Alors que le Merle noir avec son bec jaune vif est identifiable au premier regard, la Merlette est plus discrète. Sa livrée brune, légèrement tachetée sur le ventre, lui permet de passer inaperçue lorsqu'elle couve bien à l'abri d'un buisson ou d'une plante grimpante. Le lierre, la vigne vierge, le grand laurier à fleurs sont ses endroits préférés.
© Jean-Louis Crimon
L'homme, je m'en souviens bien, stoppe ses deux chevaux, vient vers moi et me demande pourquoi, avant de commencer à photographier, je l'ai observé longuement, oeuvrant et manoeuvrant sa charrue et son attelage. Surpris par mes mots : je voulais comprendre avant de prendre et rassuré par ma démarche, me gratifiant d'une bonne tape fraternelle sur l'épaule, il me dit : " J'y retourne, c'est mon dernier labour, ma dernière année avec mes chevaux, prenez toutes les photos que vous voulez, elles auront leur place dans les livres d'Histoire."
Quarante quatre ans plus tard, à huit jours près, je pense à lui et je me demande, - comme on disait autrefois dans mon village -, s'il est toujours du monde. Me ferait tellement plaisir de le savoir toujours vivant. De savoir aussi s'il a bien reçu mes photographies envoyées par la Poste, dans son village de Brillon, (59178 Hasnon), en mars 1981. S'il le souhaite, et s'il a une adresse mail, je lui en envoie deux ou trois dès aujourd'hui, dès ce matin. Dès maintenant.
© Jean-Louis Crimon
Travaillez, prenez de la peine :
C’est le fonds qui manque le moins.
Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage
Que nous ont laissé nos parents.
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’Août.
Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.
Le père mort, les fils vous retournent le champ
Deçà, delà, partout ; si bien qu’au bout de l’an
Il en rapporta davantage.
D’argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.
— Jean de La Fontaine, Fables de La Fontaine, Le Laboureur et ses enfants