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19 octobre 2021 2 19 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 22 Mai 1980. Page 42. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 22 Mai 1980. Page 42. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 22 Mai 1980. Page 42. © Jean-Louis Crimon

"A la prochaine fois" ! Beaux yeux clairs pleins de larmes sombres, René Lévesque vient d'acter la défaite. Une défaite incontestable. Le beau projet de "Souveraineté association" , un Québec souverain mais associé au Canada, n'a recueilli qu'un peu plus de 40 % des voix. Moralité : six Québécois sur dix ont dit "Non" à la séparation d'avec le reste du Canada.

Alberta, Colombie-Britannique, Île-du-Prince-Edouard, Manitoba, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Ecosse, Ontario, Saskatchewan, Terre-Neuve-et-Labrador, les neuf autres provinces ne seront pas séparées du Québec. Pas cette fois. Peut-être la prochaine fois. René Lévesque ne cache ni sa déception ni l'espoir qu'un jour, sans doute, ça se fera.

Dans la rue, plusieurs centaines de Québécois, d'abord, des milliers très vite, se rassemblent pour une marche symbolique vers Montréal-Ouest, la partie anglophone et anglophile de la ville. Tenir éveillés les Anglais, c'est notre but ce soir, disent les manifestants. Un des jeunes Québécois en colère, m'explique avec ce bel accent français d'Amérique du Nord : "L'indépendance, on ne la demande pas, on est censé la prendre, c'est ce que l'Histoire des Peuples nous enseigne."

 

Mon papier, dicté comme mon avant-papier, par téléphone, occupera la moitié de la page du journal. L'analyse de Pierre Rouanet chapeaute l'ensemble. En une phrase, tout est - presque - dit : L'échec relatif des indépendantistes de M. Lévesque n'efface pas le rejet unanime du statu quo.

 

© Jean-Louis Crimon

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18 octobre 2021 1 18 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 20 Mai 1980. Page 30. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 20 Mai 1980. Page 30. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 20 Mai 1980. Page 30. © Jean-Louis Crimon

Être au Québec fin Mai de cette année-là, en stage d'étude sur "Le rôle de la chanson dans l'identité québécoise", c'est un véritable clin d'oeil du destin. Forcément, avant de m'envoler pour Montréal, je pousse la porte du bureau du rédacteur en chef pour lui proposer au moins deux ou trois articles sur le référendum historique, un avant-papier, avec les enjeux et la répartition des forces en présence, et un papier bilan, une fois connus les résultats définitifs. Pierre Rouanet m'accueille à bras ouverts et me donne quelques conseils. Logique : qu'un journaliste de locale habitué à la petite actualité se transforme en grand reporter envoyé spécial sur un évènement à possibles répercussions mondiales, mérite un petit briefing particulier. 

Ma bonne connaissance de la chanson québécoise, du rôle joué par les Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Raymond Lévesque, Pauline Julien, Raoul Duguay, Sylvain Lelièvre, l'importance de ceux qu'on appelle au Québec, non pas des chanteurs, comme en France, mais des chansonniers, ma perception de la dimension culturelle dans la formation de cette identité québécoise, ont sans doute impressionné Pierre Rouanet. Celui qui vient tout juste de publier " Les trois derniers chagrins du Général de Gaulle" a bien sûr en mémoire le grandiose "Vive le Québec libre !" Balcon de l'Hôtel de ville de Montréal. Lundi 24 Juillet 1967. Enorme incident politique entre le Canada et la France.

 Banco, je compte sur vous. Tenez compte du décalage horaire quand vous appelerez au journal et demandez à dicter à la Sténo de presse de permanence.

 

Parole donnée, parole tenue. Paraît que mes deux papiers avaient de la tenue et surtout du contenu. A mon retour au journal, mes collègues me chambrèrent un peu en me surnommant un temps "le Québécois". Il n'y avait vraiment pas de quoi. Mais ça ne me déplaisait pas. 

 

© Jean-Louis Crimon

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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 20 Août 1979. Page 7. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 20 Août 1979. Page 7. © Jean-Louis Crimon

C'est une évidence, ce n'est pas souvent que le grand reportage commence au coin de la rue. Une simple fête de quartier. Deux ou trois photos. Deux feuillets maxi. Un titre court, en trois ou quatre mots. Histoire que la vraie vie passe dans le journal, même quand il ne se passe pas grand chose. 

Montières rime avec hier. Monte hier. Pas évident de ne pas écrire au passé. Le journaliste, historien du présent, a du pain sur la planche. Pour le localier, ce n'est pas tous les jours dimanche. Il doit être capable d'écrire sur tout. Il doit être surtout capable d'écrire. 

 

"Des restes d'un village que la route d'Abbeville transperce et des vieux assis des heures entières sur le pas de leur porte, à compter les bagnoles qui filent vers la mer, c'est Montières..." L'attaque est fulgurante et pourrait passer pour déprimante. Heureusement, en parfait équilibriste, le journaliste sait se ressaisir sur la fin. Sa chute sera porteuse. "Mais c'est aussi chaque jour que la vie s'invente et se crée. C'est aux semaines de donner la couleur des dimanches. "

 

© Jean-Louis Crimon

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16 octobre 2021 6 16 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 17 Juillet 1980. Page 8. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 17 Juillet 1980. Page 8. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 17 Juillet 1980. Page 8. © Jean-Louis Crimon

Souvent, c'est banal, le journal célèbre les gens célèbres. Moi, j'aimais bien célébrer les anonymes. Les seulement célèbres dans leur quartier. Coco-Rouquin était de ceux-là. Ses exploits sembleraient dérisoires aujourd'hui. Le brochet, les grenouilles, l'eau de la fontaine, menues fredaines. Je ne sais plus comment j'ai fait la connaissance de ses parents. Les jours de repos, pour échapper aux sujets imposés par l'actualité déjà écrite dans l'agenda du rédacteur en chef, je déambulais souvent sans but dans Montières ou Saint-Leu, les quartiers populaires, me répétant "le journaliste doit être une oreille, une oreille toujours à l'écoute". J'écoutais les battements du coeur de ma ville et le journal s'en portait plutôt bien.  


Relisant aujourd'hui cette page consacrée à Coco-Rouquin, je me demande ce qu'a pu être sa vie. Ce qu'il est devenu comme homme. Comme être humain. 15 ans en 1980, il devrait avoir 55 ou 56 ans. Le fils du ramoneur a-t-il été ramoneur tout au long de sa vie de travailleur ? Ou bien a-t-il un beau jour changé de métier et de route ? 

Réponse dans le vieux quartier Saint-Leu sans doute. Faudra que je m'y déroute. 

 

© Jean-Louis Crimon

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15 octobre 2021 5 15 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 12 Février 1981. Page 14. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 12 Février 1981. Page 14. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 12 Février 1981. Page 14. © Jean-Louis Crimon

Il arrive que l'année passe si vite que déjà l'on se retrouve face à une personne ou un évènement déjà traité l'année d'avant. Il faut alors passer le sujet à un confrère ou une consoeur, mais les confrères et les consoeurs sont toujours très occupés ou pas intéressés par le sujet. Dans ce cas-là, pour ne pas décevoir la personne ou l'évènement, tu te dis que tu vas redoubler. Doubler la mise. Trouver une autre manière d'écrire sur le même sujet. Un autre angle dans la géométrie des écritures journalistiques.

L'interview est souvent la meilleure solution. Un bon titre, un bon chapeau, l'introduction de l'article, et une bonne réécriture des propos parlés, mais sans les dénaturer. Phrases courtes avec des mots très proches de la conversation et surtout de l'oralité. Sans forcément se croire obligé d'écrire "rires" entre parenthèses, pour souligner un trait d'humour.

Avec Julos, l'exercice est toujours un vrai bonheur. L'homme est d'une générosité rare. Il a le sens de la mise en mots, non pas mise en scène, mais mise en sons. Son chant est son. C'est à dire chanson.

 

© Jean-Louis Crimon

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14 octobre 2021 4 14 /10 /octobre /2021 09:07
Amiens. Le Courrier Picard. 15 Nov. 1979. Page 10. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 15 Nov. 1979. Page 10. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 15 Nov. 1979. Page 10. © Jean-Louis Crimon

Un samedi soir de la mi-novembre. Une belle idée de reportage. Un sujet pour toi, a plaisanté le chef de la locale. Une soirée poésie au Centre Socio-Culturel Guynemer. Vu du centre ville, sans doute. Ok, on y file. Problème : la poésie, on le sait bien, ça ne déplace pas les foules, mais cette fois, c'est un vrai bide : le grand théâtre est vide. Douze poètes au programme et pas une spectatrice, pas un spectateur. Pauvres organisateurs. J'en ai mal au coeur.

Sur ce genre de plan, la plupart du temps, le journaliste et son photographe compatissent un tant soit peu avec les organisateurs de la soirée ratée, partagent une bière ou deux de déception, puis s'en vont, s'éclipsent. Reportage annulé. Pas d'évènement. pas de papier à écrire. Cette fois, je me dis qu'il faut rester. Essayer de trouver un angle. Faire exister dans le journal ce qui n'a pas existé sur scène. 

De retour à la rédac, je raconte ma mésaventure au dessinateur du Bureau Pub du journal, PMHP, Picardie Matin Havas Publicité. Un jeune gars qui écrit, compose et chante aussi. Il a du mal à me croire. Me promet un dessin. J'essaie de mettre en ordre mes notes et de trouver une idée directrice. En fait, je ne suis pas très satisfait  plutôt rare chez moi, de mon papier. Mais, je dois "fournir" les lignes attendues. L'emplacement de l'article est prévu, réservé. Faut assumer. Je pense à Ferré et son célèbre "Poète, prends ton vers et fous-lui une trempe !" Belle vacherie d'après fâcherie avec Breton qui, après avoir accepté, refusa de préfacer "Poète... vos papiers !". Surréaliste !

 

"La poétique libérée c'est du bidon

Poète prends ton vers et fous-lui une trempe

Mets-lui les fers aux pieds et la rime au balcon

Et ta muse sera sapée comme une vamp' ! "

 

A côté de Léo, pas très à l'aise, ma prose rime avec fadaise. Cette fois, quoi qu'on en dise, c'est le dessin qui sauve la mise. 

 

© Jean-Louis Crimon

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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 08:57
Le Courrier Picard. 27 avril 1981. © Jean-Louis Crimon

Le Courrier Picard. 27 avril 1981. © Jean-Louis Crimon

"J'ai voté pour les arbres, les hommes m'ont trop déçu." Il a dit ça comme ça, le plus naturellement du monde, sans avoir besoin d'élever la voix. Il a dit ça doucement, presque sur le ton de la confidence. Pour lui, sans doute, c'était comme une évidence. Son métier de jardinier était peut-être entré dans la balance. A l'heure du choix, seul dans l'isoloir. Je n'ai pas osé lui poser la question.

Le premier tour ce cette élection que tout le monde annonçait comme historique, je l'avais couvert à la ville. J'avais proposé au rédacteur en chef de couvrir le second tour dans un village. Ma proposition de titre l'avait convaincu : Un tour à la campagne. Le village choisi, c'était mon village. L'occasion de voir mes parents et de déjeuner avec eux le midi.

"J'ai voté pour les arbres, les hommes m'ont trop déçu." La phrase, je dois dire aujourd'hui qui l'a prononcée ce jour-là du second tour de l'élection présidentielle de 1981. Ce dimanche 26 avril 1981. C'est la phrase d'un taiseux, de quelqu'un qui parlait davantage avec les yeux. Ma mère était plus volubile. Cette phrase, oui, c'est la phrase de mon père. Je me demande quelle tête il a pu faire, la lisant dans le journal, le lendemain matin. Il a dû sourire. En silence, forcément. 

Il n'a rien dit à ma mère. Il ne m'en a jamais rien dit. C'était comme ça avec mon père, on se parlait davantage avec les mots qu'on ne prononçait pas.

 

© Jean-Louis Crimon

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12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 08:57
Le Courrier Picard. 12 Février 1980. Le Courrier Picard. 14/15 Février 1981. © Jean-Louis Crimon
Le Courrier Picard. 12 Février 1980. Le Courrier Picard. 14/15 Février 1981. © Jean-Louis Crimon

Le Courrier Picard. 12 Février 1980. Le Courrier Picard. 14/15 Février 1981. © Jean-Louis Crimon

L'interview, le portrait d'un chanteur, la critique de spectacle, autant de genres d'écriture pas forcément à la portée du journaliste de locale. Celui qu'on aimerait enfermer dans des compte-rendus d'assemblées générales de pêcheurs à la ligne ou de philatélistes, dans des séances de Conseil municipal ou dans des papiers d'ambiance lors de la couverture de matchs de foot de Division 2, est pourtant un être sensible et délicat. Sensibilité qui ne demande qu'à s'exprimer quand on lui en offre la possibilité. 

D'autant qu'en pages "magazine", dans l'édition du mercredi ou du samedi, ce genre de papiers valorise le journal et le journaliste qui en a pris l'initiative. Ma force ou ma chance, dans ce domaine, c'était d'avoir aimé la chanson et les chanteurs, de les avoir approchés, de les avoir photographiés, parfois interviewés, bien avant d'être engagé au journal. Lény Escudéro, Gilles Servat, Graeme Allwright, Claude Nougaro, Marcel Mouloudji, Léo Ferré, étaient déjà dans ma palette quand je commençais à faire mes gammes à la rédaction du Courrier Picard.

C'est une plus-value incontestable pour le journal, avait commenté le Directeur Général. Articles très appréciés aussi en interne, du côté de confrères admiratifs autant que chez les rotativistes, les ouvriers du Livre. Les premiers à lire le journal. Tu connais FerréTu as interviewé Graeme Allwright ? Tu as parlé avec Gilles Vigneault ? Tu as rencontré Nougaro ? J'osais à peine leur dire que dans ma discothèque intérieure des rencontres extraordinaires, j'avais aussi Barbara et Catherine Ribeiro ou Colette Magny.

Relire aujourd'hui les mots d'une conversation commencée avec Julos Beaucarne il y plus de quarante ans, fait du bien. Parti il y a peu pour l'envers du décor, Julos est à tout jamais vivant. Dans ma tête et dans mon coeur, je sais que je dois vivre un peu pour lui maintenant.

 

© Jean-Louis Crimon

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11 octobre 2021 1 11 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 27/28 Sept. 1980. Page 13. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 27/28 Sept. 1980. Page 13. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 27/28 Sept. 1980. Page 13. © Jean-Louis Crimon

L'article écrit, je le transmets moi-même au secrétaire de rédaction, le journaliste chargé de la mise en page. Mon premier lecteur. Depuis mon arrivée au journal, selon les jours de la semaine, la période l'année, les congés, vacances ou maladie, j'ai eu à travailler avec six ou sept secrétaires de rédaction différents. A chaque fois, sans problème. Plutôt intéressés par les sujets que je traite et l'originalité du traitement, la qualité de l'écriture. Première lecture rapide, le titre, l'accroche, la chute, le nombre de lignes, les photos, transmises par le photographes. Simple formalité la plupart du temps. Confiance réciproque. Je quitte la salle des sec de red', comme on les appelle et je retourne au bureau des localiers. 

Cette fois, coup de fil du secrétaire de rédaction, visiblement agacé. "Il y a un problème avec ton papier, un passage qui est carrément une incitation à la violence, tu peux venir le modifier... "

Je repars dans la salle où se font les mises en page. Le sec du réd' pointe du doigt le passage en question. Une citation d'un des gars rencontrés :" Si ça continue, on va prendre le Préfet en otage ! " Phrase vraiment prononcée, telle quelle, texto, traduite in extenso. Je n'accepte pas de la retirer. Ce serait trahir la sincérité de l'échange avec le groupe de personnes rencontrées autour du prospecteur-placier de l'A.N.P.E., l'Agence Nationale Pour l'Emploi. Devant mon refus, le problème doit se régler dans le Bureau du rédacteur en chef, en fait déjà au courant par le secrétaire de rédaction. 

 Tu ne peux pas écrire ça, on ne peut pas publier ça, le Journal risquerait un procès pour "incitation à la violence" !

– Sauf que cette phrase, ils l'ont vraiment dite, et ce serait bien que du côté de la préfecture et du côté des pouvoirs qu'on dit publics, ils soient au courant de la lassitude et de l'agacement de ces jeunes gens...  vraiment au bord du désespoir...

– Tu as cinq minutes pour modifier ton texte, reviens me voir avec le papier modifié !

– Trente secondes me suffiront... je fais ça tout de suite devant vous, monsieur le rédacteur en chef et monsieur le secrétaire de rédaction... 

– C'est bon, tu deviens raisonnable...

 

Je barre la citation contestée :"Si ça continue, on va prendre le Préfet en otage !" et je la remplace par : " On ne va tout de même pas prendre le Préfet en otage !"

Regards interloqués de mes deux confrères, sidérés devant ma façon de sortir de l'impasse où ils pensaient sans doute m'avoir acculé.
Mon article, légérement modifé, est paru dans le journal du lendemain. Il a reçu un bon écho du côté du quartier et a été apprécié par le prospecteur-placier de l'Agence Nationale Pour l'Emploi. Comme quoi...

Problème : 41 ans plus tard, mon reportage est on ne peut plus d'actualité. Me faut seulement modifier légèrement le titre : "Les petits-fils de harkis en ont marre".

A moins qu'il ne me faille titrer  honte absolue sur ceux qui ont gouverné pendant 40 ans et qui n'ont rien fait : "Les arrière-petits-fils de harkis en ont marre".

 

 

© Jean-Louis Crimon

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10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 9/10 Août 1980. Page 9. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 9/10 Août 1980. Page 9. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 9/10 Août 1980. Page 9. © Jean-Louis Crimon

– Il manque une page en locale ! Traduisez : il faut un reportage pour ce soir. File au square, paraît qu'il y a des choses à voir. Tu as une heure pour ramener ta copie.

 

J'adore ce genre de défi. J'obtempère. Je file. Le square, c'est à moins de dix minutes du journal. C'est l'été. Ecrire chaque jour est un plaisir quotidien, un vrai bonheur. Etre lu, apprécié, aimé, le comble du bonheur. Le papier "magazine", la "tranche de vie", le reportage "gratuit", sans enjeu d'actu sociale ou politique, sans conséquence immédiate ou attendue, c'est vraiment un exercice très agréable. Juste à aller sur place, ouvrir grand les yeux, et les oreilles, se faire discret et rester concret. C'est du "Choses vues" sans se prendre pour Hugo. A ce genre d'invite, je réponds sans hésiter : no prob', I go !

Sur place, d'abord s'asseoir, comme un simple passant qui passe, laisser le photographe choisir son cadre, ses angles et ses personnages. D'un regard ou d'un sourire, prendre contact avec le voisin le plus proche, le plus disponible aussi. Lier conversation. Le papier est déjà en train de s'écrire. Le square est un mini théâtre de plein air. Les répliques s'enchaînent toutes seules. A l'entrée, dans sa guérite, la marchande de billets de la loterie nationale est fidèle à son rôle de sentinelle du bonheur au conditionnel.

La chute, presque Verlainienne, me plait toujours autant : "... Dans Amiens-Square, quatre bancs, soudain délaissés, soliloquent dans le soir."

 

Sans doute impossible d'écrire comme ça aujourd'hui. 

 

© Jean-Louis Crimon

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