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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 01:57
Fluminimaggiore. Sardaigne. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

Fluminimaggiore. Sardaigne. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

 

                                                              

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Ce lundi 24 Avril, à Fluminimaggiore, Franco Melas, mon complice dans ce retour aux origines, est allé frapper à la fenêtre de Giuliana Zanda, la fille de ton frère Vincenzo. Elle habite toujours Fluminimaggiore. Elle n'a pas voulu lui ouvrir. Rien à dire. Rien à dire de ce temps-là. Tout oublié. Rien à raconter. Pas de photos à montrer. Pas d'anecdotes à partager. Pas de souvenirs précis de ce que son père, Vincenzo, ton frère, ton petit frère, pensait de toi. En dépit de vos neuf ans d'écart, vous aviez pourtant en commun la fuite en France, pour échapper à la police Mussolinienne et le temps passé à Joudreville. Même pas voulu dire quelques mots sur le pourquoi on t'avait surnommé "agitatore" ? 

"Je ne suis pas intéressée", s'est bornée à répéter sur tous les tons, porte entrouverte, Giuliana Zanda, quand Franco lui a dit qu'un petit fils de son oncle Francesco avait fait le chemin de Joudreville à Fluminimaggiore pour essayer de comprendre le chemin de cet homme hors du commun qu'a dû être son grand-père. "Pas intéressée", elle est drôle la Giuliana. Elle, peut-être pas, mais moi, oui. Moi, je suis très intéressé.

A la Mairie, sur le registre des naissances de l'année 1896, est indiqué en face du nom Francesco Zanda : Né dans la maison qui est dans la même rue que l'église. Problème : à Fluminimaggiore, en ce temps-là, et aujourd'hui encore, il y a plusieurs églises. Est aussi précisé que la famille où tu es né est une famille de paysans, père éleveur de chèvres. Aussi cordonnier et sabotier, a même ajouté le secrétaire de Mairie.

 

© Jean-Louis Crimon

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 00:21
Fluminimaggiore. Mairie. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

Fluminimaggiore. Mairie. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

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Obtenir ton extrait d'acte de naissance n'a pas été très compliqué. Le secrétaire de Mairie a été charmant. Sensible à la démarche d'un petit-fils à la recherche de son grand-père perdu. Perdu depuis si longtemps. Pour ton certificat de décès, c'est une autre histoire. En fait, pour la Sardaigne, Francesco Zanda, tu n'es pas mort. Pour une bonne et simple raison : tu n'es pas mort en Sardaigne. Pas de tombe à ton nom dans le cimetière de Fluminimaggiore. Problème : pas davantage de traces de ta mort en France. Me suis dit que -beau clin d'œil post mortem- c'était la preuve que tu n'étais pas mort. Pas vraiment mort. Pas complétement mort. Que tu n'es jamais mort. Que tu es toujours vivant. Même si, compte tenu de ta date de naissance, tu aurais aujourd'hui plus de 120 ans. Très improbable, même en étant très résistant. 

Les cimetières ne sont silence qu'en apparence. Il faut savoir lire les tombes, écouter les tombes. Faire parler les tombes. D'abord faire parler les vivants. Les survivants. Même si certains sont parfois muets comme des tombes.

Dans ton village habite toujours l'une des filles de ton petit frère Vincenzo. Vous aviez neuf ans de différence. Cette dernière descendante Sarde de la famille se prénomme Giuliana. Mon ami Franco Melas a essayé pour moi d'entrer en contact avec elle. Pas facile. Même si, de fait, on est de la même génération et si on a presque le même âge. Refus poli au téléphone. Pas de rendez-vous. La dame a dit non. Trois fois non.

Tout ce qu'elle a concédé, dixit Franco, a l'allure d'une fausse confidence très convenue : "Les seuls souvenirs que son père, Vincenzo, avait de son grand frère Francesco, ce sont des souvenirs qui remontent à son enfance, quand il avait 10 ou 12 ans. "

Mais quand Vincenzo avait 12 ans, Francesco, qui avait 9 ans de plus que son cadet, avait 21 ans. Devait travailler à la mine depuis longtemps déjà. Pas possible qu'ils n'aient pas parlé de la mine ensemble. Du travail d'esclave du mineur, au fond de la mine. Quatorze heures par jour. Des revendications des mineurs. De leurs luttes. Des premières grèves. Des manifestations. Des trois morts de Buggerro. En 1904.

C'est cette histoire là que je veux connaître. Cette histoire là que je veux entendre. Cette histoire là que je dois écrire. En mémoire de mon grand-père inconnu. A la gloire de mon grand-père inconnu.

 

© Jean-Louis Crimon

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 04:35
Cimetière de Saint-Souplet-sur-Py. Marne. 2 Nov. 2014. © SC

Cimetière de Saint-Souplet-sur-Py. Marne. 2 Nov. 2014. © SC

 

 

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Mon cher grand-père que je n'ai pas connu, je t'écris cette lettre que tu ne recevras jamais. A moins que je ne te la porte moi-même au pays de l'envers du décor, là où les vivants apprennent à être des morts. Au pays de l'au-delà des nuages, pour nous qui, en bas, croyons, depuis plus de 2000 ans, que ces choses là se passent au ciel. Peu importe, où que tu sois, j'en fais le serment, j'irai jusqu'à toi.

Je dois te dire que ça en a pris du temps pour retrouver ta trace. Tu ne nous as pas facilité la tâche. Une date de naissance. Un lieu de naissance. Un nom de village. Pas davantage. Pas de date de mort. Pas de tombe. Pas de cimetière connu pour le grand-père inconnu.

Au sud du Sud, une île italienne, la Sardaigne, qu'à cela ne daigne. La Corse est bien une île française. Un village de montagne. Une année : 1896. Un jour et un mois de naissance : 8 mars.

J'ai voulu refaire le chemin qui a dû être le tien. Je suis venu remettre mes pas dans tes pas. Point de départ : le village. Ton village. Ce village qui s'appelle toujours Fluminimaggiore. Littéralement, textuellement, Fleuve majeur. Fluminimaggiore. Tout près de Buggerru, là où il y a la mine. Une mine riche en minerai de plomb et de zinc. Destin tout tracé des enfants des pauvres gens. Paradoxe sublime : du fleuve majeur partaient, à pied, des bataillons de mineurs. Dans le double sens du terme. Aucune autre alternative pour une existence humaine de ce temps-là. Pas de mode majeur. Même en étant né à Fluminimaggiore. Condamné, dès l'enfance, à vivre sa vie en mode mineur.

De ta famille, tu ne nous as pas dit grand chose. Ta vie, très brève, trop brève, ne t'en a pas laissé le temps. Ton passage terrestre t'as juste laissé le temps de laisser deux enfants. Deux filles. Une Sarde. Une Française. Juliette, ma mère. Que tu abandonnas le jour de sa naissance. Mort le jour-même de sa naissance. Mort le jour où ta fille française est née. Selon la mère de ma mère, ma grand-mère. Berthe Leloup. C'est ma mère qui me l'a dit. C'est ma mère qui m'a dit que c'est ce que sa mère lui avait dit. Une fois pour toutes. Pour ne plus avoir à en parler. Elle devait se faire à l'idée. Elle ne connaîtrait jamais son père. Ne porterait jamais son nom. On ne porte pas le nom d'un mort. Ne s'appellerait jamais Zanda de son vivant. Seulement à sa mort. Ayant elle-même pris soin de faire graver, de son vivant, le beau nom de Zanda sur sa tombe.

 

© Jean-Louis Crimon

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 00:24
Amiens. Rue Laurendeau. Mai 2017. © Jean-Louis Crimon

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 00:03
Amiens. Mai 2017. © Jean-Louis Crimon

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 00:00
Amiens. Rue Evrard de Fouilloy. © Jean-Louis Crimon

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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 00:02
Amiens. 2016. © Jean-Louis Crimon

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 00:01
Amiens. Rue Laurendeau. Mai 2017. © Jean-Louis Crimon

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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 00:01
Amiens. Rue Millevoye. Mai 2017. © Jean-Louis Crimon

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 00:13
Amiens. 2016. © Jean-Louis Crimon

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