19 février 2026
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Contay. Route d'Amiens. Carte postale ancienne. © G. Lelong.
Du centre du village, et davantage du Pont de l'Hallue, où nous habitions, elle semblait bien loin cette route d'Amiens. Enfant, à pied, il fallait y aller chercher du lait ou du beurre dans des fermes qui se trouvaient tout au bout de cette grande rue qui partait de la Place de l'Eglise. Je me souviens de la ferme Luittre et d'une autre, la ferme Boivin. Chez Boivin, il y avait un chien qui adorait, à chaque fois, faire semblant de fermer l'oeil quand j'entrais dans la cour de la ferme. A peine avais-je pris quinze ou vingt mètres d'avance qu'il me coursait en aboyant pour m'attraper les mollets. M'a même mordu deux ou trois fois. Forcément, c'était de ma faute. La fermière donnait toujours raison à son foutu clebs. "Si tu cours, il voit que tu as peur et il croit que tu es un malfaiteur... Il fait son travail de chien de ferme !" Moralité : ne cours pas, marche normalement, et le chien restera paisible dans sa niche. Tu parles, l'animal était vicieux. Ne manquait jamais une occasion de me taquiner les guibolles.
Ma peur des chiens remonte à ce temps-là. Je devais avoir 8 ou 9 ans, l'âge où à la campagne, les parents confient les courses à faire aux aînés, les plus grands.
© Jean-Louis Crimon
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18 février 2026
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Contay. Carte postale des années 1960. © DR.
Fin des années noir et blanc. La couleur nous est enfin donnée. Le village tire un trait définitif sur les années d'après-guerre. Trois églises et deux châteaux. L'église prise à trois reprises. Le château de Vadencourt qui vient tutoyer le château de Contay. Plus aucun habitant sur les vues de la carte postale. Pourtant, le droit à l'image ne s'est pas encore présenté. Pas un animal, pas un cheval, pas un chien. Rue déserte.
Une 4 L stationne devant le Café-Tabac de la Grande rue, devenue Rue principale. Le village semble désert. Ce doit être l'été. Contay fait sa sieste.
© Jean-Louis Crimon
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17 février 2026
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Contay. Le jour de la Photo de Classe. Mai 2014. © Jean-Louis Crimon
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16 février 2026
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Contay. Le cimetière catholique. 5 Avril 2021. 16:33. 1/800. © Jean-Louis Crimon
Si ce n'était les croix, si ce n'était les tombes, ce serait un beau jardin, je crois, un jardin où, si ça tombe, il ferait bon se balader et s'asseoir, prendre le temps d'écouter le chant des oiseaux ou la musique du vent dans les arbres. Histoire de ne pas rester muets devant les marbres.
© Jean-Louis Crimon
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15 février 2026
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Contay. Les peupliers. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon
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14 février 2026
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Contay. 5 Avril 2021. 15:46. 1/500. © Jean-Louis Crimon
Plus le temps passe, plus les années s'ajoutent aux années, plus l'autre siècle s'éloigne et plus je pense à ce temps d'avant, ce temps où nous, les Crimon, habitions cette petite maison un peu bancale, un peu banale, mais pour moi à tout jamais originale
Quand il m'arrive de traverser le village en voiture, accompagnant un vieil ami désireux de faire un tour dans ces petits patelins de la vallée de l'Hallue, Montigny, Fréchencourt, Beaucourt, Bavelincourt, Vadencourt et, bien sûr, Contay, à la volée, sans même ralentir, sans s'arrêter, vitre simplement baissée, je "vole" une photo ou deux de cette maison qui fut la mienne.
Pas si facile d'accepter qu'elle ne soit plus que de l'histoire ancienne.
© Jean-Louis Crimon
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13 février 2026
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Contay. Le Cimetière catholique. © Jean-Louis Crimon
J'avoue que je n'ai pas compris pourquoi - en 2019 - le Maire de Contay, à l'époque Gérard Boivin, fort de l'unanimité de son Conseil Municipal, a répondu "non" à ma demande d'achat d'une place dans le cimetière communal. Le beau cimetière de mon enfance d'enfant de choeur qui a toujours eu bon coeur. Un refus qui m'écoeure.
"Plus personne ne te connaît", a justifié le Maire, ajoutant : "On veut pas d'étranger à la commune dans notre cimetière".
Comme si on pouvait me définir comme "un étranger à la commune", moi qui, derrière la bêche de mon père, jusqu'à mes 14 ans, ai ramassé toute la mauvaise herbe du village, racines de chiendent, racines de liserons, quand nous allions, chaque soir des jours de semaine, bêcher le jardin des autres. Le nôtre, on s'en occupait le dimanche.
© Jean-Louis Crimon
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12 février 2026
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Contay. Avril 1951. Père et fils dans les talus herbeux des Royales. © Juliette Crimon
Les talus herbeux des Royales, lieu de choix pour l'enfant qui a vécu ses premiers mois au Château, enfin, nuance la mère, "dans les dépendances". Ce goût des herbes folles qui coiffent et recoiffent leur chevelure dans le vent qui peigne la campagne, sûr, il s'inscrit dans ces premières expériences. Celles de la prime enfance.
Au dos de la photo, est écrit, sans doute de la main de la maman : "A 20 mois, Jean-Louis et Papa".
© Jean-Louis Crimon
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11 février 2026
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Contay. Le Château. Carte postale ancienne. © R. Lelong.
C'est Tante Laure, la Tante de mon père, – de fait ma "Grand-Tante" – , qui est à l'origine de l'arrivée de mes parents à Contay. Elle avait entendu dire que les Châtelains cherchaient un homme toutes mains et un jardinier. Elle fit passer le message à Grand-Mère Edith, qui transmit à Georges, son fils, qui allait devenir mon père. Je suis né à la maternité de Corbie, mais je sais que c'est Contay mon village natal. Que notre premier logement, à Contay, ce fut au Château.
De cette vie au château, ma mère ne cessa de dire que ce n'était pas "la vie de château". On était logés dans les dépendances et le Châtelain, pour nous chauffer, l'hiver, nous donnait du bois vert.
Comme j'avais eu la bonne idée de naître en été, ma mère craignait que je n'attrape mal en hiver, surtout enfumé par la fumée du bois vert. Mes parents, Georges et Juliette, ont donc accepté avec joie de venir habiter la petite maison à côté de la grande maison de Tante Laure, juste à côté de l'Hallue, la rivière qui borde le village.
© Jean-Louis Crimon
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10 février 2026
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Contay. Le Temple des Protestants. 11 Sept. 2016. © Jean-Louis Crimon
Moi, j'étais né côté Catholiques. Enfant de chœur depuis mes 7 ans, par la volonté de Tante Laure, la marraine de mon père et la gardienne de mon âme. Je servais les messes basses du mardi soir et les messes chantées du Dimanche et ausssi les Offices des grandes fêtes. Tante Laure était ma catéchiste. Une catholique intransigeante à une époque où n'existait pas encore le mot intégriste. Mais j'avais de bons copains d'école dont les parents étaient Protestants. Mes copains me donnaient une autre version. M'expliquaient que les Protestants ne croient pas en la Vierge Marie toujours vierge et mère du fils de Dieu fait homme. Qu'ils ne se confessent pas. Qu'ils n'ont pas besoin d'un prêtre intermédiaire pour s'adresser à Dieu. Qu'ils lui parlent directement. Seul à seul, en tête à tête. Ce qui m'impressionnait et me rassurait à la fois.
Me suis dit très tôt que s'il y avait, dans mon petit village de 282 habitants, au moins deux manières de croire, c'est que la question de l'existence de Dieu méritait, sans doute, un doute ou... deux.
© Jean-Louis Crimon
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