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9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 00:05
Paris. 1er Mai 2013. © Jean-Louis Crimon

Paris. 1er Mai 2013. © Jean-Louis Crimon

C'est un jour gris de pluie. Couette immense de nuages gris sur Paname. Même en couleurs, la ville est en noir et blanc. Un parapluie arc-en-ciel illumine la progression des passants. Instant unique, volé à la vitre du taxi, sur fond de ciel gris que la Tour Eiffel aquarellise.  

 

© Jean-Louis Crimon

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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 07:57
Amiens. Foire de la Saint-Jean. Juillet 1979. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Foire de la Saint-Jean. Juillet 1979. © Jean-Louis Crimon

 

C'est le temps de la grande foire de la Saint-Jean. Grand moment dans la vie de la ville quand les forains s'installent sur les boulevards, de l'église Saint-Honoré jusqu'à la gare. Attractions habituelles mais cette fois, en prime, une attraction dont aujourd’hui encore, je suis fier d’avoir eu la primeur: « La femme sans corps ». Du jamais vu chez nous. Une caravane habillée comme un salon de princesse, des miroirs partout et soudain, au centre d'une petite table carrée, une tête de femme, incroyablement belle, une tête de femme... sans corps. Beau visage solitaire, paupières baissées, dans la lumière trop forte des néons. Beau visage qui soudain lève les yeux, vous regarde, vous dévisage. Beau visage qui alors cligne des paupières, bat des cils, vous remercie d’une ébauche de sourire. Comme un murmure du bout des lèvres, sans tristesse apparente pour le corps absent. Je cherche l’instant propice. Trop de monde, et elle ne me remarquerait pas. Je passerai inaperçu. Deux par deux, les badauds s’attroupent, se rassemblent au pied de sa caravane pour la visite. Ils sont nombreux ce soir, se succèdent à un rythme impressionnant, défilent et processionnent devant « La femme incomplète », comme dit l’affiche, dans une orthographe incomplète également. En gros caractères « MISS BETTY, LA FEMME INCOMPLETE », puis, plus bas, en lettres minuscules « l’énigme la plus extraordinaire qui soit. Elle ne possède ni bras, ni corps, ni jambes. Elle a été présentée sur toutes les grandes scènes de France et de l’Etranger. La visite est gratuite pour les médecins. » 

En sortant de la caravane, les visiteurs commentent le phénomène. Paroles plus ou moins fines et heureuses et rires à gorges déployées. J’attends que ça se calme. Que la populace s’efface. C’est la troisième fois que j’essaie de l’approcher, mais trop de brutes épaisses jouent des coudes sur le petit escalier qui mène au lieu de l’incroyable. Quand ils ne me barrent pas complètement le passage. J’espère qu’elle va me reconnaître. Comprendre pourquoi je reviens. Savoir que je ne suis pas un client comme les autres, qu’elle est pour moi autre chose qu’une attraction foraine. Qu’elle est, au-delà de l’attraction, une attirance. Forte, irrésistible. Comme le chant des sirènes. Musique familière, rassurante et inquiétante à la fois. Bonheur intense quand on se laisse prendre et emporter par le regard plein de la femme sans corps. Son mari, le bonimenteur – il y a menteur dans bonimenteur – va-t-il se douter de quelque chose ? Va-t-il me percevoir comme un rival ? Ou simplement comme un client, crédule et incrédule, fasciné au point de flamber tout son pécule, pour assouvir sa curiosité ? M’en fous, j’y retourne. J’escalade le petit escalier métallique qui permet d’accéder au lieu sacré du mystère. J’entre le premier dans la caravane. Je reprends place au meilleur endroit : là où on peut la voir de face. J’essaie d’accrocher son regard. Son regard croise le mien. Me voit-elle comme je la vois ? Où n’est-ce qu’une image d’elle projetée par un jeu subtil de miroirs en cascade. Au fond, elle ne regarderait personne, mais chacun penserait qu’il est l’élu. Non, impossible, impensable, cette fois, j’en suis sûr, elle m’a souri, vraiment souri. Ce sourire, c’est pour moi, pour moi seul. Il est à moi, rien qu’à moi. Je suis seul à la contempler de cette façon. Elle sait que je ne suis plus un badaud parmi d’autres badauds. Je lui parle avec les yeux. Elle me répond de la même façon. Elle seule sait le précieux du langage des yeux. – Terminé, monsieur ! Pas plus de deux minutes ! Le mari bonimenteur m’indique la sortie, sans négliger le sens des affaires qu’il a bien développé, le bougre. Devant le nouveau groupe qui piaffe au pied de l’escalier aux marches en inox, il me lance, prenant le public à témoin : « Monsieur revient une quatrième fois quand il veut ! La cinquième visite est gratuite ! » Eclats de rires gras dans la foule. J’ai honte. Je pars. Sans me retourner. Je fuis. Je m’enfuis. J’aime ce moment où la foule déferle sur le boulevard. Vagues insouciantes qui surfent sur le bitume pour s’en aller mourir à la terrasse des bistrots ouverts très tard dans la nuit. A contre-courant, je remonte vers la gare. C’est curieux, mais ça chante en moi. Je ne sais ni comment, ni pourquoi. Est-ce la bière, la fatigue, la nuit qui s’avance ? C’est d’abord une musique qui me traverse la tête, puis un refrain. Quelque chose qui prend possession de moi. Quelque chose d’incompréhensible qui fredonne en moi. Puis la chanson devient plus claire. Limpide. En suis-je vraiment l’auteur ? Ou quelqu’un me la souffle-t-il ? Pour exorciser ma peine et mon désir.

Une baraque foraine
Pour unique décor
Les yeux de ma reine
Ont la couleur de l’or


C’est une histoire de cœur
Sans aucun corps à corps
C’est une histoire de cœur
Qui se moque des moqueurs


Une main ferme m’empoigne l’épaule et me secoue. J’ouvre les yeux. Je suis allongé sur un banc du jardin public. « Monsieur, ce n’est pas raisonnable, vous ne pouvez pas dormir ici. La nuit, ça peut être dangereux. Relevez-vous et rentrez chez vous ! » Le policier municipal se veut convaincant. Il m’aide à me mettre debout et m’incite à prendre la direction du centre ville. C’est vrai, il fait maintenant beaucoup plus froid. Même en été, dans cette ville du nord, le cœur de la nuit est très vite très froid. Les musiques se sont tues. Les lampions sont éteints. Les rideaux métalliques des baraques foraines se sont refermés sur l’univers forain qui s’endort. Les forains se couchent tard, mais dorment aussi la nuit. Quelle heure peut-il bien être ? Deux ou trois heures du matin peut-être ? S’effacent les derniers traînards de la grand-place. S’estompent sans manière les odeurs de frites et de bières. Le vent qui se lève achève de les disperser aux portes de la ville. Les mots et la musique de ma chanson avec.

Pour un cœur à cœur
Avec la femme sans corps
Je donnerais mes heures
Je damnerais mon corps


Pour une nuit d’amour
Avec la femme sans corps
Je damnerais mes jours
Si elle était d’accord


La nuit s’efface. Pointe déjà le début du début du petit jour. La ville est lasse et même un peu dégueulasse. Les balayeurs choisissent le meilleur. La foire de la Saint-Jean ne peut pas durer toujours. Les forains s’affairent. Ils sont quatre au pied du Grand Huit. Entreprennent le démontage de leur incroyable chemin de fer. Avant de reprendre la route. Pour une autre ville. Une autre foire. Moi, je rentre chez moi. La tête vide. Mais toujours cette chanson. :

Chaque nuit je m’endors
Priant le petit jour
De me laisser encore
Auprès d’la femme sans corps


Chaque nuit je m’endors
Priant le petit jour
De me laisser encore
Au creux d’la femme sans corps


C’est le vent qui fredonne
C’est l’amour qui fredaine
Pourvu qu’elle me pardonne
C’est la faute à la fête foraine


J’ai refermé la porte en la laissant claquer derrière moi. Dans l’entrée, grand miroir oblige, je croise mon regard. Le grand miroir, juste à côté du vieil ordonnancier acheté au marché à réderies d’avril. Coup d’œil machinal. Histoire de vérifier que c’est bien ma tête, et que c’est bien moi, pas un autre, qui rentre chez moi. Même allure d’ensemble, même port de tête, même silhouette. Même visage, mêmes cheveux noirs, légèrement grisonnants, sur les tempes. Normal, avec les années, il neige un peu sur les cheveux des hommes. Tout est dans l’ordre. Ou presque.Impensable. Impossible. Incroyable. Dans le miroir, le grand miroir de chez moi, le miroir du vestibule, il y a une tête, ma tête, mais il n’y a que ma tête, ma tête seule, posée sur une partie de mon cou. Le reste, les bras, le buste, la taille, les cuisses, les jambes, le corps, tout a disparu. Je suis « hermès » devenu. Etrange statue. Statue vivante à la vie absente. Mon corps s’est absenté. J’ai le corps absent. Totalement absent. Effacé. Gommé. Invisible. Ne reste que ma tête. Je suis l’homme sans corps. Un grand rire ridicule secoue tout le vestibule. Un grand rire sonore comme je ne m’en connaissais pas encore. Un grand rire qui emplit toute la maison, puis déborde sur le jardin par la fenêtre entrouverte. Je réalise. Je devine. Je comprends. Mais pourquoi, pourquoi ai-je accepté ce rendez-vous avec cette Miss Betty ? Ce dîner avec « la femme sans corps », même son mari, le bougre, était d’accord. Elle avait si bien décomposé, du bout des lèvres, chaque mot de la phrase, appuyant délicatement sur chaque syllabe, comme pour mieux sceller cet amour... à corps perdu  :

 

- Un dîner ? mais oui, monsieur, bien volontiers, mais un dîner en... tête-à-tête.

 

© Jean-Louis Crimon

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 07:45
Amiens. Rue Millevoye. Sept. 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue Millevoye. Sept. 2017. © Jean-Louis Crimon

 

L'amour, parfois, ça vous tombe dessus au coin de la rue. Sans crier gare. Cette fois, ce n'est sans doute pas pour vous. C'est juste un fourgon de la Poste qui se gare. 

 

© Jean-Louis Crimon

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 08:57
Amiens. Rue des Sergents. Nov. 1978. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue des Sergents. Nov. 1978. © Jean-Louis Crimon

Très tôt, les mots des murs forment ma sensibilité. J'adore lire la ville. La ville, un livre inestimable. Un livre de briques et de béton où l'on parcourt les pages en piéton. Une curiosité sans faille et une condition physique de même m'ont fait grand arpenteur de ma ville. Parcourue dans tous les sens, en toute saison, par tous les temps. Semblable et différente à chaque traversée. Pas un jour sans déambulation. Salutaire quotidienne dérive urbaine. Sans but défini à l'avance. Sans autre nécessité que d'avoir l'oeil. Pour capter l'imprévisible. L'improbable. Le fugace. Le fugitif. L'insignifiant ou l'excessif. 

L'impératif m'est tombé dessus à l'entrée d'une voie sans issue. Une vérité première ou dernière. Un précepte fondamental. Une recommandation philosophique :

A chaque instant, pour tes idées, comme pour tes images, ne recherche pas la contradiction, cultive le paradoxe. 

 

© Jean-Louis Crimon

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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 08:57
Amiens. Place de la Gare. 5 Juillet 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Place de la Gare. 5 Juillet 2016. © Jean-Louis Crimon

D'emblée, le cadre. Inscrire le mouvement dans le cadre. Cadre et cadrage sont premiers, même si le jeune homme, main soudaine au front, semble plus important. Clin d'oeil inattendu : ce couple qui descend vers les quais. Deux personnages faussement secondaires. Contrepoint idéal. Musical.   

Le cadrage, la perception de l'espace, le dialogue du sujet principal avec l'espace, non pas plate transcription visuelle du réel, - pas de paraphrase urbaine -, mais transformation. Transmutation. Transfiguration. Détournement. Métamorphose. Nouvelle écriture du réel. Poème du bitume. MERCI.

 

© Jean-Louis Crimon

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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 11:57
Paris. Saint-Michel. Juillet 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Saint-Michel. Juillet 2012. © Jean-Louis Crimon

 

L'instant d'avant, il n'y a rien. Juste une boutique fermée. Un panneau Sens interdit. Travaux devant la boutique. De curieuses planches jaunâtres. Posées sur la terre de la tranchée tout juste rebouchée. Pour éviter aux passants de mettre les pieds dans la boue les jours de pluie. Juxtaposition d'éléments disparates. Paysage urbain. Banal. Eléments de barrière verts et ardoise. Porte cochère fermée. Rideau métallique fermé. Fenêtres fermées. Sens interdit. Avenir bouché. Comme le ciel. Les planches font un curieux clavier de bois. Clavier muet. Musique absente. Paroles de même.

Un homme aux cheveux longs traverse soudain le passage. Pantalon gris et blouson de cuir. Il est le personnage qui faisait défaut. Le point d'orgue. C'est Mozart qui passe. Ou Vivaldi. Le jeune homme devient musicien italien. Cet endroit discret de Paris, un coin d'Italie. La petite boutique mérite sa musique. Avanti la musica. La photo chante. La photo m'enchante. Il y a de la chanson dans l'air.

 

Le tout se joue en moins de trois secondes. La photo, c'est un cadeau. Le photographe, un musicien. Musicien de la lumière. Des couleurs ou des sons. De la bonne chanson. Sans en avoir l'air. Faut juste que ça sonne juste.

 

© Jean-Louis Crimon

 

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3 juillet 2020 5 03 /07 /juillet /2020 08:49
Amiens. Cimetière Saint-Pierre. 11 Novembre 1979. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Cimetière Saint-Pierre. 11 Novembre 1979. © Jean-Louis Crimon

Je suis arrivé au Courrier Picard le 1er Juillet 1979. Stagiare d'été, pour deux mois, m'a dit Georges-Louis Collet, rédacteur en chef historique du grand quotidien de la rue Alphonse Paillat. Ajoutant avec ce sourire plein de malice : Pour plus longtemps, si vous êtes bon. On m'a dit que vous savez écrire, prouvez-le moi ! Le genre d'encouragement qui vous met une pression immense et d'emblée à l'aise. Les deux mois d'été durèrent presque quatre ans. C'est dire le travail et le talent dont je dus, sans vraiment en être toujours très conscient, faire preuve.

Seul bémol à cette belle aventure dans la presse écrite régionale, l'obligation de poser définitivement mon appareil photo. Ch'Courrier avait cinq reporters photographes qui ne supportaient pas que le rédacteur débutant que j'étais, par la définition de fonction qui m'avait été attribué, empiète sur leur domaine de compétences. J'ai bien essayé de faire la sourde oreille, au tout début, de finasser, un peu, beaucoup, ensuite, mais j'ai vite compris que nos relations cordiales, sinon confraternelles, en prendraient un sacré coup pour un paquet d'années, si je persistais dans ma double activité. 

J'étais simplement, comme souvent, un peu trop précurseur. Aujourd'hui, c'est un fait acquis : le journaliste rédacteur est aussi journaliste photographe. Ou plutôt : le journaliste doit aussi faire ses propres photos. Avec plus ou moins de bonheur ou de talent. C'est flagrant. Le journal s'en repent. 

 

© Jean-Louis Crimon

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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 08:24
Oulan-Bator. Place Gengis Kahn. 7 Sept. 2014. © Jean-Louis Crimon

Oulan-Bator. Place Gengis Kahn. 7 Sept. 2014. © Jean-Louis Crimon

Si je n'étais venu à Oulan-Bator que pour une seule photo, ce serait cette photo-là. Sans hésitation. Je me souviens que c'est à l'invitation du créateur de La Librairie Française de la capitale Mongole que je me suis retrouvé face à des étudiantes et des étudiants de l'Université Nationale, pour une lecture d'extraits de mon petit roman chinois "Du côté de chez Shuang". Ce qui les avait vraiment passionnés. Au point de me demander, juste après ma lecture à la Librairie Papillon, de venir leur improviser une conférence sur "écriture journalistique, écriture romanesque". J'avais, bien sûr, relevé le défi. Dès le lendemain. Avec bonheur et talent, avait conclu leur professeur, madame Bolat Altangul. Chef du Département des Langues et Cultures Européennes à l'Université Nationale de Mongolie, elle m'avait d'ailleurs proposé de venir enseigner un semestre dans son Département. Les températures de l'hiver mongol m'avaient fait renoncer. Six ans plus tard, je me dis que j'ai sans doute eu tort.

 

Pour la photo, c'est le dimanche matin, dernier jour à Oulan-Bator. De l'Hôtel Narantuul à la Place Gengis Kahn, j'ai pris un taxi, gratifié le chauffeur d'un bon pourboire, puis flâné jusqu'à midi aux abords de la Place. A la recherche du bon angle, de la bonne perspective. Soudain, j'ai vu la balayeuse s'avancer d'un pas décidé vers la statue monumentale, le balai dans la main droite. Décollé du sol. Aérien. Pacifique lance de la guerrière mongole. Esquisse de pas de danse. Balai vif et léger, non plus traîné par lassitude immense. J'ai appuyé. J'avais la photo. Ma photo. 

 

© Jean-Louis Crimon

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Published by crimonjournaldubouquiniste
1 juillet 2020 3 01 /07 /juillet /2020 12:14
Amiens. Rue de la République. 1er Juillet 2015. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue de la République. 1er Juillet 2015. © Jean-Louis Crimon

D'abord l'oeil, le coup d'oeil, très vite le cadre, le sens du cadre, la bonne lecture de l'espace. Règle absolue : fixer l'instant sans figer le mouvement. Oui, d'abord l'oeil, le regard, le sens du regard, avec, parfois, le clin d'oeil du hasard. La clef d'une bonne photo. 

 

© Jean-Louis Crimon

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30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 07:49
Amiens. Lundi 29 Juin 2020. 9:55. 1/250. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Lundi 29 Juin 2020. 9:55. 1/250. © Jean-Louis Crimon

Point d'exclamation subtil. Ponctuation superbe. Discret rappel à l'ordre. Clin d'oeil malicieux. Cadeau précieux. Ou provocation sublime. 

Perplexe, j'ai ramassé la plume, l'ai plantée dans un vieil encrier, un encrier en verre avec un couvercle couleur bronze, un encrier qui n'a pas vu la couleur de l'encre depuis longtemps. 

Question ou plutôt questions. Le pluriel n'est pas singulier. Qui donc m'a glissé cette plume dans l'herbe du jardin ? Quel est cet oiseau malin qui m'a fait ce présent matinal ? Quel est ce volatile qui sait que les mots sont de même nature. Ce n'est pas la mésange bleue. Pas non plus sa cousine, la mésange charbonnière. Pas un moineau. Pas la pie bavarde. Pas le merle. Pas la grive musicienne. Pas le goéland, pas vu depuis longtemps. Pas le geai des chênes. Pas la fauvette des jardins. Pas le pinson des arbres. Ne fait pas la taille. 
La plume est bordée d'un liseret blanc. Ouvrage délicat. Elle a des reflets gris clair dans le bas et vers le haut des accents plus foncés. Ce n'est pas la plume du Pouillot véloce. Trop petit pour une telle plume.

J'ai trouvé. M'a pris du temps. Dû passer en revue tout le peuple des oiseaux qui se sont appropriés l'espace du jardin. Plume de pigeon forcément. Un pigeon qui aurait voulu me pigeonner. Peu importe.

Prends la plume. N'oublie pas d'écrire. 

 

© Jean-Louis Crimon

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