Au début, mon père travaille au Château. Factotum. Homme toutes mains, si vous n'entendez pas le latin. Ensuite mon père sera au service de la Tante Laure. Au verger et au jardin. C'est beaucoup plus tard que mon père prendra la route d'Hérissart, quand il devient livreur de pain. Avec Philibert, son cheval, tirant sa carriole de pains chauds et fumants. Je l'imaginais, mon père, fouettant le vent et la pluie plus que son cheval qu'il adorait. Le boulanger, son patron, s'appelle Dieu. Dieu nous donne notre pain quotidien. Enfin, nous le vend. Le Dieu boulanger, m'a expliqué mon père, n'est pas le Dieu de la prière de Monsieur le Curé. En plus, Dieu boulanger - c'est amusant - était... Protestant.
Le village où le boulanger se nomme Dieu, le cantonnier Laflotte et le menuisier, qui fabriquait les cercueils, Vérité, était pour moi un village extraordinaire où les noms des gens avaient du sens.
A 7 ans déjà, grâce au sens du nom des gens, j'avais tout pressenti du sens de la vie. Du sens qu'il me faudrait donner à ma vie.
© Jean-Louis Crimon
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