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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. Le grand déballage. Octobre 2015. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le grand déballage. Octobre 2015. © Jean-Louis Crimon

Mon vieux... rédeux,

 

Dernier dimanche de Mars. Marcelcave ou Corbie. La Hotoie lundi. Rurale ou urbaine. Calvaire ou aubaine. Tu pries le Dieu Météo pour que le soleil revienne. C'est le retour des réderies. Réderies/rêveries pour toi qui ne t'intéresses aux choses que pour leur puissance évocatrice, affective ou sentimentale.

Réderie, vieux mot de la langue picarde, tout à la fois vieillerie et vide-grenier. Tout à la fois la chose, l'objet du passé, et le lieu où le commerce de ces objets inanimés se déroule.

Le rédeux est un passionné qui court la campagne ou la ville à la recherche de sa réderie. Si la chance lui sourit, il est le plus heureux des rédeux. Le rédeux a souvent le tempérament du collectionneur. Boîtes à sel, plumiers, encriers, sont, selon les années, les saisons, les réderies les plus recherchées.

 

Au sens figuré, tu le sais, on peut parler de réderie ed'cervelle, "jus de crâne" particulier qui bordure le délire ou la folie. Ces extravagances proches des songes insensés. Preuve à nouveau de la parenté première, sans doute étymologique, entre "réderie" et "rêverie".

 

Toi, tu es rédeux dans l'âme. Des objets comme des idées. Plus ça va, d'ailleurs, plus les idées sont tes objets préférés.

 

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. France 3 Picardie. 26 Mars 2016. Capture d'écran © Jean-Louis Crimon

Amiens. France 3 Picardie. 26 Mars 2016. Capture d'écran © Jean-Louis Crimon

 

Cher Picard... de coeur et de corps, toujours et encore !

 

Tu le sais bien, devant France 3 Picardie, à cette heure-là, on ne peut pas dire que ça t'arrive très souvent. Cette fois, c'est différent, Jacques Darras est l'un des invités de Voix libre. La bien nommée parmi les émissions de libre parole, même si, souvent, tu te dis que tout cela n'est que vocalises sur vocalises, et que les paroles s'envolent, et qu'il vaut mieux des mots, des mots écrits, imprimés, publiés, pour que tu les lises et les relises. A volonté.

Passons, il est question de ces Hauts-de-France et, pour être en harmonie avec le sujet, on espère un débat qui prenne de... l'altitude. Hauts-de-France, nouvelle appellation non contrôlée du NPDCP, Nord Pas de Calais Picardie. Dénomination prétentieuse inventée -c'est sûr- par des Bas de Plafond, pour péter plus haut qu'ils n'ont le... troufignon.

Bon, s'il te plaît, ne retombe pas dans le pamphlet. Reste calme même si cette histoire t'agace particulièrement. 

Heureusement, parmi les quatre invités en plateau, Jacques Darras rappelle quelques petites vérités:

Un nom facile à traduire en anglais ? Picardy !

Un nom qui a du sens, pas seulement pour les Picards ? Picardie !

Un nom qui a une Histoire, qui s'est construit dans l'Histoire ? Picardie !

Un nom qui a de l'avenir ? Picardie !

 

Un non sens ? Les Hauts-de-France !

 

La géographe de l'Université de Picardie et le Président de la Chambre de commerce de l'Oise peuvent aller se brosser, se rhabiller. Leurs arguments ne tiennent pas la route. Non, ce n'est pas vrai qu'il faille "gommer tout ce qui peut rappeler le passé quand on veut faire une grande Région" ! Se rendant compte de son erreur, le représentant du Commerce et de l'Industrie se corrige lui-même en nuançant: "il faut gommer le passé... des institutions". Trop tard, c'est dit, c'est dit.

Darras a mille fois raisons d'insister: Pour les Anglais, Picardie, ça a du sens. Pas Hauts de France. Et puis comment allons-nous appeler les habitants des Hauts ? Des Hautistes ? Phonétiquement maladroit ou malheureux. Des Hautains ? Pas dans la nature ni dans l'attitude des gens du Nord Pas de Calais Picardie.

Le poète de la Maye de dire et de prédire: "Hauts-de-France, ça ne prendra pas ! C'est une étiquette marketing qui se décollera très vite ! "

Pas de doute, Darras maintient le CAP.

Le CAP, Club Action Picardie. Créé avec Philippe Leleux, Libraire-Editeur à Saint-Leu, coeur historique d'Amiens.

Tu te dis que c'est pas si mal de jouer dans l'équipe, avec un tel Cap... tain

 
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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

 

 

Cher non... retraité,

 

 

Une lettre. Une lettre à ton nom. Une lettre à ton nom et à ton adresse. Un vendredi. Tu te dis: la semaine finit bien. Des lettres, on n'en reçoit plus guère. Des lettres, tu veux dire, de vraies lettres. Avec des mots, des idées, des sentiments. Des lettres humaines, quoi. Des lettres d'humains. De vrais humains. Pas des lettres d'ordinateur.

Les dernières missives reçues -il y a bien longtemps- provenaient de Bleu ciel, pseudo d'EDF, de SFR et du Syndic de l'immeuble. Autrement dit, des courriers pas très intéressants. Plutôt très intéressés. Quand ceux-là t'écrivent, c'est pour te taper. Y'a que l'argent qui les intéresse. Ton argent. Ton oseille. Ton blé. Ton pognon. Ton fric. On passe sa vie à payer.

 

Cette lettre là, sans savoir vraiment pourquoi, tu as pensé qu'elle ne serait pas comme les autres. EIle ne comportait pourtant aucun indice particulier. Adresse classique en caractères clavier. Enveloppe avec un sigle courant. Connu. Apparemment connu. Courrier banal. Très impersonnel.

Tu as pris ton temps avant d'ouvrir l'enveloppe. Tu t'es d'abord refait un café. Le café ponctue assez bien les heures du matin. Sans sucre, le café. Le sucre tue le goût du café. Dans ton fauteuil, près de la fenêtre qui donne sur la Place du marché, bien installé, la tasse de café à portée de main, tu t'es -enfin- décidé à ouvrir, très soigneusement, "la" lettre. "Ta" lettre.

Tu n'as pas fait attention aux trois mots à gauche: "Projet de vie" et au nom de l'organisme qui t'écrivait. Sans trop te méfier, tu t'es plongé dans la lecture de cette lettre qui allait changer le cours de ta journée, sinon le cours de ta vie.

 

Monsieur,

 

La retraite implique d'appréhender une gestion différente du temps et des activités, une éventuelle redéfinition de l'espace de vie, une reconstruction du réseau relationnel, voire affectif, une nouvelle identité.

 

Tu as relu trois fois, très vite, le premier paragraphe. Pour bien te l'entrer dans la tête. Bien écrit, mais chargé. Plutôt dense comme contenu. Chaque mot, chaque groupe de mots, méritait, incontestablement, "arrêt sur image".

Appréhender. Gestion différente. Du temps et des activités. Une éventuelle redéfinition. De l'espace de vie. Une reconstruction du réseau relationnel. Voire affectif. Une nouvelle identité. Tout ça en trois lignes. Balèzes, non, ceux qui savent écrire comme ça.

A la quatrième lecture, tu as commencé à te dire : mais qu'est-ce qu'ils veulent dire ? Qu'est-ce qu'ils sous-entendent ?

Reconstruction du réseau relationnel ? Ils croient que tu as perdu tous tes potes, tous tes copains, tous tes amis, depuis que tu ne vas plus chaque matin au turbin ! Bon, ok, c'est vrai que tu les vois moins. Même de moins en moins. Même qu'il y en a que tu ne vois plus. Tu ne sais pas pourquoi. Tu aimerais bien les voir, toi. Là, tu as comme un doute. Sont trop occupés, sans doute !

Voire affectif ? ça veut dire quoi ? Tu te demandes: ça veut dire quoi ? Comment ils savent ? Qu'est-ce qu'ils savent ? Ouais, tu vois ce que ça veut dire. Tu comprends. Pas faux, là non plus, mais par pudeur, tu n'en parles pas.

Reconstruction d'une nouvelle identité ? Là, non, c'est trop ! Faut pas pousser. Faut pas exagérer. Tu n'as pas perdu ton identité en cessant d'exercer ton métier. Dès ta Licence de Philo, tu t'es juré de ne jamais confondre "rôle social" et "identité propre". Ce n'est pas parce qu'on remet en cause son "rôle social" que la personne, l'identité, se trouvent remises en cause. Tu es ce que tu es, et tu seras ce que tu es, même si tu cesses d'exercer la fonction que tu exerces. Tu n'es plus Professeur de Philosophie. Tu n'es plus Journaliste. Tu n'es plus Bouquiniste. Tu es toujours toi-même. Enfin, tu le crois. Tu le penses. Jusqu'à preuve du contraire.

 

Deuxième paragraphe :

 

Peut-être souhaitez-vous mener une réflexion sur cette nouvelle période qui s'ouvre à vous, sur ce qu'il est nécessaire de mettre en oeuvre pour vous épanouir et vous réaliser dans une retraite heureuse ?

Là encore, c'est joliment dit. Mais envisager de "s'épanouir" et de se "réaliser" dans une "retraite heureuse", ça semble très flippant. En tout cas, dit comme ça, moi, ça me fait flipper. Enterrement de première classe !

 

La retraite : un projet de vie. Marrant leur intitulé. Gonflé, même. Toi, tu as le sentiment d'avoir plutôt eu "une vie de projets" ! Projets au pluriel, d'ailleurs. Tu n'as jamais été l'homme d'un projet unique. Dans la vie, pourtant, tu as croisé des gens dont le slogan était plutôt: "La vie: un  projet de Retrait !" Des gens en "retrait". Qui ont toujours vécu "en retrait". Qui ont même dû le plus souvent pratiquer le "retrait". Des gens qui ne prennent aucun risque. Qui n'ont pris aucun risque. Livret A et tout à plat, jusqu'à la fin, en parfaite ligne droite. Rien à en dire, si leur bonheur, ou leur tranquillité, était à ce prix là.

 

Dernier paragrahe :

 

Votre institution de retraite complémentaire vous invite à participer au séminaire "La retraite: un projet de vie", qui se déroule à l'adresse suivante, rue Chazelles, métro Courcelles.

Les journées commencent à 9 h 00 et se terminent à 17 h 00.

Les prochaines dates du séminaire sont indiquées sur le coupon joint. Il est intégralement gratuit et le repas de midi vous est offert.

 

Suivent deux lignes encore: demande polie de retour du coupon de présence et formule de politesse. C'est signé Carla. Carla B. Oui, Carla B. J'y cours ! Carla B. ! Oui, j'arrive ! Première session ? Oui, première session ! Carla B, c'est un signe, c'est sûr. Même si Carla B est devenue Carla... S. Peut-être que Carla S anime des séminaires sous son identié première de Carla B. Son titre m'impressionne. Au dessus de sa signature est écrit: "La responsable du service projets et nouveaux services de l'Action sociale".

 

Admettons que tu dises "oui". Admettons que tu y ailles. Qu'est-ce que tu vas leur dire ? Que ça ne te concerne pas. Que tu as réglé le problème depuis longtemps. Que dans ta tête, tu "n'es pas", tu "ne seras jamais" Retraité " !

Mais qu'est-ce que tu vas lui raconter, toi, à la belle Carla B. Que tu t'es déclaré comme auto-entrepreneur. Que tu es "Bouquiniste" devenu. Que tu as même depuis été faguo laoshi, oui, Professeur de français en Chine. Que tu tiens ton blog, chaque jour. Que tu t'es remis à la photographie. Que tu prépares une expo. Un livre. Un roman. Un recueil de nouvelles. Que tu as mille et une idées par jour. Et sans aucun doute... plus assez de jours devant toi, pour les mener toutes à bien.

"Nous vous remercions de confirmer votre participation en nous retournant le coupon." Bon, pas d'urgence. Tu te dis que tu verras ça demain. Gratuit le "séminaire". Repas de midi offert. Tout de même, ça ne se refuse pas. Doit même y avoir des gens sympas. Deux sessions. Une en mars. Une en mai. Bon, vraiment, ça urge pas. Si tu passes pas pour fin mars, y'a la session de rattrapage en mai.

En mai, c'est connu, ça se dit: fais... ce qu'il te plait.

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 00:01
Saint-Souplet. 2 Novembre 2014. © Jean-Louis Crimon

Saint-Souplet. 2 Novembre 2014. © Jean-Louis Crimon

Cher assuré manquant... d'assurance,

 

Tu te souviens de ce coup de téléphone plutôt étonnant d'un matin de fin d'hiver plutôt... mortel ? Au bout du fil, une jolie voix de jeune femme. Déterminée. Une jeune femme qui apparemment connait déjà tout de toi: ton nom, ton âge et ton adresse. Premiers mots plutôt surprenants :"Je vous appelle pour votre assurance obsèques !"

 

Toi, cachant mal ta surprise: Ah bon, vous êtes au courant ?

Elle: Parfaitement, monsieur !

Toi: Je suis mortel ! Vous aussi d'ailleurs...

Elle: nous sommes tous mortels !

Toi: et alors ?

Elle: et alors, il faut souscrire une assurance obsèques !

Toi: Je n'ai même pas d'assurance-vie !

Elle: Pourquoi donc ?

Toi: L'assurance-vie, c'est au cas où l'on meurt et je n'ai pas envie de mourir ...

Elle: Personne n'a envie de mourir, monsieur, mais tout le monde finit par mourir...

Toi: C'est une lapalissade !

Elle: Vous ne savez pas quand ça va vous arriver...

Toi: encore heureux ! si on savait, on ne pourrait plus vivre !

Elle: Si ça vous arrive l'année prochaine ou dans trois mois, vous n'en savez rien ...

Toi: Heureusement !

Elle: Si vous souscrivez à notre "assurance obsèques", vous aurez un plus ... un capital d'au moins 3000 euros !

Toi: Sans me montrer obséquieux, madame, je vous prierai de cesser de me parler de ma mort prochaine.

Elle: La mort n'arrive pas qu'aux personnes âgées...

Toi: Vous êtes charmante, madame, mais je n'ai pas envie de mourir aujourd'hui. Ni demain d'ailleurs, ni même après-demain...

Elle: La garantie obsèques, c'est pas pour les vivants, c'est pour vos descendants ... pour vos enfants. Vous avez des enfants ?

Toi: Oui, deux enfants, madame, mais si je meurs,  ils seront "inconsolables" ...

Elle: inconsolables, sans doute, mais 2000 ou 3000 euros, ça peut les aider ...

Toi: Comme si la  "garantie obsèques", ça pouvait les consoler de ma disparition ...

Elle: nous avons aussi un service d'assistance psychologique qui pourra les accompagner...

Toi: Vous ne reculez devant rien !

Elle: Nous avons aussi un service qui assure le rapatriement de votre corps si vous mourrez à l'étranger... vous voyagez beaucoup ?

Toi: Oui, je suis un vrai globe-trotter...

Elle: Votre cotisation mensuelle sera de 18 euros 30 ...

Toi: Mais, Madame, puisque je vous dis que je ne vous ai rien demandé ...

Elle: Vous percevrez, enfin,  vos héritiers percevront, des capitaux qui peuvent aller de 2000 à 10000 euros.

Toi: ce genre de conversation, ça ...  me tue !

Elle: non, pas tout de suite, monsieur, souscrivez d'abord !

Toi: vous êtes une bonne commerciale !

Elle: monsieur, la mort, c'est sérieux...

Toi: C'est "mortel" comme conversation !

Elle: alors, je vous envoie notre offre ! Si vous ne répondez pas d'ici un mois, je considère que vous êtes d'accord sur le montant des prélèvements !

Toi: Non, et non, et trois fois "non" ! C'est de la vente forcée ! Je vous interdis de m'envoyer quoi que ce soit !

Elle: Bon, alors, je vais raccrocher, ça ne vous intéresse vraiment pas ?

Toi: Je pense avoir été assez clair !

Elle: c'est dommage ! j'espère que vous ne le regretterez pas ...

Toi: dans l'au-delà ?

Elle: monsieur, on ne plaisante pas avec la "garantie obsèques" !

Toi: souhaitez-moi plutôt une belle et longue vie !

 

La jolie voix s'est tue. La jeune femme a raté une vente. Tu aurais dû lui souhaiter "bon courage". Ce n'est pas très drôle comme métier d'appeler chez les gens, pour leur demander de l'argent, parce qu'ils vont mourir un jour.

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 00:01
Copenhague. 19 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Copenhague. 19 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Cher skämtare,

 

Tu le sais, on te l'a souvent dit: tu vois des choses que les autres ne voient pas. Tu es sensible à des détails. Des fulgurances. Des apparences. Des coïncidences. Paradoxes. Rencontres. Croisements. De sons ou de sens. Inattendus ou absurdes. Réalistes ou surréalistes. Juxtapositions. Clins d'oeil. Instant unique, à chaque fois. Inouï. Instant fugitif et sensation forte.

Le secret ? L'oeil en éveil. En permanence. Et, bien sûr, un peu de... chance.

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skämtare
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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 00:00
Rivery.  Picardie. 20 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Rivery. Picardie. 20 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher Hortillon des mots,

 

Tu aimerais glisser, paisible, dans tes parcelles de pensées ou d'idées, rêver à l'infini d'une vie qui ne serait que d'eau. Prendre la barque du destin de bon matin. Mais au soir de ton parcours terrestre, tu te dis que tu ferais mieux de préparer ton obole à Charon, pour payer ton passage.

Charon, ou Caron, fils des Ténèbres et de la Nuit, celui qui, moyennant péage, te fait passer sur le Styx, avec les ombres errantes des défunts. Caron, l'acariâtre. On dit le vieillard qui vous prend à bord de son embarcation peu conciliant. Plus l'heure de discuter le prix du dernier voyage vers le séjour des morts.

 

Ton bateau à cornet échoué volontairement sur la parcelle de terre, tu ramasses tes mots et tes idées. Le métier est à l'eau. Le métier s'en va à vau-l'eau. Pour éviter que la mémoire ne se perde, tu rassembles les outils et tu te dis qu'il faut faire un musée, le musée des Hortillonnages. Avant qu'il ne soit trop tard.

On raconte que la Cathédrale d'Amiens aurait été construite, au début du XIIIe siècle, sur un champ d'artichauts donné par les maraîchers des hortillonnages. L'histoire est belle, mais ce n'est qu'une légende.

Ces jardins entourés de canaux ne sont pas des jardins comme les autres jardins, avec leurs allées de graviers ou de cendre, que l'on ratisse pour faire beau, le dimanche matin, avant la messe. Ce sont des jardins où les allées sont des allées d'eau où l'on glisse en bateau. Si tu cultives aussi l'étymologie, sache que le mot Hortillonnages vient d'une jolie lignée. Du nom hortillon, terme picard usité dès le XVe siècle et issu du bas latin hortellus, "petit jardin", diminutif du latin hortus, jardin.

N'oublie jamais qu'à Rivery, la rive... rit.

Preuve ?  

Les canaux s'appellent des... rieux.

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. Septembre 2015. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Septembre 2015. © Jean-Louis Crimon

Cher toi,

Ciel bleu. Beau bleu. Juste ce qu'il faut de nuages pour casser la monotonie du paysage. Depuis peu, tu te surprends à prendre plaisir à faire des photos de ciels. Toi, le Terrien très terre à terre, tu commences à lever les yeux vers le ciel que tu n'appelles pas les cieux. Toi qui ne crois ni à Dieu ni à Diable, toi qui penses que nous sommes une erreur dans la mécanique céleste, tu découvres un bonheur indicible à prendre le ciel pour cible.

Plus tard, tu laisses dériver ton regard pour boire l'immensité du soir. Avant que la nuit ne l'engloutisse. Et tu te redis, - impératif décisif - avant que tout ça ne finisse: vivre chaque jour comme si c'était le dernier, chaque nouvel amour comme si c'était le premier.

Si jamais les nuages prennent soudain trop de place, si le bleu n'est plus assez bleu, regarde sur le trottoir d'en face, et passe... un coup de fil à l'union des peintres.

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 00:01
Copenhague.  Nyhavn. 18 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Copenhague. Nyhavn. 18 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher Nyhavner,

Parfois l'image te dépasse, te double ou te trahit. Superbement. Edvard Munch ne doit pas être loin. Le pionnier de ce qu'on a appelé l'expressionnisme adorerait une telle captation.

Le cri saluerait sans doute une bicyclette en allée vers tu ne sais quelle contrée disloquée. Une telle déstructuration ne peut pas être seulement due au hasard. Il y a, -tu en es persuadé-, davantage de génie dans une oeuvre ratée, manquée, que dans une photo réussie. La photo parfaite semblerait ici bien fade à côté d'un tel ratage. Superflue ou superficielle. Ceci n'est pas un vélo, concèdes-tu dans un clin d'oeil à Magritte.

Le bougé du mouvement de la main pour accompagner la cycliste danoise qui pédale ardemment a sauvé le cadre. Ton cadrage est parfait. Mais, reconnais-le, tu es pour bien peu dans l'incroyable harmonie du mouvement ainsi... figé.

 

© Jean-Louis Crimon

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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 00:01
Copenhague. Nyhavn. La lumière du soir pastellise l'eau du canal. 17 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Copenhague. Nyhavn. La lumière du soir pastellise l'eau du canal. 17 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher Nyhavner,

 

Tu le sais depuis tes premières escapades scandinaves. Début des années 70. Hitch-hiker, liftare en suédois, auto-stoppeur. Huit à dix jours de bitume pour toucher au port. Les fossés d'autoroute à défaut de lits d'auberges de jeunesse et un bon bol d'air gazolisé au réveil, comme petit-déj. Fallait être un peu, beaucoup, frappadingue. Copenhague était à ce prix et Nyhavn, le nouveau port  aux allures de vieux port se gagnait de cette façon. Parcours autoroutesque souvent très dur, mais bonheur intense à l'arrivée. Dans ce qui était pour toi le plus bel endroit du monde.

Des journées entières de déambulation, sac au dos, dans la ville qui s'offre sans réserve, se terminaient toujours assis au bord du canal, les jambes pendantes. Storfadel à volonté pour étancher la soif. Rincer surtout les muqueuses empoussiérées. Deux ou trois jours de farniente, avant de prendre le bateau pour la Suède, Landskrona, en ce temps-là, bien avant le temps du pont Copenhague-Malmö.

Quarante et quelques années plus tard, les maisons de Nyhavn, faites de bois, de briques et de plâtre, ont toujours ce cachet extraordinaire de parfaites quadris de carte postale. On raconte que la plus vieille de ces maisons date de 1661. Faut dire que Nyhavn a été construit au cours du règne du Roi Danois Christian V, par des prisonniers de guerre suédois, durant la guerre dano-suédoise de 1658 à 1660. Les jeunes suédois qui viennent, dès les premiers rayons de soleil de fin mars, boire ici vin blanc et bières à volonté, ne savent pas que ce sont leurs ancêtres qui leur ont construit cette berge du canal où ils viennent s'encanailler en plein air.

Autrefois, Nyhavn était renommé pour sa bière, ses marins tatoués et ses prostituées. La prostitution s'est déplacée dans la ville, mais la petite industrie du tatouage s'est maintenue et les bars à bière sont restés. Nyhavn a été longtemps une passerelle d'eau vers ce bras de mer nommé Öresund, qui sépare le Danemark de la Suède. La place Kongens Nytorv était le lieu de négociation des prises des pêcheurs.

Aujourd'hui, c'est sans conteste l'endroit le plus prisé de Copenhague pour s'attarder en terrasse en savourant autant le temps qui passe qu'un bon vin blanc. Tavernes et petits restaurants accueillent une jeunesse dorée, dorée surtout par le soleil, car des heures entières en plein soleil, sous un ciel sans nuages, vous confèrent en quelques jours le plus doux des bronzages.

Même si de longilignes suèdoises se font parfois pièger par la cruauté des sorcières du lieu - Andersen a tout de même habité ici pendant 18 ans - qui transforment leur teint laiteux du vendredi midi en rouge écrevisse le dimanche soir. A vouloir être trop belles trop vite, parfois les belles plantes sont trop... cuites.

Vitt vin och små smörgåsar med räkor, vin blanc et petits sandwichs aux crevettes roses, à l'ombre d'une terrasse aurait été plus judicieux -et surtout délicieux-, que de biberonner Tuborg ou Carlsberg à longueur de cannettes et de week-end.

 

© Jean-Louis Crimon

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 00:01
Copenhague. Den lille havfrue. 17 mars 2016.  © Jean-Louis Crimon

Copenhague. Den lille havfrue. 17 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher Nyhavner,

 

Ta lettre d'aujourd'hui risque d'être bien courte. La raison: tu ne comprends pas l'engouement des touristes pour la little mermaid, la lille havfrue, en danois, si tu préfères. La petite sirène. Tu ne sais plus si Andersen a souhaité vraiment tout ça. Ou si ce sont les Danois, pour lui rendre hommage, qui ont choisi d'installer, à cet endroit du port, sur son rocher, cette havfrue, littéralement demi-femme.

Tu te dis que ce soir, sans doute, tu vas devoir relire le célèbre conte de Hans-Christian. Tu essaieras de savoir quand ce conte-là a précisément été écrit ? Surtout à quel moment il se situe dans l'oeuvre Andersenienne, si tu t'autorises le néologisme.

Tu te souviens vaguement, - curieuse expression - du pitch, comme on dirait aujourd'hui. La petite sirène vit sous la mer auprès de son père, le roi de la mer, de ses cinq soeurs et de sa grand-mère. La coutume ou la loi prévoit que, lorsqu'une sirène fête ses quinze ans, elle a le droit de nager jusqu'à la surface pour découvrir le monde extérieur. Lorsque la petite sirène du conte atteint cet âge symbolique, elle remonte donc jusqu'à la surface de l'eau. Pas de chance, une violente tempête se déclenche à ce moment-là et un navire chavire. Le navire sur lequel se trouvait un Prince que la petite sirène a juste eu le temps d'apercevoir.

N'écoutant que son courage et, peut-être, son amour naissant, elle sauve le Prince d'une mort certaine et le dépose, inconscient, sur le rivage. Surgit alors une jeune femme à forme humaine. La petite sirène s'efface. Le Prince ouvre les yeux, découvre le visage de la jeune femme. Il pense que c'est elle qui l'a sauvé de la noyade.

Bon, après, disons que ça se complique. Tu crois te souvenir que la petite sirène ne comprend pas pourquoi les hommes ne sont pas capables, comme les sirènes, de respirer sous l'eau. Elle en parle à sa grand-mère qui lui explique que les hommes ont une durée de vie très courte, mais qu'ils ont -en compensation- une âme éternelle. La petite sirène, logique, veut elle aussi avoir une âme éternelle.

Tu perds le fil à ce moment-là et tu te dis que tu es quitte pour relire Andersen au plus tôt. Oui, tu dois. A ton âge, ça peut sembler curieux. Quoi que...

Tu te dis que s'il y avait aujourdhui encore des sirènes en Méditerranée, et si Andersen s'en revenait, un de ces jours prochains, faire un petit tour, au Royaume de Danemark et en Europe, peut-être qu'il écrirait un conte où la petite sirène sauve, qu'ils soient princes ou pas, les migrants qui se noient.

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