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29 octobre 2021 5 29 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 1er Juillet 1980. Page 14. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 1er Juillet 1980. Page 14. © Jean-Louis Crimon

Classique chez les Communistes de se faire "chambrer" à la moindre occasion. La moindre manifestation. Le moindre rassemblement.

 – On les connaît vos reportages ! Ch'Courrier Pit'chard, on ne l' lit point ! On n'vo mi acater l'presse capitalisse

Carrément à côté de la plaque. Le journal où je suis journaliste depuis un an, est, à l'époque, le seul Quotidien français, avec L'Yonne Républicaine, à avoir préservé son statut de Coopérative ouvrière de production. Un homme, une voix. Pas un simple slogan, un principe et une réalité sonnante et trébuchante dans une entreprise où chaque salarié possède en effet, en ce temps-là, un partie du capital. 

Sous les sarcasmes et les moqueries, je mets un point d'honneur à rendre une copie irréprochable. Avec tout juste ce qu'il faut d'humour pour relativiser les certitudes. "Personne n'a la vérité, sauf nous... au Parti Communiste."

 

A Lourdes ou à La Courneuve, les certitudes m'ont toujours fait peur. Pour une bonne et simple raison. Que faire de ceux qui sont dans l'erreur ? 

 

© Jean-Louis Crimon

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28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 25 Août 1980. Page 8. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 25 Août 1980. Page 8. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 25 Août 1980. Page 8. © Jean-Louis Crimon

En short, avec ses bottes coupées qui lui font une originale et pratique paire de sabots, Daniel Pépin joue déjà du croc et du rateau. Faut dire que la terre, il sait la travailer et la travaille avec amour depuis toujours.

 

Mouleur sur presse, depuis une douzaine d'années dans la même usine, casiers à bouteilles, assiettes, bassines, il démoule ainsi au rythme des 3 x 8 tous ces objets en plastique qui peuplent notre quotidien. Un travail où la répétition mécanique des mêmes gestes laisse à l'homme très peu de liberté et d'imagination. Dans son jardin, justement, l'homme se retrouve, se recrée un peu. Daniel Pépin explique simplement :

 

"La nuit, je travaille. Le matin, je dors un peu, et l'après-midi, je viens au jardin." Son mois de congés payés, comme beaucoup de ses camarades ouvriers, Daniel Pépin l'a passé à jardiner : "Vous savez, les vacances, quand on est ouvrier... dit-il, sans agressivité mais avec un petit sourire en coin qui en dit long. Alors, il poursuit : "En principe, chez l'ouvrier, tout le monde jardine. Avec les salaires qu'on a, si on était obligé d'acheter un bouquet de persil, une salade ou quelques échalotes, où irions-nous ?" Quelle meilleure définition donner de ces jardins ouvriers qui entourent la ville, et qui sont aussi, après les heures obligatoires du travail salarié, le lieu où l'ouvrier retrouve un peu de sa dignité, et en jardinant, une manière de goûter un certain "temps de vivre".

 

© Jean-Louis Crimon

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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 1er Juillet 1980. Page 40. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 1er Juillet 1980. Page 40. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 1er Juillet 1980. Page 40. © Jean-Louis Crimon

"En ce moment de l'année où chacun y va de son petit couplet sur cette "année du Patrimoine", il nous paraît intéressant de rappeler que nos pères ne nous ont pas légué que des vieilles pierres, mais aussi des idées."

Fallait être gonflé, ou inconscient, ou courageux, ou simplement avoir un peu de mémoire ou de culture, pour oser écrire en douceur, à la fin d'un article, en juillet 1980, pareille critique de l'Eglise catholique. Catholique, apostolique et romaine, comme on ne disait déjà plus à l'époque.

 

Bien avant moi, François-Marie Arouet, dit Voltaire, avait écrit : "Je ne sais pas, je ne veux pas savoir si les blasphèmes contenus dans les chansons qu'a chantées le Chevalier de la Barre sont abominables et exécrables, comme le disent le jugement d'Abbeville et l'Arrêt de Paris; mais ce que je sais bien, ce qui est abominable et exécrable, c'est d'avoir appliqué la torture à ce jeune homme de dix-huit ans, de l'avoir décapité et brûlé, parce qu'il avait chanté ces chansons et parce qu'il n'avait pas salué une procession."

Supplicié en place publique, décapité et brûlé pour crime d'impiété, le 1er Juillet 1766. En ce temps-là, les papes ne jouaient pas les superstars devant des centaines de milliers de fidèles. Ils ne parcouraient pas la planète dans de grands oiseaux tout blancs. Ils étaient les chefs et les complices de parfaits talibans.

 

En sortant de la gare d'Abbeville, en remontant vers le centre ville, un curieux monument ne manque pas d'attirer le regard des passants. On n'a pas l'habitude, c'est vrai, de lire sur ce genre d'édifice : "Monument élevé par le prolétariat à l'émancipation intégrale de la pensée humaine". 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

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26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 21/22 Juin 1980. Page 48. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 21/22 Juin 1980. Page 48. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 21/22 Juin 1980. Page 48. © Jean-Louis Crimon

Guy Le Querrec, c'est d'abord l'agence Viva, puis l'agence Magnum, c'est aussi cette célèbre photo de l'artichaut/grenade, shooté en plein vol, à Saint Pol de Léon. La vendange des artichauts, un jeu d'adresse, souplesse et précision du geste en direction de la hotte. L'oeil de Le Querrec est vif et actif. Ce n'est pas pour rien qu'à Amiens, en parfait accord avec son ami Yves Faure, il demande d'abord à ses stagiaires d'oublier l'appareil, le boîtier, l'objectif, et d'abord d'apprendre à voir. " La photo, c'est en permanence voir plus, s'efforcer de voir plus, car si la photo se résume à la plate transcription d'un regard courant, banal, elle n'intéressera personne."  Pour Le Querrec, ce "savoir-voir" est la base de tout. Le reste est fioriture.

Si photographier, c'est fixer des instants, produire des images fixes, le photographe, lui doit être en mouvement. L'oeil en éveil, mais le corps tout entier également. "La mobilité corporelle du photographe est essentielle à mes yeux. On se baisse ou on se met sur la pointe des pieds, on se penche à gauche, on se penche à droite, on se déplace. On cherche en permanence un angle. L'angle. Le bon angle." Le photographe ne doit pas hésiter à danser dans l'espace.

 

Ce que j'aime par dessus tout, chez Guy Le Querrec, c'est ce regard acide ou acerbe, ce clin d'oeil complice, avec une bonne dose de malice. Ses photos sont des pieds de nez à l'ordre établi ou aux bonnes manières. Les stages qu'il accepte d'animer sont des parenthèses dans sa carrière de photographe. Un moment comme une pause pour transmettre sa façon de concevoir, non pas seulement des images, mais avant tout des regards. Cet homme-là a quelque chose de magnétique. Chez lui, ça swingue et ça danse, et ça vocalise. Il y a du son dans l'image. Ce n'est pas un hasard s'il est devenu LE photographe du jazz et des musiciens de jazz.

Une revue américaine dira de lui : "He is not a photographer of jazz, he is a jazz photographer". Il n'est pas un photographe de jazz, il est un jazz-photographe. La plus belle des définitions possibles.

 

© Jean-Louis Crimon

 

                                                     Le cueilleur d'artichauts. © Guy Le Querrec.  

                                                                       Paolo Fresu. © Guy Le Querrec.  

 

           

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25 octobre 2021 1 25 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 26 Mars 1980. Page 10. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 26 Mars 1980. Page 10. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 26 Mars 1980. Page 10. © Jean-Louis Crimon

Des clowns en classe, c'est classe. Une idée qui n'est pas une idée en l'air, au contraire. Une idée qui vous change la pluie du matin en éclaircie. Qui met du soleil dans le regard des enfants et une incroyable envie de sourire au mauvais temps. Efficace comme un dicton de jardinier : pluie du matin passe son chemin.

Pour Cécile et Robert, les clowns Ouaf-Ouaf, c'est une première, et ils sont déjà partant pour redoubler. Redoubler l'expérience. La Directrice de l'Ecole Saint-Germain, Mme Richard, tout autant. Un seul regret : le côté éphémère des maquillages, les enfants aimeraient garder leurs têtes de clowns toute la journée, et même tard le soir. Pour amuser leurs frères et soeurs, en rentrant de l'école, faire rire leurs parents. 

Comment on devient clown ? La recette, les Ouaf-Ouaf l'expliquent en peu de mots : dessiner d'abord sur une feuille de papier la tête de clown qu'on souhaite se peindre sur le visage. Le nez ? ça s'achète chez un marchand de nez ! Y'en a plein en ville ! Si, si, c'est vrai

Ambiance studieuse, élèves très attentifs, silence ponctué de bons rires de bonheur simple, apprendre à être des clowns, sans faire le cirque en classe, vraiment, c'est classe.

 

© Jean-Louis Crimon

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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 11 Nov. 1980. Page 9. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 11 Nov. 1980. Page 9. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 11 Nov. 1980. Page 9. © Jean-Louis Crimon

Bibliothèque populaire du quartier Saint-Maurice. Rue Zamenhof. Deuxième dimanche de novembre. Exceptionnellement. D'habitude, c'est le premier dimanche. Avec la Toussaint et le jour des morts, c'était mieux de décaler au dimanche suivant. Une fois par mois, à la bibliothèque populaire, on peut emprunter plusieurs livres à la fois. Gaston a posé délicatement son béret sur la table, mais il garde son écharpe. Il ne fait pas très chaud ce matin. Gaston, 78 ans, est le bibliothécaire de cette bibliothèque particulière. Ce jour d'ouverture est un rendez-vous sacré qu'il ne manquerait pour rien au monde. Bon lecteur qui aime la chose écrite depuis longtemps, Gaston aime à évoquer le temps où il faisait la lecture du journal pour ses parents. " J'ai commencé à lire en 1914. J'avais 11 ans. Mon père ne savait pas lire, ma mère non plus. Alors je leur lisais les informations à haute voix."

Sur un cahier d'écolier qui lui sert de registre, Gaston note les titres des ouvrages empruntés, en ce moment souvent des romans policiers ou des romans d'espionnage, et en face le nom des emprunteurs. Gaston raconte que la Bibliothèque populaire du quartier Saint-Maurice existait déjà avant-guerre, mais que c'est au début des années cinquante que ça a vraiment repris.

Un franc d'inscription pour l'année et vingt centimes par livre emprunté, lire avec la Bibliothèque populaire de Saint-Maurice est vraiment bon marché. Dans son sac à provisions, un fidèle de Zamenhof est venu faire provision de livres pour son mois : " Dix ans que je viens, je ne manque jamais un dimanche ! Facile pour moi, j'habite en face ! "

 

© Jean-Louis Crimon

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23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. Première parution. 22 Nov. 1976. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. Première parution. 22 Nov. 1976. © Jean-Louis Crimon

Première parution dans Le Courrier Picard, trois ans avant d'en devenir l'un de ses journalistes. Novembre 1976. Au milieu des années 70, avec Laurent Delabie, dit Devisme, Robert Landard, Marc Monsigny, nous étions quelques uns à vouloir faire revivre la langue picarde. Trouvères d'un siècle XX ou vain, pour dire aux troubadours Claude Marti, Patric, Joan-Pau Verdier, que la langue d'oïl était aussi belle que la langue d'oc. Méritait elle aussi d'être chantée. Même si nous avons dû surtout déchanter. Aujourd'hui, seul Marc Monsigny, fidèle à lui-même et à notre pacte ancien, persiste et signe, avec talent, cette volonté de faire vivre une certaine chanson picarde. 

Min Poéyis, mon premier poème en picard, publié dans Le Courrier Picard, au fond, mon plus beau titre de gloire.

 

Avu d'el pleuve qu'all' n'in finit point d'tcherre        Avec de la pluie qui n'en finit pas de tomber

Et pis éne vielle ramonchlée à ch'coin d'sin fu      Et puis une vieille recroquevillée au coin de son feu

Qui conte pis qui raconte s'n'histoère                    Qui conte et raconte son histoire

Avu des mots qu'o n'coprind mi pus...                    Avec des mots qu'on ne comprend même plus...

 

Mots d'une langue picarde que ma Tante Laure de Contay parlait parfaitement première langue. Bien sûr, comme dans la chanson, je vous parle d'un temps que les moins de... 60 ans, ne peuvent pas connaître. La belle enfance est passée par la fenêtre.

 

© Jean-Louis Crimon

 

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22 octobre 2021 5 22 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. Mercredi 9 Avril 1980. Page 10. © Pierre Chardon. © Gérard Crignier.
Amiens. Le Courrier Picard. Mercredi 9 Avril 1980. Page 10. © Pierre Chardon. © Gérard Crignier.

Amiens. Le Courrier Picard. Mercredi 9 Avril 1980. Page 10. © Pierre Chardon. © Gérard Crignier.

La petite info, le plus souvent, s'achève en "brève". Quatre ou cinq lignes, pas davantage. Sauf si, feu-vert du rédac' chef, faut peut-être aller voir sur place. Comme la locale ne déborde jamais sous la copie d'avance, je suis toujours partant. D'autant que je ne reviens jamais bredouille. M'a à la bonne le patron des scribes, surtout quand la copie est bonne. Scribe, mais pas scribouillard.

 

Deux chanteurs dans un bistrot, deux amis, deux camarades, qui rêvent de mettre de la vie dans ce qui dort, de la musique dehors, de la chanson dedans. Ils ont du coeur au ventre.  Tu sors ou tu entres ? Les passants, un peu surpris, trouvent que ça n'a pas de prix.   Normal, c'est gratuit ! Derrière son comptoir, le bistrotier fait mousser les demis. Pourtant, ce ne sont pas chansons à boire, qu'ont dans leur répertoire les deux briscards. S'entendent comme larrons en foire pour la défense du beau texte. Sans que la mélodie soit prétexte.

 

Les deux potes ont la pêche. Philippe Boulfroy et Dominique Moisan savent mettre l'ambiance et jouer avec les silences. Leurs mots triomphent de la fausse indifférence. Preuve, ce commentaire unanime : "C'est-des-chansons-qu'ont-du-sens".

 

© Jean-Louis Crimon

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21 octobre 2021 4 21 /10 /octobre /2021 08:57
 Amiens. Le Courrier Picard. 3/4 Nov. 1979. Page 17. © Jean-Louis Crimon
 Amiens. Le Courrier Picard. 3/4 Nov. 1979. Page 17. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 3/4 Nov. 1979. Page 17. © Jean-Louis Crimon

 

C'est ma première critique de théâtre. Je ne suis pas trop sûr de mes compétences en la matière. Je ne sais vraiment pas comment peut s'écrire une bonne critique de théâtre. Jusqu'à présent, depuis mon arrivée au journal, quatre mois déjà, j'écris à l'intuition. Au feeling. Je n'ai aucune technique. Juste un petit talent personnel. Je n'ai pas fait d'Ecole. D'Ecole de Journalisme. J'apprends sur le tas. Avoir quitté le professorat de philosophie pour le journalisme est un pari en forme de défi. Le jour où il m'a engagé, dernier samedi de la fin juin, le rédacteur en chef m'a juste demandé : Vous savez écrire ? J'ai répondu "Oui, mais comme un prof de philo, peut-être pas comme un journaliste." Ajoutant pour relativiser l'aveu :" Je ne demande qu'à apprendre".

 

Ma critique a beaucoup plu. Au rédacteur en chef, à mes confrères de la locale, et surtout aux acteurs de ce énième Godot. Premier pour moi à tout jamais dans la galaxie de toutes les mises en scène possibles.

 

TITRE : Un Godot peut en cacher un autre

 

SOUS-TITRE : A bord de la péniche-théâtre, on joue la pièce de Samuel Beckett  "En attendant Godot".

 

ACCROCHE : Godot dans la gadoue. Une tranche de vie entre deux rectangles de boue, à vous redonner le goût d'un certain théâtre. Pour ne plus être les éternels assis. Pour nous lever et nous laver de notre glaise quotidienne et être aussi ces hommes de boue, debout.

 

PAPIER : A bord de cette péniche-théâtre, Farré et ses complices glissent sans fin dans une glaise qui n'est pas feinte. Spectacle qui vous colle littéralement à la tête et à la peau. Spectacle qui éclabousse, pas seulement ce qu'il nous reste de cervelle, mais aussi les involontaires acteurs des premiers rangs, régulièrement aspergés de païennes bénédictions.

En attendant, Godot, on l'attend toujours. Etrange aventure que celle de cette pièce de Samuel Beckett. D'abord, on la boude, ensuite on l'acclame. Paris, Londres, New-York, de 1953 à 1956, vont en faire un "classique. Mais aujourd'hui, le tragique et l'absurde de l'attente de ces deux clochards, mis en scène avec sérieux et dignité pendant très longtemps, est ici, proprement traîné dans la boue. Et c'est pas dommage.

 

INTER-TITRE : Farré effarant

 

La mise en scène de Mireille Larroche est un pavé superbe dans la mare du tragique en redingote. A l'intérieur de cette péniche où les spectateurs se font face, quatre hommes s'enlisent dans un décor où la frontière entre tragique et comique n'a plus place.

Une démystification salutaire où la mise en scène est mise en vie. Car Estragon et Vladimir (Farré et Kopf), sont. Ils sont. Ils ne jouent plus. Ils sont vraiment. Ils pataugent dans ce décor de glaise ou de boue comme dans l'existence : l'homme a difficilement prise. Il glisse, tombe, mais se relève. Comme si ce qui se dérobe sous ses pas pouvait être inlassablement repris. Faut s'accrocher, comme on dit. Dans tous les sens.

Contre toute attente, on n'en finira sans doute jamais de l'attendre ce mystérieux Godin... pardon... Godet... je veux dire Godot. Car Godot ne viendra pas ce soir. Même si l'on sait bien que dans le texte même de la pièce de Beckett, Godot ne doit pas venir, on se laisse facilement prendre au piège tendu par ces deux clochards. Si Godot est celui qui ne vient pas et qu'on attend quand même, on se prend à rêver : "Et si Godot venait ?"

C'est peut-être la force de cette musique (de Robert Wood), qui ponctue et rythme le texte, qui cesse alors d'être un texte pour devenir paroles. Et si un jour on chantait Godot ?

 

INTER-TITRE : La conconcondition humaine

 

Théâtre de l'absurde ou absurde du théâtre, où nous sommes ceux qui attendons, ceux qui attendent. "Mais n'anticipons pas", dirait Lucky (Gérard Surugue), dans cette remarquable tirade sur "l'Ek-sistence", "telle qu'elle jaillit des récents travaux publics de... Hors du temps de l'étendue... couronnés par l'Académie d'Anthropopopométrie, de Testu et Conard... Conard... Conard...

Pozzo (Georges Dufose), se prend aussi à attendre : "Moi-même, à votre place, si j'avais rendez-vous avec un Godin... Godet... Godot... j'attendrais qu'il fasse nuit noire pour abandonner..."

Plus tard, quelqu'un viendra pourtant, non, pas Godot mais un enfant (Manuel Bleton trouve là le ton juste), comme une séquence du Petit Prince dans Beckett. Godot ne viendra pas : quelqu'un qui vient, on ne peut plus l'attendre.

Godasse, gadoue, Godot... même les sons s'enlisent - et se lisent - dans cette boue authentique. Eternelle attente de celui qui ne viendra pas. Godot a mis les bouts.

 

© Jean-Louis Crimon                                                               

 

PUCE : Deux représentations de cette pièce seront données ce soir et dimanche après-midi, 16 h, à bord de la péniche-spectacle amarrée au port d'amont.

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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 1er Avril 1980. Page 10. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 1er Avril 1980. Page 10. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 1er Avril 1980. Page 10. © Jean-Louis Crimon

Planter des arbres pour mieux être des hommes. Au départ, simple photo-légende, même si légende améliorée sera tolérée. C'est sur le terrain que le journaliste localier mesure la portée de l'évènement. Ce qui semble un fait mineur, vu du bureau du rédacteur en chef, peut se révéler vrai beau sujet de reportage. Cette fois, aucun doute. 

Au départ, un mois de mars placé sous le signe de l'arbre par le ministère de l'Environnement et du Cadre de Vie, un professeur de Sciences naturelles de Collège, ses élèves, mais aussi toutes les classes de l'Etablissement, de la Sixième à la Troisième, les enseignants de toutes les disciplines,  les pépiniéristes de la ville et la Société d'Horticulture. A l'arrivée, trente-cinq arbres et autant d'arbustes plantés un samedi dans le cadre de "La Journée de l'arbre". Une belle histoire qui mérite bien une belle page de journal. 

 

Une affichette scotchée sur la porte d'entrée de la salle 102, celle du professeur de Sciences naturelles, rappelle que si, une fois dans sa vie, on a planté un arbre, on saura respecter les arbres tout au long de sa vie.

Idée simple. Elémentaire. Exemplaire. Enseigner, c'est donner l'exemple.

 

© Jean-Louis Crimon

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