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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 00:01
Jean-Pierre Chabrol. Portrait aux bras croisés. © droits réservés.

Jean-Pierre Chabrol. Portrait aux bras croisés. © droits réservés.

Cher écrivain de paroles,

 

Souvenir soudain. Comme un flash. Pensée fugitive. Début des années 80. Picardie. Festival International du Film d'Amiens contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples. Titre impossible. Titre trop long. Une raison, une bonne raison. Festival créé par des cinéphiles proches du MRAP. Soirée d'après projection. Tu le retrouves au bar. Echange de regards. Premiers mots, premières paroles. Assis côte à côte. Puis face à face en pivotant les tabourets. Lui, il parle. Toi, tu écoutes. Tu bois ses paroles. La magie opère. Avec ce conteur né, le comptoir devient contoir. Tu aimes sa voix, rugueuse, rocailleuse, comme le pays de rocailles d'où il vient. D'où viennent ses ancêtres. Chabrol écrit avec la voix. Tu ne te souviens pas de ce que vous avez bu ce soir là.

Bu passablement. Parlé ardemment. Une bande magnétique garde quelque part le souvenir précis de votre conversation. Question: où est-elle ? Où est surtout le Nagra, qui pourrait lire les sons de la bande magnétique. A l'heure du son numérique, l'analogique n'a presque plus cours.

Envie de relire ce matin, à trente et quelques années de distances cet écrivain oublié. Passé de mode. Même pas. Avec Chabrol, c'est commode, on avait le droit de se moquer des modes comme de la mode. Envie de retrouver cette voix fraternelle.

A portée de main, ça tombe bien, le rayon des auteurs dont le nom commence par la lettre C, Curiol, Curtis, et puis, tiens, un peu avant, Cohen, et encore un peu avant... Chabrol, Contes d'Outre-Temps, recueil de textes, d'abord écrits à la voix, chroniques pour la radio. Un rytme. Un ton. Un sens de l'ellipse. Un souffle particulier. Une vraie musique.


Ecoutez plutôt. La Bonne Pluie. Page 33.

 

 Les Parisiens pestent contre la pluie.

- Vous croyez que ça va tomber ce week-end ?

- Bah ! il pleut tout le temps.
Moi, je viens du pays des pluies heureuses. Quand le ciel crève sur lui, mon village lève le nez. Les paysans soupirent d'aise, ils disent, de la pluie: "Elle fait respirer le vallon."

Elle a sa chanson pour le toit, sa chanson pour les feuilles, son vernis pour les couleurs, elle exalte les senteurs, refait une beauté au paysage.

La Pluie, c'était l'Eau -on vivait si près de la terre !- on l'attendait.
Mon grand-père me disait gaiement : "Viens, on va marcher sous la pluie."

On allait, sans se presser, en offrant son visage au ciel.

 

Sans le savoir, deux "Jean-Pierre" t'ont tracé le chemin. La route. T'ont ouvert la voie. La voix.  le goût des mots-paroles. Le goût des mots parlés. Tu n'as jamais eu l'occasion de le leur dire. Leur dire ce que tu leur dois. De leur dire comme ça. Simplement. Tu le fais ici. Où qu'ils soient, la chose leur sera rapportée.

 

Heureux, vraiment, de les avoir croisés ces deux-là dans ce siècle ancien déjà. Lui, Jean-Pierre Chabrol, et l'autre Jean-Pierre, son copain, Farkas. Chabrol, l'écrivain, le conteur. Farkas, le journaliste, le baroudeur, l'inventeur du "Journal inattendu". Chabrol et Farkas, deux vrais humains croisés dans ce siècle vingt, et pas vain, deux vrais êtres humains comme trop rarement il en passe.

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 00:01
Paris. L'oeil de l'arbre. Juin 2014. © Jean-Louis Crimon

Paris. L'oeil de l'arbre. Juin 2014. © Jean-Louis Crimon

Cher citadin,

 

Tu le croises plusieurs fois par jour. Sans lui prêter le moindre regard. Lui te voit. T'observe. Sais où tu vas. Ce que tu fais. Avec qui tu parles. Qui tu fréquentes. A quelle terrasse tu aimes t'attarder, prendre un café ou un verre de vin blanc. Parler ardemment, jusqu'à très tard le soir, avec des amis, des copains, ou des voisins de table.

Jour de marché ou pas, tu lui passes devant, rapidement, sans même t'excuser quand tu lui marches sur les pieds, qu'il a longs et bien enracinés.

 

Cette fois, tu viens de l'entendre très distinctement t'adresser quelques mots. Tu as cru à une illusion. Une illusion sonore comme il y a des illusions d'optique. Tu t'es arrêté, face à lui. Tu lui as murmuré, très discrétement:

- Tu peux répéter, s'il te plait ?

N'a rien répondu. Tu as attendu. En vain. Tu n'as rien entendu. Tu as tourné les talons, en pensant, -honte sur toi- très fort, tout bas: vieux con !

 

C'est exactement à ce moment-là qu'il t'a balancé:

- Gaffe ! Je t'ai à l'oeil !

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 00:01
Libération. L'Appel des 40. Jeudi 19 Mai 2016. © Jean-Louis Crimon

Libération. L'Appel des 40. Jeudi 19 Mai 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher... signataire,

 

Aucun doute, ce texte-là, tu signes, tu le signes ! des deux mains et des deux pieds, sans traîner les pieds, si tes deux pieds savaient signer.

Enfin !

Depuis le temps ! Car ça en a pris du temps. Vraiment.

 

Dans son Edito, Laurent Joffrin pose la question, la seule qui vaille. Celle à laquelle tu te heurtes depuis 20 ans, au moins.

"Comment un homme qui n'a pris aucun risque, qui n'a inventé aucun procédé révolutionnaire, qui a fait en général une carrière linéaire au sein de vastes organisations, peut-il valoir 300 fois un autre homme ou une autre femme qui travaille dans la même organisation ?"

 

Abîme social et philosophique, dénonce plus loin l'Editorialiste de Libération, en rappelant que cela a toujours été condamné par "les moralistes de toutes obédiences".

A chacun selon son travail, à chacun selon ses besoins, recommandait, en d'autres temps, l'auteur d'un certain Manifeste. Manifestement, tous les hommes n'ont pas les mêmes besoins.

 

 

Parmi les premiers signataires:

Thomas Piketty, Economiste, Christophe Alévêque, Humoriste et patron de PME, Patrick Chamoiseau, Ecrivain, Nicolas Hulot, Daniel Cohn-Bendit, Anne Hidalgo, Philippe Martinez, Secrétaire général de la CGT, Arnaud Montebourg, Entrepreneur et ancien ministre, Jean-Michel Ribes, mais aussi Serge Papin, PDG de Système U et Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du monde.

Serge Papin qui explique: "J'ai signé ce texte parce que je crois en la vertu de l'exemplarité."

 

Toi aussi, sans tarder, tu t'associes et tu signes:

"Nous demandons au gouvernement de légiférer pour qu'un patron ne perçoive pas plus de 100 Smic".

 

100 Smic ! C'est même encore un peu, beaucoup, TROP, non ? 

Smic, Salaire minimum pour les prolos !

Smic, Salaire Maximum pour les patrons ! Salaire Maximum Interprofessionnel de Croissance !

 

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SMIC :

 

Le "SMIC" (salaire minimum interprofessionnel de croissance) est la rémunération légale minimum que doit recevoir tout travailleur âgé de plus de 18 ans, il varie en fonction du coût de la vie et de l'augmentation des salaires. Il est fixé chaque année par Décret. Le Décret n° 2014-1569 du 22 décembre 2014 a relèvé le salaire minimum de croissance à compter du 1er janvier 2015. Le montant du SMIC brut horaire est porté à 9, 61 € (augmentation de 0, 8 %), soit 1 457, 52 € mensuels sur la base de la durée légale du travail de 35 heures hebdomadaires.

Le salaire minimum de croissance assure aux salariés dont les rémunérations sont les plus faibles, la garantie de leur pouvoir d'achat. Le manquement de l'employeur à son obligation de paiement d'une rémunération au moins égale au salaire minimum de croissance cause nécessairement un préjudice au salarié dont il appartient au juge d'apprécier le montant (Chambre sociale 29 juin 2011, pourvoi 10-12884, BICC n°751 du 15 novembre 2011 et Legifrance).

Lorsque les salariés ne sont pas à la disposition de l'employeur de sorte que les pauses ne constituent pas du temps de travail effectif, les primes qui ne sont pas la contrepartie du travail, doivent être exclues du salaire devant être comparé au SMIC. (Chambre sociale 21 mars 2012, deux arrêts, pourvoi n°10-21737, Observations du SDER, BICC n°766 du 15 juillet 2012 et Legifrance). Consulter la note de M. Nicolas Léger référencée dans la Bibliographie ci-après.

Textes

  • Code du travail, Articles L3231-1 et s.
  • Loi n°2003-47 du 17 janvier 2003 relative aux salaires, au temps de travail et au développement de l'emploi.
  • Décret n°2007-1052 du 28 juin 2007.
  • Décret n°2008-617 du 27 juin 2008 portant relèvement du salaire minimum de croissance.
  • Décret n°2009-800 du 24 juin 2009 portant relèvement du salaire minimum de croissance.
  • Décret n°2009-1584 du 17 décembre 2009 portant relèvement du salaire minimum de croissance.
  • Décret n°2010-1584 du 17 décembre 2010 portant relèvement du salaire minimum de croissance.
  • Décret n° 2011-1926 du 22 décembre 2011 portant relèvement du salaire minimum de croissance.
  • Loi n°2012-387 du 22 mars 2012 relative à la simplification du droit et à l’allégement des démarches administratives.
  • Décret n° 2012-1429 du 19 décembre 2012 portant relèvement du salaire minimum de croissance.
  • Décret n° 2013-123 du 7 février 2013 relatif aux modalités de revalorisation du salaire minimum de croissance.
  • Décret n° 2013-1190 du 19 décembre 2013 portant relèvement du salaire minimum de croissance.
  • Décret n° 2014-1569 du 22 décembre 2014 portant relèvement du salaire minimum de croissance.
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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 06:01
"Verlaine avant-centre". Répétitions de Saint-Quentin-en-Yvelines. Mars 2009.  © Jean-Louis Crimon

"Verlaine avant-centre". Répétitions de Saint-Quentin-en-Yvelines. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon

Cher pêcheur de mots,

 

Au départ, tu le sais, c'est un souvenir d'enfance. Juste un souvenir d'enfance. Un souvenir d'enfance qui peut tenir en trois lignes. Avec ta petite soeur, de trois ans ta cadette, fin des années cinquante, tu adores, l'été, patauger dans l'eau de la rivière qui borde votre jardin. Objectif: essayer de capturer des épinoches.

Un souvenir d'enfance devenu - aux dires de nombreux lecteurs et de lectrices, d'ailleurs -, les trois plus belles pages de "Verlaine avant-centre".

Va savoir pourquoi, tu les relis aujourd'hui ces lignes qui éclairent à tout jamais ton existence. Dans ces heures magiques, incontestablement, s'est enraciné, sans que tu en aies vraiment conscience, ce dur durable désir d'écrire.

 

" Chaque midi, elle est au rendez-vous. Fidèle, ponctuelle, précise. Dans son fuseau en lamé, elle scintille dans l'eau claire, avec sa grosse épine dorsale dressée. Epinoche, petit poisson magique. Sur le tapis de cailloux blancs qui dansent dans le fond de la rivière, l'épinoche s'amuse à faire du surplace, à contre-courant. ça peut durer dix secondes ou de longues minutes, le temps que l'échappée, capitaine du peloton aquatique, soit rejointe par d'autres épinoches plus petites, plus jeunes. La troupe poursuit alors sa remontée de la rivière, procédant par étapes, comme si, d'instinct, les premières sentaient qu'il faut faire des pauses, en pagayant des nageoires, pour que les attardées recollent au peloton liquide.

"Des heures durant, je contemple au ras de l'eau ce spectacle étrange du ballet silencieux des danseuses en tutu d'écailles. D'or et d'argent sont les petits rats de l'opéra aquatique et je suis maître de ballet. D'une tige d'herbe sauvage ou d'une fine branche, je dessine des ronds dans l'eau. Mes épinoches jouent dans les cercles. Je suis le chef d'orchestre de la mise en ondes, mais mon pouvoir est illusoire. Jamais encore je n'ai réussi à piéger la moindre princesse de l'eau pour en faire, ne serait-ce qu'une heure entière, ma belle prisonnière. L'épinoche est vive, futée, habile. Elle seule sait changer instantanément de trajectoire si un obstacle ou un danger se présente. Impossible à saisir de la main, comme on peut parfois le faire avec une jeune truite qui se chauffe au soleil, près de la berge. Impossible à prendre avec une petite épuisette. Les épinoches s'éparpillent en tous sens, pour mieux échapper aux mailles étroites du filet. Plusieurs étés de suite, je restai systématiquement bredouille. Jusqu'au jour où ma soeur et moi découvrîmes par hasard la clé qui allait nous permettre de réaliser des prises extraordinaires.

"Ce jour-là, nu-pieds, nous étions dans l'eau jusqu'à mi-mollets, à soulever des pierres pour voir si ne s'y cachaient pas ces curieux poissons à têtes plates, gros têtards myopes qui se dissimulent dans la vase et que nous appelions camborgnes ou caborgnes. Chats borgnes sans doute en français. C'est vrai qu'ils avaient un peu des têtes de poisson-chat. D'une main leste, je sortis de l'eau une boîte à conserve métallique que quelqu'un avait dû jeter dans la rivière et qui avait dérivé jusque devant chez nous. Incroyable : la boîte contenait trois épinoches. La chose tenait du miracle. Avec ma petite soeur qui allait avoir six ans, on se dit qu'il devait bien y avoir une raison. Une explication. On se mit à jouer au jeu des pourquoi et des comment. On gambergea, on réfléchit. La boîte n'avait pas dû séjourner très longtemps au fond de l'eau. Elle semblait neuve. Ne comportait aucune trace de rouille. L'intérieur et le fond brillaient comme les parois d'un palais des glaces miniature. Nous tenions notre explication: rassurée par son image qui se reflétait contre la paroi, une première épinoche s'aventura sans crainte jusqu'au fond de la boîte, puis un autre, rassurée par la présence de la première, puis une autre encore. Trois épinoches trompées par le miroir parfait de l'intérieur de la boîte métallique. Le piège était fabuleux. Ma soeur ne voulait pas croire qu'on puisse le reproduire à volonté. Je décidai qu'il fallait tenter l'expérience.

"Le lendemain matin, on se mit en quête des restes métalliques des repas du voisinage. Haricots verts, petits pois, épinards et même cassoulet, firent notre bonheur en boîtes. Avant midi, on décida de disposer dans la rivière, à contre-courant et lestées d'un gros caillou, les boîtes à conserve vides ainsi récupérées. On laissa volontairement passer une nuit, un jour entier et une autre nuit, pour que les épinoches aient le temps de visiter leurs différents appartements et s'habituent à y séjourner. Puis ce fut le grand jour.  

"Dès la première boîte, relevée très vite, par surprise, pour éviter toute tentative de fuite, nous sûmes que le piège était parfait : deux grosses épinoches et cinq petites. Dans les autres boîtes aussi, les prises étaient extraordinaires. Nous décidâmes de relâcher les plus petites pour ne garder que les grosses épinoches dorées et argentées. En guise d'aquarium, notre mère nous octroya un grand bocal vertical, au préalable vidé de son contenu de fruits en conserve. La soirée fut inoubliable: la famille au grand complet en cercle autour du bocal où, inlassablement, glissent et glissent nos belles prisonnières qui brillent dans l'eau qui soudain s'éclaire. Ce soir-là, nous venons d'inventer l'eau-lumière.

"Bonheur de courte durée, hélas ! Après un jour ou deux passés dans le bocal, nos épinoches semblèrent perdre de leur brillance. Comme si, prisonnière, l'épinoche perdait sa lumière. Façon de nous dire : rendez-moi la liberté. Libre, l'épinoche brillerait à nouveau, et pour toujours. Je persuadai ma petite soeur que c'était la seule issue. Pour que l'éclat de nos pierres précieuses vivantes ne se ternisse jamais, nous devions les rendre à l'eau vive. On décida de toutes les relâcher dans la rivière. Le jeu pourrait continuer. Se renouveler. Inlassablement. Davantage que la prise ou la pêche miraculeuse, c'est le jeu qui était magique. C'est le jeu qui comptait. Il fallait pouvoir le répéter, le reproduire à l'infini."

 

Verlaine avant-centre. Jean-Louis Crimon. Le Castor Astral. 2001.                 

 

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 00:01
Amiens. Rue de la République. 29 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue de la République. 29 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher... pauvre petit retraité révolté,

Tu te demandes vraiment ce qu'ils ont dans la tête ceux qui nous gouvernent. Ceux qui prétendent nous gouverner. Pour leur gouverne, tu te verrais bien, une heure, une heure seulement, "conseiller" du gouvernement.

Tu pourrais leur préciser, au cas où ils n'en auraient pas bien conscience, les conséquences de cette fameuse loi Travail qui prétend diminuer de 25 à 10 % la majoration des heures supplémentaires. Tu pourrais leur expliquer qu'ils sont en train d'inventer la valorisation négative.

Les chauffeurs routiers sont catégoriques: ces heures sups à 10 %, c'est tout simplement, par an, une perte de salaire de 1500 à 2000 euros. Question: qui, décemment, pourrait accepter pareille décision ? Qui a les moyens de perdre autant d'argent ? En travaillant autant qu'avant.

Bien évidemment, rien dans la loi Travail, qu'on n'ose plus appeler loi El Khomri, sur les salaires des Grands patrons ! Rien sur le salaire de Carlos Ghosn ! Rien sur le salaire de Brandicourt. Le salaire du patron de SANOFI: plus de 16 millions d'€uros pour l'année 2015. Le patron de SANOFI, patron le mieux payé du CAC 40.

Olivier Brandicourt, loin devant Carlos Ghosn qui, lui, n'a perçu qu'un peu plus de 7 millions d' €uros pour l'année 2015. Ils en font, eux, des heures sups, les Grands patrons ? Leur sont payées combien, leurs heures sups, à eux ?

Attention, messieurs du gouvernement, avec ce mois de Mai 16, et votre loi foutaise, c'est Mai 36 qui s'en revient, pas en Son et lumière, pour de grandes soirées commémoratives dont vous avez le goût et parfois le talent, mais en VRAI, vraiment, quand l'Histoire se revigore, toujours et encore, aux injustices du temps présent.

" Je ne céderai pas." a déclaré le Chef de l'Etat, ce matin, sur Europe 1.

Attention, fanfaron, il y a 10 ans, 10 ans tout juste, Jacques Chirac avait bien dû avaler son chapeau et remballer son CPE, façon Villepin ! Prends garde de ne pas faire comme eux.

Tiens, ta radio s'y met aussi: "En raison d'un appel à la grève émis par plusieurs organisations syndicales portant sur le retrait du projet de Loi Travail, nous ne sommes pas en mesure de diffuser nos programmes habituels. Nous vous prions de nous en excuser."

Tu penses à ton vieil ami Léo Ferré et sa célèbre formule plus que jamais d'actualité: La gauche, c'est l'antichambre de la droite !

Antichambre: vestibule, salle d'attente.

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 00:02
Picardie. Contay. Cimetière anglais. Laveurs de stèles. 1969. © Marie-Christine Crimon

Picardie. Contay. Cimetière anglais. Laveurs de stèles. 1969. © Marie-Christine Crimon

Cher fils... éternellement fils, même devenu père, toi aussi,

 

 

Lundi 16 Mai 16, tu penses à ton père, au temps où avec lui, après sa journée de travail, au cimetière anglais, vous faisiez le tour du village, en quête de travaux à faire. Ton père était jardinier. Le meilleur bêcheur à la ronde. Tous le savaient. Un jardin à faire, on lui faisait signe. Chaque soir de la semaine, il y avait un jardin différent à entretenir. Celui de l'Instituteur. Celui du Curé. Celui de la Tante Laure. Celui du Père Delacroix. Ne restait que le dimanche, pour votre jardin à vous.

Tu relis Verlaine avant-centre. Chapitre 10. Page 117. Tu adores ce passage :

 

"Mon père pince la corde du cordeau comme une corde de guitare. Il tend l'oreille, écoute le son de la corde. Si l'accord est parfait, la corde bien tendue, on peut tracer la route, puis semer. Mon père laisse glisser les graines entre le pouce et l'index. Il ne faut pas semer trop dru. Mon père le sait. Il dit: qui sème trop dru récolte menu. Ensuite, on dame le sol avec le dos du râteau. Ça dessine de petits traits verticaux tout au long de la ligne semée. C'est beau à regarder comme un tableau de peintre abstrait. Un tableau peint au cordeau et au râteau, à même la terre. Dieu, s'il existe, sûr, c'est un esthète qui apprécie la peinture de mon père. En fait, mon père ne jardine que pour exposer les oeuvres qu'il ne prend pas le temps de peindre sur la toile et qu'il crée à fleur de terre, l'espace d'un dimanche matin, juste avant la messe."

 

Lundi 16 Mai 16. Tu penses aux absents. Tu penses à ton père. 94 ans aujourd'hui, et déjà 15 ans sous terre. Tu te demandes pourquoi, une fois mort, on ne se souhaite plus les anniversaires. Pourquoi on n'ose pas. Les vivants, même bons vivants, ne doivent pas oublier les absents. Doivent au contraire les associer, le plus souvent, à la vie qui continue, sans eux. C'est important. Pour eux. Pour eux, les absents. Pour les garder vivants. C'est important pour nous. Pour nous, les vivants. Pour ne pas laisser nos coeurs se transformer en coeurs.. morts.

Ce matin, toi, tu sais que tu vas dire: Bon anniversaire, mon père. Tu relis Verlaine avant-centre. Dans ce petit roman, ton père est... vivant. Eternellement.

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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 00:01
Paris. 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher magicien du quotidien,

 

 

Insolite toujours. L'instant d'avant, il n'y a rien. Ce n'est rien. Juste une boutique fermée. Un panneau sens interdit. Des travaux devant la boutique. De curieuses planches jaunâtres. Posées sur la terre de la tranchée tout juste rebouchée. Pour éviter aux passants de mettre les pieds dans la boue les jours de pluie. Juxtaposition d'éléments disparates. Paysage urbain. Banal. Eléments de barrière en panneaux verts et ardoise. Porte cochère fermée. Rideau métallique fermé. Fenêtres fermées. Sens interdit. Avenir bouché. Comme le ciel. Les planches font un curieux clavier de bois. Clavier muet. Note tout en silence. Note qui dénote. Paroles absentes. Musique sans paroles.

Un homme aux cheveux longs traverse soudain le passage. Pantalon gris et blouson de cuir. Il est le personnage qui faisait défaut. L'élément humain qu'il te faut. Sans trop attendre. Faut tôt. Photo. Tout se met en place. C'est Mozart qui passe. Ou Vivaldi. Le jeune homme devient musicien italien. Cet endroit du quai de la Tournelle, un coin d'Italie. La petite boutique mérite sa musique. Avanti la musica. La photo chante. La photo m'enchante. Il y a de la chanson dans l'air.

 

Le tout s'est joué en moins de trente secondes. La photo, c'est souvent un cadeau. Le photographe, un musicien. Musicien de la lumière. Des sons et des couleurs. Sans en avoir l'air. Faut juste que ça sonne juste.

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 00:01
Kunming. Yunnan. Chine. Janvier 2012.  © Jean-Louis Crimon

Kunming. Yunnan. Chine. Janvier 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher... photographe,

Tu le sais, la bonne photo, la bonne image, ça tient à peu de choses. Trois fois rien. Un détail. Un geste. Une pose. Une attitude. Un angle. Un cadre. Peu importe le pays ou le paysage. Les coutumes, la culture, les interdits. La photo, ça se saisit, ça se vole, sinon, ça s'envole.

Preuve: celle-ci.

S'est jouée à un cheveu.

Mimétisme capillaire.

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 00:03
Amiens. Mail Albert 1er. 13 Mai 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Mail Albert 1er. 13 Mai 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher citoyen à tout jamais Picard, Amiénois de surcroit,

 

Te voilà donc rebaptisé, contre ton gré. Nuitamment, sans doute. Tu ne les as pas vu faire. Pas vu opérer. Ils ont osé. Hauts-de-France. C'est écrit en lettres noires. Au fronton du 15 du mail du Roi des Belges. Les locaux historiques de la Région Picardie. Celle de Walter Amsallem et de Charles Baur, deux grands Présidents.

Pour qui se prendre pour s'octroyer ainsi le droit de débaptiser ? de nommer, de renommer, pour assurer sa piètre renommée. Le droit souverain de donner un nom ? et quel nom ! un nom prétentieux. Un nom ignominieux. Un nom de forfaiture.

Sans doute que le petit monsieur qui préside désormais aux destinées de la nouvelle grande Région voulait se donner davantage d'importance que ceux de la région parisienne: sont plus hauts que les Hauts-de-Seine, les Hauts-de-France. Ces Hauts-de-France coiffent tout le pays.

Sur une carte de géographie... Pour le reste, reste à voir.

 

 

Faut être sacrément bas d'où j'pense,

Pour se prétendre Hauts-de-France,

Toi qui es de Picardie,

A jamais, tu gardes... "pique" hardie,

 

Pas question de perdre la face,
Quand d'un trait de plume, on efface,
Mille ans d'Histoire et davantage,
Le nier, c'est du sabotage...
 
Pas né celui qui veut nous soumettre,

Devra plutôt se démettre, 

Toi, moi, lui ou elle, vous et nous,

Jamais ne vivrons à genoux...
 
Celui qui par trop se la pète
Un jour, sa connerie prend perpète,
Terres de tant de souffrance,
Jamais ne seront Hauts-de-France...
 
Rien à faire de votre arrogance,
La mégalo dépendance,
La bêtise et la suffisance,
Ne sont que piteuse pitance.
 
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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 00:02
Paris. Quai de la Tournelle. Mai  2011 © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Mai 2011 © Jean-Louis Crimon

 

Cher... cracheur de mots,

 

C'était il y a 5 ans. Mai pour Mai. Mois pour mois. Mai 2011. Tu viens d'arriver sur le quai. Tu réalises la richesse du poste d'observation qui est désormais le tien. Tu ne veux pas laisser s'évanouir tous ces instants qui composent désormais ton quotidien. Tu décides de te créer un blog. Outil que tu ne maîtrises pas spécialement. Mais tu as vraiment envie d'apprendre.

 

La demande est simple. "Décrivez votre blog en quelques mots". C'est précis: 500 caractères maxi. Tu n'as jamais su bien répondre à ce genre de demande. Ecrire sur soi n'est pas évident pour toi. Ecrire sur toi, tu préfères laisser ça à d'autres que toi. Mais bon, en même temps, faut comprendre, c'est comme lorsqu'on vous demande de décliner votre identité. Poète, vos papiers avait anticipé, il y a bien longtemps, Léo Ferré.

Au bout d'un mois, tu t'es dit qu'il fallait bien te résoudre à parler de toi. D'autant que ton "hébergeur" -on dit comme ça- argumentait parfaitement. La chose avait un but, un objectif, un objet, un projet très convaincant: relever ou augmenter ton niveau de confiance.

Au cas où tu te sentirais complétement perdu devant l'immensité de la tâche, une directive non contraignante indique: présentez le ou les thèmes abordés dans votre blog aux autres internautes.

Tu as donc cédé et concédé. Le résultat tient en une vingtaine de mots. Moins de 200 signes, ponctuation et espaces compris. Tu trouves ça plutôt bien:

Journal d'un bouquiniste, curieux de tout, spécialiste en rien, rêveur éternel et cracheur de mots, à la manière des cracheurs de feu.

Rien de moins. Rien de mieux. Bon, c'est vrai, au risque de passer pour prétentieux, tu aurais pu ajouter l'incroyable étendue de ton curriculum vitae. Que vient justement d'exiger ta caisse de retraite. Décliner à la Prévert, en fausses rimes ou en vrais vers: bouquiniste depuis peu, moins d'un an, qui dit mieux ? Egrèner la longue litanie des avanies et des arguties d'une vie sociale réussie. En tout cas bien remplie.

Ex-journaliste, de presse écrite d'abord, puis encore de France Inter, France Info, France Musique, de France Culture, ex-homme de radio, mais pas ex abrupto, ex-prof de philo, mais pas ex nihilo, ex-prof de Fac, ex-abonné de la FNAC, ex-jardinier, ex-laveur de pierres, pierres tombales des cimetières militaires, ex-manutentionnaire, ex-OS, Ouvrier Spécialisé, pas vraiment spécialisé, mais vraiment ouvrier, ex-employé de bureau, ex-aide métreur, ex-aide comptable, ex-rimailleur qui, de bon coeur, troquerait bien François Fillon contre François Villon, ex-auto stoppeur qui dormait dans les fossés d'autoroutes, au réveil toujours un peu cassé, mais pas fracassé, ex-ramasseur de racines, de chiendent ou de liserons, ex-ex-ex-ex-ex... etc...

et terminer cette trop longue liste en "ex" qui mène à bouquiniste par le seul "ex" qui ne soit pas "ex", ne sera jamais dans la famille des autres "ex". Cet "ex" forcément toujours d'actu !  Avec qui tu es "à toi et à tu", tu veux dire: ex... libris !

Pas mal, non ? Mais pas de regrets, cette trop longue tirade, ça ex-plosait la consigne des 500 signes ! Alors, tu as renoncé. Renoncé à entrer dans le détail. La pub de la vente au détail ne fait pas de détails.

En fait, tu regrettes seulement de ne pas avoir pris la peine et le temps d'ajouter cette petite précision:

Bouquiniste débutant, passé, en moins d'un an, de "Rédacteur en chef de la nuit", ton plus beau titre, à "Libraire de plein air", ton plus ancien rêve et ton dernier rôle social.

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