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11 mars 2026 3 11 /03 /mars /2026 07:07
Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

© Jean-Louis Crimon

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10 mars 2026 2 10 /03 /mars /2026 07:07
Paris. Quai de la Tournelle. Mes quatre boîtes. 3 février 2011. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Mes quatre boîtes. 3 février 2011. © Jean-Louis Crimon

© Jean-Louis Crimon

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9 mars 2026 1 09 /03 /mars /2026 07:07
Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

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8 mars 2026 7 08 /03 /mars /2026 07:07
Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © DR.

Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © DR.

Au tout début des années 70, dans l’autre siècle, escapade parisienne heureuse, un étudiant en philo découvre le monde particulier des bouquinistes. Un univers à la fois étrange et familier. Amarrés au bord du fleuve, impassibles, de curieux petits bateaux verts prennent l’air, du matin au soir, ce qui l’étonne et le fascine, autant que les cargaisons de ces pénichettes en partance. Ses premiers livres vraiment à lui seront des livres déjà lus par d’autres, annotés parfois, jaunis par le temps, mais au texte intact et toujours vivant. Au fil des années, à chacun de ses passages sur les quais, rive gauche ou rive droite, il s’invente une bibliothèque impensable, faite uniquement d’achats coups de coeur ou coups de blues, sans que la Seine en soit jalouse. Il glane indifféremment des éditions de peu de valeur ou des originales. Il entre dans l’amitié de Léautaud, de Poulaille, de Rictus, de Vallès, de Paul Verlaine et d’Arthur Rimbaud. Chacune de ses trouvailles lui apporte la part de rêve qui lui faisait défaut. 

Avec le temps, les bouquinistes chez qui il fait de bons achats deviennent, plus que des marchands, de bons camarades, et pour certains, de vrais amis. Des amis précieux qui le conseillent et le guident vers des titres ou des auteurs qu’il n’aurait jamais connus sans eux. Dix ans, vingt ans, trente ans, quarante ans, toute une vie de bon travailleur salarié passe de cette façon. Sans jamais oublier cette amitié des livres et de ceux qui en font commerce. D’année en année, il progresse dans la connaissance du métier, de ses rites, de ses rituels, de ses manies, de ses travers aussi.

Un jour, il traverse la rue, il entre dans son rêve. A la société encadrée, il tire sa révérence. Libéré du travail obligatoire, ses années de cotisations bien en ordre, il devient, à 60 ans et un peu plus, celui qu’il voulait être à 15 ans. Homme libre, toujours tu chériras ton rêve. 

 

L’étudiant en philosophie du début des années 1970, bien sûr, c’est moi. Bouquiniste sur le Quai, mon vieux rêve d’ado devenu mon nouveau boulot. Mon dernier rôle social. Comme aime à dire ma vieille maman : c’est pas banal !

 

© Jean-Louis Crimon   

(Lundi 11 mai 2010)

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7 mars 2026 6 07 /03 /mars /2026 07:07
Paris. Quai de la Tournelle. Juillet 2011. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Juillet 2011. © Jean-Louis Crimon

Elles sont arrivées sans crier gare. Se sont scotchées devant mes vieux journaux suspendus avec des pinces à linge sur un fil, dans le haut de mes boîtes, bien à l'abri des auvents. Un fil à linge où n’en finit pas de sécher l’encre de la presse du temps passé.

Pèlerin des années 30, Journal du Dimanche de l’année 1863, exemplaires du Voleur des années 80, 1880. Elles semblaient fascinées. Je les ai laissées de longues minutes savourer leur passion. Puis, n’y tenant plus, j’ai risqué une question : pourquoi cet intérêt manifeste ?

La première a dit : Je suis étudiante à la Sorbonne, en Lettres Média Com’. J’aimerais un jour être journaliste. Voir, en vrai, ces vieux journaux dont on nous parle en cours, c’est fascinant. La seconde a ajouté : Moi, non, je veux être kiné, mais j’adore l’odeur et la texture du vieux papier. Elle fait mine de respirer l’odeur en approchant le journal tout près de son nez. Touche un livre imaginaire avec le bout des doigts. Puis ajoute : Chez mes parents, quand j’ouvrais un livre ancien, c’était d’abord pour le sentir, le respirer, avant de commencer à le lire.

Filles merveilleuses, toutes deux originaires de Charleville. La ville de Jean-Arthur. Forcément, on a parlé de lui. De Rimbaud. De sa maison. Sa maison devenue musée. De sa tombe au cimetière. Où je suis allé le saluer il y a quelques années. On a bien sûr aussi évoqué ce célèbre "On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans" et ce poème où Rimbaud raille les notaires ou les banquiers. C’était drôle. Les deux amies riaient à gorge déployée. Puis vint l’aveu. En forme d’incroyable regret : nous, au Collège ou au Lycée, ce n’est pas Rimbaud que les profs nous faisaient étudier, c’était Baudelaire.

Les Fleurs du Mal, pas si mal, mais passer à côté de la maison de la famille Rimbe et d’une balade dans cette Charleville où ont dû déambuler souvent, les soirs de désespoir, Jean-Arthur et sa gloire future, c’est fou, c’est incompréhensible et impardonnable. 

C’est à pied, en marchant, que se découvre la poésie d’Arthur. Mettre ses pas dans les pas de celui qui a stigmatisé Les Assis, j’aurais trouvé ça élégant.

                                               

© Jean-Louis Crimon

(Dimanche 3  juillet 2011)

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6 mars 2026 5 06 /03 /mars /2026 07:07
Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

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5 mars 2026 4 05 /03 /mars /2026 07:07
Paris. Quai de la Tournelle. Juin 2011. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Juin 2011. © Jean-Louis Crimon

Un aveu : à part une vingtaine de mots usuels, je n'entends rien à la langue de Goethe, mais je maîtrise parfaitement la prononciation de "Das fangen von schletterlingen ist verbotten", ce qui se traduit par : " Il est interdit d'attraper des papillons". Cette phrase, je la connais par coeur depuis mes années 70. Je l'ai lue pour la première fois dans un Bar à Hambourg, au temps où je pratiquais couramment l'auto-stop durant les mois d'été, souvent vers le Danemark, la Suède ou la Norvège. Le passage par Hambourg était inévitable, sauf une fois ou deux, où chanceux, mon pilote m'a déposé à Puttgarden. Plus direct pour embarquer pour le Danemark. A Hambourg, les bars ne manquaient pas. La bière coulait à flot. Les pintes m'ont vite aider à retrouver l'étymologie du mot " pinté ". Très vite encore, la bière aidant, j'inventais des variantes à la citation écrite en capitales derrière le comptoir, en ajoutant "nicht mehr", et ça me procurait un franc succès parmi les buveurs et surtout les buveuses. C'était "Das fangen von schletterlingen ist nicht mehr verbotten". Autrement dit "Attraper les papillons n'est plus interdit". Ce qui, à l'époque, ouvrait la porte de tous les possibles, et pas seulement des échanges linguistiques. 

Le récit de l'historique anecdote fit rire énormément la belle Allemande qui s'était emparé de "Die leute mit dem sonnenstich", livre de l'écrivain Horst Biernath. En français, j'avais anticipé, au cas où..., ça se traduisait par "Les gens qui souffrent d'insolation". J'avais cru un instant à un ouvrage  écrit par un dermatologue, mais la fiche Wikipédia de l'auteur, fort heureusement, m'avait évité de passer pour un âne. 

 

© Jean-Louis Crimon

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4 mars 2026 3 04 /03 /mars /2026 07:07
Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

© Jean-Louis Crimon

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3 mars 2026 2 03 /03 /mars /2026 07:07
Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

© Jean-Louis Crimon

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2 mars 2026 1 02 /03 /mars /2026 07:07
Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

Parfois, pour réussir une vente, le bouquiniste doit payer de sa personne. Il peut même aller jusqu’à lire un extrait du livre convoité. D’abord c’est le titre qui a attiré le regard de la jeune femme à la recherche d’un cadeau d’anniversaire. Pour un ami, un frère ou un père passionné de football, mais pas seulement.  

« Avant de m’endormir j’ai encore joué aux mots, aux mots qu’on invente avec des lettres. Les lettres, on les écrit en gros caractères sur des morceaux de carton de boîtes à sucre Béghin ou de boîtes d’ampoules de fortifiant de la Tante Laure. Après, on découpe les lettres au carré, de la grosseur d’une moitié de domino, et on les met dans la boîte aux lettres, une vieille boîte à chaussures baptisée Boîte Alphabet, où l’on plonge la main pour pêcher des lettres et créer des mots. des fois, on remélange les lettres d’un mot déjà trouvé pour essayer d’en faire un autre. J’ai trouvé comme ça le mot magie avec le mot image et le mot génie avec neige. Je me suis endormi en imaginant les lettres neiger à gros flocons sur le lit de l’écrivain. Mais le lendemain, tout était à recommencer : je me réveillais entre les deux pages blanches de mes draps blancs et il n’y avait aucun titre sur la couverture de mon lit qui était la couverture du livre que je n’avais pas écrit. »

Dans le regard de la jeune femme, je vois qu’elle souhaite que jamais la lecture ne s’arrête. J’accepte et je poursuis :

«  Dehors, c’était toujours l’hiver. Il y avait encore de la glace aux vitres de la chambre, des feuilles de fougères blanches et des fleurs de glace, plus vraies et plus belles que nature, comme si le froid, la nuit, pour se chasser la piquette au bout des doigts, jouait du pinceau et de la palette aux fenêtres des gens. » 

Ce jour-là, magie du quai, Verlaine avant-centre gagne deux nouveaux lecteurs : le lecteur du cadeau d’anniversaire et une jeune femme qui ne savait pas qu’on peut dribbler les mots et les idées avec la même tendresse qu’on caresse un ballon de cuir de l’intérieur du pied. 

 

© Jean-Louis Crimon

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