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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 10:59
Piennes. La rue d'Alsace aujourd'hui. Maison de Francesco Zanda. © DR

Piennes. La rue d'Alsace aujourd'hui. Maison de Francesco Zanda. © DR

 

 

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La planète Internet est fantastique. A peine le temps d'avoir l'idée ou l'envie de prendre un train, ou deux, ou trois, pour aller voir sur place, à Piennes, à quoi peut ressembler aujourd'hui la rue d'Alsace, qu'un ami m'envoie une photographie d'une importance capitale. Maison identifiée.

 

A partir de l'adresse indiquée sur l'acte de naissance de François Zanda Junior, 9, rue d'Alsace, cet ami a retrouvé la maison qui, selon lui, est d'époque, à part les huisseries. Cet ami observe que la numérotation des maisons de la rue, contrairement à l'usage,  va de 4 en 4. Il lui semble donc logique d'en déduire que chaque grande maison est divisée en deux habitations avec une porte centrale commune. Pour lui, le n°9 est donc la partie droite de la maison avec auvent. En couleur, trottoirs spacieux et proprets, l'apparence de la Cité d'aujourd'hui est flatteuse. Très éloignée, sans aucun doute, de la grisaille et de la gadoue des années trente.

Maisons mitoyennes de la rue d'Alsace qui désormais ne manquent pas de charme. D'autant que, me précise encore mon ami, d'après une vue aérienne, chaque double maison est un carré. Les Zanda-Hurbain devaient donc disposer, en 1931, année du recensement, au n° 9 de la rue d'Alsace, de deux pièces au rez-de-chaussée et de deux pièces à l'étage. Les maisons avaient toutes des jardins à l'arrière. Qu'on peut découvrir sous un autre angle de prise de vue. Le jardin, sûr, pour les mineurs, le bon moyen de se remettre les poumons à l'air pur. Le travail du jardin, une composante nécessaire de la vie du mineur. Sans oublier l'économie financière réalisée de cette manière. En cultivant et en récoltant ses propres légumes.

 

Francesco Zanda était-il un bon jardinier ? Son fils de trois ans le rejoignait-il au jardin ? Pour gambader dans les allées. Je ne le saurai jamais. Je l'imagine. Ça me plait de l'imaginer.

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 00:07
Reconnaissance de paternité signée Francesco Zanda. Naissance de son fils François. © Jean-Louis Crimon

Reconnaissance de paternité signée Francesco Zanda. Naissance de son fils François. © Jean-Louis Crimon

 

 

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Jeanne Bourgeois a su être plus persuasive que Berthe Leloup. Elle a convaincu Francesco Zanda, francisé François Zanda, de reconnaître leur enfant, et de lui donner son nom. Berthe Leloup, elle, n'eut pas cet honneur là. Sa petite fille, Juliette, ma mère, non plus.

 

Le texte de l'acte de naissance du fils est d'une précision parfaite :

" Le treize décembre mil neuf cent vingt neuf, deux heures, est né François, du sexe masculin, de François Zanda, mineur qui se reconnaît le père, né à Flumini Maggore (Italie) le huit mars mil huit cent quatre-vingt seize, et de Jeanne Marie Louise Bourgeois, sans profession, née à Lantéfontaine le vingt juillet mil neuf cent deux, domiciliés à Piennes, 9 rue d'Alsace.

"Dressé le treize décembre mil neuf cent vingt-neuf, dix-sept heures, sur la déclaration du père qui, lecture faite, a signé avec Nous, Nicolas Lepage, Maire de Piennes. "

 

Il y a cependant quelque chose de surprenant dans la rédaction de cet acte de naissance, en ce qui concerne la mère déclarée de François Zanda fils, Jeanne Marie Louise Bourgeois. Un détail qui n'en est pas un : elle a épousé Jules Vital Hurbain en 1920, et a eu de lui quatre enfants, figurant sur le recensement de 1931, commune de Piennes. Odette, Raymond, André et Roger. Nés en 1920, 1921, 1923 et 1927 et portant tous le nom Hurbain. Recensés sous l'annotation "enfants de le femme", elle même déclarée "concubine", juste sous la ligne "Francesco Zanda, mineur, né en 1896 à Fluminimagiorre". Question : comment Jeanne Marie Louise Bourgeois peut-elle être la mère de François Zanda en 1929, sous son nom de jeune fille, Jeanne- Marie Louise Bourgeois ? Comme l'indique l'acte de naissance de François Zanda.

Même en admettant la mort possible de Jules Hurbain, le mari, avant 1929, ou un divorce, la veuve, ou la divorcée de cette époque, - même si ça reste à prouver - porte toujours le nom de son mari. Elle ne redevient pas magiquement jeune fille avec son nom de jeune fille. Une énigme de plus dans une vie au parcours déjà très énigmatique, monsieur Francesco Zanda.

 

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A relire l'acte de naissance de Juliette, on comprend que le père est absent ou s'est... absenté, même si la mention "né de père inconnu"  n'est pas portée. Pas davantage l'expression "père non dénommé". Pour l'état civil, le géniteur n'est pas identifié, ce qui a pour conséquence - ce qui n'est pas rien - l'absence de filiation paternelle.

Difficile de spéculer sur les raisons de l'anonymat du géniteur dans l'acte de naissance de ma mère Juliette, fille de ma grand-mère, Berthe Leloup.  

Berthe Leloup a-t-elle pu seulement, vraiment, demander de vive voix à Francesco Zanda de reconnaître leur enfant ? Francesco Zanda  a-t-il refusé étant déjà engagé dans une autre histoire d'amour avec Jeanne Bourgeois ? Berthe Leloup a-t-elle tout simplement refusé de communiquer l'identité du père de sa fille à l'officier de l'état civil ? Pour une bonne et simple raison qu'elle a voulu garder pour elle : le père ne l'aimait plus et il était parti avec une autre.

" Le deux Août, vingt-une heures cinquante minutes, cité de Joudreville n°78, est née Juliette Berthe Amélie du sexe féminin, de Berthe Antoinette Leloup, sans profession, célibataire, née le onze Novembre mil neuf cent cinq à Etain, Meuse.

 

La mention " Et de" a été barrée, sans autre précision, mais la mention préimprimée "domiciliés" est restée - trop cruel - au pluriel.

 

" Dressé, le trois août mil neuf cent vingt-huit, dix heures, sur la déclaration de Jules Leloup, cinquante deux ans, charretier, au domicile duquel l'accouchement a eu lieu, qui, lecture faite, a signé avec Nous, Jean Piermé, Maire de Bouligny.

En bas, à gauche, formule cruelle à nouveau pour l'enfant illégitime : "Légitimée par le mariage de Francesco Filippin et de Berthe Antoinette Leloup célébré à Bouligny le vingt neuf septembre mil neuf cent trente deux."

 

Août 1928 - Septembre 1932, Juliette a dû attendre quatre ans avant de se voir octroyer un papa. Un autre italien qui porte le même prénom que son "vrai" père : Francesco.

 

 

© Jean-Louis Crimon

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 10:21
La mort de Francesco Zanda Junior, le fils du grand-père inconnu. Déc. 2011. © Jean-Louis Crimon

La mort de Francesco Zanda Junior, le fils du grand-père inconnu. Déc. 2011. © Jean-Louis Crimon

 

 

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A peine le fils du grand-père inconnu découvert, déjà il faut se faire à l'idée que, lui aussi, s'est définitivement éclipsé. Impossible désormais d'avoir, de sa bouche et dans sa voix, des nouvelles de son père, ce grand-père inconnu, plus inconnu que jamais. Sur le faire-part de décès, la photo du fils offre peut-être des indices du visage qui a pu être celui du père. Sans certitude.

Seule certitude, l'épouse du fils Zanda, Graziella Pulina, est toujours en vie. Désormais, elle est la seule à détenir quelques souvenirs du versant sarde de ces vies qui sont aussi, un peu, beaucoup, ma vie. Une lettre, quelques photographies, un objet, une montre, une pipe, une lampe de mineur, autant de signes palpables qui auraient pu traverser le temps. Que les époux Zanda auraient pu conserver.

Questions : Graziella Pulina connaissait-elle la version de l'accident du petit Francesco Zanda, à l'âge de 3 ans ? Avait-elle eu vent de la façon dont le fait-diversier de L'Est Républicain avait relaté la chose, dans la 7ème édition du quotidien lorrain, le 2 novembre 1932 ? Que sait-elle aujourd'hui encore de l'enfance française de celui qui devint son mari, à Sassari, Sardaigne, le 31 août 1958 ? Francesco Zanda Junior a-t-il parfois évoqué le passé de son père ? Passé de mineur sarde à Buggerru et de mineur meusien ou mosellan, à Joudreville ou à Piennes ? Passé d'agitatore ou passé de seduttore ?

Francesco Zanda fils, savait-il que son père avait eu un autre enfant, un an plus tôt, une fille, Juliette, ma mère, née le 2 août 1928, à Bouligny ? Bouligny, Meuse, 4 kilomètres 800 de Piennes, Meurthe et Moselle. Savait-il qu'une première fille était née, d'un premier mariage, en 1921, à Fluminimaggiore, en Sardaigne ? Maria, sa demi-sœur sarde. Morte comme lui, en 2011. Etait-il allé la rencontrer ? Lui parler ?

 

Giuliana Zanda, fille de Vincenzo, frère cadet de Francesco Zanda père, est-elle détentrice d'une partie des réponses entourant ces petits secrets ?

 

Tant et tant de questions.

Bientôt, peut-être, des réponses à toutes ces questions.

 

© Jean-Louis Crimon

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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 14:57
L'Est Républicain. Mercredi 2 novembre 1932. Quatrième page. © Jean-Louis Crimon

L'Est Républicain. Mercredi 2 novembre 1932. Quatrième page. © Jean-Louis Crimon

 

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Un fait-divers ne fait pas toujours diversion. Ce fait-divers du 2 novembre 1932 te ramène au cœur de ta quête. A la recherche de ce grand-père inconnu. Ce grand-père inconnu qui n'a pas reconnu ta mère, lui laissant pour seul cadeau de naissance ce statut d'enfant "illégitime", de bâtarde, même si ta mère sera dite plus souvent et plus élégamment "enfant naturelle". Sans jamais pouvoir porter le nom de son père. Sans jamais pouvoir se nommer Zanda.

Ce grand-père inconnu avait donc un fils. Ce fils, dont L'Est Républicain t'apprend soudain l'existence. François Zanda, fils de Francesco Zanda, né en 1929, juste après ta mère, née en 1928. Trois ans en 1932.

Le petit Zanda doit être un gamin très turbulent, sinon très imprudent. C'est par lui que la lumière arrive. Que l'histoire s'éclaire. Que le roman familial prend forme.

Quatre-vingt cinq ans plus tard, sous la plume précise du fait-diversier, la vérité éclate de nouveau. Zanda a bien eu un fils, après sa fille Juliette, conçue avec Berthe Leloup. Un fils appelé, comme son père, tradition sarde oblige, François Zanda.

 

Un enfant est renversé par une auto.

La semaine dernière, un automobiliste se dirigeant vers Murvilie, arrivait à proximité des premières cités de Bonvillers, quand il aperçut plusieurs enfants qui jouaient sur le côté droit de la route, sens de la marche, et un troupeau d'oies qui tenait la gauche; quelques mètres plus loin, un deuxième troupeau venait à droite. L'automobiliste, afin de prévenir les enfants de son approche, actionna son appareil avertisseur et prit légèrement sa gauche pour les doubler. Au moment où il passait à la hauteur du groupe formé par les bambins, l'un d'eux, un garçonnet de 3 ans, le petit Zanda François, traversa la chaussée en courant et un deuxième suivit. Ne pouvant passer derrière le premier, par crainte de heurter le second, le conducteur donna un brusque coup de volant à gauche et les deux roues avant de sa voiture allèrent tout doucement dans le fossé ; à ce moment, il ressentit un léger choc provenant de la droite du véhicule et s'arrêta aussitôt. Descendant immédiatement, il se porta au secours de l'enfant Zanda qui avait dû être touché par le marchepied, et le releva ; l'enfant fut ensuite emmené au domicile de la personne qui le garde. L'automobiliste fit appeler un docteur et, en attendant son arrivée, l'enfant fut soigné par l'infirmier de la mine de Murvilie. Le petit blessé porte des contusions multiples sur les deux jambes et une large plaie à la tête ; le docteur a jugé son état sans gravité, sauf complications. Grâce à la prudence et à l'allure modérée à laquelle roulait l'automobiliste, cet accident n'aura aucune suite fâcheuse ; mais il serait utile que les mamans surveillent de plus près leurs enfants, surtout les tout petits.

 

Francesco Zanda avait un fils. Un fils qui s'appelait François Zanda. Juliette, ma mère, ne saura jamais qu'elle avait un demi-frère. Reconnu, lui, par son père. Juliette n'eut pas cet honneur là.

 

La vérité sort de la bouche des enfants. Quand ils traversent la rue imprudemment et qu'ils se retrouvent dans la page des faits-divers. Mémoire de papier qui a très bonne mémoire.

 

© Jean-Louis Crimon

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 08:38
L'Est Républicain. L'annonce de la mort de Francesco Zanda.13 septembre 1936. © Jean-Louis Crimon

L'Est Républicain. L'annonce de la mort de Francesco Zanda.13 septembre 1936. © Jean-Louis Crimon

 

 

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Trois semaines de recherche, des enthousiasmes fous, des déceptions identiques, des doutes, des idées de renoncement, l'envie de tirer un trait définitif sur ce passé trop longtemps enfoui, la tentation de l'abandon, mais à chaque fois la certitude de devoir aller jusqu'au bout, et puis, cette fois, l'idée lumineuse de passer par la presse locale et régionale.

Bingo. L'Est Républicain, Dimanche 13 septembre 1936. 7ème édition. Rubrique Etat-Civil... ton nom, ton âge, et ton métier. Une ligne, une seule ligne, pour tirer ta révérence définitive.

 

Décès. François Zanda, 40 ans, mineur, à Bonvillers-Mont. (M.et M.)

 

40 ans en 1936, comme tu es né en 1896, ça colle parfaitement. Mineur, c'est bon, c'est ton métier. Donc c'est toi.

Même si ton prénom a été francisé, c'est bien de toi dont il s'agit. Francesco Zanda, mineur, il n'y en pas légion dans la région. Sûr, c'est ton nom. Donc tu es mort en septembre 1936. Pas en août 1928.

Il me fallait savoir, si oui ou non, le 2 août 1928, il y avait eu un accident mortel à la mine, et si, toi, Francesco Zanda, tu avais été parmi les morts. Or, il n'y a pas eu de morts à la mine de Joudreville, le 2 août 1928, cela je le savais depuis les années 70, quand j'avais fait cette lettre au Directeur de la mine et que sa réponse avait été immédiate et sans ambiguïté, laissant  Juliette, ma mère, perplexe. Soudain profondément triste. Nous n'en avons, elle et moi, jamais plus parlé. Près de quatre-vingt dix ans plus tard, la réponse est donnée. Définitivement. Pas gênant. Ma mère est morte depuis trois ans.

 
Je relis ma lettre du 1er Juin dernier et je souris devant ce romantisme naïf qui m'anime alors :
 

Au sud du Sud, une île italienne, la Sardaigne. Qu'à cela ne daigne. La Corse est bien une île française. Un village de montagne. Une année : 1896. Un jour et un mois de naissance : 8 mars.

J'ai voulu refaire le chemin qui a dû être le tien. Je suis venu remettre mes pas dans tes pas. Point de départ : le village. Ton village. Ce village qui s'appelle toujours Fluminimaggiore. Littéralement, textuellement, "Fleuve majeur". Fluminimaggiore. Tout près de Buggerru, là où il y a la mine. Une mine riche en minerai de plomb et de zinc. Destin tout tracé des enfants des pauvres gens. Paradoxe sublime : du fleuve majeur partaient, à pied, des bataillons de mineurs. Dans le double sens du terme. Aucune autre alternative pour une existence humaine de ce temps-là. Pas de mode majeur. Même en étant né à Fluminimaggiore. Condamné, dès l'enfance, à 7 ou 8 ans, à vivre sa vie en mode mineur.

De ta famille, tu ne nous as pas dit grand chose. Ta vie, très brève, trop brève, ne t'en a pas laissé le temps. Ton passage terrestre t'as juste laissé le temps de laisser deux enfants. Deux filles. Une Sarde. Maria. Une Française. Juliette, ma mère. Que tu abandonnas le jour de sa naissance. Mort le jour-même de sa naissance. Mort le jour où ta fille française est née. Selon la mère de ma mère, ma grand-mère. Berthe Leloup. C'est ma mère qui me l'a dit. C'est ma mère qui m'a dit que c'est ce que sa mère lui avait dit. Une fois pour toutes. Pour ne plus avoir à en parler. Elle devait se faire à l'idée. Elle ne connaîtrait jamais son père. Ne porterait jamais son nom. On ne porte pas le nom d'un mort. Ne s'appellerait jamais Zanda de son vivant. Seulement à sa mort. Ayant, elle-même, pris soin de faire graver, de son vivant, le beau nom de Zanda sur sa tombe. Morte Juliette Crimon sur la petite plaque de cuivre clouée sur son cercueil, mais gravée Juliette Zanda sur sa tombe.

 

Toi, mon grand-père trop longtemps inconnu, agitatore des grèves sardes ou mosellanes, tu n'es donc pas mort le 2 août 1928, comme la légende familiale le prétendait. Pieux mensonge inventé par Berthe Leloup, ma grand-mère, pieux mensonge repris et transmis comme vérité première par sa fille, Juliette, ma mère. Légende familiale prise pour argent comptant. Pendant presque 90 ans. Secret de famille bien gardé jusqu'à ce que l'idée stupide me reprenne de vouloir savoir si j'ai vraiment du sang sarde qui me coule dans les veines.

 

Je ne sais plus qui a dit : La lumière ne se fait que sur les tombes.

 

 

© Jean-Louis Crimon

 
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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 08:57
Buggerru. Sardaigne. Musée de la mine. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

Buggerru. Sardaigne. Musée de la mine. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

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Aujourd'hui, j'ai voulu savoir combien de personnes portaient le beau nom de Zanda, en France. La réponse est à la fois modeste et impressionnante. Pour le patronyme Zanda, on recense 22 personnes nées en France depuis 1890, dans treize départements différents. Le total des naissances pour le patronyme Zanda détaille :

 

- Une naissance pour la période 1891 - 1915

- Huit naissances pour la période 1916 - 1940

- Huit naissances pour la période 1941 - 1965

- Cinq naissances pour la période 1966 - 1990

 

Il y a des Zanda dans l'Est et au Sud-Est de l'hexagone, dans la Meuse, en Haute-Savoie, dans les Pyrénées Orientales.

Le nom Zanda est classé au  242 693ème  rang des noms les plus portés. Autant dire qu'il est un patronyme plutôt rare, sinon rarissime.

 

Parmi tous les Zanda, une femme qui me fait rêver, c'est Brigitte Zanda, qui étudie les météorites et les minerais extraterrestres. Sûr, elle ne peut être qu'une descendante de Francesco Zanda qui lui, arrachait aux entrailles de la Terre, des minerais très terrestres. Cette femme à la renommée internationale très bien établie travaille au Muséum national d'Histoire naturelle à Paris. Je n'ose pas l'appeler. Je n'ose pas lui poser la question fatidique. Même si je devrais le faire.

 

Votre grand-père s'appelait-il... Francesco Zanda ?

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 23:04
Le Mémoire de Maîtrise de Marie-Danielle Harbulot. Juin 1977. © Jean-Louis Crimon

Le Mémoire de Maîtrise de Marie-Danielle Harbulot. Juin 1977. © Jean-Louis Crimon

 

 

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« Bouligny, ses mines, ses cités », le titre du Mémoire soutenu, en Juin 1977, par Marie-Danielle Harbulot, me touche plein cœur. Ma mère, Juliette Leloup, fille de Berthe Leloup et de Francesco Zanda, est née le 2 août 1928, à Bouligny. Nouveau clin d'œil du destin.

 

Ce Mémoire, dirigé par François ROTH, Professeur à l'Université de Nancy II, comporte cinq chapitres en 130 pages de texte et de tableaux statistiques. Un beau travail universitaire motivé, -précision de son auteur dès l'Introduction- par des "attaches avec ce département de la Meuse". Joliment dit. Discrètement dit. C'est toujours agréable de savoir que les objets d'études ne sont pas des exercices de style désincarnés.

Ces attaches d'une étudiante de l'année 1977 avec ce département de la Meuse et avec son pays minier, je les partage bien volontiers. Je me sens pays avec Marie-Danielle Harbulot que je ne connais pas et que je n'ai jamais rencontrée. Son Mémoire - pardon, c'est facile, mais tellement tentant- est une "vraie mine" pour moi. J'y apprends tout ce que je ne savais pas :

 

Que Bouligny, village de 318 habitants en 1901, devient dans les années 30 la quatrième agglomération du département de la Meuse, après Bar-le-Duc, Verdun et Commercy.

 

Qu'avant la première guerre et de 1919 à 1926, la population de Bouligny et les effectifs des mines augmentent fortement et qu'un grand nombre d'immigrants sont alors célibataires.

 

Qu'en 1924, sur un total de 11.768 mineurs, 25 % sont Français, 63 % sont Italiens et 6% sont Polonais. 6% sont de différentes autres nationalités. (Rapports annuels du Service des Mines).

 

Que 28.000 hommes se font inscrire sur les registres matricules des deux mines de Joudreville, entre 1906 et 1945.

 

Qu'on appelle "Les Grandes Grilles" les maisons - assez austères- des cadres et la spacieuse demeure du Directeur de la mine.

 

Que les "Grandes Grilles" ont été volontairement construites à l'opposé des cités ouvrières. Que ça se voit très clairement sur le plan en page 74.

 

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La Conclusion de Marie-Danielle Harbulot, page 109 de son Mémoire, est à la fois touchante et désespérante. Je la reproduis in extenso :

 

" Depuis un demi-siècle, Bouligny a incomparablement enrichi son histoire; cette histoire reste à écrire : trop d'archives ont disparu ou ne nous ont pas été communiquées pour que cette monographie puisse rendre compte de toute la réalité. Trop d'études manquent pour que l'originalité de Bouligny puisse être affirmée à coup sûr : menée à l'échelon de tout le bassin de Briey, la comparaison des entreprises, du peuplement, des cités, des comportements politiques et syndicaux permettra peut-être, un jour, de fructueuses moissons. "

Juin 1977 - Juin 2017, 40 ans plus tard, on est en droit de se demander ce qui a bien pu être écrit, étudié et publié sur ce plan là. Une rencontre avec l'étudiante de 77 et son directeur de Mémoire serait précieuse pour mesurer le chemin parcouru ou à tout jamais abandonné.

 

Dernier arrêt sur image, si on peut dire, page 125 : après la partie Annexes et la partie Notes, je tombe sur une information de taille, bien au-delà de l'anecdote, discrètement mentionnée dans les Sources bibliographiques :
 
A la mine de Joudreville,  (Bouligny), à propos des registres matricules du personnel  : la première embauche de chaque ouvrier. est consignée chronologiquement avec des annotations diverses.
 
Comme j'aimerais avoir accès à ces documents là et pouvoir y découvrir ce qui a été écrit en face du nom ZANDA, prénom Francesco, le jour de sa première embauche.
 
 
© Jean-Louis Crimon
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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 10:11
Piennes. La Mourière. Mineurs du fond. 1er Groupe. 1927. © Mémoires familiales des mineurs de fer Lorrains.

Piennes. La Mourière. Mineurs du fond. 1er Groupe. 1927. © Mémoires familiales des mineurs de fer Lorrains.

 

 

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Sûr que tu es sur la photo, Francesco, mais où ? Faudrait que quelqu'un ait noté tous les noms, tous les prénoms, et que cette photo annotée ait traversé le fleuve du temps jusqu'à nous. De Fluminimaggiore, le fleuve majeur, jusqu'au fleuve... mineur. De la mine de fer de Buggerru, Sardaigne, à la mine de fer de Joudreville ou de Piennes, jusqu'à la mine de Lamourière, de Bouligny ou d'ailleurs.

 

Année 1927. Tes deux frères, Vincenzo et Mario t'ont sans doute déjà rejoint. Si ça tombe, sur la photo, vous êtes tous les trois. Ensemble. Côte à côte. Toi l'aîné, au milieu, Vincenzo d'un côté, Mario de l'autre. Va savoir...

En même temps, vous n'avez peut-être pas tenus, vous, les trois frères, vous, les trois Sardes, à être immortalisés avec le premier groupe. Il y a eu ce jour là quatre ou cinq groupes à poser devant l'objectif du photographe venu officier à la demande du Directeur de la Mine. Sans doute, à reculons, ou presque, vous avez sacrifié au rituel social avec les mineurs du dernier groupe. Mais comment savoir ?

Une petite croix au dessus d'une tête et, au dos de la photo, un nom, un prénom, une date... Un indice, un signe. L'homme au chapeau, qui sait, tout en haut... Etais-tu plutôt casquette ou chapeau ? Les Sardes sont-ils plutôt casquette ou plutôt chapeau ?

L'homme au chapeau, tout en haut de la photo, impossible, c'est le rang et l'étage de la Direction. Les sous-chefs qui entourent le Patron. Pas pour toi. Toi qui n'est pas du rang des porions.

 

Casquette, chapeau, ou tête nue, encore une piste à explorer, pour toi, Monsieur Francesco Zanda, toi, mon grand-père grandement inconnu.

 

© Jean-Louis Crimon

 

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 14:17
"Le Peuple", n° 3268. Mardi 24 Décembre 1929. © Jean-Louis Crimon

"Le Peuple", n° 3268. Mardi 24 Décembre 1929. © Jean-Louis Crimon

 

 

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Reçu ce matin le quatre pages du Peuple, journal de la CGT, sous-titré Quotidien du syndicalisme. Une brève, une simple brève. Une brève en Une. Brève datée Joudreville, 23 décembre, par téléphone. Une douzaine de lignes, pour dire que 500 mineurs de fer de la Mine de Joudreville se sont mis en grève ce matin du 23 décembre. Leurs revendications : augmentation des salaires, application de la journée de 8 heures et disparition des heures supplémentaires.

Le dernier paragraphe de la brève précise que la grève est conduite par le syndicat confédéré de Bouligny et par l'Union départementale de Meurthe-et-Moselle.

 

Titre on ne peut plus informatif et direct :

LES MINEURS DE FER DE JOUDREVILLE SONT EN GREVE.

 

Bien sûr, contrairement à ce que j'espérais, -très naïvement, je le reconnais-, rien sur toi, Francesco Zanda, rien sur toi "l'agitatore", rien sur toi, le mineur Sarde militant. Sûr, pourtant, que si tu es toujours vivant, en ce 23 décembre 1929, tu dois être du côté des grévistes. Carrément le leader du mouvement. Oui, sûrement.

 

© Jean-Louis Crimon

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 08:30
Amiens. La Gare. 13 Juin 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. La Gare. 13 Juin 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

 

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Inespéré. Providentiel. "Bouligny, ses mines, ses cités". Le titre d'un "Mémoire de Maîtrise" soutenu, en 1977, - il y a exactement 40 ans - par Marie-Danielle Harbulot, sous la direction de François ROTH, Professeur à l'Université de Nancy II. On y parle de Joudreville, de la Mine de fer de Joudreville et des autres mines environnantes. Des mines d'Amermont - Dommary.

Selon la personne qui vient d'avoir ce Mémoire de Maîtrise entre les mains, il s'agit d'un travail universitaire très bien documenté avec beaucoup de photos. On y évoque aussi des journaux de l'époque : Le réveil ouvrier (CGT) 1918-1940 et La Lorraine ouvrière et paysanne (PC) 1926-1932.

En prime - vraie cerise sur le gâteau -, une information de taille, bien au-delà de l'anecdote, est discrètement donnée dans les sources bibliographiques :
 
A la mine de Joudreville, les registres matricules du personnel  consignent systématiquement la première embauche de chaque ouvrier.  Notations consignées chronologiquement avec des annotations diverses.
 
Il me faut absolument remettre la main sur ces registres des premières embauches qui, malheureusement, ne sont pas joints en annexe, au Mémoire de Maîtrise. Registres matricules du personnel qui n'ont pas été davantage joints - on est en droit de se demander pourquoi ? - aux documents de la Mine de Joudreville donnés aux Archives Nationales du Monde du Travail de Roubaix.
 
 
La quête de mon grand-père inconnu repart de plus belle : Francesco Zanda, je  remets mes pas dans tes pas. Je ne te lâcherai pas.
 
 
© Jean-Louis Crimon
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