Si ce n'était les croix, si ce n'était les tombes, ce serait un beau jardin, je crois, un jardin où, si ça tombe, il ferait bon se balader et s'asseoir, prendre le temps d'écouter le chant des oiseaux ou la musique du vent dans les arbres. Histoire de ne pas rester muets devant les marbres.
© Jean-Louis Crimon
Plus le temps passe, plus les années s'ajoutent aux années, plus l'autre siècle s'éloigne et plus je pense à ce temps d'avant, ce temps où nous, les Crimon, habitions cette petite maison un peu bancale, un peu banale, mais pour moi à tout jamais originale
Quand il m'arrive de traverser le village en voiture, accompagnant un vieil ami désireux de faire un tour dans ces petits patelins de la vallée de l'Hallue, Montigny, Fréchencourt, Beaucourt, Bavelincourt, Vadencourt et, bien sûr, Contay, à la volée, sans même ralentir, sans s'arrêter, vitre simplement baissée, je "vole" une photo ou deux de cette maison qui fut la mienne.
Pas si facile d'accepter qu'elle ne soit plus que de l'histoire ancienne.
© Jean-Louis Crimon
J'avoue que je n'ai pas compris pourquoi - en 2019 - le Maire de Contay, à l'époque Gérard Boivin, fort de l'unanimité de son Conseil Municipal, a répondu "non" à ma demande d'achat d'une place dans le cimetière communal. Le beau cimetière de mon enfance d'enfant de choeur qui a toujours eu bon coeur. Un refus qui m'écoeure.
"Plus personne ne te connaît", a justifié le Maire, ajoutant : "On veut pas d'étranger à la commune dans notre cimetière".
Comme si on pouvait me définir comme "un étranger à la commune", moi qui, derrière la bêche de mon père, jusqu'à mes 14 ans, ai ramassé toute la mauvaise herbe du village, racines de chiendent, racines de liserons, quand nous allions, chaque soir des jours de semaine, bêcher le jardin des autres. Le nôtre, on s'en occupait le dimanche.
© Jean-Louis Crimon
Les talus herbeux des Royales, lieu de choix pour l'enfant qui a vécu ses premiers mois au Château, enfin, nuance la mère, "dans les dépendances". Ce goût des herbes folles qui coiffent et recoiffent leur chevelure dans le vent qui peigne la campagne, sûr, il s'inscrit dans ces premières expériences. Celles de la prime enfance.
Au dos de la photo, est écrit, sans doute de la main de la maman : "A 20 mois, Jean-Louis et Papa".
© Jean-Louis Crimon
C'est Tante Laure, la Tante de mon père, – de fait ma "Grand-Tante" – , qui est à l'origine de l'arrivée de mes parents à Contay. Elle avait entendu dire que les Châtelains cherchaient un homme toutes mains et un jardinier. Elle fit passer le message à Grand-Mère Edith, qui transmit à Georges, son fils, qui allait devenir mon père. Je suis né à la maternité de Corbie, mais je sais que c'est Contay mon village natal. Que notre premier logement, à Contay, ce fut au Château.
De cette vie au château, ma mère ne cessa de dire que ce n'était pas "la vie de château". On était logés dans les dépendances et le Châtelain, pour nous chauffer, l'hiver, nous donnait du bois vert.
Comme j'avais eu la bonne idée de naître en été, ma mère craignait que je n'attrape mal en hiver, surtout enfumé par la fumée du bois vert. Mes parents, Georges et Juliette, ont donc accepté avec joie de venir habiter la petite maison à côté de la grande maison de Tante Laure, juste à côté de l'Hallue, la rivière qui borde le village.
© Jean-Louis Crimon
Moi, j'étais né côté Catholiques. Enfant de chœur depuis mes 7 ans, par la volonté de Tante Laure, la marraine de mon père et la gardienne de mon âme. Je servais les messes basses du mardi soir et les messes chantées du Dimanche et ausssi les Offices des grandes fêtes. Tante Laure était ma catéchiste. Une catholique intransigeante à une époque où n'existait pas encore le mot intégriste. Mais j'avais de bons copains d'école dont les parents étaient Protestants. Mes copains me donnaient une autre version. M'expliquaient que les Protestants ne croient pas en la Vierge Marie toujours vierge et mère du fils de Dieu fait homme. Qu'ils ne se confessent pas. Qu'ils n'ont pas besoin d'un prêtre intermédiaire pour s'adresser à Dieu. Qu'ils lui parlent directement. Seul à seul, en tête à tête. Ce qui m'impressionnait et me rassurait à la fois.
Me suis dit très tôt que s'il y avait, dans mon petit village de 282 habitants, au moins deux manières de croire, c'est que la question de l'existence de Dieu méritait, sans doute, un doute ou... deux.
© Jean-Louis Crimon
Ce doit être une des rares photographies où toute la famille est réunie. Prise par Bernadette, ma marraine, amie de toujours de ma mère, Juliette. Mari de ma marraine, Yvon, est au centre, entre mon père et ma mère. A côté de ma mère, ma petite soeur, et un peu en retrait, devant le moteur de la voiture, mon petit frère. A la place du conducteur, votre serviteur. Pas peu fier de dominer la scène. Ou plutôt d'être un peu à l'écart. D'avoir pris mes distances. A la fois "faire partie" de la famille, et être déjà un peu "à part".
© Jean-Louis Crimon.