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2 février 2019 6 02 /02 /février /2019 19:24
Amiens. 29 Janvier 2019. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 29 Janvier 2019. © Jean-Louis Crimon

La nuit, la neige.

 

 

© Jean-Louis Crimon

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1 février 2019 5 01 /02 /février /2019 19:23
Amiens. 30 Janvier 2019. VHNS. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 30 Janvier 2019. VHNS. © Jean-Louis Crimon

 

VHNS sur piste BHNS. Vélo à Haut Niveau de Service sur piste Bus à Haut Niveau de Service. Cherchez l'erreur, mais c'est tellement roulant. 

 

 

© Jean-Louis Crimon

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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 21:35
Amiens. Lettre du Petit séminaire du 12 Janvier 1961. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Lettre du Petit séminaire du 12 Janvier 1961. © Jean-Louis Crimon

Ma découverte des Hortillonnages en Janvier 1961 : "Nous revenons de promenade, nous avons été à la Caisse d'Epargne à Saint-Pierre et à Camon, en revenant, nous avons vu les Hortillonnages, l'eau est gelée." 

 

© Jean-Louis Crimon

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15 janvier 2019 2 15 /01 /janvier /2019 07:57
Prix Edouard David. Maison de la Culture d'Amiens. Le Courrier Picard. Nov. 1976.
Prix Edouard David. Maison de la Culture d'Amiens. Le Courrier Picard. Nov. 1976.

Prix Edouard David. Maison de la Culture d'Amiens. Le Courrier Picard. Nov. 1976.

 

Avant de mettre un point provisoirement provisoire à cette Balade poétique et littéraire commencée le 1er Janvier dernier, je voudrai vous faire part d'une idée qui m'est venue en travaillant sur ce sujet. Une simple idée. Une idée simple. Je la formule ici sous la forme d'une simple question :

 

Pourquoi ne pas créer un Prix littéraire que l'on pourrait appeler Le Prix des Hortillonnages ou le Prix des Hortillons

 

Ce Prix littéraire récompenserait, chaque année, en mai ou en juin, une oeuvre qui aurait pour cadre le domaine des Hortillonnages et pour pistes d'écriture le travail des Hortillons. Ce prix pourrait se décliner en trois catégories, poésie, nouvelle et roman. Un prix qui, bien sûr, pourrait se mettre en place avec le soutien et la participation de l'Education Nationale et des professeurs de français et d'arts plastiques. Pour les illustrations. 

 

Avant de refermer cette série sur les Hortillonnages dans la littérature, je veux vous offrir ce poème en picard écrit au début des années 70 et mis en musique par Marc Monsigny. Poème pour lequel j'avais reçu - mais oui - le Prix Edouard David. Preuve que tout se tient. Que la boucle est bouclée. Que Tchot Doère n'est pas oublié.                                                                                            

                                                                                                                       © Jean-Louis Crimon

 

 

 

 

Min Poéyis

 

 

Avu d'el pleuve qu'all' n'in finit point ed'tcherre,

Et pis eine vielle ramonchlée à ch'coin d'sin fu

Qui conte pis qui raconte s'n'histoère,

Avu des mots qu'o n'coprind mi pus...

 

Avu s'plaine qui s'in vo moérir à l'mer

Et pis l'mer qui fouait l'anmour avu l'terre

Avu chés dunes qui coéff'tent leu cavelure,

Avu chés vints pis d'el froédure...

 

              Pis minme qu'ej' s'ro tout seu à l'canter,

              Pis qu'y n'érot pu granmint pour m'acouter,

              J'el cantro, j'el cantro quind minme,

              J'el cantro, j'el cantro mi-minme.

 

Avu s'n'hiver parfoés si doux qu'il o d'z'airs d'été,

Pis s'n'été qui peut braire comme in automne,

Avu chés vints qu'à s'mode, y nous assaisonne,

Pis chés canchons qu'o n'ose mis pus t'canter...

 

Avu chés honmes, avu chés femmes,

Qu'o dit quéqu' foés un mollé frouéd,

Mais qu'ont quéqu' kose dins ch'fond d'leur âme,

Quind o prind ch'timps de z'acouter...

 

              Pis minme qu'ej' s'ro tout seu à l'canter,

              Pis qu'y n'érot pu granmint pour m'acouter,

              J'el cantro, j'el cantro quind minme,

              J'el cantro, j'el cantro mi-minme.

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

 

 

Mon Pays (Version Française)

 

 

Avec de la pluie qui n'en finit pas de tomber,

Et puis une vieille recroquevillée au coin de son feu,

Qui conte et qui raconte son histoire,

Avec des mots qu'on ne comprend même plus...

 

Avec sa plaine qui s'en va mourir à la mer,

Et puis la mer qui fait l'amour avec la terre,

Avec ses dunes qui coiffent leur chevelure,

Avec du vent et puis de la froidure...

 

                    Puis même que je serais tout seul à le chanter;

                   Qu'il n'y en aurait plus beaucoup pour m'écouter,

                   Je le chanterai, je le chanterai quand même,

                   Je le chanterai, je le chanterai moi-même... 

 

 

Avec son hiver parfois si doux qu'il a des airs d'été,

Puis son été qui peut pleurer comme un automne,

Avec ses vents qu'à sa façon il nous assaisonne,

Puis ces chansons qu'on n'ose même plus lui chanter...

 

Avec ces hommes, avec ces femmes,

Qu'on dit parfois un petit peu froids,

Mais qui ont quelque chose au fond de leur âme,

Quand on prend le temps de les écouter...

 

                     

                   Puis même que je serais tout seul à le chanter;

                   Qu'il n'y en aurait plus beaucoup pour m'écouter,

                   Je le chanterai, je le chanterai quand même,

                   Je le chanterai, je le chanterai moi-même... 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Min Poéyis. Jean-Louis Crimon. © Le Courrier Picard. Nov. 1976. 

 

 

 

 

                                                          FIN

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 09:07
Le Petit Journal Illustré. Hebdomadaire. N° 2108. 17 Mai 1931. © A. Fauchère.
Le Petit Journal Illustré. Hebdomadaire. N° 2108. 17 Mai 1931. © A. Fauchère.

Le Petit Journal Illustré. Hebdomadaire. N° 2108. 17 Mai 1931. © A. Fauchère.

Mai 1931. 17 Mai 1931. Bel article à nouveau. Une page entière du Petit Journal Illustré consacrée aux Hortillonnages. Quatre photos prises par l'auteur de l'article, A. Fauchère. Angles et cadrages très différents des habituelles cartes postales. En prime : des légendes informatives. Des légendes qui apportent une information complémentaire. Un regret, un seul, toujours cette habitude de ne pas écrire les prénoms des auteurs en entier. A. Fauchère, ce n'est pas suffisant. C'est agaçant. A pour André ? A pour Arthur ? A pour Anatole ? A pour Armand ? Prénoms masculins essentiellement. Pourquoi pas Adeline ? Ou Anatolie ? La raison n'est pas misogyne. Elle correspond à la réalité de  ce temps-là. Au début des années trente, sont encore sans doute trop rares les femmes journalistes. 

A noter aussi le recours à l'impératif incitatif : "Prenez le chemin de halage, tournez le dos à la ville, dirigez-vous vers le bourg..." Belle exhortation à la découverte, sinon à l'aventure.

 

Extraits de ce beau reportage :

 

" Lorsque venant de Paris par le chemin de fer, on approche d'Amiens, la voie domine, à droite et à gauche, des marécages qui, à première vue, semblent assez peu hospitaliers.

" Après avoir quitté la gare, si vous vous acheminez vers les bords de la Somme, vous constatez que les marécages qui avaient attiré votre attention du train, existent jusque dans les faubourgs de la ville et sont aménagés en jardins maraîchers dans lesquels croissent les légumes les plus divers.

"Prenez alors le chemin de halage qui se trouve sur la rive droite de la Somme, tournez le dos à la ville et dirigez-vous vers le bourg de Camon : vous ferez une promenade ravissante sous des arbres touffus, dans un paysage calme et reposant. 

" Ces marais qu'on appelle "hortillonnages", sont entrecoupés de petits canaux, ou rieux, et divisés en parcelles, de quelques ares, nommées carrés ou aires. 

" Les rieux communiquent avec la Somme et permettent la circulation dans ces singuliers jardins où tous les transports se font par eau à l'aide des barques qui remontent lentement le cours de la rivière. "

 

Ce qui est très agréable dans la lecture de ce genre d'écriture, c'est que, passées les considérations "hexagonales", au tout début du papier, en introduction, on observe très vite un "cadrage" qui se resserre, exactement comme un cadrage cinématographique, comme lorsque l'opérateur resserre après un plan large, pour mieux s'approcher du sujet. 

C'est une écriture qui donne à voir, qui permet au lecteur, à la lectrice, de visualiser, de se faire une idée précise, et mieux qu'une idée, une image du domaine des hortillonnages. Les photos qui viennent en appui pour illustrer le reportage écrit, sont aussi choisies dans cette optique. Elles ajoutent, elles complètent, elles affinent. En aucun cas, elles ne doublonnent. 

 

A la fin du reportage, sens du social et déjà du respect des produits cultivés autant que du travail des hortillons, A. Fauchère met l'accent sur le gâchis et les pertes financières que cela peut représenter :

 

" J'ai été surpris de voir jeter des quantités de légumes dont le marché n'avait pas momentanément l'utilisation et je pensais que les maraîchers de cette région auraient intérêt à s'organiser pour créer une usine de conserves, afin d'utiliser leurs produits dans les périodes de mévente.

" Il suffirait, pour donner une vie nouvelle aux hortillonnages d'Amiens, d'installer à proximité une de ces grandes usines de conserves, comme il en existe, par exemple, en Bretagne, dans la région de Plougastel, ou bien d'organiser les transports, d'une façon plus rapide et plus satisfaisante. 

" Il ne serait même pas impossible aux hortillons de s'organiser en coopératives et de constituer eux-mêmes ces usines. Il y a là un problème qui mérite de retenir leur attention.

"Il est curieux que ces hommes qui ont su si parfaitement aménager les terres très difficiles à mettre en culture n'aient pas encore pensé à s'organiser pour tirer le parti maximum de leurs grands efforts."

 

Lucidité incontestable et pertinence du propos. Sans doute plus que jamais d'actualité. 88 ans plus tard. C'est à dire pratiquement un siècle plus tard. 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Le Petit Journal Illustré. N° 2108. 17 Mai 1931. © A. Fauchère.

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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 07:47
L'Hortillonne. Alphonse Lemerre Editeur. 1897. Jeanne Laffitte Editeur. Laffitte Reprints. Marseille. 1979.
L'Hortillonne. Alphonse Lemerre Editeur. 1897. Jeanne Laffitte Editeur. Laffitte Reprints. Marseille. 1979.

L'Hortillonne. Alphonse Lemerre Editeur. 1897. Jeanne Laffitte Editeur. Laffitte Reprints. Marseille. 1979.


« ELLE SE PENDAIT au cou de l’amant, lui mettait des baisers sur les joues, sur les paupières, sur les pointes de la jolie moustache châtaine, aux intentions d’accroche-cœur, à laquelle se frôlait son visage en une suprême chatouille. Malgré la foule qui les entourait, les heurtait, les secouait à ses remous : – toute la population d’Amiens accourue pour faire la conduite au régiment, – elle sanglotait ; ses larmes s’écrasaient sur la face du beau gaillard, un sergent-major d’une trentaine d’années, ou lui ruisselaient, amères et chaudes, jusque sur les lèvres. »
L’Hortillonne, Première partie, page 1.

 

Alphonse Lemerre, l'Editeur de Verlaine, publie en 1897, L'Hortillonne, de Léon Duvauchel. Comment Léon Duvauchel (1848-1902), a-t-il proposé son manuscrit à Alphonse Lemerre, le grand éditeur parisien ? Le célèbre éditeur des grands poètes du 19 ème siècle. Peut-être par l'intermédiaire de Théophile Gautier, de qui il était proche. Sinon l'ami. 

 


Léon Duvauchel, bien que parisien de naissance, a toujours revendiqué ses racines picardes. Sa famille est originaire de Crécy-en-Ponthieu. Dans son parcours littéraire, il sera l’ami de Théophile Gautier et de Pierre Loti. On le classe parmi les écrivains appartenant à l’école dite « naturaliste ». Sous-titré « Mœurs picardes », le roman de Duvauchel se situe au moment de la guerre de 1870, la guerre contre les Allemands qu’on appelle à l’époque les Prussiens. 
 


L’hortillonne, qui donne son titre au roman, est une fille-mère de Camon. Aujourd’hui, bien sûr, on dirait « mère-célibataire ». Elle fait la rencontre d’un beau militaire, le lieutenant Jousserand, auquel elle ne résistera pas longtemps. De cette « rencontre », naîtra un fils, qui sera prénommé Firmin. Fils que le père reconnaîtra, dans un moment de générosité en forme d’égarement. A moins que ce ne soit un moment d'égarement aux apparences de générosité. Mais l’égoïsme du père reprend vite le dessus. Le beau Lieutenant n’y tenant guère, à ce rôle de père et de mari, s’échappe. Il quitte Camon, le village de la mère et de l’enfant, pour s’installer à Châteauroux, où il va se marier. Vie sans histoire. La retraite venue, il va vivre à Montreuil-sur-Mer. C’est là que le drame va se jouer et se dénouer. Firmin, le fils « naturel », pour ne pas dire le « bâtard », a grandi. Il n’a pas oublié la promesse faite à sa mère, – le jour de sa première communion – de la venger de cet abandon qui les a plongés tous les deux dans une vie très difficile, pour ne pas dire misérable.


Léon Duvauchel a commencé par publier dans des revues littéraires, de la prose et des vers. En 1871, son recueil de poèmes « Le Médaillon » reçoit les encouragements de Théophile Gautier. Succès d’estime, malgré ce parrainage prestigieux, mais véritable entrée en littérature. Son premier véritable succès, il le rencontre avec un premier roman « La Moussière », l’histoire des amours tragiques d’Azémila, jolie paysanne de l’Oise, et d’un jeune Baron amiénois, André d’Emméricourt. La parution en feuilleton, – comme ça se pratique à l’époque –, va créditer son auteur d’une réelle célébrité, bien avant la sortie du livre, en 1886. Duvauchel publiera « Le Tourbier », en 1889, et le roman qui nous intéresse particulièrement, « L’Hortillonne », en 1895. « Poèmes de Picardie », qui comprend « Les Faines », recueillera également un franc succès.

Consacré « Ecrivain régionaliste », Léon Duvauchel n’hésite pas à utiliser les expressions et les mots picards, lorsqu’ils lui semblent sonner plus juste et plus vrai que leurs équivalents français.

Au diable les critiques pour excès de « picardismes », quand on affirme simplement "excès d'humanité ou d'humanisme". 


 

© Jean-Louis Crimon

 

 

L'Hortillonne. Léon Duvauchel. © Alphonse Lemerre Editeur. 1897. 

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 09:17
Hortillon dans sa Barque. Hortillonne sur l'aire. Le Petit Journal agricole. 1er Sept. 1912. N° 870.
Hortillon dans sa Barque. Hortillonne sur l'aire. Le Petit Journal agricole. 1er Sept. 1912. N° 870.

Hortillon dans sa Barque. Hortillonne sur l'aire. Le Petit Journal agricole. 1er Sept. 1912. N° 870.

 

"Une des curiosités d'Amiens est son marché sur l'eau, et le visiteur qui s'en va ,sans l'avoir traversé, ignore un des coins les plus originaux et les plus pittoresques  de la vieille cité picarde."

 

 

La phrase d'attaque est incontestable. C'est une vraie phrase d'attaque. Une phrase qui vous place d'emblée dans le sujet et vous donne l'irrésistible envie de poursuivre la lecture. On savait déjà bien écrire en ce temps-là. 

La littérature, au sens où nous l'entendons habituellement, nous sommes plutôt enclins à la trouver dans les livres, les romans le plus souvent, la poésie parfois, mais il faut souligner que la qualité de l'écriture peut tout autant se trouver sous la plume de simples rédacteurs, occasionnels ou réguliers, journalistes en titre ou simples chroniqueurs occasionnels, collaborateurs épisodiques de journaux, le plus souvent hebdomadaires ou mensuels. Cet article, signé A. Delaunay, est un bon exemple de ces bons papiers, ces bons articles, publiés au fil des années sur les Hortillonnages. Avec souvent des photos inattendues ou remarquables. Des photos qui savent ne pas copier les images "carte postale" des cartes postales. Même si, en l'occurrence, la photo qui illustre l'article sur "Les Hortillonnages d'Amiens" est tout simplement la copie agrandie d'une carte postale très courante : CP 695. Amiens - Les Hortillonnages.

En septembre 1912, les lecteurs du Supplément Hebdo du Petit Journal agricole ont donc pu découvrir ces jardiniers particuliers dont, sans doute, la France entière ignorait tout de l'originalité. 

Originalité bien mise en évidence dès le deuxième paragraphe par cette question qui met en avant le mode de déplacement des hortillons pour accéder à leurs terres. 

 

"Mais qu'est-ce donc que ces jardiniers qui ont des bateaux pour véhicules, qui négligent la grande route solide et résistante aux pieds des chevaux pour le sol mouvant et liquide des petits canaux et des ruisseaux qui viennent se jeter dans Somme  aux portes de la capitale de la Picardie ?

Dans le pays, on les appelle les hortillons et, s'il faut en croire certains auteurs, ce sont les plus curieux jardiniers de France. "

 

"Curieux, certes, ils le sont, et à plus d'un titre. Ne formaient-ils pas déjà, au Moyen-Âge, une corporation riche et puissante, si riche et si puissante même que ce fut sur un champ donné par elle que fut construite la magnifique cathédrale qui est encore aujourd'hui la gloire d'Amiens."

 

Ici, l'auteur de l'article, A. Delaunay, ne va pas jusqu'à préciser "un champ d'artichauts", comme souvent quand on évoque cette histoire qui tiendrait davantage de la légende que de la vérité historique. L'artichaut, il faut le souligner, n'était pas encore cultivé, en Picardie, en 1220. Quand on pose la première pierre de la Cathédrale d'Amiens.

Cela dit, on ne peut pas exclure, a priori, que le terrain où l'on a construit la Cathédrale ait été offert par les hortillons de ce temps-là, les hortillons du début du XIIIème siècle.  

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Le Petit Journal agricole. N° 8701er Septembre 1912.

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11 janvier 2019 5 11 /01 /janvier /2019 08:37
Edouard David, sa femme, ses enfants et ses amis. © archives Rosati Picards.
Edouard David, sa femme, ses enfants et ses amis. © archives Rosati Picards.

Edouard David, sa femme, ses enfants et ses amis. © archives Rosati Picards.

 

Faut-il le rappeler, Edouard David (1863–1932) est né dans une famille on ne peut plus modeste, pour ne pas dire pauvre. 

Tchot Doère est né à Amiens, dans le vieux quartier Saint-Leu. La famille vit chichement : le père est tisseur et le petit Edouard à neuf frères et soeurs. La mère, qui ne sait ni lire, ni écrire, est une excellente conteuse. Sûr que l'imagination de l'enfant va se nourrir aux histoires que raconte la maman. Autre apport indéniable, les séances des Cabotans, Lafleur, Sandrine et Tchot Blaise, héros inséparables des marionnettes picardes. 

 

 

 

Je me suis souvent demandé si le gamin de Saint-leu devenu Chef de Bureau de la Préfecture composait ses poèmes en picard pendant ses heures de travail, si le citadin rêvait de la campagne derrière des grilles du bâtiment républicain, ou bien s'il avait - pourquoi pas ? - fait l'acquisition, avec ses droits d'auteur, d'un terrain dans les Hortillonnages. Pour y venir goûter un bénéfique repos, en famille et avec des amis, en fin de semaine, le samedi-dimanche, et pourquoi pas, pendant les vacances. 

La réponse à mes questions, - hasard fabuleux, quand j'y pense -, vient d'une carte postale ancienne. Une simple carte postale trouvée chez un bouquiniste amiénois. Une carte postale écrite, - mais oui -, par l'un des enfants d'Edouard David. La carte postale fut postée - le cachet de la Poste en fait foi -, le 17 août 1904. Edouard David a 41 ans. "Chés Hortillonnages", son oeuvre maîtresse, ont déjà plus de quatre ans. 

 

« Nous nous sommes bien amusés à la noce, mais nous sommes fatigués. Père a acheté une île dans les (H)ortillonnages. Nous y avons passé deux jours, ce qui nous a beaucoup fatigué. Papa et maman nini sont toujours pareils mais fort fatigués. Je prierai ma tante de vouloir bien mettre Robert par terre et de te porter pour te défatiguer. Un bec à tertous. L. David »

 

Carte postale signée "L. David", sans aucun doute Lucien David, fils cadet d'Edouard David, à l'époque âgé de 13 ans. Carte postale adressée à André David, le fils aîné. 

 

Les mots des cartes postales pour compléter les mots des livres. Les écritures familiales, les écritures privées, devenues publiques, tout semble venir à nous pour célébrer celui que Pierre Garnier n'hésite pas à comparer, en 1970, dans son "Edouard David, poète picard", à Mistral. 

 

Edouard David, chantre de Saint-Leu comme Frédéric Mistral fut le chantre de la Provence. 

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Chés Hortillonnages. Edouard David. Amiens Imprimerie Picardie. Janvier 1900.

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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 08:22
Edouard David, dit Tchot Doère. Poète Picard. (1863-1932). © Lucien Caron.
Edouard David, dit Tchot Doère. Poète Picard. (1863-1932). © Lucien Caron.

Edouard David, dit Tchot Doère. Poète Picard. (1863-1932). © Lucien Caron.

 

La langue maternelle d'Edouard David, c'est le picard. Le dialecte picard parlé dans le quartier Saint-Leu, le coeur populaire d'Amiens. Quartier ouvrier, refuge de la langue picarde au XIXe siècle, même rebaptisée "patois". Dans cette famille où le père est tisseur, famille de dix enfants, Edouard David est le cadet. La maman du petit Edouard ne sait ni lire, ni écrire, mais parle parfaitement "picard première langue". Avec un talent de conteuse incontestable. Douée d'une mémoire remarquable, nourrie de contes et de légendes venant de ses parents et de ses grands-parents, c'est elle sans aucun doute qui forme l'oreille de son petit dernier à l'oralité. Aux mots qui sonnent. Aux mots-images qui donneront naissance à "Chés Hortillonnages". 

Les journées et les soirées, les veillées, sont éminemment picardes. Le père, lui, adore les livres et il est un bon lecteur. Ce qui ne l'empêche pas de prendre un réel plaisir à écouter sa femme raconter des histoires en picard à leurs enfants. 

 

"Chés Hortillonnages", publié au premier jour du premier mois de l'an 1900, me semble être la grande oeuvre d'Edouard David. Grand poème lyrique consacré, comme son titre l'indique, certes aux Hortillonnages, mais davantage aux hortillons et aux hortillonnes, ceux qui, de leur travail et de leurs mains, maintiennent le dessin et le dessein des Hortillonnages. 

Edouard David sait parfaitement mettre en scène ces êtres dont le destin est d'être ces gondoliers de la brume, ces marins de la terre, ces jardiniers du bord de l'eau, ces maraîchers en bateau. Son écriture tient du croquis. Parfois du dessin humoristique. De la BD littéraire. Tout en étant un vrai beau et grand poème. Poème de mots et d'images. D'odeurs et de saveurs. 

 

Ses notations sont simples et efficaces. Humbles comme ceux qu'il dépeint. Avec toujours beaucoup d'humour. Beaucoup d'amour aussi. Humour et amour, deux ingrédients indissociables de l'oeuvre d'Edouard David. Oeuvre qui déborde toujours d'une infinie tendresse. 

Tchot Doère est âgé de 37 ans quand il publie, au 1er Janvier 1900, "Chés Hortillonnages". Long poème lyrique découpé en plusieurs chants. La picard d'Edouard David, toujours truculent, parfois grivois, peut donner l'impression de n'être que du "français picardisé", d'el dravie, comme on  dit, mais ce serait méconnaître la présence de mots authentiquement picards, ces mots "concrets", ces mots qui ont déjà leur sens dans leur son. Les images, les mots-images, leur mise en scène, pour ne pas dire leur mise en situation, sont souvent drôles et cocasses. Certaines mignardises sur les fruits que les femmes mûrissent dans leur corsage, ou bien tiennent au chaud dans leur "caraco", ne seraient aujourd'hui plus permises. 

 

A titre d'exemple, je ne résiste pas au plaisir de vous faire saliver en imaginant les fruits chantés par Edouard David, dans cet extrait du 6ème chant de "Chés Hortillonnages".  

 

 

« Belle Mariette !

Adon, sous tin corsage d’v’lours

I gno reinettes pus désirabes

Qu’ toutes chell’s peindues à nos abes

Belle Mariette, à mes anmours...»

 

Traduction :

 

« Belle Mariette, 

Donc, sous ton corsage de velours,

Il y a reinettes plus désirables,

Que toutes celles pendues aux arbres,

Belle Mariette, à mes amours…»

 

 

Bien évidemment - et vie d'amant - ce genre de poésie grivoise - seins-pommes, seins-poires ou seins-framboises -, cette écriture métaphorique érotique, qui confond malicieusement la cueillette des fruits qui mûrissent dans les arbres et la tentation des fruits trop sages qui se muchent et s'ennuient sous la toile des corsages, ce style de taquineries espiègles, ce genre de métaphore douce et sucrée, vaudraient - à n'en pas douter - à leur auteur, recadrage en règle et volée de bois vert. Pour propos sexistes, allusion déplacée, plaisanterie libidineuse  et autres propos machistes

 

 

Pour ne pas risquer de me faire prendre au piège où échappe en ce temps-là Edouard David, je précise que je ne produis ici que du "commentaire poétique et littéraire", et que toute ressemblance avec des chemisiers contemporains bien garnis, toute référence à des fruits qui s'y cacheraient pour mieux tenter les hommes, ne serait que le fait du hasard : l'Île Robinson n'est pas l'Île de la tentation, quoique... 

 

L'Île des Tilleuls n'est pas là pour les bégueules ! 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Chés Hortillonnages. Edouard David. Amiens Imprimerie Picardie. Janvier 1900.

 

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9 janvier 2019 3 09 /01 /janvier /2019 00:19
Isabelle Marsay. Le Fils de Jean-Jacques. © Ginkgo éditeur. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon
Isabelle Marsay. Le Fils de Jean-Jacques. © Ginkgo éditeur. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

Isabelle Marsay. Le Fils de Jean-Jacques. © Ginkgo éditeur. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

Avec son "Fils de Jean-Jacques", sous-titré la Faute à Rousseau, Isabelle Marsay nous embarque dans un parcours Rousseauiste inattendu et vraiment captivant. Mais le plus bel embarquement se situe pour nous, au propre et non plus au figuré, du côté des pages 172, 173 et 174. Quand dans les pas de Baptiste, le fils aîné, le seul que Rousseau aurait pu retrouver, elle évoque les hortillonnages et les hortillons.

 

"Ils prirent le chemin de halage, se dirigèrent vers les hortillonnages, minuscules jardins maraîchers situés sur de petits îlots, entre le ciel et l'eau. Ils parvinrent ainsi à l'endroit où la rivière se ramifie pour alimenter d'étroits canaux ceignant des centaines de parcelles. 

"Deux ans auparavant, Baptiste et Roland avaient rencontré là un hortillon couvert de vase qui raclait le bord des rives avec un grattoir. Comme tous deux l'interrogeaient, le brave homme avait cessé sa besogne en disant: faut toujours gripper ch'fossé, sinon ça finit qu'il y a plein d'herbes et que ch'batieu, y peut plus aller al z'aires... "

 

Ici, forcément, plus d'un hortillon éclaterait de rire. "Un hortillon raclant le bord des rives avec un grattoir", ça n'existe pas. Ou alors nulle part ailleurs que dans la prose de la professeur de français du Paraclet. C'est à la bêche ou à la pelle qu'il faut consolider les bordures des aires. Un sacré travail, même si ça n'en a pas l'air. 

Isabelle Marsay poursuit : " Plusieurs barques glissèrent sous leurs yeux. Assise à l'avant d'une coque au bec relevé - Traduisez : bateau à cornet ! -, une ravissante hortillonne portait une coiffe maintenue par de petites baguettes qui lui faisait un genre de tonnelle et la protégeait du soleil. Sa cargaison était recouverte d'un lit de roseaux fraîchement coupés qui préservaient les légumes qu'elle vendait, le lendemain, sur les étals du marché."

...

" Sur le quai, ils avisèrent un maraîcher qui venait de la rive d'amont et qui sortait de sa barque des paniers pleins de pois, de salades et de raves qu'il déposa au pied du pont. Le fils de ce dernier tenait la perche qu'il plantait à intervalles réguliers dans le rieu pour pousser son embarcation. Moyennant quelques sols, il accepta de mener les deux jeunes gens à travers les parcelles que ses ancêtres avaient eux-mêmes cultivées."

...

" C'est ainsi que Baptiste et Thomas se retrouvèrent sous les frondaisons, entre les roseaux et les lentilles d'eau. La cathédrale, immense bergère de pierre veillant sur son troupeau de masures basses, disparut peu à peu entre les feuillages. Baptiste sentit sur ses épaules, sur ses joues, la caresse des saules et des arbres fruitiers. Il écartait souvent des branches, se penchait, pour éviter d'être blessé ou de freiner la barque qui filait vers l'Île aux Fagots, en admirant les miroitements du soleil et les lambeaux de ciel réfléchis par les eaux."

...

" Bientôt on n'entendit plus qu'un vague clapotis, les tapis de nénuphars et les lentilles d'eau s'écartant sur leur passage comme pour aider les trois jeunes gens à pénétrer dans un autre univers, celui des terres fertiles aux contours mouvants, Baptiste s'attendant à voir surgir des ondines, des elfes, des sylphides, prêts à guider des habitants d'autres rives dans le dédale singulier de leur monde enchanté.

"Alors, fermant les yeux puis se laissant bercer, Baptiste s'imagina vivre parmi ces maraîchers, loin des métiers battants, des bruits de la cité, naviguant d'île en ville, de terres en étangs, s'affairant comme un lutin ou un farfadet en passant constamment de l'eau à la terre, de l'ombre à la lumière. Il se voyait aidant les hortillons à remplir leurs mannes, puis faire un somme, à l'ombre de leur cabane."

 

Bien sûr, le roman écrit et publié par Isabelle Marsay n'a pas pour objectif de nous faire découvrir la vie et le travail des hortillons, mais il est intéressant d'observer comment dans son travail d'écriture, celle qui enseigne les Lettres au Paraclet, intègre dans sa fiction ce parcours dans les hortillonages. 

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Le Fils de Jean -Jacques. Isabelle Marsay. © Ginkgo éditeur. Février 2012.

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