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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 17:54

 

J'avais manqué la Bastille. Pouvais pas manquer le Bataclan. Mélenchon, superbe orateur. Mais pas seulement. Du sens dans le son. Des paroles dans la chanson. Fait plaisir à voir. L'intelligence est quand même plutôt de gauche. On ne m'ôtera pas ça de l'esprit.

En plus, comme un cadeau, croisé Guy Bedos, à la sortie. Venu "en ami". Cuir noir. Dégaine adolescente. Allure tranquille. En solitaire. Guy Bedos venu "écouter un confrère". Toujours cette incroyable malice dans le regard. Cette fraternité rare. Quelques dizaines de pas, côte à côte, Boulevard Voltaire. Lui et moi, devisant comme de vieux amis. "Non, vous ne me dérangez pas". Insolite. "Surtout, Monsieur, ne changez rien, tout est très bien". Insolite vraiment. Poignée de main fraternelle. En prime, ce regard, cette parenté soudaine. Cette complicité avec les mots de René Char, cités discrètement, mais avec une belle élégance, par l'un des premiers orateurs du début de la soirée:

 

"Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience."

 

René Char, poète français, né en 1907, à l'Isle sur la Sorgue. L'Isle sur la Sorgue, là où Renaud a sa maison.

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 09:45

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© Jean-Louis Crimon                                                                   Paris. Avenue Théophile Gautier.

 

 

 

On pourrait vous appeler Dubois ou Labranche, car ça fait bientôt cinq ans que vous nous faîtes scier. Si on oublie les cinq premières années où déjà, dans des seconds rôles, vous vous étiez montrer très sciant. Bien sûr, tout aurait pu se passer autrement, mais c'est connu "avec des scies" ... Nous allons donc bientôt scier la branche sur laquelle vous êtes assis. Faut dire que vous avez déjà bien entamé le travail. Votre métier, sans doute, c'est sciant. Depuis cinq ans, vous en avez scié. Vous avez scié nos retraites. Vous avez scié notre pouvoir d'achat. Vous avez scié le remboursement de nos médicaments. Vous avez scié notre Agence Nationale Pour l'Emploi. Vous avez scié les postes de professeurs. Au collège, au lycée, à l'université. Vous avez scié la police de proximité. Vous avez scié, scié, scié, vous faisant, chaque jour, de plus en plus sciant. Vous donnez l'impression de tout savoir et de vouloir être partout à la fois : vous êtes, objectivement, omni-sciant.
Nous en avons assez. Vous êtes désormais, non plus comme les neuf autres candidats, un présidentiable, mais vous êtes le premier, le seul, le vrai, l'authentique Président ...sciable.

Pardon de vous dire ça comme ça, mais hier, votre manière de parler des ouvriers de Florange, ça m'a scié ! Cette fois, c'est décidé, vous vous êtes vous-même placé sur la branche du Président sciable. Croyez-moi, je n'ai, moi, jamais parlé la langue de bois.

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 18:47

 

C'est vrai, je le reconnais, le mécréant que je suis, est plutôt fasciné par "la création des Oeuvres" que par "les Oeuvres de la Création". Cela dit, je ne m'interdis pas de trouver une certaine beauté dans la manière dont le catéchisme d'autrefois nous racontait la "Création du Monde".

Sur le quai, en ce Dimanche des Rameaux, je feuillette Explication du Catéchisme du Diocèse d'Amiens. Neuvième Edition. Un petit livre à la couverture grise. 236 pages. 25 chapitres. Le chapitre IV est composé de six parties. Son titre : Des Oeuvres de la Création. La première partie, intitulée de De la Création en Général, pose sept questions d'une apparente simplicité. Les réponses semblent d'une évidence troublante. Je restitue in extenso.

 

Que signifient ces paroles: Dieu est le Créateur du ciel et de la terre

- Ces paroles Dieu est le Créateur du ciel et de la terre signifient que Dieu a fait toutes choses de rien.

Comment appelez-vous l'action de faire quelque chose de rien ?

- Faire quelque chose de rien s'appelle créer.

Les hommes peuvent-ils créer ?

- Non, Dieu seul peut créer : les hommes pour faire quelque chose, ont besoin d'une matière première, d'instruments, de temps, etc. ; il suffit à Dieu de vouloir ; il parle, c'est à dire il veut, et tout est fait  (Ps. 32 : 9.)

Qu'est-ce que Dieu a créé ?

- Il a créé le ciel et la terre, toutes les choses visibles et invisibles (Coloss. 1. 16.)

Qu'entendez-vous par le ciel  ?

- Par le ciel, j'entends 1° le lieu qui est rempli de l'air qui nous fait vivre; 2° celui où sont tous les astres qui roulent avec tant de majesté et de régularité; celui où Dieu se manifeste à ses Anges et à ses Saints.

Qu'entendez-vous par la terre ?

- Par la terre, j'entends le globe que nous habitons, avec ses montagnes, ses eaux, ses plantes, ses arbres, ses oiseaux, ses poissons, etc. , enfin avec son roi qui est l'homme.

Quand Dieu a-t-il créé tout cela ?

- Au commencement, dit l'Ecriture, il créa le ciel et la terre, le ciel encore sans ses ornements, la terre informe et toute nue; mais voici le détail magnifique. (Gen. 1 : 1 , 2).

 

Enfant, longtemps, devant pareille lecture, je demeurais perplexe. A peine sceptique. Le curé de mon village m'aurait excommunié. Je m'accrochais aux montagnes, aux forêts, aux eaux, aux poissons, aux oiseaux et j'imaginais l'homme, Roi de la Création. Je l'imaginais plutôt en "roitelet" puisque le vrai Roi, le Grand Roi, c'était, bien sûr, Dieu le Père.

 

Devant mon silence, sans doute trop métaphysique, le curé enchaînait très vite sur la partie 2 du chapitre IV , partie qui portait en titre "De l'Oeuvre des Six Jours". Qui n'étaient pas, plaisantait mon père, quand je lui racontais "Les Six Jours Cyclistes". Les premières questions étaient fascinantes. Leurs réponses aussi. In extenso, toujours.

 

Combien de temps Dieu employa-t-il pour créer le ciel et la terre ? 

- Dieu employa six jours.

Puisque Dieu peut tout ce qu'il veut dès qu'il le veut, pourquoi Dieu a-t-il mis six jours à créer le monde ?

- 1° Pour nous apprendre qu'il est libre d'agir comme il lui plaît. 2° Pour montrer à l'homme qu'il y a temps pour le travail et temps pour le repos.

Que créa-t-il au premier jour ?

- Au premier jour, Dieu créa la lumière ; il vit qu'elle était bonne, il la sépara d'avec les ténèbres. (Gen. 1 : 3, 4, 5).

Que créa-t-il au second jour ?

- Au deuxième jour, Dieu créa le firmament et divisa les eaux de la terre d'avec les eaux du ciel. (Gen. 1 : 7).

Que créa-t-il au troisième jour ?

- Au troisième jour, Dieu sépara la terre d'avec les eaux, et les rassembla dans un même lieu très-vaste qu'on appelle mer. Il commanda ensuite à la terre de produire toutes sortes d'herbe, de plantes et de fruits. (Gen. 1 :9, 10, 11).

Que fit-il au quatrième jour ?

- Au quatrième jour, Dieu fit le Soleil pour présider au jour, la lune et les étoiles pour présider à la nuit et pour marquer les temps, les saisons, les jours, les mois et les années. (Gen. 1 : 17, 18, 14).

Et au cinquième jour, que fit Dieu ?

- Au cinquième jour, Dieu forma les poissons qui devaient nager dans l'eau, et les oiseaux qui devaient voler dans l'air. (Gen. 1 : 20, 21, 22).

Que créa-t-il au sixième jour ?

- Au sixième jour, Dieu créa tous les animaux de la terre, et enfin l'homme pour présider à tout. (Gen. 1 : 27, 28).

Qu'y a-t-il de remarquable dans la création de l'homme ?

- Deux choses : 1° pour toutes les autres créatures, Dieu avait dit : qu'elles soient, que la lumière soit, que les eaux produisent, que le soleil soit fait... Quand il s'agit de créer l'homme, il tient un autre langage : il semble se consulter, délibérer... Faisons l'homme, dit-il ; 2° il le fait à son image et à sa ressemblance. (Gen. 1 : 26).

Quelles sont les plus parfaites créatures de Dieu ?

- Les plus parfaites créatures de Dieu sont l'Ange et l'Homme.

 

Là, à cet instant précis, je pensais fortement à ce petit frère, né le matin et mort le soir, et dont tout le monde au village me disait qu'il était devenu un Ange. Je me demandais pourquoi lui et pas moi ? Pourquoi, moi, il allait me falloir tant d'années pour devenir un homme ? Pourquoi, lui, il lui avait suffi d'une journée pour devenir un Ange ? 

 

La partie 3 du petit livre de toutes les questions, intitulée Des Anges, ne me donnait pas vraiment la réponse. Monsieur le Curé pas davantage. C'est moi qui posait la question :

 

Qu'est-ce qu'un Ange ?

- Un Ange est un esprit qui n'est pas destiné à être uni à un corps.

 

J'étais bien avancé. Venait alors très vite le moment des explications sur les mauvais Anges et leur chef, Lucifer, un des Anges les plus brillants, qui selon le petit livre à la couverture grise, voulut par orgueil s'égaler à Dieu. Mais là, je décrochais vraiment. J'en parlais parfois, le soir, au grand frère de ma copine Lucie, lui qui disait toujours en se marrant comme un pauvre diable, il faut laisser Lucie faire !

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 11:07

 

Ma mésaventure de la gare d'Amiens m'a traumatisé. Amiens, ma ville, ma ville de départ. Dans tous les sens du terme. Ville de ma sixième au Petit Séminaire. Ville de ma licence de philosophie. Ville de mes années de professorat de philosophie. Ville de mes premiers articles de journaliste. Ville de mes premiers micros à la Radio.

Ma mésaventure de la gare me reste sur le coeur. La SNCF m'a tué. A tué en moi tout désir. Je suis mort. Mort et enterré. Enterré vivant. Plus de photos. Plus de mots. Plus d'idées. Plus de révolte. Plus de talent. Plus d'envie. Plus de désir. Plus qu'à mourir.

J'ai décidé d'arrêter. J'arrête. J'ai compris. Orwell avait raison. 1984 est derrière nous depuis longtemps dans le fleuve du temps, mais 1984 est plus que jamais notre présent. Notre destin. Nous n'avons pas d'autre avenir. J'ai compris. J'accepte. Je renonce.

J'arrête.

 

La photo, mes photos. Atteinte à la vie privée. J'arrête.

Mon sourire aux gens que je croise dans la rue. Atteinte à la vie privée. J'arrête.

Mon bonjour aux gens qui passent sur le même trottoir que moi. Atteinte à la vie privée. J'arrête.

Mes mots. Mes idées. Mes livres, mes romans. Atteinte à la vie privée. J'arrête.

J'avais, dans un roman, repris des mots de la vie de tous les jours, des paroles entendues dans le bus ou dans le métro, dans la rue. Atteinte à la vie privée. J'arrête. Je ne publie plus.

Mon blog. Les paroles que j'y rapporte. Les conversations. Atteinte à la vie privée. J'arrête. J'ai compris. Faut protéger autrui.

Ma liberté à moi, ma vie à moi, mon tempérament de rebelle et d'artiste, on en fait quoi ? T'occupe, on s'en occupe. D'accord, faut que je me fonde dans la masse. Faut qu'on me noie dans la nasse. Faut qu'on me broie, qu'on me casse.

J'accepte. Je suis mûr pour l'embrigadement.

J'arrête. J'arrête tout.

Désormais je m'enfonce dans le silence.

 

J'arrête. Je vous laisse. Je vous quitte.

 

Les caméras à chaque carrefour dans les villes. Atteinte à ma vie privée ? Non, c'est pour ma sécurité.

Les caméras sur les quais du métro ou du RER, cogestion RATP/SNCF. Atteinte à ma vie privée ? Non, c'est pour ma sécurité.

Mon téléphone portable grâce auquel la police me localise dès qu'elle le souhaite. Atteinte à ma vie privée ? Non, c'est pour ma sécurité.

J'arrête.

 

J'accepte de boire la ciguë. Qu'on m'apporte le poison. Je suis coupable. J'avoue : je suis coupable. Coupable de ne pas croire aux dieux de la Cité. Coupable de ne pas croire aux valeurs de mon temps. Coupable de ne pas croire aux lois de mon temps.

A mort, l'artiste. A mort, le libre penseur. A mort, le philosophe. A mort, l'empêcheur de ronronner en rond. A mort, le non conforme. A mort, le rebelle. Nos libertés se font la belle.

Qu'on apporte la ciguë. Je la boirai demain. Demain, 1er avril. La ciguë, poison d'avril !

La ciguë, boisson d'avril !

Non, je ne la boierai pas : la ciguë, .... poisson d'avril

 

Désolé de vous décevoir ou de vous avoir déçu : quand la loi est illégale, il faut la combattre. Le droit, quand il n'est que le droit de quelques uns, n'est pas le droit, c'est l'injustice. L'injustice se combat. Comme la bêtise. Les ânes au pouvoir, ça me fait braire. L'heure n'est pas à pleurer. L'heure est à la révolte. C'est le temps du refus. C'est l'heure de dire " non, ça suffit". Inventons une autre démocratie. Une vraie démocratie.

 

Pour la ciguë, vous m'aviez cru ? Vous avez tort. C'est mal me connaître. C'est pas demain la veille que je vais mettre ma révolte en sommeil. Je ne renonce pas. Je ne renonce jamais.

Pendant des années, on m'a buriné "ta liberté s'arrête où commence celle des autres". Aujourd'hui, j'affirme, haut et fort : la réciproque est également vraie, ma liberté commence ou s'arrête celles des autres. Encore faut-il que celle des autres ne soit pas sans limites.

 

J'arrête.

Mais non,  je n'arrête pas. Je n'arrête plus.

Le combat continue.

Qu'importe les déconvenues.

La liberté n'est pas née dans les nues.

La liberté, ça commence au coin de la rue.

 

 

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 23:01

 

Une brève du quotidien gratuit Métro. Page 5 de l'édition de ce vendredi 30 mars. Deux premiers mots en faux titre. Séguéla dérape, en caractères gras. Suivent sept petites lignes d'explication : Le publicitaire s'en est pris à Audrey Pulvar dans une émission de radio hier, en la traitant de "salope", avant de s'excuser. Des propos et excuses jugés "pitoyables" par la journaliste.

 

Séguéla, l'inventeur de la "La force tranquille" devenu "la faiblesse sénile" ! Quel gâchis ! Signe avant-coureur : il avait déclaré un beau matin, sur un plateau de télévision, qu'on avait manqué sa vie si, à 50 ans, on n'arborait pas une Rolex au poignet. Question: qui va lui remettre les pendules à l'heure ?

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 22:39

 

Un jour de la fin février, je me suis dit que ce serait marrant, et sans aucun doute intéressant, d'inviter à venir sur le quai, pour une courte promenade littéraire, chacun des candidats à l'élection présidentielle. On en a parlé  entre nous, au sein du bureau de l'Association des Bouquinistes des Quais de Paris, et mes amis m'ont dit " c'est pas une mauvaise idée", s'empressant d'ajouter, comme à chaque fois "mais c'est toi qui fais la lettre". Je me suis exécuté. Voici, en exclusivité, la lettre adressée aux candidats. On offrira un livre à chacun. Pas la peine de préciser qui aura droit à La Princesse de Clèves et qui aura droit à Oublie pas 36. Voici la lettre :

 

 

 

 

Madame,
Monsieur,



Nous ne sommes pas les derniers des Mohicans, mais nous avons parfois le sentiment d'être les derniers Indiens du paysage urbain. Derniers représentants des métiers de rue, puisque croiser sur le trottoir une marchande de fleurs ou un marchand de châtaignes va devenir très bientôt "mission impossible". On interdit tout. Ou presque. Signe des temps. Signe inquiétant.

Nous nous adressons à vous aujourd'hui pour vous inviter à une petite promenade sur les quais de Seine. Promenade qui, du quai Voltaire ou de Saint-Michel à la Tournelle, en passant par les Grands-Augustins et Montebello, vous donnera un bel aperçu de la vie quotidienne du petit monde des bouquinistes du 21 ème siècle.

Façon, pour vous, de mesurer, sur le terrain, l'importance du "commerce culturel" assuré par les "libraires de plein air" que nous sommes.

Nous savons votre temps précieux et vos obligations nombreuses. Venir à notre rencontre serait, pour nous, une forme de reconnaissance de notre importance dans un moment où le doute touche beaucoup d'entre nous.

Selon vos disponibilités, le début de l'après-midi serait le meilleur moment. Nous ne doutons pas que, sur fond de Notre-Dame, notre rencontre puisse donner lieu à d'aussi belles images que de fructueux échanges. Un peu de détente dans une campagne où la crispation commence à se faire ressentir, ne peut être que profitable à tous.

Faut-il vous rappeler que les Bouquinistes et les Quais de Seine appartiennent au Patrimoine Mondial de l'Humanité, qu'un célèbre habitant de la rue de Bièvre n'a, pendant longtemps, manqué pour rien au monde sa balade quotidienne, de Saint-Michel à la Tournelle, et que le nom moins célèbre "locataire" du Quai Voltaire a su apprécier aussi le chemin des libraires de plein air.

Bienvenue si vous décidez de prendre le temps de venir nous rendre visite.
Bon courage dans vos obligations de campagne, si vous estimez ne pas en avoir le temps.

Veuillez croire, Madame, Monsieur, à nos meilleurs sentiments,


                                               Pour le Bureau de l'Association des Bouquinistes des Quais de Paris,
                                                                 
                                                            
                                                                                                                                  Jean-Louis Crimon

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 23:48

 

La photo, toujours. La photo, cette passion dévorante. La photo, cette incroyable nécessité de saisir les instants. D'arrêter les instants. Au bout du comptoir. Aux terrasses des cafés. Au bord des bars. Sur le quai de la gare. La photo, cette façon, sans façon, de dire le temps qui passe et qui fait que, nous aussi, nous passons. Qu'un grincheux s'agace, qu'une pétasse se fâche, et l'on lance à vos trousses la police du chemin de fer, la sûreté ferroviaire, qui, sans manière, vous sort du train, vous, le bout en train, vous encercle, vous interpelle comme un grand terroriste, vous qui n'avez jamais terrorisé que le temps qui passe.

Cette histoire est mon histoire. Croyez-le bien. Mon histoire en gare d'Amiens. L'histoire du train de 17h14. Un train pour Paris que je ne prendrai jamais. La "sûreté SNCF" m'en a empêché. D'une façon plutôt cavalière.  Pour ne pas dire fort discourtoise. Pratiquement manu militari. Amiens, Picardie, Aisne Somme Oise. La raison : quelques photos prises place de la gare, juste avant mon départ, la Tour Perret, en contrepoint. D'autres, prises à l'entrée du hall de la gare. D'autres, enfin, dans l'escalier qui conduit à la voie 8. Celle du train pour Paris. Belles photos de mon ami Martin qui descend prendre le train.  Quel crime ! Quatre balèzes, la matraque à la ceinture, qui m'entourent et me ceinturent. M'interdisent de prendre mon train qui part ... sans moi. Mon ami Martin, déjà dedans, ouvre la porte pour ne pas m'abandonner sur le quai, aux mains d'individus peut-être dangereux. L'un d'eux n'hésite pas et déclare à l'adresse de mon camarade : "On va vous  verbaliser pour entrave à la fermeture des portières avant le départ". Double abus de pouvoir d'une police qui n'en est pas une. Une police nulle et non avenue. Inefficace et malfaisante à la fois. Qui, incapable de régler elle-même l'affaire, -les faits reprochés sont tellement dérisoires- appelle à la rescousse la Police Nationale. Histoire de finaliser l'histoire. L'histoire d'un mercredi soir qui aurait dû être sans histoire.

Entre temps, comme vous avez de la ressource, vous avez appelé la responsable de la Communication de la gare. Elle, elle vous connaît. Sait qui vous êtes. Connaît et reconnaît votre valeur humaine et professionnelle. Vous accorde d'emblée une autorisation de prise de vue dans la gare et sur les quais. Promet de vous la descendre, de suite, voie 8.

Moralité : ce que la sûreté ferroviaire vous inderdit de faire, au contraire, la Communication va tout faire pour vous satisfaire. Aux chemins de fer, tout est affaire de savoir faire.

Vous transmettez l'information aux uniformes, maintenant au moins douze, qui vous entourent fermement. Perplexe, le Chef sans doute, recueille, pour la seconde fois, les renseignements d'usage. Nom, prénom, profession. Tarde à vous rendre votre passeport. Bredouille les mots "main courante, avocat", avant de tourner les talons. Direction escalier roulant. L'escouade vous plante là sur le quai, sans un mot. Sans même un mot d'excuses. Pour cette interpellation abusive. Va falloir aussi, de toute urgence, inscrire la politesse, le respect des droits de la personne humaine, aux programme de formation des agents. La capacité à reconnaître une erreur tout autant. A s'en excuser, promptement.

Pas rancunier pour deux sous,  -pour les deux heures de votre vie perdues à tout jamais, pour le rendez-vous manqué à Paris-, et pour finir sur un sourire, vous lancez comme une bouée de sauvetage en direction de l'escadron plutôt penaud et pas vraiment peinard  :" Messieurs, s'il vous plaît, un instant ! On peut faire une photo ? Oui, ensemble, ce serait... rigolo..."  Les tronches ! Patibulaires ! Manque d'humour, manque d'amour, ça va de pair.

Quelques badauds s'attardent. Tendent l'oreille. Eclats de voix. Eclats de rires. Enorme ! Quand la connnerie prend forme au seul port de l'uniforme. Un souhait de nombreux passagers : que la SNCF cesse de perturber les déplacements des honnêtes gens avec ces escouades de cow-boys d'opérette, jamais-là où ils devraient être.

Pour en finir avec cette lamentable histoire où l'on s'acharne à persécuter un voyageur totalement inoffensif, une ou deux questions à inscrire, désormais, au programme du concours d'examen de recrutement des agents. De police. De malice. De sécurité. De sûreté. Ou d'entretien.  Deux beaux sujets de "Rédaction".

Peut-on vraiment affirmer que l'on porte  "atteinte à la vie privée" sur la voie publique ? C'est la question. Toute la question. Formulable de mille et une façons.  Peut-on parler de vie privée dans les lieux publics ? La liberté de création du photographe est-elle définitivement rendue impossible par la liberté d'un anonyme à ne pas être photographié ? Doit-on demander au moindre passant l'autorisation de prendre une photo, au cas où par inadvertance, il se retrouverait dans le champ, dans le cadre, et donc sur la photo ? Est-il encore possible, aujourd'hui, en France, de faire de la photo ? Librement. De revendiquer ce droit ? Le droit de l'artiste à créer ? A faire une oeuvre ? Ou sommes-nous définitivement dans un pays totalitaire qui, incroyable prétention, donne des leçons de démocratie à la Terre entière ?

 

Cartier-Bresson, Brassaï, Doisneau, au secours ! à l'aide ! à moi ! Ils sont devenus fous ! Imaginez, mes frères, mes confrères : on me demande désormais, à chaque fois où je souhaite arrêter un instant, d'en demander l'autorisation à  la personne qui se trouve, par hasard, dans le champ de l'instant, le champ visuel de l'instant, mais si je le fais, si je m'exécute, si j'obéis à cet ordre stupide, alors il n'y a plus de photo possible. Où est la photo ? Où sera la photo ? Où est l'acte de photographier ? La personne va se figer, la personne va poser et ... il n'y a plus de photo. Plus de photo possible. C'est impensable. L'inattendu, l'insolite, l'humour, la rêverie, le coup d'oeil, le clin d'oeil, faut en faire son deuil.  Tout s'efface. Tout s'enfuit. Le talent qu'il faut pour saisir l'instant n'a plus sa place.

Arrêté pendant plus de deux heures pour avoir voulu arrêter un instant ! Le comble du photographe !

Je pose une dernière question : sommes-nous déjà dans cet univers totalitaire où l'artiste n'a plus qu'une solution ? Au choix : se taire, se résoudre à l'exil, ou... mourir.

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 10:04

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© Jean-Louis Crimon                                                                               Paris. Rue de Rennes.

 

 

 

C'est l'histoire d'un photographe qui a pris dans sa vie des milliers de photos. Des dizaines de milliers de photos. Sa quête, il l'a commencée très tôt. Dès sa première année de philo. Mais dans sa tête, c'est dans l'enfance que tout commence. Personne jamais ne voudra le croire : il est cet être rare qui a fait de la photo sans appareil photo. Simplement avec les yeux. Les yeux du coeur. Enfant, il écrit avec des mots les photos qu'il ne peut pas encore prendre. Il s'invente des poèmes qu'il appelle "poèmes photos".

 

" Le vieil homme marchait,

Balançant le bras,

Horloge humaine,

Rythmant le temps des choses."

 

Depuis ses sept ou huit ans, il le sait, il le sent, le temps est le seul problème important. C'est déroutant. Il en faut du temps. Un jour, il a 20 ans. Bac philo en poche. L'université est le plus beau des cadeaux. Le temps d'apprendre. De comprendre. Tout ce temps, au début de la vie, pour trouver un sens à la vie. A sa vie. Philosophie et photographie sont, pour lui, intimement liées. Philosophie de l'instant, photographie de l'instant, c'est tout un. Il veut en faire son objet de recherche. Une superbe "Maîtrise" où il montrerait sa parfaite "maîtrise" des concepts et des images. Le "mémoire" passerait par Kierkegaard, Jankélévitch, certaines pages de Proust, de Camus, Rimbaud, Prévert, et...  Des philosophes et des poètes.

 

Il n'a jamais écrit plus de trois pages. Superbes d'ailleurs. Très joli prologue. Projet original. Ses Maîtres d'alors l'encouragent. Mais il n'a jamais rendu sa "Maîtrise". Il a, aux dires de tous, réussi, très vite, comme d'instinct, à acquérir une parfaite maîtrise de l'image. L'image arrêtée. L'image devenue, comme on disait autrefois, "instantané". Morceaux de temps arrachés au flux destructeur du temps qui passe, et qui fait que, nous les mortels, nous passons. Instants arrachés au temps. Sauvés. Non pas sauvegardés. Sauvés. Transfigurés. Instants durablement inscrits dans la durée. Instants définitivement placés hors du temps. Vraies petites parcelles d'éternité. Un goût d'éternel dans un destin forcément temporel. Irrésistible attrait de l'instant. Irrésistible séduction de l'instant. L'instant décisif. Décisif et dérisoire à la fois. D'emblée, -ses images en témoignent-, il avoue un faible pour "l'instant dérisoire". L'homme est modeste. De naissance comme d'essence. Modeste et très ambitieux à la fois. Ambitieux, pas prétentieux.

 

Ses photos, c'est beaucoup d'humanité et beaucoup de tendresse. Un sourire, parfois. Des larmes souvent. Des cris aussi. Des cris de détresse ou de rage. Ses photos, c'est de l'humanité qui transperce. Qui traverse. La vie comme la rue. La vie comme on traverse la rue.

 

Cri + Image = Crimage . L'homme a enfin trouvé son équation. Sous la forme d'une simple addition. Un "cri" + une "image", ça donne naissance à un "crimage" !

 

Ses photos, pour la première fois, il les montre, il les expose. Pour la première fois, il ose. Il quitte enfin le stade du "négatif" où il aura passé 40 ans de sa vie. De sa vie de photographe. Un photographe qui passe la majeure partie de sa vie au stade du ... négatif . Fabuleux. Exclusif ! Belle trame d'un roman à écrire et qu'il n'écrira peut-être pas. Il est, au fond, de cette race d'écrivains qui écrivent, avec leur vie, les livres qu'ils ne publient jamais. Livre unique, édité à un seul exemplaire. Sans être obligé de chercher à plaire. Ce qui n'est pas pour lui déplaire.

 

Ce photographe, bien sûr, c'était moi. C'est moi, puisque je suis toujours vivant. Puisque je continue à photographier. Intensément. Le monde et les gens. Les visages, les silhouettes, les paysages. Avec la même frénésie, la même exigence, le même enthousiasme. Je vais m'inscrire, à la rentrée prochaine, en Master de Philosophie. Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ma vie ne serait pas complétement réussie si je ne rendais pas, avant de tirer ma révérence définitive, mon mémoire de recherche. Mon mémoire de "Maîtrise". Le jour de gloire est arrivé. Le jour de modestie aussi. L'humilité, la vraie compagne du philosophe. Du photographe tout autant.

Le beau mémoire que je n'ai pas su écrire à 23 ans, je peux vraiment le concevoir quarante ans plus tard. Libéré, définitivement, du travail obligatoire, j'ai maintenant le temps. J'ai tout mon temps. Le temps d'écrire sur le temps. Sur l'instant. Photo !

 

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CRIMAGES

47 photos à découvrir, du 27 mars au 20 avril 2012,

Galerie Synapse, 22, rue Saint-Leu, 80000 Amiens.

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 23:35

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© Jean-Louis Crimon                                                                   Chengdu. RPC. Auromne 2011.


 

C'est un petit livre publié par Le Cherche Midi éditeur, en 1991. Petit livre  préfacé par Jean Dutourd. Jean Dutourd, de l'Académie française, indique la première de couverture. Le titre complet est d'ailleurs "Les plus beaux poèmes de la langue française". 128 pages, avec la page des remerciements. Remerciements adressés par avance aux ayants droit des poèmes et des poètes cités.

Pour les plus connus : Louis Aragon, Charles Baudelaire, Joachim du Bellay, Blaise Cendrars, André Chénier, Jean-Baptiste Clément, Pierre Corneille, Marceline Desbordes-Valmore, Philippe Fabre d'Eglantine, Jean de La Fontaine, Paul Fort, Théophile Gautier, José-Maria de Heredia, Victor Hugo, Louise Labé, Alphonse de Lamartine, Charles-Marie Leconte de Lisle, François de Malherbe, Stéphane Mallarmé, Clément Marot, Molière, Alfred de Musset, Gérard de Nerval, Charles d'Orléans, Jean Racine, Henri de Régnier, Arthur Rimbaud, Pierre de Ronsard, Edmond Rostand, Rutebeuf, Paul Verlaine, Alfred de Vigny et François Villon.

Rien à dire sur les choix des deux Jean, Jean Orizet, de l'Académie Mallarmé, et Jean Dutourd, de l'Académie française. Un regret seulement. Un oubli. Un oubli regrettable. Jehan Rictus, alias Gabriel Randon. Jehan Rictus et ses chants de misère ou d'amour, des Soliloques du pauvre au Coeur populaire. Doléances, plaintes et complaintes. Pour moi, aucun doute, Rictus a sa place entre Rutebeuf et Villon.

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 21:56

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© Jean-Louis Crimon                                                            41, Quai de la Tournelle. Paris. 2011.

 

 

L'après-midi avait été assez banale. Dès l'ouverture des boîtes, mon voisin m'avait amusé, mi-sérieux, mi-moqueur, comme à chaque fois, avec sa ritournelle habituelle sur le temps : ah, le printemps, c'est tout de même plus agréable que l'hiver ! A quoi, inexorablement, je réponds : Julien, tu le sais bien, moi, j'aime toutes les saisons !

Mon voisin de rétorquer : L'hiver dernier, ça a été trop dur, vraiment trop froid, l'an prochain, j'préviens la Mairie, j'prends des vacances et je pars au soleil !

 

Vers 16 heures, une belle Italienne lui a marchandé jusqu'à réduire en cendres sa maigre marge un petit bouquin au titre sobre Herculanum, d'Amedeo Maturi. Réduire en cendres la marge de la vente d'Herculanum, c'est bien sûr un peu cruel. Pour arriver à ses fins, la belle Italienne a trouvé un argument incroyable :" Si je n'étais pas passée ici aujourd'hui, vous ne l'auriez jamais vendu ce livre. Avec ce Gide "Retour d'URSS", 30 euros, c'est beaucoup trop" ! Erreur fatale de Julien, il accepte trop vite de négocier. Je le lui ai déjà dit.  On casse le prix, seulement à la fin. Si le client renonce. Ou fait mine de renoncer. A la toute fin. Mais jamais d'emblée.

 

- Je peux vous faire un prix, madame, 25 euros ...

- Vous n'y pensez pas, ça ne les vaut pas ...

- 20 euros, mais je ne gagne rien !

- 15 euros, pas davantage !

- Va pour 15 euros ...

 

La belle Italienne, très fière d'elle, emporte, bien serrés contre sa poitrine, son Gide et son Herculanum. Assez fière d'elle et de son coup. Julien se dit qu'il a tout de même gagné 15 euros.Ce qui n'est pas faux. Ces deux livres, on les lui avait donnés.

 

Plus tard, à Julien de me chambrer. Pour une séquence inédite de la vie du quai. C'est d'abord Jacky, le musicien de France Gall et de Gainsbourg, qui accompagne jusqu'à mes boîtes une dame qui tient à la main un ouvrage dont je connais bien la couverture. Titre : Renaud raconté par sa tribu. Livre coécrit avec le frère aîné de Renaud, Thierry Séchan, et publié par l'Archipel en septembre 2006.

 

- Monsieur, c'est un livre que ma fille a acheté, il y a 5 ans !

- Madame,vous voulez une dédicace, bien volontiers, je vais vous la faire ...

- Non, je ne veux pas de dédicace ! Ma fille a 36 ans, maintenant, elle est mariée, elle a des enfants et ...

- Elle peut toujours aimer Renaud...

- Non, elle déménage et elle m'a demandé de lui vendre les livres qui ne l'intéressent plus !

- Vous voulez que j'achète ce "Renaud raconté par sa tribu" ?

- Oui, je veux le vendre !

- Mais, Madame, pas à moi, je vous l'ai dit, j'en suis l'auteur ! Enfin le "coauteur" ! C'est moi, madame, qui l'ai écrit ce livre, avec Thierry Séchan, le frère aîné de Renaud. Thierry Séchan, oui, le frère aîné du chanteur !

- J'en veux 5 euros !

- Madame, neuf, il en valait 18 ! Le livre a bientôt six ans ...

- Justement, vous allez le revendre plus cher, vous !

- Madame, je n'ai gagné que 7 euros, pour l'instant ...

- 4 euros !

- C'est encore trop ! C'est plus de 50 % de ma recette de l'après-midi !

- 3 euros, c'est mon dernier prix !

- 2 cinquante, madame !

- Va pour 2 euros cinquante !

 

Au fond de ma poche, j'ai trouvé sans mal une pièce de 2 euros et une pièce de 50 centimes. Je n'avais que deux pièces dans ma poche. Je les ai mises dans la paume de la main de la dame qui m'a tendu le livre. C'est exactement comme ça que les choses se sont passées. Comme ça que je me suis racheté moi-même. Jusqu'à aujourd'hui, ça ne m'était jamais arrivé. Incroyable sensation. Se racheter soi-même...

 

Les courtiers, les colporteurs, les vieilles dames qui, le dimanche,  veulent se faire un peu d'argent de poche, toutes ces personnes qui déambulent avec des sacs ou des caddies de livres, ne paient,elles, ni taxes, ni impôts. Elles ne se déclarent pas comme auto-entrepreneurs. Elles se baladent simplement sur le quai, le dimanche après-midi, et proposent, aux bouquinistes, des ouvrages, la plupart du temps, sans intérêt.

 

Julien, témoin très amusé de la scène, et du dialogue avec la dame, m'a dit : tu vois, tu trouves que je ne vends pas assez cher, mais moi, au moins, je vends ! Toi, tu achètes ! Le comble : tu t'achètes toi-même ! C'est surréaliste !

 

Il n'a pas tort, Julien. Il n'a pas tort, mon voisin de quai. Se racheter soi-même, c'est limite absurde. Mais, symboliquement, ça n'est pas pour me déplaire. Il y a quelque chose de beau et même d'héroïque à se racheter soi-même.  La vie sur le quai, ce n'est pas ce qu'en croient parfois les passants. Ce métier de bouquiniste, perçu comme "très romantique" par la majorité des promeneurs ou des touristes, avoue, certains jours, des côtés quelque peu attristants. Signe des temps. Signe inquiétant. Pas forcément. Signe que le quai est vivant. Toujours vivant.

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