Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 08:38
L'Est Républicain. L'annonce de la mort de Francesco Zanda.13 septembre 1936. © Jean-Louis Crimon

L'Est Républicain. L'annonce de la mort de Francesco Zanda.13 septembre 1936. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                      23

 

Trois semaines de recherche, des enthousiasmes fous, des déceptions identiques, des doutes, des idées de renoncement, l'envie de tirer un trait définitif sur ce passé trop longtemps enfoui, la tentation de l'abandon, mais à chaque fois la certitude de devoir aller jusqu'au bout, et puis, cette fois, l'idée lumineuse de passer par la presse locale et régionale.

Bingo. L'Est Républicain, Dimanche 13 septembre 1936. 7ème édition. Rubrique Etat-Civil... ton nom, ton âge, et ton métier. 40 ans en 1936, comme tu es né en 1896, ça colle parfaitement. Mineur, c'est bon, c'est ton métier. Donc c'est toi.

Même si ton prénom a été francisé, c'est toi dont il s'agit. Francesco Zanda, mineur, il n'y en pas légion dans la région. Sûr, c'est ton nom. Donc tu es mort en septembre 1936. Pas en août 1928.

Il me fallait savoir, si oui ou non, le 2 août 1928, il y avait eu un accident mortel à la mine, et si, toi, Francesco Zanda, tu avais été parmi les morts. Or, il n'y a pas eu de morts à la mine de Joudreville, le 2 août 1928, cela je le savais depuis les années 70, quand j'avais fait cette lettre au Directeur de la mine et que sa réponse avait été immédiate et sans ambigité, laissant  Juliette, ma mère, perplexe.

 
Je relis ma lettre du 1er Juin dernier et je souris devant ce romantisme naïf qui m'anime alors :
 

Au sud du Sud, une île italienne, la Sardaigne. Qu'à cela ne daigne. La Corse est bien une île française. Un village de montagne. Une année : 1896. Un jour et un mois de naissance : 8 mars.

J'ai voulu refaire le chemin qui a dû être le tien. Je suis venu remettre mes pas dans tes pas. Point de départ : le village. Ton village. Ce village qui s'appelle toujours Fluminimaggiore. Littéralement, textuellement, Fleuve majeur. Fluminimaggiore. Tout près de Buggerru, là où il y a la mine. Une mine riche en minerai de plomb et de zinc. Destin tout tracé des enfants des pauvres gens. Paradoxe sublime : du fleuve majeur partaient, à pied, des bataillons de mineurs. Dans le double sens du terme. Aucune autre alternative pour une existence humaine de ce temps-là. Pas de mode majeur. Même en étant né à Fluminimaggiore. Condamné, dès l'enfance, à 7 ou 8 ans, à vivre sa vie en mode mineur.

De ta famille, tu ne nous as pas dit grand chose. Ta vie, très brève, trop brève, ne t'en a pas laissé le temps. Ton passage terrestre t'as juste laissé le temps de laisser deux enfants. Deux filles. Une Sarde. Maria. Une Française. Juliette, ma mère. Que tu abandonnas le jour de sa naissance. Mort le jour-même de sa naissance. Mort le jour où ta fille française est née. Selon la mère de ma mère, ma grand-mère. Berthe Leloup. C'est ma mère qui me l'a dit. C'est ma mère qui m'a dit que c'est ce que sa mère lui avait dit. Une fois pour toutes. Pour ne plus avoir à en parler. Elle devait se faire à l'idée. Elle ne connaîtrait jamais son père. Ne porterait jamais son nom. On ne porte pas le nom d'un mort. Ne s'appellerait jamais Zanda de son vivant. Seulement à sa mort. Ayant elle-même pris soin de faire graver, de son vivant, le beau nom de Zanda sur sa tombe. Morte Juliette Crimon sur la petite plaque de cuivre clouée sur son cercueil, mais gravée Juliette Zanda sur sa tombe.

 

Toi mon grand-père inconnu, agitatore des grèves sardes ou mosellanes, tu n'es donc pas mort le 2 août 1928, comme la légende familiale le prétendait, pieux mensonge inventé par ma grand-mère, Berthe Leloup, repris et transmis comme vérité première par sa fille, Juliette, ma mère, légende familiale reprise pendant presque 90 ans comme argent comptant. Secret de famille bien gardé jusqu'à ce que l'idée me reprenne de vouloir savoir si j'avais vraiment du sang sarde qui me coule dans les veines.

 

Je ne sais plus qui a dit : La lumière ne se fait que sur les tombes.

 

 

© Jean-Louis Crimon

 
Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
commenter cet article
22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 08:57
Buggerru. Sardaigne. Musée de la mine. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

Buggerru. Sardaigne. Musée de la mine. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                          22

 

Aujourd'hui, j'ai voulu savoir combien de personnes portaient le beau nom de Zanda, en France. La réponse est à la fois modeste et impressionnante. Pour le patronyme Zanda, on recense 22 personnes nées en France depuis 1890, dans treize départements différents. Le total des naissances pour le patronyme Zanda détaille :

 

- Une naissance pour la période 1891 - 1915

- Huit naissances pour la période 1916 - 1940

- Huit naissances pour la période 1941 - 1965

- Cinq naissances pour la période 1966 - 1990

 

Il y a des Zanda dans l'Est et au Sud-Est de l'hexagone, dans la Meuse, en Haute-Savoie, dans les Pyrénées Orientales.

Le nom Zanda est classé au  242 693ème  rang des noms les plus portés. Autant dire qu'il est un patronyme plutôt rare, sinon rarissime.

 

Parmi tous les Zanda, une femme qui me fait rêver, c'est Brigitte Zanda, qui étudie les météorites et les minerais extraterrestres. Sûr, elle ne peut être qu'une descendante de Francesco Zanda qui lui, arrachait aux entrailles de la Terre, des minerais très terrestres. Cette femme à la renommée internationale très bien établie travaille au Muséum national d'Histoire naturelle à Paris. Je n'ose pas l'appeler. Je n'ose pas lui poser la question fatidique. Même si je devrais le faire.

 

Votre grand-père s'appelait-il... Francesco Zanda ?

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
commenter cet article
21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 23:04
Le Mémoire de Maîtrise de Marie-Danielle Harbulot. Juin 1977. © Jean-Louis Crimon

Le Mémoire de Maîtrise de Marie-Danielle Harbulot. Juin 1977. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                       21

 

« Bouligny, ses mines, ses cités », le titre du Mémoire soutenu, en Juin 1977, par Marie-Danielle Harbulot, me touche plein cœur. Ma mère, Juliette Leloup, fille de Berthe Leloup et de Francesco Zanda, est née le 2 août 1928, à Bouligny. Nouveau clin d'œil du destin.

 

Ce Mémoire, dirigé par François ROTH, Professeur à l'Université de Nancy II, comporte cinq chapitres en 130 pages de texte et de tableaux statistiques. Un beau travail universitaire motivé, -précision de son auteur dès l'Introduction- par des "attaches avec ce département de la Meuse". Joliment dit. Discrètement dit. C'est toujours agréable de savoir que les objets d'études ne sont pas des exercices de style désincarnés.

Ces attaches d'une étudiante de l'année 1977 avec ce département de la Meuse et avec son pays minier, je les partage bien volontiers. Je me sens pays avec Marie-Danielle Harbulot que je ne connais pas et que je n'ai jamais rencontrée. Son Mémoire - pardon, c'est facile, mais tellement tentant- est une "vraie mine" pour moi. J'y apprends tout ce que je ne savais pas :

 

Que Bouligny, village de 318 habitants en 1901, devient dans les années 30 la quatrième agglomération du département de la Meuse, après Bar-le-Duc, Verdun et Commercy.

 

Qu'avant la première guerre et de 1919 à 1926, la population de Bouligny et les effectifs des mines augmentent fortement et qu'un grand nombre d'immigrants sont alors célibataires.

 

Qu'en 1924, sur un total de 11.768 mineurs, 25 % sont Français, 63 % sont Italiens et 6% sont Polonais. 6% sont de différentes autres nationalités. (Rapports annuels du Service des Mines).

 

Que 28.000 hommes se font inscrire sur les registres matricules des deux mines de Joudreville, entre 1906 et 1945.

 

Qu'on appelle "Les Grandes Grilles" les maisons - assez austères- des cadres et la spacieuse demeure du Directeur de la mine.

 

Que les "Grandes Grilles" ont été volontairement construites à l'opposé des cités ouvrières. Que ça se voit très clairement sur le plan en page 74.

 

---------

 

La Conclusion de Marie-Danielle Harbulot, page 109 de son Mémoire, est à la fois touchante et désespérante. Je la reproduis in extenso :

 

" Depuis un demi-siècle, Bouligny a incomparablement enrichi son histoire; cette histoire reste à écrire : trop d'archives ont disparu ou ne nous ont pas été communiquées pour que cette monographie puisse rendre compte de toute la réalité. Trop d'études manquent pour que l'originalité de Bouligny puisse être affirmée à coup sûr : menée à l'échelon de tout le bassin de Briey, la comparaison des entreprises, du peuplement, des cités, des comportements politiques et syndicaux permettra peut-être, un jour, de fructueuses moissons. "

Juin 1977 - Juin 2017, 40 ans plus tard, on est en droit de se demander ce qui a bien pu être écrit, étudié et publié sur ce plan là. Une rencontre avec l'étudiante de 77 et son directeur de Mémoire serait précieuse pour mesurer le chemin parcouru ou à tout jamais abandonné.

 

Dernier arrêt sur image, si on peut dire, page 125 : après la partie Annexes et la partie Notes, je tombe sur une information de taille, bien au-delà de l'anecdote, discrètement mentionnée dans les Sources bibliographiques :
 
A la mine de Joudreville,  (Bouligny), à propos des registres matricules du personnel  : la première embauche de chaque ouvrier. est consignée chronologiquement avec des annotations diverses.
 
Comme j'aimerais avoir accès à ces documents là et pouvoir y découvrir ce qui a été écrit en face du nom ZANDA, prénom Francesco, le jour de sa première embauche.
 
 
© Jean-Louis Crimon
Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
commenter cet article
20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 10:11
Piennes. La Mourière. Mineurs du fond. 1er Groupe. 1927. © Mémoires familiales des mineurs de fer Lorrains.

Piennes. La Mourière. Mineurs du fond. 1er Groupe. 1927. © Mémoires familiales des mineurs de fer Lorrains.

 

 

                                                                         20

 

 

Sûr que tu es sur la photo, Francesco, mais où ? Faudrait que quelqu'un ait noté tous les noms, tous les prénoms, et que cette photo annotée ait traversé le fleuve du temps jusqu'à nous. De Fluminimaggiore, le fleuve majeur, jusqu'au fleuve... mineur. De la mine de fer de Buggerru, Sardaigne, à la mine de fer de Joudreville ou de Piennes, jusqu'à la mine de Lamourière, de Bouligny ou d'ailleurs.

 

Année 1927. Tes deux frères, Vincenzo et Mario t'ont sans doute déjà rejoint. Si ça tombe, sur la photo, vous êtes tous les trois. Ensemble. Côte à côte. Toi l'aîné, au milieu, Vincenzo d'un côté, Mario de l'autre. Va savoir...

En même temps, vous n'avez peut-être pas tenus, vous, les trois frères, vous, les trois Sardes, à être immortalisés avec le premier groupe. Il y a eu ce jour là quatre ou cinq groupes à poser devant l'objectif du photographe venu officier à la demande du Directeur de la Mine. Sans doute, à reculons, ou presque, vous avez sacrifié au rituel social avec les mineurs du dernier groupe. Mais comment savoir ?

Une petite croix au dessus d'une tête et, au dos de la photo, un nom, un prénom, une date... Un indice, un signe. L'homme au chapeau, qui sait, tout en haut... Etais-tu plutôt casquette ou chapeau ? Les Sardes sont-ils plutôt casquette ou plutôt chapeau ?

L'homme au chapeau, tout en haut de la photo, impossible, c'est le rang et l'étage de la Direction. Les sous-chefs qui entourent le Patron. Pas pour toi. Toi qui n'est pas du rang des porions.

 

Casquette, chapeau, ou tête nue, encore une piste à explorer, pour toi, Monsieur Francesco Zanda, toi, mon grand-père grandement inconnu.

 

© Jean-Louis Crimon

 

Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
commenter cet article
19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 14:17
"Le Peuple", n° 3268. Mardi 24 Décembre 1929. © Jean-Louis Crimon

"Le Peuple", n° 3268. Mardi 24 Décembre 1929. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                           19

 

Reçu ce matin le quatre pages du Peuple, journal de la CGT, sous-titré Quotidien du syndicalisme. Une brève, une simple brève. Une brève en Une. Brève datée Joudreville, 23 décembre, par téléphone. Une douzaine de lignes, pour dire que 500 mineurs de fer de la Mine de Joudreville se sont mis en grève ce matin du 23 décembre. Leurs revendications : augmentation des salaires, application de la journée de 8 heures et disparition des heures supplémentaires.

Le dernier paragraphe de la brève précise que la grève est conduite par le syndicat confédéré de Bouligny et par l'Union départementale de Meurthe-et-Moselle.

 

Titre on ne peut plus informatif et direct :

LES MINEURS DE FER DE JOUDREVILLE SONT EN GREVE.

 

Bien sûr, contrairement à ce que j'espérais, -très naïvement, je le reconnais-, rien sur toi, Francesco Zanda, rien sur toi "l'agitatore", rien sur toi, le mineur Sarde militant. Sûr, pourtant, que si tu es toujours vivant, en ce 23 décembre 1929, tu dois être du côté des grévistes. Carrément le leader du mouvement. Oui, sûrement.

 

© Jean-Louis Crimon

Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
commenter cet article
18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 08:30
Amiens. La Gare. 13 Juin 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. La Gare. 13 Juin 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

 

                                                                        18

 

Inespéré. Providentiel. "Bouligny, ses mines, ses cités". Le titre d'un "Mémoire de Maîtrise" soutenu, en 1977, - il y a exactement 40 ans - par Marie-Danielle Harbulot, sous la direction de François ROTH, Professeur à l'Université de Nancy II. On y parle de Joudreville, de la Mine de fer de Joudreville et des autres mines environnantes. Des mines d'Amermont - Dommary.

Selon la personne qui vient d'avoir ce Mémoire de Maîtrise entre les mains, il s'agit d'un travail universitaire très bien documenté avec beaucoup de photos. On y évoque aussi des journaux de l'époque : Le réveil ouvrier (CGT) 1918-1940 et La Lorraine ouvrière et paysanne (PC) 1926-1932.

En prime - vraie cerise sur le gâteau -, une information de taille, bien au-delà de l'anecdote, est discrètement donnée dans les sources bibliographiques :
 
A la mine de Joudreville, les registres matricules du personnel  consignent systématiquement la première embauche de chaque ouvrier.  Notations consignées chronologiquement avec des annotations diverses.
 
Il me faut absolument remettre la main sur ces registres des premières embauches qui, malheureusement, ne sont pas joints en annexe, au Mémoire de Maîtrise. Registres matricules du personnel qui n'ont pas été davantage joints - on est en droit de se demander pourquoi ? - aux documents de la Mine de Joudreville donnés aux Archives Nationales du Monde du Travail de Roubaix.
 
 
La quête de mon grand-père inconnu repart de plus belle : Francesco Zanda, je  remets mes pas dans tes pas. Je ne te lâcherai pas.
 
 
© Jean-Louis Crimon
Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
commenter cet article
17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 22:59
Amiens. 15 Juin 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 15 Juin 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                       17

 

Souvent je me demande si les noms des gens ont un sens, si les patronymes que portent les humains que nous sommes ont tous une signification. Forcément, ma question est : quelle est la signification du nom Zanda ?

Trouvé sur internet, avec les risques d'erreur et de manque de sérieux de l'information que l'outil comporte, une superbe réponse à ma question.

D'origine grecque, le nom patronymique Zanda signifie... "Le défenseur de l'homme ".

 

Mon grand-père maternel sarde Zanda, l'agitatore, l'agitateur, incarnait donc parfaitement son nom : Zanda, le défenseur de l'homme, était aussi et surtout le défenseur de ses camarades mineurs. En 1925, Zanda se battait pour que la journée de travail de 14 heures soit ramenée à 12 heures.

 

En ce temps-là, c'était comme ça, les patrons avaient décrété le maintien de la journée de travail de 14 heures. Les patrons étaient déjà de grands humanistes, n'est-ce pas !

 

 

© Jean-Louis Crimon

 
Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
commenter cet article
16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 22:04
Amiens. 16 Juin 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 16 Juin 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                         16

 

Il y a des lectures qui te redonnent le moral et qui te remettent dans le droit chemin. Ce livre sur la transmission en Sardaigne, j'ai dû en faire l'acquisition il y a bien trois mois. Son titre "La généalogie muette" m'a tout de suite intrigué. Sa lecture n'est pas facile. Je m'y mets progressivement. Son auteur, Marinella Carosso, formée en France, est ethnologue et anthropologue. Son ouvrage est un ouvrage scientifique, publié par les Editions du CNRS. Le sous-titre "Résonances autour de la transmission en Sardaigne ", résonne d'autant en moi-même.

D'autant que le nom Zanda apparaît à plusieurs reprises. Page 177 notamment :

— Des Zanda, il y en a trois grandes «races», dit Giuseppe.

 

Plus loin, dans cette même page 177, c'est Marinella Carosso qui contextualise :

 

Un ancien propriétaire de bétail et de terres, passionné par mes recherches sur les groupes de descendance, Francesco Zanda 'e Grillone, l'un des rares cas rencontrés où un père porte le sobriquet personnel du fils, m'adressa un courrier, dont voici un extrait :

« Je suis né le 13 Juin 1900 de Zanda Salvatore et Gioi Antioca, je suis de s'arèu du Sang qui tourne» de mon père depuis le début de 1700, ils ont eu des savants et des sculpteurs. Zanda Costantino, le frère aîné de mon grand-père, sculpta la statue de Saint Gabriel. Mon oncle paternel Zanda Giuseppe dit Su Cavaleri était également sculpteur. C'est pour ça que je dis que s'arèu Zanda « part » avec du sang d'artistes.»

 

Page 170, Marinella Carosso avait défini le terme « s'arèu » comme désignant "un groupe de parenté formé par plusieurs lignées issues d'une même fratrie dont les membres, morts ou vivants, portaient et portent un même patronyme, et se reconnaissent aujourd'hui en un ancêtre commun situé  à la troisième, parfois à la quatrième génération... S'arèu recouvre une temporalité d'un siècle, un siècle et demi environ, et tire sa raison d'être de mémoire d'homme."

 

Ce soir, sculpteurs, mineurs ou bergers, je suis fier d'appartenir au groupe des... ZANDA.

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 00:06
Musée de la mine de Buggerru. Le travail des femmes et des enfants. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

Musée de la mine de Buggerru. Le travail des femmes et des enfants. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

 

                                                                         15

 

Passé une bonne partie de la nuit sur un site qui recense toutes les grandes catastrophes minières du Bassin Lorrain. Depuis le 15 Mars 1907 jusqu'au 21 Juin 2001. Aucune mention de Joudreville. Simplement la longue litanie de tous les morts à la mine.

Puits Villemuin, 15 mars 1907, explosion de grisou, 83 morts.

Puits Sainte-Fontaine, 3 janvier 1919, explosion de grisou causée par une lampe défectueuse, 36 morts.

Puits Reumaux, Merlebach, 26 mars 1925, défaillance de la machine d'extraction, chute de la cage au fond du puits, 79 mineurs à son bord, 53 morts.

St Charles, Petite-Rosselle, 15 septembre 1929, suite à une fausse manœuvre, chute d'un fût de benzol de 200 litres, explosion, 3 morts.

St Charles, Petite-Rosselle, 16 septembre 1929, remontées subites de grisou, violente explosion, 23 morts.

A chaque catastrophe, funérailles spectaculaires, les veuves en noir, aux premiers rangs, et les noms des victimes des catastrophes gravés en lettres dorées sur les monuments de chaque commune touchée.

 

Le seul endroit où le mineur est nommé, c'est le Monument aux morts. Là, pour l'éternité, le mineur à droit à son prénom et à son nom, et aux deux dates gravées dans ce cas-là, ponctuation classique de nos existences humaines : date de naissance et date de mort.

Tant de morts. Tant de catastrophes minières. Mais pas la moindre mention d'un accident à la Mine de Joudreville. Parfois je me dis que ma grand-mère, Berthe Leloup, a peut-être produit un "pieux mensonge". Fatiguée des questions incessantes de la petite Giulietta, elle a un jour trouvé cette parade irréfutable et définitive : ton père est mort à la mine le jour de ta naissance. Fille-mère, comme on disait à l'époque, ce n'était pas très glorieux et surtout pas facile à vivre. Humiliation d'être abandonnée par ce Sarde, déjà marié en Sardaigne, déjà père d'une petite Maria, sans doute bel homme, beau parleur, beau séducteur, mais peut-être aussi beau cavaleur... Pas fiable. Amour pas durable. Amour qui n'a pas duré.


Pardon, Francesco Zanda, mon grand-père inconnu, de dire tout ça, comme ça, maintenant, mais comprends qu'avec tout le mystère qui entoure ta vie, ton parcours terrestre et le peu de traces que tu as laissé derrière toi, on puisse se poser des tas de questions et avoir quelques doutes. En Sardaigne, ils n'ont rien su de toi depuis ton départ pour la France, fin des années 20, et en France, on ne sait pas où tu as vécu, où tu es mort et où tu as été enterré. Ton frère Vincenzo Zanda aurait un temps travaillé en Allemagne. L'aurais-tu devancé ou accompagné ?

Si on ne mentionne aucun accident mortel à la Mine de Joudreville, en août 1928, c'est que tu n'es pas mort au moment de la naissance de la petite Juliette, ta fille, ma mère. Qu'elle a eu beau faire, ma mère, pour te chercher, avec nous, ses enfants, plusieurs étés de suite, début des années soixante, dans tous les cimetières des villages autour de Joudreville ou de Bouligny, avec une volonté de fer, ma mère, mais sans jamais que nous trouvions de tombe à ton nom. Pas la moindre plaque mortuaire sur un monticule de terre.

...

Trouvé cette précision en relisant l'ensemble du sinistre palmarès des morts des mines de Lorraine entre 1907 et 2001  : Liste chronologique non exhaustive de catastrophes minières qui ont frappé le Bassin Houiller Lorrain, au cours du 20ème siècle.

"Bassin houiller"... houille, charbon, donc cette liste non exhaustive ne recense pas les morts des mines... de fer.

 

Tout à refaire.

 

© Jean-Louis Crimon

 
 
Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
commenter cet article
14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 16:38
Roubaix. Les comptes de la Société Civile de Joudreville. 13 Juin 17. © Jean-Louis Crimon

Roubaix. Les comptes de la Société Civile de Joudreville. 13 Juin 17. © Jean-Louis Crimon

   

 

                                                                     14

 

Au fond, - expression de circonstance pour parler de la mine - depuis bientôt quinze jours, je n'ai guère progressé dans ma quête de ce grand-père inconnu, disparu, perdu. Rien sur mon grand-père dans les rares documents de la Mine de Joudreville aux  Archives Nationales du Monde du Travail. Normal, ce ne sont pas les Archives Nationales du Monde des Travailleurs. Nuance. Exactement comme pour "Fête du Travail" et "Fête des Travailleurs". Pas la même chose. Pas la même histoire. Pas le même sens. Quand on essentialise le Travail, on oublie les Travailleurs. On falsifie la vie sociale. On nie l'existence de ceux par qui le Travail existe. Elémentaire. Et les menteurs... au travail, te refont l'histoire.

Alors je décide de réorienter mes recherches du côté de la presse locale et syndicale. Ai trouvé ce matin, au pays d'Internet, une ligne sur une grève à la Mine de Joudreville. In Le Peuple, organe de la CGT, No 3268, 24/12/1929. Décembre 1929, Juliette Zanda, ma mère, ta fille, a presque déjà un an et demi.

Titre on ne peut plus informatif, dans le journal de la CGT :

LES MINEURS DE FER DE JOUDREVILLE SONT EN GREVE.

 

Si tu n'es pas mort le 2 Août 1928, comme ma mère l'a toujours cru et affirmé, toi, Francesco Zanda, toi "l'agitatore", toi, le Sarde militant, sûr que tu devais être du côté des grévistes. Le leader du mouvement, sûrement. Bien sûr, j'ai acheté le journal. Dois le recevoir d'ici cinq à six jours. J'espère que l'article en pages intérieures sera à la hauteur de l'Appel en Une. Que ce ne sera pas une simple brève. Que j'apprendrai que tu étais toujours vivant en Décembre, donc pas mort en Août.

Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de crimonjournaldubouquiniste
  • Le blog de crimonjournaldubouquiniste
  • : Journal d'un bouquiniste curieux de tout, spécialiste en rien, rêveur éternel et cracheur de mots, à la manière des cracheurs de feu !
  • Contact

Recherche

Liens