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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 09:59
Amiens. Août 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Août 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher balayeur d'ici ou d'ailleurs,

 

Tu vois, c'est un rappel à l'ordre permanent. Ton beau projet te poursuit jusque devant chez toi. Sous ta fenêtre. Le balayeur du matin te dit: M'oublie pas ! Oublie pas ta promesse ! Tu sais bien... Balayeurs de tous les Pays... Le Livre et l'Exposition mondiale.

Toi, tu ajoutes, pour toi-même, pour ta propre gouverne: n'oublie pas non plus ton escapade à Grisolles, la cité du balai. Grisolles qui a fêté en Mai dernier les jours de paille. Grisolles où a vu le jour, en 1856, le premier atelier de fabrication de balais en paille de Sorgho. Grisolles qui, en 1914, pour la fabrication des balais, emploie plus de 400 salariés dans une quarantaine d'ateliers différents.

Un seul atelier fait désormais vivre la tradition. Tu as manqué Mai et l'ambiance de l'époque ressuscitée par la poésie de l’occitan et les danses traditionelles. Manqué aussi le Concours de Balais Imaginaires et la bière de Sorgho. Tu as manqué Mai, ne manque pas Septembre. Première quinzaine surtout.

Clôture de l'exposition, le 18 Septembre. Après cette date, les organisateurs risquent de t'accueillir en te disant: du balai !

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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 13:13
Amiens. Août 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Août 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher ornithologue amateur,

 

Les oiseaux te fascinent, surtout ceux qui partagent avec toi le jardin. Tu ne dis pas "ton" jardin, car tu sais bien qu'il est d'abord "leur" jardin. Se le sont approprié. Le jardin de la merlette et du merle moqueur. Le jardin du rouge-gorge et depuis le printemps dernier, le jardin de la pie. D'un couple de pies. Et de leur rejeton pie.

La pie est la plus fine. La plus intelligente. Elle se joue de toi. Vient voler les croquettes du chat avec un aplomb qui le laisse sans voix. L'expression "tête d'oiseau" n'a pas de sens pour elle. Pas davantage pour la merlette. Qui sait parfaitement quand et où tu lui donnes chaque matin des miettes de pain. D'ailleurs, tu te demandes bien quel homme assez sot a pu être un jour l'auteur de ces stupides formules. Tête d'oiseau, tête de linotte, tête de moineau, sans oublier l'incontournable "cervelle d'oiseau", toutes ces formules sont révoltantes. Au point que tu serais partant pour écrire un Eloge de l'oiseau, et que, pour ça, tu te sens très capable de prendre... la plume.

 

En général,"Tête de", en début de phrase, n'annonce rien de bon. C'est d'emblée péjoratif. Les linguistes et les ornithologues sont d'accord pour dire que le recours à un nom d'oiseau n'est pas un hasard. L'oiseau, à commencer par le moineau, est réputé pour être peu intelligent. La raison: longtemps, l'homme a cru que l'intelligence était proportionnelle à la taille du cerveau, alors l'homme a conclu: petite tête = petit cerveau ! Petite tête, va !

L'intelligence se mesure surtout par les capacités de mémoire et de mémorisation. La pie mémorise très bien son environnement, surtout les endroits où elle peut trouver à manger. Elle se souvient parfaitement des cachettes où elle a pu accumuler de la nourriture. C'est l'un des oiseaux les plus intelligents. Comme le corbeau, la pie possède une réelle capacité d'apprentissage, ce qui lui permet de s'adapter à de nombreux changements de l'environnement. C'est le premier des oiseaux à avoir été capable d'avoir conscience de se voir dans un miroir. Dans le fameux « test du miroir » pratiqué par les éthologues et réputé démontrer une conscience de soi. Comme c'est le cas pour l'Homme, le chimpanzé, le gorille, l'orang-outan, le dauphin ou l'éléphant. La pie peut avertir ses congénères d'un danger et peut apprendre à ses petits une partie de ce qu'elle a appris elle-même. Certains éthologues affirment qu'elle peut faire preuve d'empathie. Des pies ont été observées en train "d'organiser des funérailles". Les pies se sont regroupées près d'une pie morte et elles lui ont apporté de l'herbe.

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 10:27
Peillle. Balayeur du matin. 15 Juillet 2016. © Jean-Louis Crimon

Peillle. Balayeur du matin. 15 Juillet 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher balayeur de mots et d'idées,

 

Un de tes amis, fidèle lecteur de ta lettre quotidienne, t'a signalé, il y a peu, -discret rappel à l'ordre- l'existence d'une exposition qui te concerne directement, toi le photographe des balayeurs. Balayeurs de tous les Pays, comme tu aimes à dire. Balayeurs de toutes les villes, de tous les endroits, de tous les ailleurs, où les hasards de la vie ont conduit tes pas. Balayeurs de Pékin, d'Oulan-Bator, de Kunming, de Chengdu, de Copenhague, de Paris, de Peille, de Marseille, de Nice, de Saint-Malo, de Fécamp, d'Albert ou d'Amiens, ça leur irait bien, un jour dans leur Musée ou dans leur Expo.

L'expo est providentielle: elle se veut être, dixit son commissaire, Geneviève Dortignac, une invitation à découvrir l'objet balai, sa diversité des formes et l'étonnante créativité de ceux qui les ont conçus et fabriqués.

Inaugurée fin Mai, à Grisolles, Tarn-et-Garonne, au Musée Calbet, elle est visible jusqu'au 18 septembre. Ce qui te laisse exactement trois semaines pour t'y rendre. Tu vas le faire. Tu veux le faire. Tu dois le faire. Tu as le sentiment que l'avenir de ton projet de Livre des Balayeurs en dépend.

Il y a comme une concordance fabuleuse entre ce rassemblement d'outils et ton travail photographique sur ces balayeurs de rue. Geneviève Dortignac précise: Quelques 80 pièces ont été puisées dans la collection de Daniel Rozensztroch, directeur artistique et consultant en design, observateur des savoir-faire et des objets qui racontent une histoire humaine. Aussi utile qu’usuel, le balai révèle le quotidien des populations sur les cinq continents, l’évolution des gestes, de la fonction et des matériaux au fil des cultures et des âges jusqu’à nos jours.

Juste à ajouter, à montrer, à faire découvrir, à exposer, les photos des balayeuses et des balayeurs en action, ces femmes et ces hommes qui, du matin au soir, et souvent la nuit, du Nord au Sud, sur tous les continents, de Pékin à Paris, d'Oulan-Bator à Gisors, s'évertuent à effacer conscieusement nos méfaits de la journée, nous les pollueurs de l'espace urbain.

Cela, c'est ton travail à toi. Commencé vraiment en Chine, à Chengdu, en septembre 2011, et toujours en cours. Même si des balayeurs argentiques sont déjà présents sur tes planches contact des années 78 et 80. Urgent de mener à bien ce projet un peu fou. Démentiel. Démesuré. Hors des sentiers battus. Trois mille photos déjà. De quoi en choisir trois cents. Ou simplement trente.

Le geste, l'outil, et la personne qui se sert de l'outil, pour toi, c'est tout un, ça ne fait qu'un, ça ne peut pas être séparé: ça doit être réuni.

 

 

 

 

 

Au sens propre, une collection de balais

Grisolles. Musée Calbet.

 

 

 

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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 10:20
Amiens. 26 Août 2016. © Jean-Louis Crimon
Amiens. 26 Août 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 26 Août 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher ami d'Amiens,

 

Les jours où tu n'as aucune idée, tu te dis qu'une photo, une simple photo, ça peut débloquer l'imaginaire. L'image est source d'imagination. Juste à ouvrir les yeux. Voir ce que les autres ne voient pas. Ou voient sans voir.

Un tour dans la rue et ça repart. Un rien t'arrête ou arrête ton regard. T'incite à voir au-delà des murs. La ville déborde de murs. Murs de briques rouges aux joints de ciment clair qui signent ici l'identité de la ville. Un fourgon garé là comme par inadvertance, a peut-être trouvé, lui, sa raison d'être: MUR et SOL. Toi, tu préférerais: MUR et CIEL. Mais qui pourrait échafauder jusqu'au ciel ?

Une deuxième photo s'impose. Avec ou sans échafaudage. Pourtant, échafauder, ça te connait.

 

Echafauder, un joli mot, qui dépasse le simple échafaudage. Echafauder, c'est aussi construire par des combinaisons de l'esprit. Pas forcément des théories hasardeuses, hâtives ou fragiles. Pourquoi donc les échafaudages de l'esprit seraient-ils moins stables que les échafaudages de chantier ?

Tiens, ça mérite en effet réflexion. D'ailleurs, c'est curieux, mais si tu n'étais pas sorti dans la rue, cette idée ne te serait jamais venue. Comme quoi...

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 09:19
Paris. Radio France. France Culture. Juin 2006. © Christophe Abramovitz

Paris. Radio France. France Culture. Juin 2006. © Christophe Abramovitz

Cher ex confrère,

 

Tu ne sais plus si tu as rêvé tout ça ou si, vraiment, tu as été l'un de ces journalistes qui annoncent les nouvelles le matin, très tôt, à la radio. Une de ces voix qui entrent dans la vie et dans l'oreille des gens. Voix familère aux fil des ans. Belles années où tu as le sentiment d'avoir prise sur les faits et les évènements alors que tu n'en es qu'un porte-parole(s), un porte-voix, plus ou moins éclairé, plus ou moins réfléchi. Dans tous les sens du terme. Les années passent vite. Un jour, c'est le jour, et c'est le dernier jour. Le jour du dernier journal. Les dernières infos. Le dernier micro. Tu te souviens de ce matin-là où -va savoir pourquoi ?- tu as éprouvé le besoin de saluer à ta manière ceux qui t'avaient écouté pendant trois ans de matinales. Trois années à te lever à 2 heures du matin. On dort peu -peu le savent- quand on choisit d'être matinalier.

C'était, tu t'en souviens parfaitement, le lendemain du match France-Italie en Coupe du Monde et de ce fameux coup de boule de Zidane à Materazzi. Donc début Juillet 2006. Nicolas Demorand aux manettes. Ce dialogue inattendu:

- Bonjour...

- Bonjour et... fin de ce journal !

 

Nicolas Demorand de dessiner dans l'espace immédiat des gestes désordonnés comme un nageur désespéré face à un présentateur à l'espliéglerie suicidaire. Histoire de "reprendre" le micro. La radio a horreur des blancs. Des instants de silences. Sauf dans les émissions de musique classique. En guise de ponctuation quasi métaphysique.

En ce qui te concerne, enchaînement superbe et subtil. Beau rétablissement:

Fin de ce journal, oui, parce que c'est mon dernier journal. Et le présentateur du 7 heures d'expliquer, mythe de Sisyphe à l'appui, l'absurdité du métier de matinalier, condamné, chaque nuit, à remonter jusqu'au petit matin, son rocher en forme de rouleau de dépêches en papier. Une fois le rouleau d'infos déroulé, -c'est son destin-, Sisyphe redescend de sa montagne magnétique et tout sera à refaire dès le lendemain. Chaque matin, pendant des années. Au nom de la sacro-sainte actualité et de l'indispensable devoir d'informer.

Heureusement, tu te souvenais de la phrase de Camus: "Il faut imaginer Sisyphe heureux." Dans ton naufrage en forme d'Edito, avant de dérouler ton vingt minutes, tu as su placer: "Pour la dernière fois, voici les titres de l'actualité que je vous dois..." En prime, tu as même concédé à l'attention de tes auditrices et de tes auditeurs bien aimés: Il faut imaginer le matinalier heureux.

 

Au fond assez fier de ta pitrerie philosophique assumée, tu es rentré chez toi, ce matin-là, heureux du devoir accompli, sans imaginer qu'on allait, deux heures plus tard, te blâmer et même pour certains de tes jeunes confrères, réclamer, en conférence de rédaction, un "blâme", un "vrai blâme", un "blâme officiel", pour te sanctionner d'avoir osé prendre en otages les auditeurs de la chaîne. Tu parles, une minute de pertinente impertinence n'allait pas bousculer à ce point le désordre du monde. Encore moins sa narration ou son récit.

 

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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 10:17
Compiègne. Léo et toi. 1983. © DR

Compiègne. Léo et toi. 1983. © DR

Cher nostalgique du temps qui passe,

 

Tu te rends compte, ce 24 Août 2016, Léo aurait 100 ans. Sur la photo, doit en avoir 67, et toi -si vraiment cette photo date de 1983- tu en as 33.

67 ans, c'est l'âge que tu as aujourd'hui. Tes 100 ans à toi, c'est pour l'an 2049. Mais, comme Ferré, sans aucun doute, tu te seras absenté bien avant.

La photo a dû être prise dans la soirée du spectacle de Compiègne. Après l'interview dans la loge où Paco Ibanez était venu saluer Léo. Il y avait Marie aussi. Marie qui à chaque fois disait: Léo, c'est le journaliste d'Amiens, tu sais. Il est gentil, lui. Tu peux le recevoir. Léo souriait de ce sourire incroyable et te chuchotait à l'oreille: Si Marie le dit... Elle vous adore, vous savez, Marie, elle vous adore. Vous êtes chanceux.

Interview incroyable ce soir-là. Il n'y avait pas de flasque, à droite, pas de bobine vide sur le Nagra. Pas d'enrouleur pour enrouler la bande magnétique une fois passée devant la tête d'enregistrement de la Rolls des magnétos. Tu étais parti précipitamment de la Radio où tu travaillais depuis peu. Tu n'avais pas pris le temps de vérifier le matériel. Une fois dans la loge de l'artiste, la sacoche de cuir ouverte, tu mesurais l'étendue du désastre. Sans rien montrer à Léo, tu lui as demandé alors de tendre les bras devant lui, comme quand on faisait des pelotes de laine à partir d'écheveau. Génial souvenir d'enfance. Ta mère achetait souvent des écheveaux de laine et demandait aux enfants de tendre les bras bien devant eux. Grand enfant, Léo a accepté, sans cacher son inquiétude pour la réussite de l'opération. Quinze minutes plus tard, la relecture du début de l'enregistrement lui arracha un énorme sourire de satisfaction. Bravo petit, je n'y croyais pas, c'est bien la première fois qu'on me fait tendre les bras tout au long d'une interview, concéda l'anar au coeur tendre.

Une autre fois, au Havre, après le spectacle, Léo t'a pris par le bras et vous avez marché tous les deux, comme ça, bras dessus-bras dessous, comme deux copains, deux frangins, deux amis, dans la nuit noire qui faisait luire le pavé humide de la petite rue qui conduisait au restaurant. A table, vous étiez quatre. Ferré t'avait placé à côté de lui. Marie en face de toi. Vous avez parlé du temps, seul problème philosophique vraiment important. Léo t'a dédicacé son Testament phonographe, ce Testament entièrement écrit à la voix. Un poète, ça écrit toujours avec la voix.

 

" Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie le visage et l'on oublie la voix​... "    

 

Non, Léo. Ta voix est inoubliable.

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 11:10
Un renard déguisé en chasseur. Lamotte-Brebière. 2 Mai 2016. © Jean-Louis Crimon

Un renard déguisé en chasseur. Lamotte-Brebière. 2 Mai 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher futur abstentionniste,

 

Tu rêves, mais c'est un cauchemar. Il revient ! Qui ça ? L' écrivain ! Le Sarko. Le Sarko mence. Le Sarko fage. Va tous les bouffer. Enfin, veut tous les bouffer. Comme en 2007. Comme en 2012. Dingue ! Pas rassasié, l'animal. Aucun esprit de vengeance, bien sûr. Veut juste récupérer son bien. Oui, son bien. La France, quoi. C'est pour son bien à la France, d'ailleurs.

Tout pour la France, c'est le titre du dernier ouvrage de celui qui affirme avoir toujours autant de coeur à l'ouvrage. En Mai dernier, il avait publié La France pour la vie. Il l'avait dédicacé aux chasseurs de la Somme, en Picardie, à Lamotte-Brebière. Sarko chasseur, en somme. Chasseur de voix, ça se voit.

 

Toi, tu ferais bien, ce soir, le journal du soir... Tu n'hésiterais pas. Tu dirais " Bonsoir " et tu enchaînerais, le plus naturellement du monde :

Le Renard qui rêve de retourner au Château fera son premier discours de campagne à... Château-Renard

Ce serait drôle, non ?

Tu ajouterais, dans un demi-sourire: Après avoir choisi de voter pour un homme de gauche qui a fait une politique de droite, va-t-il falloir voter pour un homme de droite, en espérant qu'il fasse une politique de gauche ?

Pas sûr qu'on te laisse faire. Les temps ont changé, tu sais. Bien changé.

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 13:14
Amiens. Août 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Août 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher flâneur aux aguets,

 

Souvent, la photo suffit. Superflue, la légende. Inutile. La légende est déjà dans l'image. La paraphrase serait vulgaire. Se taire est plus parlant. Les yeux inventent beaucoup mieux quand le texte n'est pas imprimé. Ce qu'on imprime du regard est plus fort.

Un photographe, c'est un écrivain qui a la sagesse, ou la science, de savoir se passer des mots.

Il y a tout un roman dans la photo. Dans ta photo.

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 10:07
Amiens. 20 Août 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 20 Août 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher Amiénois écoeuré,

 

Toi aussi, bien sûr, tu l'as vue cette émission, tu l'as suivie, tu l'as regardée. Voir sa ville sur l'écran, sur le petit écran, c'est souvent déroutant. Cette fois, c'était tout simplement écoeurant. Au-delà des détresses humaines mises en scène dans une sorte d' Oliver Twist colori-frenchisé ou dans un épisode des Misérables du siècle 21, où Cosette essaierait d'aider à remplir un dossier logement. Drôle de vie, drôle de reportage, où les couleurs pastels des façades des petites maisons de Saint-Leu arrivent presque à égayer le sinistre quotidien des désespérés faussement joyeux. Mais pas de Jean Valjean qui émerge dans ce feuilleton sordide où les êtres sont au bord du vide. Les journalistes de M 6 ne seront jamais Dickens ou Hugo. N'auront jamais le prix Albert Londres. Ont sans doute choisi de faire un autre métier.

Inutile d'évoquer ici le concept de déontologie. Le terme est sans doute à remiser aux rayon des vulgarités du siècle dernier. Du spectacle, c'est du spectacle désormais. Fut-ce le spectacle de la misère. De la plus sinistre des misères, celle qui conjugue misère sociale et misère intellectuelle. Détresse absolue qui fait qu'on biberonne très tôt matin et jusqu'au soir, qu'on boit debouts, en marchant, ou accoudés à la passerelle d'un des bras de la Somme, qu'on boit direct au goulot, pour oublier qu'on n'a pas de boulot.

Quelques questions pêle-mêle. Comment peut-on s'approprier l'image et la vie des gens pour en faire pareil document ? Docu menteur plus que documentaire. Où est l'intérêt ? Où est le but ? Où est la logique ? Où est le reportage ? Où s'arrête le REPORTAGE ? Où commence le RAPPORTAGE ? Balancer au service de la répression des fraudes ou aux Impôts les visages et les identités de ceux qui avouent naïvement travailler au black, est-ce du reportage ou de la délation ?  

Comme dirait le vieux Lénine, QUE FAIRE ? Se lever et dire NON ! Tendre la main. Donner la main.

Que des Amiénois se lèvent, non pas pour défendre l'image écornée de leur ville, mais pour venir en aide, vraiment, dans le plus concret de la vie concrète, à ces pauvres êtres humains à la dérive. Oui, que la Téléréalité, pour une fois, incite quelques êtres humains, vraiment humains, à se lever, à dire "non", ça suffit, cette fois, ça suffit. Ce n'est pas de mots, pas de bonnes paroles, dont les plus déshérités d'entre nous ont besoin, c'est d'un toit, d'un travail, d'un salaire, d'un revenu. D'un sens à la vie aussi. D'un sens à leur vie. Le reste, tu t'en tapes, ou tu t'en fous.

Ceux qui sont dans rue ne sont pas dans la rue des Allocs. Ils sont dans la rue tout court. Et s'ils n'y sont pas encore, ils vont y tomber bientôt. La téléréalité, c'est la réalité de la télé, pas la réalité de la vie, de la vraie vie. C'est la vie qui compte, c'est la vie qui importe, c'est la vie qui est importante. Pas l'image qu'on en donne. Pas l'image surfaite que M 6 en donne. Pas l'image télévisuelle.

Tu n'as qu'un seul conseil, une seule recommandation à donner. Eteins la Télé et ouvre... les yeux ! Le coeur, s'il t'en reste un peu.

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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 13:07
Amiens. Août 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Août 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher félin,

Même né sous le signe du lion, parfois, tu te rêves chat. Chat philosophe. Chat penseur. Chat rêveur. Chat de l'ombre qui joue avec la lumière. Chat tigré qui se rêve zèbre. Les zébrures te fascinent. Les zébrures de la vie, ça forge l'âme.

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