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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 08:27
Hôpital Maringer. Nancy. Acte de décès de Francesco Zanda. 11 Sept. 1936. © DR

Hôpital Maringer. Nancy. Acte de décès de Francesco Zanda. 11 Sept. 1936. © DR

Les archives de l'hôpital Maringer de Nancy ont gardé mémoire du jour de ta mort. 11 septembre 1936. L'acte de décès précise que tu étais entré à l'hôpital le 4 avril 1935, sans indication de la raison. Sous la rubrique "Genre de maladie" est écrit " Ostéite Bacillaire Amputation." Trois mots qui sont la clé de l'histoire. De ton histoire.

L'ostéite, définition médicale, se manifeste par un "syndrome infectieux à fiévre élevée, des maux de tête, des frissons, des douleurs vives musculaires et osseuses au niveau de la partie atteinte". Un accident au fond de la mine, un bloc de minerai qui te tombe sur le pied ou sur la jambe, sans doute la cause de ton hospitalisation. Reste une question, la question : dans ton cas, amputation immédiate ou tardive. 

 

Dans le récit des accidents des mines de fer, à Pompey, à Marbache, publiés dans la presse locale ou régionale, entre 1857 et 1955, se trouvent des indications précieuses sur le travail des mineurs et sur les accidents. Au fond de la mine, dans les galeries, les boyaux étroits, la menace de l'éboulement était présente à chaque instant. 

 

Exemples de cette longue litanie des misères des mineurs des mines de fer :

 

.- La chute soudaine d'un énorme bloc de minerai, sous lequel il travaillait, vient d'occasionner la mort, à Pompey, d'un ouvrier du nom de Pinasse (Hippolyte), âgé de 33 ans, né à Commercy (Meuse) et domicilié à Dieulouard.


..Il y a quinze jours, à Marbache par suite d'un accident semblable, un jeune garçon de dix-sept ans, Edouard Masson, était horriblement mutilé et venait mourrir à l'hôpital Saint-Charles de Nancy.
(Le Journal de la Meurthe et des Vosges du mercredi 27 mars 1857)

 

..- Un ouvrier mineur du nom de Boccardi (Henry), âgé de 36 ans, a été renversé, à Marbache, sous des wagonnets qui ont déraillé et a eu la jambe droite brisée. On l'a transporté à l'hôpital Saint-Charles de Nancy, et l'amputation du membre a été jugée nécessaire.
(L'EST REPUBLICAIN du mercredi 6 avril 1870)

 

..- Le sieur Etienne Coudry, âgé de 48 ans, wagonnier à la mine de Marbache, est accidentellement tombé d'une hauteur de dix-sept mètres sur un wagon vide, et s'est tué sur le coup.
(Le Journal de la Meurthe et des Vosges du mercredi 20 juillet 1870)

 

..- On nous signale de Marbache la mort accidentelle, par suite de la chute d'un bloc de minerai, du nommé Gustave Hongardy, originaire de Belgique, travaillant à la mine de cette localité. Il était âgé de 23 ans.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du mercredi 12 juin 1872)

 

..- Le 17 courant, le nommé Jacquelin (Picard-Etienne), âgé de 42 ans, ouvrier mineur à Marbache, était à travailler dans son chantier avec les nommés Conder et Bruyer qui l'aidait à haver un bloc de minerai du poids de 200 kilogs environ, lorsque tout à coup ce bloc est tombé sur sa jambe gauche et l'a fortement contusionnée. Aussitôt ses camarades ont prévenu M. Gautherat, conducteur de la mine, qui a fait transporter le malheureux ouvrier chez lui où le docteur Claude, de Pompey, lui a donné les premiers soins.
..On pense qu'il sera au moins quinze jours sans pouvoir travailler.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du mardi 23 juin 1874)

 

.- Le sieur Guiber (Prosper), de Marbache, âgé de 20 ans, a eu le pied gauche broyé par un éboulement en travaillant dans une mine de minerai, il a été transporté à l'hospice de Pompey, où il a reçu les soins de M. le docteur Claude.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du mardi 5 janvier 1875)

 

..- Il y a Quelques jours, le nommé Prosper Guéler, ouvrier mineur à Marbache, était occupé sur son chantier, lorsque tout à coup un bloc de minerai se détacha de la voûte et lui broya le pied gauche.
..Il a été aussitôt transporté à l’hospice de Pompey, où il reçoit les soins nécessités par son état.
..Le médecin estime que cette blessure entraînera une incapacité de travail de près de trois mois.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du jeudi 7 janvier 1875)

 

..- Ces jours derniers, le nommé Quériot, domestique, âgé de 37 ans, ouvrier mineur, demeurant à Marbache, était occupé à déblayer du minerai dans une galerie, lorsque tout à coup un bloc vint à se détacher de la voûte et tomba sur le malheureux ouvrier qui eut la jambe et la cuisse fracturées. M. le docteur de la mine fit aussitôt transporter le blessé à l'hospice de Pompey, où il reçut les soins de M. le docteur Claude qui a déclaré que le malheureux ne reprendrait pas son travail avant quatre mois.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du mardi 20 mars 1877)

 

..- Marbache. - Blessure accidentelle au nommé Jean Dussac, mineur à Marbache. Oeil perdu par la suite d'un éclat de minerai.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du mardi 14 décembre 1880)

 

.- Le nommé Caro, mineur à Marbache, a été grièvement blessé par un bloc de minerai qui lui a fracturé la jambe droite.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du vendredi 4 novembre 1881)

 

..- Le nommé Pierre Bezzi, mineur à Marbache, se disposait à abattre un bloc de minerai du poids de 2,000 kilogs environ, lorsque tout à coup, ce dernier se détacha. Bezzi ne put l'éviter et eût le pied gauche broyé. M. le docteur Claude de Pompey, a déclaré que l'amputation d'une partie du pied serait nécessaire.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du samedi 11 février 1882)

 

..- Le nommé Charles Chirio, âgé de 19 ans, mineur à Marbache, a été atteint par un bloc de minerai du poids de 400 kg environ qui lui a fracturé la jambe droite.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du mercredi 26 septembre 1883)

 

..- Le 27 août dernier, le nommé Gudin, âgé de 45 ans, ouvrier mineur à Marbache, était occupé dans une galerie de la mine dite la Chevreuse, lorsqu'un bloc de minerai se détacha subitement de la voûte, vint rouler sur les talons de Gudin et lui a mutilé le pied gauche. M. le docteur Claude de Pompey, appelé à soigner le blessé a déclaré qu'il ne pourrait reprendre son travail avant trois mois.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du 1er septembre 1885)

 

..- Le 8 janvier, vers 10 heures et demie du matin, un mineur nommé Pouilleux, âgé de 40 ans, demeurant à Marbache, travaillait à la mine dans la galerie n°10.
..Il venait de donner les premiers coups de pic à un bloc de minerai, lorsque tout à coup ce bloc du poids d'environ 4,000 kilog. s'est détaché et lui est tombé sur la tête.
..Le malheureux n'a jeté aucun cri, la mort a été instantanée.
..Pouilleux laisse une veuve et six enfants.
(Le journal de la Meurthe et des Vosges du jeudi 13 janvier 1887)

 

..Voici les détails sur l'accident mortel dont a été victime l'autre jour un jeune homme de 19 ans : Le sieur Alfred Paillot, mineur à Marbache, était occupé à conduire des wagonnets de pierres au plan incliné de la carrière de cette localité.
..Il omit de placer la barre de sûreté devant l'ouverture du monte-charge et tomba d'une hauteur de près de 18 mètres avec le wagonnet sur lequel il était monté.
..Paillot est mort après deux jours de souffrances.


..- Le nommé Louis Jacquet, mineur à Marbache, déjeunait avec deux camarades dans l'une des galeries de la mine. Soudain, un bloc de minerai du poids d'environ 100 kilos, se détacha du plafond et atteignit Jacquet au pied droit. Il eut le gros orteil broyé et dut être conduit à l'hôpital de Nancy.
(L'EST REPUBLICAIN du mercredi 8 février 1899)

 

..- Jean Gabriel, âgé de 25 ans, demeurant à Saizerais, travaillait dans une galerie de la mine de Marbache. Ayant engagé sa pince entre le plafond et un bloc de minerai, celui-ci tomba subitement. L'ouvrier ne put se garer à temps. Il fut atteint par l'extrémité de la pince qui lui fractura la cuisse droite.
..Relevé par ses camarades, Gabriel a été transporté à l'hospice de Pompey. L'incapacité de travail sera d'environ deux mois.
(L'EST REPUBLICAIN du samedi 17 juin 1899)

 

..- Le jeune Roger Barthélémy, âgé de 17 ans, travaillant à la mine, ayant été heurté par un wagonnet, tomba sur la voie. Deux véhicules lui passèrent sur la jambe droite, lui broyant le pied.
..Le blessé a été conduit à l'hôpital de Nancy, où il devra subir l'amputation.
(L'EST REPUBLICAIN du dimanche 1er mars 1914)

 

.- Hier matin, vers 10 h.30, un accident mortel s'est produit à Marbache.
..Un mineur, M. Serge Bachetta, 34 ans, mariè, père de 4 enfants, demeurant à Custines et travaillant à la mine de Marbache a été tué par suite d'un éboulement.
..Il a eu la tête fracassée par un bloc de minerai. Le procureur, ainsi qu'un médecin légiste ont procédé à une autopsie. La gendarmerie poursuit son enquête en vue d'établir les causes de ce tragique accident.
(LE REPUBLICAIN LORRAIN du jeudi 7 avril 1955.

 

Longue litanie des misères des mineurs des mines de fer. Ton nom n'y figure pas, Zanda, sans doute parce que tu n'as jamais travaillé à Pompey ou à Marbache, plutôt à Bouligny et à Joudreville. C'est dans cette direction qu'il faut chercher. Qu'il me faut chercher. Je cherche. Qui cherche... trouve.

 

© Jean-Louis Crimon

 

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2 avril 2022 6 02 /04 /avril /2022 08:27
Musée de la Mine de Buggerru. (Sardaigne). Le travail des femmes et des enfants. © Jean-Louis Crimon

Musée de la Mine de Buggerru. (Sardaigne). Le travail des femmes et des enfants. © Jean-Louis Crimon

 

J'aurais tant aimé, mon grand-père Sarde, que tu me racontes ton premier jour de travail à la mine. Que tu me dises quel âge tu as quand ça commence. Même pas 10 ans. Comment on t'explique ce qu'il faut faire. Comment tu comprends que c'est ton destin puisque tu es l'aîné. Comment, le soir du premier jour, se passe ton retour à la maison de la rue près de l'église. Ce que te disent tes parents. A quoi tu penses quand tu cherches le sommeil et que tu te repasses le film de la journée.

Est-ce que les enfants aident les femmes dans leur travail ? Les femmes cassent les pierres, à coups de marteau et à mains nues, pour en extraire les minerais, zinc ou plomb, avant de les mettre dans des sacs. Toi, tu leur prépares les pierres ou tu préfères porter les lampes des mineurs ? avec ce morceau de bois au-dessus des épaules pour en prendre plusieurs à la fois ? Le travail à la mine, ça doit te changer du temps où tu jouais dans la montagne en gardant les chèvres. Ton père, Antioco Zanda, aurait bien préféré que tu sois berger. Mais, bien sûr, le travail à la mine, ça rapporte un peu plus d'argent à la maison.

J'aurais aimé aussi que tu me dises comment, avec tes yeux d'enfant, tu ressens ce travail dans les entrailles de la terre. Comment tu comprends les adultes quand ils parlent de luttes ou de grève pour améliorer les conditions de vie et de travail des mineurs du bassin minier sarde.

Oui, vraiment, j'aurais tant aimé que tu me racontes et que tu m'expliques tout ça, mon grand-père Zanda.

 

© Jean-Louis Crimon

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1 avril 2022 5 01 /04 /avril /2022 08:27
Francesco Zanda. 8 mars 1896. (Fluminimaggiore). 11 Sept. 1936. (Nancy).
Francesco Zanda. 8 mars 1896. (Fluminimaggiore). 11 Sept. 1936. (Nancy).

Francesco Zanda. 8 mars 1896. (Fluminimaggiore). 11 Sept. 1936. (Nancy).

Bien sûr, mes lettres sont restées sans réponse. Là où tu es, si tu es quelque part, on n’écrit pas à ceux d’en bas. A supposer que toi, tu sois en haut. Le fait que tu n’aies pas eu de vraie tombe, dans un vrai cimetière, me fascine chaque jour davantage. Fosse commune, pour un destin peu commun, n’est pas une fin commune.

Je pense souvent à ce jour-là où on t’as mis en terre. Etait-ce dans l’enceinte de l’Hôpital ? Là où tu es mort. Etait-ce dans le carré des indigents ? Est-ce qu’au moins il y a eu deux ou trois humains pour accompagner ton cercueil ? Un camarade de la mine, un prêtre, un enfant de choeur ? Est-ce que tu es mort seul dans ta chambre d’hôpital, te plaignant de souffrir, comme Rimbaud, de ta jambe amputée. Est-ce que tu as dit comme tous les amputés : « j’ai mal à la jambe que je n’ai plus » ? Est-ce que quelqu’un t’a tenu la main pour le passage ? Est-ce que tu t’es senti mourir ?  Est-ce que tu as revu des images de ton village de Sardaigne ? Est-ce que tu as eu la force de redessiner mentalement les rues de Fluminimaggiore, et d’abord cette petite rue près de l’église où tu es né et où tu habitais, enfant et adolescent ? Est-ce que tu as revu, un à un, comme on égraine un chapelet vivant, les visages de tous ceux que tu as connus et aimés dans ta vie de jeune sarde ? Antioco, ton père sabotier et chevrier ? Maria, ta mère. Vincenzo, ton frère le plus proche de toi ? Maria, la seule fille de la famille ?

A quoi as-tu pensé au moment ultime, au moment du dernier souffle, à l’instant du dernier soupir ? Je ne pourrai jamais le savoir. Je ne le saurai jamais. Sur qui ou sur quoi as-tu porté ton dernier regard ? Questions inutiles puisque forcément sans réponse. 

Une seule certitude pour moi, ton petit-fils, je me dois d'écrire l'histoire. Ton histoire. Je me dois de redonner vie à ta vie. Je dois écrire le roman de ta vie. Le roman de Zanda le Sarde. 

 

© Jean-Louis Crimon

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31 mars 2022 4 31 /03 /mars /2022 08:27
Amiens. Bord de Somme. Août 2014. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Bord de Somme. Août 2014. © Jean-Louis Crimon

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30 mars 2022 3 30 /03 /mars /2022 08:27
Contay. Le jour de la Photo de Classe. Mai 2014. © Jean-Louis Crimon

Contay. Le jour de la Photo de Classe. Mai 2014. © Jean-Louis Crimon

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29 mars 2022 2 29 /03 /mars /2022 08:27
Amiens. 17 Août 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 17 Août 2017. © Jean-Louis Crimon

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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 08:27
 La Charité-sur-Loire. Mai 2014. © Jean-Louis Crimon

La Charité-sur-Loire. Mai 2014. © Jean-Louis Crimon

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27 mars 2022 7 27 /03 /mars /2022 08:27
Amiens. Dimanche 26 Mai 2019. Rue de la République. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Dimanche 26 Mai 2019. Rue de la République. © Jean-Louis Crimon

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26 mars 2022 6 26 /03 /mars /2022 08:27
Paris. Rue François Millet. 2012. © Jean-Louis Crimon

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25 mars 2022 5 25 /03 /mars /2022 08:27
Amiens. 20 Février 2018. © Jean-Louis Crimon

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