiner mentalement les rues de Fluminimaggiore, et d’abord cette petite rue près de l’église où tu es né et où tu habitais, enfant et adolescent ? Est-ce que tu as revu, un à un, comme on égraine un chapelet vivant, les visages de tous ceux que tu as connus et aimés dans ta vie de jeune sarde ? Antioco, ton père sabotier et chevrier ? Maria, ta mère. Vincenzo, ton frère le plus proche de toi ? Maria, la seule fille de la famille ?

A quoi as-tu pensé au moment ultime, au moment du dernier souffle, à l’instant du dernier soupir ? Je ne pourrai jamais le savoir. Je ne le saurai jamais. Sur qui ou sur quoi as-tu porté ton dernier regard ? Questions inutiles puisque forcément sans réponse. 

Une seule certitude pour moi, ton petit-fils, je me dois d'écrire l'histoire. Ton histoire. Je me dois de redonner vie à ta vie. Je dois écrire le roman de ta vie. Le roman de Zanda le Sarde. 

 

© Jean-Louis Crimon

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31 mars 2022 4 31 /03 /mars /2022 08:27
Amiens. Bord de Somme. Août 2014. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Bord de Somme. Août 2014. © Jean-Louis Crimon

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