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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 00:07
Amiens. Tour Perret. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Tour Perret. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                            1

Je me souviens de tout, je me souviens de rien, je me souviens d'Amiens. Amiens, c'est tout ou rien.


                                                                            2

Je me souviens de l'Ange Pleureur, frangin, sans rire, de l'Ange au Sourire. La Cathédrale de Reims, tout sourire, la Cathédrale d'Amiens, tout en pleurs de pluie. Blasset, c'est juste une larme que l'Ange essuie.

                                                                            3

Je me souviens d'Amiens chagrin, d'Amiens chagrine, Amiens au goût étrange et sensuel de pluie fine.

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

 

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 18:51
Amiens. Pierre l'Ermite. Place Saint-Michel. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Pierre l'Ermite. Place Saint-Michel. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher piéton incrédule,

 

Dans le contre-jour du soir, l'homme terrifie encore, mais son appel à la croisade t'indiffère. Qui ne croit pas au Paradis ne craint pas l'Enfer. Ni ne tremble face à la menace de la divine colère. Pour celui qui n'a pas la foi, croire au ciel n'est qu'une inversion de préoccupations très terre à terre.

A première vue, rien de commun entre le photographe et le prédicateur. A y regarder d'un peu plus près, une jolie parenté les rassemble. En apparence seulement. C'est un fait : tous deux cherchent la lumière.

Le photographe n'a pas peur du soleil. Au contraire, il en use, il en ruse et s'en amuse. Pour mieux silhouetter le sujet ou le personnage. A son avantage. Le soleil rasant du soir est un compagnon intarissable. Un bavard jamais sans ressource.

Ton regard s'en va boire le dégradé de gris jusqu'à la lie car tu sais que le gris s'en va finir sa vie tout en noir.

Statue, stature. Posture ou imposture. Plus de neuf cents ans déjà que l'Ermite prénommé Pierre, a secoué la terre, pour lever la croisade des pauvres gens. Pierre d'Amiens ou Pierre d'Achères, plus connu sous l'identité de Pierre l'Ermite ou L'Hermite. Pierre qui prit la tête de la croisade dite des pauvres gens en... 1096. Il y a, mais oui, très précisément 920 ans.

En ce temps-là, on croit, dur comme fer, aller à Jérusalem pour livrer le combat final et instaurer le Royaume de Dieu sur la terre. Pierre l'Ermite sera ce prédicateur fanatique qui, par ses harangues, met en marche ces masses de miséreux vers la cité sainte. Massacrant tout au long du chemin ceux qui ne croient pas comme eux.

 

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Guibert de Nogent, l'un des plus fiables des chroniqueurs du temps, raconte :

 

"Nous le vîmes parcourir les villes et les villages et prêcher partout. Le peuple l'entourait en foule, l'accablait de présents et célébrait sa sainteté par de si grands éloges que je ne me souviens pas que l'on ait jamais rendu pareils honneurs à toute autre personne... En tout ce qu'il faisait ou disait, il semblait qu'il y eût en lui quelque chose de divin ; en sorte qu'on allait jusqu'à arracher les poils de son mulet pour les garder comme reliques."

 

Le succès de Pierre l'Ermite est indéniable. Dès l'annonce de la marche sur Jérusalem, par centaines, par milliers, des petites gens quittent tout pour suivre cet homme inspiré. Partout où Urbain II n'a pu lui-même faire lever la moisson, Pierre l'Ermite prêche. Inlassablement. Et la troupe de fidèles exaltés, depuis le Berry, de grossir toujours plus. Si le pape a donné rendez-vous aux hommes d'armes le 15 août 1096 au Puy, le départ des humbles est fixé au 8 mars. Les chroniques locales rapportent qu'on vit "des pauvres ferrer leurs bœufs à la manière des chevaux, les atteler à des chariots à deux roues  sur lesquels ils chargeaient leurs minces provisions et leurs petits enfants, et qu'ils traînaient ainsi à leur suite".

 

La Moselle franchie, l'équipée atteint Trèves. Le 12 avril 1096, Pierre l'Ermite et sa caravane de loqueteux entrent dans Cologne. Cap est mis bientôt par les routes d'Europe centrale vers les Balkans et la mystérieuse Constantinople, fascinante et inquiétante pour des chrétiens romains tout juste coupés officiellement de leurs frères orthodoxes (1054).

 

La confrontation à des communautés inconnues, doublée d'une exacerbation des passions et de l'impatience à en découdre avec des infidèles, conduit cependant très vite à des drames. Au nom du Christ. Dans ses Chroniques hébraïques, Solomon bar Simson rapporte ainsi : "En passant par les villages où il y avait des juifs, ils se disaient l'un à l'autre : "Voici que nous marchons par une longue route à la recherche de la maison d'idolâtrie et pour tirer vengeance des Ismaélites, et voici les Juifs dont les ancêtres le tuèrent et le crucifièrent pour rien, qui habitent parmi nous. Vengeons-nous d'eux d'abord, effaçons-les du nombre des nations."

 

La fureur sacrée tourne à la soif de purification de la foi par le sang versé en son nom. Décimant une communauté particulièrement florissante, le pogrom de Rouen, le 26 janvier 1096, est bientôt connu par les croisés qui s'en vantent mais plus vite encore par les juifs de France qui alertent leurs frères allemands, leur suggérant, pour éviter le même sort, de donner aux croisés vivres et argent. Aussi, lorsque Pierre et ses hommes quittent Cologne le 20 avril pour la frontière hongroise, on ne déplore aucun excès criminel, sans qu'on puisse évaluer au prix de quel substantiel dédommagement.

 

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En 1854, Lamartine refusera d'assister à l'inauguration de la statue d'Amiens. Le poète, célèbre pour avoir célébré Le Lac, - bien avant Julien Doré ! -, avait aussi et surtout, en vrai républicain, de fortes convictions politiques. Pour argumenter sa volontaire absence amiénoise, Alphonse de Lamartine déclara :

"Je considère Pierre l'Ermite comme un derviche chrétien conduisant l'Europe en aveugle à la perte de son temps, de son sang et de son bon sens.

"Rien de beau hors de l'humanité, rien de vrai dans le fanatisme."

 

Paroles plus que jamais d'actualité, mais qui saurait aujourd'hui invoquer Alphonse de Lamartine ?

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 20:13
Amiens. Jardin de l'Evêché. 19 Déc. 2016. 17:10. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Jardin de l'Evêché. 19 Déc. 2016. 17:10. © Jean-Louis Crimon

Cher rêveur impénitent,

 

Tu marches vers l'hiver et tu as la tête à l'envers. Tu rêves de printemps. Une hirondelle ne fait pas le printemps. Une coccinelle, si. Ça t'amuse, ce ciel qui ruse et la lumière du soir qui hésite encore à se couvrir d'or. Bête à Bon Dieu dans le jardin de l'Evêché. Faut-il y voir un signe ? Clin d'œil d'un plaisantin pèlerin. D'un bedeau malicieux.

Tu connais la légende. Au Moyen Âge, un homme accusé d'un crime qu'il n'a pas commis doit être décapité. Mais lorsqu'il pose la tête sur le billot, une coccinelle se pose sur son cou. Le bourreau tente de l'éloigner mais la coccinelle revient obstinément se poser sur le cou qui doit être coupé. C'est alors que le roi, Robert II le Pieux, y voit une intervention divine et décide de gracier l'homme. Ce jour-là est née l'expression « beste de bon Dieu ».

La coccinelle consacrée "porte-bonheur". Qu'il ne faut surtout pas écraser. Le vrai meurtrier, lui, aurait été finalement retrouvé quelques jours plus tard.

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 15:09
Amiens. Courrier Picard. Août 1979. © Gérard Crignier.

Amiens. Courrier Picard. Août 1979. © Gérard Crignier.

Cher épistolier fou à lier,

 

Dix jours. Dix jours pour être au 31. Pour être au 31 Décembre. Dernier jour de l'année 2016. Dernier jour de l'année et dernière lettre. Dix jours et dix lettres. Pour aller au bout de ton incroyable défi. T'écrire à toi-même une lettre chaque jour de cette année qui plus est bissextile. 366 lettres. 366 lettres à toi-même. Jusqu'au 31 Décembre. Dernier jour et dernière lettre. Des esprits chagrins ou sincèrement tristes, vraiment attristés, te feront remarquer que tu en as manqué quelques unes ou que le facteur blogueur - blagueur aussi sans doute - a dû en route égarer quelques unes de tes numériques missives, comme ça arrive, de temps à autre, au facteur des vraies lettres de la vraie vie. Ce facteur éclectique qui circule désormais... électrique.

 

Tu relis ce que "tu" t'écrivais, le 31 Décembre dernier, dans cette première lettre à... "toi-même" : 

" Je me demande à quand remonte ma dernière lettre reçue. La dernière enveloppe à mon nom et à mon adresse déposée dans ma boîte aux lettres par le facteur de mon quartier. En ces temps SMS, Texto, Twitter, Instagram, Whatsapp ou autre Snapchat, recevoir une lettre, une vraie lettre avec un vrai timbre, une vraie lettre avec une belle adresse manuscrite, une lettre qui ne soit pas missive EDF ou ENGIE, relance de facture impayée ou harponnage commercial, relève du miracle. Comme je ne crois pas aux miracles, j'ai cette fois vraiment décidé de m'écrire à moi-même. Une lettre par jour. La première datée du premier jour de l'année. On y est. J'y suis.

Problème : vais-je me dire "Cher vous" ou "Cher toi" ? Vais-je me tutoyer ou pas ? Ou bien dois-je m'écrire simplement comme on écrit à un ami ? Pour lui souhaiter, par exemple, Happy New Year. Même si, comme Gramsci, j'ai une sainte horreur du rituel obligé du Nouvel An. Antonio Gramsci qui écrivait il y a exactement 100 ans : "Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c'est pour moi la nouvelle année. C'est pourquoi je hais ces Nouvel An à échéance fixe qui font de la vie et de l'esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l'exercice à venir."

2016. Nouvelle année. Une année 2000, mais une seize. Seize qui rime avec A 16, l'autoroute pas loin de chez moi, même si je garde une inoxydable préférence pour les chemins de traverse. Seize qui rime avec ascèse, mode de recherche personnelle qui n'est pas pour moi. Même si donner un sens à sa vie passe par un cheminement intérieur et une forme d'exigence morale.

Gramsci encore : "Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour."

 

En ce siècle toujours débutant où l'on a cessé de s'écrire de "vraies lettres", décider de s'écrire, chaque jour, une lettre qu'on s'adresse à soi-même, tient sans doute d'une folie particulière, une folie douce qui se faufile en douce. Manière de revisiter le journal intime sans le "Je". Même si le "Je" se cache ou se couche, ou se lit, bien sûr, aussi dans le lit du "Tu".
 

 

Une certitude en tout cas, tu touches au but, sinon au port, et tu repenses très fort à ce 31 Décembre 2015 où tu t'es lancé ce défi absurde de t'écrire chaque jour, chaque matin ou chaque soir, une lettre à toi-même, parce que tu ne supportais plus ta boîte aux lettres désespérément... vide.

356 lettres plus loin, - preuve que ça n'était pas en vain -, tu te dis qu'arrive bientôt - mais oui - le temps de te... relire.

 

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 09:31
Paris. Bruno. 2012. © Jean-Louis Crimon.

Paris. Bruno. 2012. © Jean-Louis Crimon.

Cher toi qui a la chance d'avoir un toit,

 

Ta radio, en ce matin du premier jour de l'hiver, s'intéresse soudain à ceux qui sont dehors. On leur offre des radios, dérisoire réconfort. Même si, à sa façon, la radio, ça tient chaud. Place de La République à Paris, la colère d'Augustin Legrand - (" On fabrique des sans-abris tous les jours ") -, te rappelle tes propres mots, sur ton Blog, il y a tout juste... quatre ans.

 

Premiers froids.  Première gifle de l'hiver. Histoire de nous ramener au réel. Le réel, c'est quand il gèle. Quand ça pèle. Alors, on prend conscience. De la dureté des temps. De la froideur des nuits. C'est vrai, on avait oublié. Pourtant, celui qui dort dehors... dehors, il y dort aussi en été. Je sais, l'été, c'est pas pareil. C'est connu : La misère au soleil...

Dormir dehors. Mourir de même. La radio t'annonce le premier mort de l'hiver. A peine si ça t'étonne. On est encore en automne. Mourir dans la rue. Mourir sur le trottoir. Comme si c'était naturel. Normal. Banal. Les vendanges de la mort. Chaque année, la même rengaine. Quand le froid dégaine, dehors, c'est mortel. Le froid est un bandit cruel. Le bandit n'est pas manchot. L'oubliez pas, vous qui êtes au chaud.

Pensez à ceux qui ont froid. Qui meurent de froid. Tellement que, parfois, souvent, ils en meurent vraiment. Pensez à ceux qui vivent et s'endorment dehors. Ceux que l'hiver embrasse. Baiser de la mort. Sur des lèvres déjà bleues. Des lèvres déjà froides. Pour n'avoir pas trouvé un peu de chaleur. De chaleur humaine. Chaleur d'autres lèvres. Chaleur d'une bouche. Bouche à bouche salvateur. Du bout des lèvres, ils vous l'avouent : leur malheur, c'est d'abord manque de chaleur.

Unique réconfort de celui qui vit dehors : la chaleur... d'une bouche... de métro.  

 

Quatre ans plus tard, tu peux exactement écrire les mêmes mots. Rien n'a changé. Ou plutôt si : on dirait que ça empire.

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 14:35
Paris. Audience du 12 décembre 2016. © Martin BUREAU / AFP

Paris. Audience du 12 décembre 2016. © Martin BUREAU / AFP

Cher justiciable impuissant et misérable...

 

Ce matin, tu te demandes vraiment à quoi pense celle qui se croit au-dessus des lois ? Quelle arrogance ! Quelle insolence ! Quelle suffisance ! Ne s'est même pas déplacée pour entendre le jugement.

 

Ainsi donc la Cour de justice de la République a rendu son verdict, quant au rôle de Dame Lagarde dans l'arbitrage Tapie. Tout en la condamnant pour « négligence », la CJR a mis en avant sa « réputation nationale et internationale » pour justifier sa clémence. L'ancienne ministre de l'Economie a été jugée « coupable de négligence », mais a été dispensée de peine. Cette décision ne sera pas mentionnée dans son casier judiciaire. Remarquable, non ?

 

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), retenue, selon son avocat, « pour des raisons professionnelles », à Washington, n’est pas venue assister à la lecture de l’arrêt. Elle risquait jusqu’à un an de prison et 15 000 euros d’amende.

La cour a considéré qu’elle avait agi avec négligence en autorisant en 2007 une procédure arbitrale avec Bernard Tapie pour "solder" son litige avec l’ancienne banque publique Crédit lyonnais. Cet arbitrage avait attribué 400 millions d’euros à l’homme d’affaires.

 

Au printemps dernier, un sans-abri qui avait commis un vol alimentaire, chez une habitante de Figeac, un paquet de riz, des pâtes et une boîte de sardines, a été, lui, condamné à deux mois de prison ferme.

Lors de son procès, le sans-abri avait déclaré, pour sa défense : “J’avais faim. Je n’ai rien pris d’autre. C’était un vol par nécessité.”

Deux mois ferme.

 

« Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir

 

Jean de la Fontaine avait prévenu, prévenu... les prévenus.

 

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 14:37
Amiens. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher amiénois démasqué,

 

Tu n'en reviens pas. Cette ville est un village. Un vrai village. Ce mini bus électrique, - dix sièges à peine, et encore si l'on compte les deux strapontins -, c'est une cuisine, un salon. Un havre de paix. Un endroit convivial. Familial. On s'y parle. On se salue. On se sourit. A peine as-tu composté ton billet qu'un homme à la barbe blanche, assis au premier rang, - siège du copilote carrément -, t'interpelle élégamment. Restitution du dialogue impromptu :

 

- Monsieur, vous êtes Journaliste au Courrier Picard ?

- Oui, Monsieur, enfin... j'étais. Il y a quelques années. J'ai dû quitter le journal il y a plus de... 30 ans, en 82 ou 83. En 1982 ou en 1983. Dans l'autre siècle.

- Vous n'avez pas changé !

- Si peu, Monsieur, si peu... Sans nous faire offense, suis devenu, moi aussi, presque... vieux.

- Vous aviez écrit un article sur le cordonnier de la Rue Saint-Maurice...

- Quelle mémoire, Monsieur !

- Ma femme et moi, nous avions beaucoup aimé votre article. Nous l'avions découpé et gardé.

- Un livret militaire vendu 1 franc, m'en souviens très bien, moi aussi. Je l'avais acheté. Je trouvais indécent que l'histoire de cet homme que je ne connaissais pas, finisse comme ça, sur un mètre ou deux de trottoir. Un soir de vide-greniers, dans l'indifférence générale...

- Nous habitions la rue Saint-Maurice et nous l'aimions bien ce cordonnier.

- Cet article doit remonter au début des années 80. Oui, Réderie d'Avril, je crois. 1980 ou 1981.

- C'était un bel article. On y apprenait des petites choses sur la vie de cet homme...

- J'ai surtout en mémoire la chute du papier, la dernière phrase : Qui racontera jamais l'histoire de Jules-Léopold Longchamp ?

- Oui, s'appelait Longchamp, Jules Longchamp, notre cordonnier. Paix à son âme. Doit être mort depuis longtemps.

 

L'homme a laissé passer la Rue Beauregard, la bien nommée, pour demander l'arrêt suivant. Il t'a gratifié d'un beau sourire avant de descendre. Un sourire lumineux. Toi, tu n'en es pas encore revenu. Trente-cinq ans dans la vue.

Le Bus s'appelle "Cœur de Ville". Touché plein cœur dans le "Cœur de Ville". Un homme se souvient d'un article que tu as écrit il y a... 35 ans.

Grandiose.

Les mots simples sont longtemps vivants dans le cœur des gens.

 

Preuve que dans ce quotidien faussement dérisoire, sur l'essentiel, le temps n'a pas prise.

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 17:16
Paris. France. Chamboule-tout socialiste. 17 Déc. 2016. © DR

Paris. France. Chamboule-tout socialiste. 17 Déc. 2016. © DR

Cher citoyen écœuré, trompé, berné, entourloupé, trahi, déçu, cocu, usé, abusé, désabusé,

 

Tu voudrais tant croire encore à cette belle idée de démocratie. Seule idée qui vaille dans la manière humaine de vivre ensemble. Démocratie, du grec dêmos, peuple, et kratos, pouvoir, autorité. Démocratie, régime politique dans lequel le pouvoir est détenu et contrôlé par le peuple, - principe de souveraineté -, sans qu'il y ait de distinctions dues à la naissance, la richesse ou la compétence, - principe d'égalité -, double principe fondamental et vital. Double principe plus que jamais bafoué et pourtant plus que jamais d'actualité.

Tu rêves ou plutôt tu cauchemardes. Même au Parti socialiste, le Parti de Jaurès, le Parti de Blum, le Parti de Filoche, la démocratie fait ses valoches. Tu te dis ce midi que le PS n'a plus rien à voir avec la Gauche. Le PS n'est absolument plus de gauche. Ils ont viré Filoche. Ils ont inventé des artifices pour éliminer Filoche. Filoche leur foutait la pétoche. L'ont viré, fastoche, pour mieux lui faire les poches.

Jeudi 15 : la « Haute Autorité » de la primaire accepte 9 candidats et Filoche est parmi les 9 candidats.

Samedi 17 :  la « Haute Autorité » n’accepte plus que 7 candidatures et, bien sûr, Gérard Filoche n'est pas parmi les 7 candidats retenus.

Raison invoquée par la Haute Autorité et la direction du PS : Filoche n'a pas le nombre suffisant de parrainages. Filoche manque de parrainages. Manque pas de culot la Haute Autorité. Personne n'est dupe dans ce jeu de dupes. Car, côté parrainages obligatoires, il y a quelques petites dérogations : Sylvia Pinel (PRG), François de Rugy (Parti écologiste) ou encore Jean-Luc Bennahmias (Union des démocrates et des écologistes) ont été qualifiés pour la Primaire sans devoir rassembler le moindre parrainage. Le fait du Prince. Mais qui est le Prince ?

En fait, Filoche paie cash son franc parler et ses convictions d'homme de gauche. Filoche a eu le tort de s'être beaucoup trop opposé au projet de loi Travail, en critiquant la réforme sur le fond et en appelant même à la grève générale. Son exclusion des débats en dit long sur ces "gens de gauche" qui prennent des accents "de gauche" quand bon leur semble. A commencer par un ex premier qui, à sa manière, commence à revendiquer son droit d'inventaire. Ont de la ressource les sophistes.

 

Valls condamné à renier tout ce à quoi il a cru pendant cinq ans. Valls condamné à trouver son espace entre Macron et Mélenchon. Valls tétanisé par un face à face avec Filoche. Effrayé par un débat qui aurait été un vrai débat.

Aujourd'hui, la Démocratie française a beaucoup perdu.

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 13:10
Amiens. Rue Jean Jaurès. 13 Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue Jean Jaurès. 13 Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher écœuré de la gauche qui va finir par passer l'arme à gauche,

 

 

Ah ça, tu peux te le dire :  elle est jolie ce midi, leur Belle Alliance Populaire ! Peuvent être fiers d'eux ces petits prétentieux. Ont réussi à éliminer Filoche. N'ont pas tenu compte de ton avertissement :

 

QUAND LA GAUCHE S'EFFILOCHE,

LA GAUCHE, C'EST FILOCHE !

 

Pas de "wild card" pour Filoche, pourtant c'était fastoche. Comment généreusement proposer une "wild  card" à Macron ? comment inviter, sans obligation de parrainages, Benhamias et de Rugy et virer Filoche au motif qu'il n'a pas, lui, le nombre suffisant de parrainages ? Sinon pour objectivement empêcher Gérard Filoche de défendre ses idées à la Primaire de la Gauche.

 

Les idées, d'où qu'elles viennent, sont des idées. A ce titre, elles ont droit au débat. Droit d'être débattues, droit d'être combattues, et même -soyons classe - droit d'être... battues. Mais qu'on leur laisse au moins, à ces idées-là,  le droit de participer au débat. Manifestement, certains socialistes ne le veulent absolument pas. En tout cas, ne l'ont pas voulu.

 

Pauvre Filoche qui avait pris, lui, il y a 22 ans, le pari de faire évoluer le PS... de l'intérieur ! Le voilà, à tout jamais, à... l'extérieur. La Primaire, pas pour lui, à cause d'esprits très... primaires.

 

A la Primaire des faux derches et des faux culs, tu te dis aujourd'hui que tu n'iras pas te compromettre, ce serait pire que d'être allé voter Juppé à la Primaire de la droite et du centre ! Au moins, ce dimanche 20 novembre, tu savais pourquoi.

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 15:56
Jacques Darras. Comédie de Picardie. 15 Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Jacques Darras. Comédie de Picardie. 15 Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher tenant de la... pique hardie,

 

Toi qui prends pour certaine et véridique cette étymologie que d'autres estiment plutôt du côté de la légende, quand tu écoutes Darras, Jacques Darras, tu te sens plus que jamais PICARD. PICARD de... PICARDIE, n'en déplaise à ces bas de plafond, pour ne pas dire bas d'autre chose, qui pour se la péter, t'ont autoritairement rebaptisé Hauts de France.

Vivre dans le bas des Pays-Bas ne destine pourtant pas à prétendre se nommer Hauts. Qui  plus est... Hauts de France.

Toi, ton nom, ton identité, c'est Picardie. Ce soir, tu es venu pour écouter ce qu'un Picard dit. Pas n'importe quel Picard. Le premier d'entre nous sans doute. Car cet homme qui conférence, tantôt assis à sa table, tantôt debout au pupitre, c'est un être d'une qualité, d'une intelligence, d'une rare culture. D'une autre pointure que le pitre qui prétend nous diriger, nous administrer, nous gouverner... Hauts de France.

 

Jacques Darras est non seulement un universitaire brillant, un poète reconnu, publié chez Gallimard, c'est aussi un showman incroyable. Qui te donne vie et voix à tous ces auteurs de Picardie et d'Artois qui ont écrit les plus belles pages de la littérature... française. Qu'on le dise et qu'on (se) le dise, pour que jamais plus l'on ne médise sur ce pays si particulier et tellement talentueux. Comme l'a joliment dit Philippe Leleux, en accueillant Jacques Darras : " On n'a pas à être fier d'être né quelque part, mais on n'a pas à en avoir honte non plus !" Formulation d'un sentiment très picard. Formulation bien balancée. La soirée était lancée, bien lancée. La soirée pouvait commencer. Darras ne se fit pas prier...

 

" Tout Picard que j'étoais..." Racine, Les Plaideurs, Acte I, scène 1 :

 

Tout Picard que j'étoais, j'étoais un bon apôtre,

Et je faisoais claquer mon fouet tout comme un autre...

 

Darras a fait claquer son fouet pendant deux bonnes heures. Un marathon littéraire d'une richesse et d'une originalité rare. Adam de la Halle, Lefèvre d'Étaples, La Fontaine, Racine, - et tu en passes, tu en oublies -, le conférencier brosse à haute voix, un tableau impressionnant, jamais réalisé à ce jour de l'étonnante continuité littéraire picarde enrichie par l'Artois voisin. Vitalité, drôlerie et originalité de nos ancêtres dans le domaine de la pensée et du style. Avec cette signature particulière de l'oralité dans cette écriture... vocale. Darras donne de la voix, donne de sa voix, et l'écrit - (les cris)- s'incarne dans le meilleur des porte-voix.

De la chanson de la Bataille de Saucourt, - Saucourt-en-Vimeu -, qu'il slame comme le plus génial des slameurs des clameurs, à Jacques Damiens, dont un manuscrit vient d'être retrouvé récemment en Allemagne. Bataille de Saucourt-en-Vimeu et victoire remportée le 3 août 881 par les troupes carolingiennes des rois Louis III et Carloman II sur les Vikings. Jacques Damiens sorti d'un oubli de plusieurs siècles par Jacques Darras.

 

Jacques Darras qui redonne vie à Jacques Damiens. Beau clin d'œil du destin. Superbe symbole quand on parle de la littérature d'Artois et de Picardie.

 
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