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16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 08:57
Paris. France Culture. Salle de Rédaction. Saison 2002-2003. © Emmanuel Georges.

Paris. France Culture. Salle de Rédaction. Saison 2002-2003. © Emmanuel Georges.

Conférence de Rédaction. Le lieu et le moment où l'on se réunit pour décider du contenu du journal, où l'on hiérarchise les sujets traités, les reportages, ceux déjà prêts à diffuser, les PAD, ceux en cours de réalisation, les interviews, les propos recueillis, les dernières informations qu'il faut traiter en brèves. Sujet d'ouverture, sujet de fin de journal, choix de l'invité à prendre en direct, le présentateur du journal du soir, est celui qui, au micro, doit valoriser le travail de toute une Rédaction. Mettre en valeur l'originalité du traitement de faits d'actualité qui ont déjà fait "la Une" d'une multitude de journaux ou de bulletins d'information dans la journée. 

Il faut trouver la bonne accroche, un angle particulier, pour s'éloigner de la simple répétition et aller au coeur du sujet. Décrypter, le mot clé de ces années-là. Traiter en profondeur. Chercher à comprendre pour donner à comprendre. Donner à réfléchir. Varier les approches, différencier les points de vue. Exercice exigeant et fascinant à la fois. Décevant parfois. Quand l'intention n'a pas été réalisée à la perfection. Même si dans ce métier d'informer, tout est toujours à parfaire. Sans jamais oublier de donner un peu de plus-value à des faits considérés à tort sans valeur. Il n'y a pas de "petite info" pour qui a le regard qu'il faut.

 

© Jean-Louis Crimon

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15 octobre 2022 6 15 /10 /octobre /2022 08:57
Contay. Eté 1961. Le temps des haricots.  © DR

Contay. Eté 1961. Le temps des haricots. © DR

Le rituel des fins d'après-midi d'été. Ecossage des haricots blancs. Ou équeutage des haricots verts. La mamma domine la scène. D'un air entendu ou amusé. Nous sommes côté cour de la maison de Contay, sur la partie engazonnée. Depuis qu'il travaille comme jardinier au cimetière anglais, mon père a acheté une tondeuse à rouleau et on transforme le moindre petit espace herbeux en pelouse douce à la plante des pieds : l'été, on a le droit d'y marcher pieds nus. C'est moelleux, beaucoup mieux et moins dangereux que sur les allées caillouteuses aux petits silex tranchants. 

Tous nos légumes viennent de notre jardin. Haricots verts, haricots en grains, petits pois, poireaux, carottes, pommes de terre, salades, laitues, romaine ou batavia, scaroles, frisées, même les fruits mûrissent avec bonheur chez nous, poires, pommes, groseilles, cassis, cerises, fraises, framboises. Notre jardin, a dit le Monsieur le Curé dans son sermon dominical, au risque de nous fâcher avec toute la communauté des paroissiens, c'est le plus beau du village, carrément le paradis sur Terre.

 

© Jean-Louis Crimon

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14 octobre 2022 5 14 /10 /octobre /2022 08:57
Eglise de Contay. Trois enfants de chœur devant trois ecclésiastiques. Année 1956 ou 1957. © DR

Eglise de Contay. Trois enfants de chœur devant trois ecclésiastiques. Année 1956 ou 1957. © DR

Je suis le plus petit des enfants de choeur, le plus jeune, le plus rêveur. La messe en latin, les prières chantées, le son de l'harmonium, le moment de la communion, font un grand théâtre et j'en suis l'un des acteurs. Pas le plus important, mais aux premières loges. La Tante Laure l'a voulu ainsi. Le jour de mes 7 ans, elle est allée trouver Monsieur le curé pour lui dire que je pouvais servir la messe.

Sur la photo, je suis devant l'Evêque, reconnaissable à la mitre qu'il porte sur la tête. J'ai le regard attiré par quelque chose qui se passe hors champ, hors cadre. Comme mon alter ego, de l'autre côté de la grande croix que porte celui qui est le plus grand de nous trois. Des fidèles en marche vers l'autel. Tout en remplissant parfaitement le rôle qui leur incombe, les enfants de choeur se laissent parfois distraire.

Curieux, - observation jamais faite jusqu'à aujourd'hui -, de nous trois, je suis le seul dont on ne voit pas la croix. Cachée sans doute sous mes bras... croisés.

 

© Jean-Louis Crimon

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13 octobre 2022 4 13 /10 /octobre /2022 08:57
 Laveurs de pierres. Cimetière militaire Britannique. Eté 1969. © Marie-Christine Crimon

Laveurs de pierres. Cimetière militaire Britannique. Eté 1969. © Marie-Christine Crimon

Père et fils laveurs de pierres. De pierres tombales. Les stèles des soldats Britanniques tués pendant les deux dernières guerres mondiales. Sur la stèle, en quelques lignes, sont gravés le prénom, le nom, l'âge, parfois le métier du soldat tué pendant la guerre. 17 ou 18 ans souvent. Une vie volée. A peine une pensée pour celui dont tu vas blanchir la pierre. Pas le temps d'une prière. Il faut respecter le rythme et surtout la consigne du chef : 70 stèles par jour et par manoeuvre. Employé l'été de la CWGC. Commonwealth Ware Graves Commission. Les stèles doivent être lavées à l'eau claire, sans aucun produit chimique. Seul outil : une brosse à chiendent et pas mal d'huile de coude. Travail physique assez dur. Histoire d'aguerrir encore le corps déjà rompu aux travaux manuels. Celui qui s'apprête à affronter le monde des idées doit avoir le corps souple et parfaitement entraîné. La première année de licence de philosophie n'en sera que plus fluide. Un esprit sain dans un corps sain. Mens sana in corpore sano.

 

© Jean-Louis Crimon

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12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 08:57
Albert. Lycée Lamarck. Terminale A. 1968-69. © DR

Albert. Lycée Lamarck. Terminale A. 1968-69. © DR

Terminale A. Terminale Philo. La plus belle des Terminales. La plus belle de mes années scolaires. Pour la première fois de ma courte vie, je suis heureux d'apprendre. Apprendre à poser des questions. Apprendre à construire des réponses. Tout prend sens. Le pourquoi et le comment. La quête et la conquête. Tout ça pour ça. Tout ces détours et toutes ces impasses. Viré en sixième. Viré en Seconde. Un an de "vie active". Employé de Bureau/Aide-métreur dans une Entreprise de Bâtiments et de Travaux Publics. Pas BEP mais BTP. Le retour au Lycée, à ma demande. En Première. Un trimestre à l'essai, a simplement proposé le Proviseur. A moi de transformer l'essai.

L'essai sera transformé. Le passage en Terminale validé. Oublié définitivement le couperet assassin de mon dernier bulletin scolaire de Seconde "Non admis en classe supérieure, Non autorisé à redoubler". Aux oubliettes les tenants de la machine à guillotin scolaire.

Le "débile léger" de la sixième m2 de l'Abbé Guisembert prépare le Bac Philo. Le jugement de la Psychologue scolaire définitivement battu en brèche. Mais je ne chercherai même pas à livrer bataille. A rechercher celle et ceux qui m'ont nui gravement. Au diable l'année du Petit séminaire. Il m'aura fallu huit ans pour relever la tête et cette fois me jurer à moi-même de fuir les imposteurs et les prétendus éducateurs. 

 

© Jean-Louis Crimon.

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11 octobre 2022 2 11 /10 /octobre /2022 08:57
Contay. Avril 1961. Famille Crimon devant la maison. © Bernadette Buffet.

Contay. Avril 1961. Famille Crimon devant la maison. © Bernadette Buffet.

Ce doit être une des rares photographies où toute la famille est réunie. Prise par Bernadette, ma marraine, amie de toujours de ma mère, Juliette. Mari de ma marraine, Yvon, est au centre, entre mon père et ma mère. A côté de ma mère, ma petite soeur, et un peu en retrait, devant le moteur de la voiture, mon petit frère. A la place du conducteur, votre serviteur. Pas peu fier de dominer la scène. Ou plutôt d'être un peu à l'écart. D'avoir pris mes distances. A la fois "faire partie" de la famille, et être déjà un peu "à part".

 

© Jean-Louis Crimon.

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10 octobre 2022 1 10 /10 /octobre /2022 08:57
Contay. Frère et soeur. 1957. © DR.

Contay. Frère et soeur. 1957. © DR.

Cette photo, je la connais depuis toujours. Elle a toujours été à l'honneur sur le buffet de la cuisine de la maison de Contay, notre première maison, ou, plus tard, sur la commode de la salle à manger, dans la "maison neuve" de Ribemont. Je me demande bien pourquoi le photographe a éprouvé le besoin de retoucher à ce point la robe de ma petite soeur et la chaîne qu'elle porte au cou. Etait-ce à la demande de mes parents, pour masquer la modestie de nos habits ? Ou bien est-ce une initiative malheureuse du photographe qui a cru "bien faire" ? 

Je penche pour la seconde hypothèse. Ma mère a toujours dit que nous étions des gens "modestes", pour ne pas dire "pauvres". Mais modestes, nous l'étions surtout par cette façon de ne jamais vouloir paraître autrement que nous étions. Sans  apprêt, sans apparat, sans en rajouter. Nature et naturels. Alors, les "retouches", vestimentaires ou photographiques, ce n'était pas pour nous. Pas notre style. Pas notre manière d'être.

© Jean-Louis Crimon

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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 08:57
Mon premier diplôme. Le plus beau. Certificat d'études primaires. 7 Juin 1963. © Jean-Louis Crimon

Mon premier diplôme. Le plus beau. Certificat d'études primaires. 7 Juin 1963. © Jean-Louis Crimon

Viré du Petit séminaire à la fin de ma sixième, en juin 1961, pour absence de vocation ecclésiastique et sans doute aussi pour absence de bons résultats, j'ai dû retrouver pour deux années scolaires, l'école primaire de mon village. "Qu'il prépare avec un bon instituteur le Certificat d'études primaires, qu'il l'obtienne s'il le peut, et qu'il apprenne un bon métier manuel", fut le verdict du Père Supérieur en forme de conseil à mes parents, plus désolés que moi de ce premier échec. 

L'Instituteur, Monsieur Claude Hurdequint, nous conduisit, de bon matin, Francisco Quiroga et moi, dans sa propre voiture au Chef-lieu de canton, Villers-Bocage. C'est là que sur une journée entière, nous devions subir les épreuves écrites et orales de cet examen qui signerait la fin de nos études et l'entrée dans le monde du travail. L'époque n'avait alors pas encore inventé l'expression "vie active". Le certif', comme on l'appelait entre nous, devait sanctionner notre parfaite acquisition des connaissances de base : écriture, lecture, calcul mathématique, histoire-géographie et sciences naturelles.

Le certificat en poche se posa dès le lendemain la question de "Qu'est-ce qu'il va faire plus tard ?" L'usine aérospatiale, à une quinzaine de kilomètres de chez nous, me tendait les bras. On y recrutait des tourneurs-fraiseurs. Deux années de CET pour obtenir le CAP, et tu pouvais être embauché, souvent pour la vie entière. Sérieux de la formation et sécurité de l'emploi eurent vite fait de convaincre mes parents, ma mère surtout, mon père, travailleur de plein air, n'étant pas trop enthousiaste à l'idée de voir son fils enfermé à longueur de journée dans l'un des grands hangars de l'usine. Comme ça semblait être mon unique destin, je n'avais aucun avis à donner. A 14 ans, un fils devait faire confiance à ses parents. 

Mon instituteur me sauva la vie une seconde fois, la première étant la bonne préparation pour le succès au certificat d'études primaires. De l'école à chez nous, il n'y avait que la rue à traverser. Pour parler football avec mon père, il la traversa un beau soir. En fait, il tenait surtout à finaliser mon inscription au Lycée Technique et l'orientation CAP de tourneur-fraiseur. Quelques mots aimables échangés sur les prouesses du Stade de Reims, équipe dont mon père était un supporter acharné, même si, lui, mon instituteur, était plutôt admirateur inconditionnel du Racing Club de Lens. Lens à une soixantaine de kilomètres de notre village, plus facile d'accès pour aller voir un match, en vrai, au Stade Bollaert. Très vite, la conversation football céda la place à la question de mon orientation pour la rentrée prochaine. Forcément, mon instituteur était en première ligne pour savoir qu'en plus de mon strabisme, je n'avais qu'un dixième à gauche, autrement dit que je ne voyais rien de l'oeil gauche. Tourneur-fraiseur risquait de faire du borgne un aveugle. Il y avait parfois des copeaux de métal qui sautaient en l'air dans l'atelier, et dans mon cas, un seul copeau dans l'oeil droit, celui qui voit, et leur fils ne verrait plus rien que des ombres, carrément non-voyant, aveugle quoi. Ma mère en trembla d'effroi. Tourneur-fraiseur n'était pas le bon choix pour moi.

Certain de l'efficacité de son argumentation avant même d'entrer chez nous, mon instituteur ne tarda pas à sortir de la poche de son veston la fiche d'inscription pour le Collège, et la classe de quatrième d'accueil, création spéciale et toute récente pour les "attardés" ou les "égarés" du certificat d'études. Deux ans après avoir été renvoyé du Petit séminaire, je réintégrais, grâce à mon instituteur, le Collège d'enseignement général, et j'échappais à l'usine. Le paradoxe m'amusa autant que le clin d'oeil du destin.

Sans avoir fait de cinquième, après un purgatoire de deux années à l'école primaire de mon village, je me retrouvais en classe de quatrième. Je ne me souviens pas avoir voulu en informer les curés et le Père supérieur du Petit séminaire catholique. La rédemption m'était octroyée par l'école laïque.

 

© Jean-Louis Crimon.

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8 octobre 2022 6 08 /10 /octobre /2022 08:57
Contay. Le verger footballisé. Saison 1960/61.  © Juliette Crimon

Contay. Le verger footballisé. Saison 1960/61. © Juliette Crimon

La conduite de balle, sous l'oeil expert de mon père, à gauche, dans le verger footballisé, pied gauche, pied droit, pour une tentative de dribble du mari de ma marraine, beau moment de l'entrainement d'un petit footballeur qui se rêve Fontaine, Just Fontaine, celui qui a marqué 13 buts en une seule Coupe du Monde, record absolu, jamais égalé, jamais battu. Coupe du Monde 1958, celle où tout est possible.

Les arbres du verger, cinq pommiers, deux cerisiers, un noyer, sont des joueurs de complément, souvent un peu trop statiques, mais si on joue bien en mouvement, on peut les voir jouer aussi. Quarante ans plus tard, dans Verlaine avant-centre, le petit footballeur dribblera les mots et les idées, rejouant inlassablement le match de l'enfance.

"Contre-attaque, je dribble le gros noyer, celui qu'on appelle Roger Marche, parce qu'il a de ces tirs à bout portant à vous marquer un but des quarante mètres si vous frappez trop fort en plein tronc, au lieu de faire glisser doucement le ballon sur l'écorce. Le bigarreau joue sur l'aile, près de la rivière. Il est facile à prendre en contre-pied, juste avant la remontée du talus : le terrain est en pente à cet endroit."

...

"Pour effacer les pommiers qui persistent à jouer la ligne, il suffit de les passer en revue et de bien slalomer, balle au pied. Ils ne résistent pas au dribble court, le ballon collé à la chaussure. A chaque fois, après une belle série pied gauche, pied droit, je m'exerce à centrer en douceur pour moi-même, à ras de terre, puis j'accélère, je cours plus vite que la balle qui m'arrive, merveille, juste sur l'intérieur du pied droit, à l'entrée de la surface de réparation. J'enveloppe bien le cuir et croise à mi-hauteur, vers le montant gauche : but ! La frappe est belle. Le cerisier n'a pas bougé. Cette fois encore, je l'emporte facile, cinq à trois. J'ai marqué les huit buts."

"Le bonheur de la victoire est de courte durée. En un instant, mes coéquipiers redeviennent de simples arbres fruitiers, et le grand stade de mes exploits, un verger paisible. Ma mère a toujours les mots qu'il faut pour interrompre mes rêveries d'après-match : Piantoni, t'as fini ? Ton père t'attend pour aller tondre chez Debrie. "

 

© Jean-Louis Crimon

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7 octobre 2022 5 07 /10 /octobre /2022 08:57
Amiens. Eglise Saint-Martin. La Confirmation. Avril 1961. © DR.

Amiens. Eglise Saint-Martin. La Confirmation. Avril 1961. © DR.

 

Souvent tu te dis que tu as eu une vie en noir et blanc. Sur la photo, tu as les mains jointes, tu viens de t'agenouiller, l'Évêque te fait le signe de croix sur le front. L'Abbé Dentin, le Supérieur du Petit séminaire, pose sur toi un regard noir, comme empreint d'un gros reproche. En fait, tu n'y es pour rien, mais l'homme qui pose sa main droite sur ton épaule, n'est pas ton vrai parrain de confirmation. C'est le parrain de l'enfant qui te suit dans le long cortège des aubes blanches. Le trio ecclésiastique lui a fait comprendre qu'il devait suppléer, pour Dieu et pour le photographe, ton parrain défaillant. Ton parrain, le parrain prévu, t'a fait faux bond. Disons qu'il s'est dégonflé. Au dernier moment. Tu te sens trahi, abandonné, lâché par celui en qui tu as placé toute ta confiance. Ton parrain, c'est ton grand-père. Grand-père Edouard, manoeuvre dans le bâtiment.

Pourtant, tout s'était bien déroulé jusque là. La communion solennelle avait été un grand moment de la fin de matinée. La messe chantée en latin une réussite aux dires des prêtres et du Père Supérieur. Le déjeuner qui réunissait tous les communiants et leurs familles avait été parfait. Le menu très commenté. Très apprécié surtout.

Tu ne comprends pas ce qui a pu se passer dans la tête de ton grand-père adoré. Tu te dis que c'est à cause du défilé, dans le choeur de l'Eglise Saint-Martin, de tous ces beaux habits et de ces beaux souliers vernis. Un truc, quand vous êtes pauvre, à vous donner le tournis. Edouard, jusque-là irréprochable, ne se sent soudain pas très à l'aise dans ses habits d'ouvrier. Pour la première fois de sa vie, la seule sans doute, Edouard a honte de ne pas être comme les autres hommes en impeccable costume croisé. Grand-mère Edith a beau lui labourer les côtes de plusieurs coups de coude bien appuyés, rien n'y fait : Edouard est têtu, il ne bouge pas de son banc. 

Tu es seul face à l'autel et à la troïka divine. Tu te dis que ce Dieu "qui voit tout, qui sait tout et qui est partout ", aurait dû prévoir le coup. Ne pas t'imposer cette humiliation de te retrouver seul, sans ton parrain de confirmation. "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné... ", te dis-tu, en pensant au célèbre crucifié.

 

Dans "Rue du Pré aux Chevaux", paru en 2003, tu mets en scène cet incident fondateur, avec tout juste ce qu'il faut d'invention pour que l'autobiographie se métamorphose en roman.

Ce qui devait arriver arriva. Je suis le seul petit séminariste à me présenter sans parrain de confirmation. Entorse scandaleuse au rituel sacré. Je suis le mouton noir au milieu du troupeau d'aubes blanches. Tremblant de toute mon âme, je m'avance quand même - que puis-je faire d'autre ? - vers Monseigneur l'Evêque, assis sur son trône, la main droite posée sur la crosse d'or et d'argent, le regard d'une sévérité terrifiante.

- Et le parrain ? Où est le parrain ?

Mort de honte, j'esquive : "Je ne sais pas. Peut-être qu'il n'a pas pu venir...". Mensonge. Mensonge et nouveau péché. Je suis à nouveau pécheur.

"Placez votre main sur son épaule", lance alors l'Evêque au parrain de l'enfant qui me suit dans la longue file indienne des aubes blanches. J'étais sauvé. Je bénissais le ciel et la lettre C de mon nom de ne pas m'avoir placé en dernière position du cortège des confirmants. Je trouvais géniale l'astuce de Monseigneur l'Evêque, volant à mon secours, dans un réflexe aussi pastoral qu'inespéré."

 

Les mots pour guérir les maux. Tu as compris ça très tôt.

 

© Jean-Louis Crimon

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