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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 20:38
Pommes de terre au jardin. © droits réservés.

Pommes de terre au jardin. © droits réservés.

Cher promeneur solidaire,

Il y a des jours comme ça où tu te dis qu'il vaut mieux se mettre à relire. Ecrire ne va pas de soi. Relire, se relire, c'est le meilleur chemin pour ne pas se perdre. Ne pas se perdre en chemin, justement.

Tiens, regarde, ce texte ancien, déjà. Mai 2008. Atelier d'écriture dans le cadre de "Leitura Furiosa". La belle époque. La belle idée. Luis, où es-tu ? Reviens-nous !

"- M'sieur, encore un, encore un !

- Un quoi ?

-Ben, un poème, un poème de terre ! Un poème de votre " Eloge de la pomme de terre" !

Tu t'exécutes. Le faut bien. Tu ne dois pas décevoir. Même si tu en es déjà à ton troisième poème. Tu leur as déjà dit "Le tube du Tubercule" et "La chanson des soirs de Juin", avec ton père au fond du jardin qui siffle, qui siffle, l'air des pommes de terre, qui poussent, qui poussent, et les fanes applaudissent ! Car les pommes de terre, comme les chanteurs célèbres, ont des fanes, même si, tu le sais, ça ne s'écrit pas pareil, ça sonne pareil à l'oreille...

La matinée file à toute vitesse. Déjà Midi et ce curieux sentiment de ne s'être presque rien dit. Pause cantine.

Heureusement, très vite, on se retrouve. Repas frugal, ça m'est égal. Deuxième mi-temps. Les mêmes avec le même enthousiasme.

- M'sieur, ça tombe bien, vous savez c'qu'on a mangé, ce midi ?

- Des raviolis ?

- Non, pardi !

- Des radis ?

- Zéro tout cuit !

En chœur, d'un bon cœur, ils crient à tue-tête: des pommes de terre !

Et ça repart. A nouveau, on s'attable, et les mots font le tour de table. De vrais mots-paroles. Bien en bouche. Bien en place. Bien dans l'oreille. Ici, ça se voit, on écrit avec la voix. Les sons aussi s'invitent. D'abord, le son ! Le sens ensuite ! Mais oui, Constance, c'est le son qui nous met sur le chemin du sens !

- Elles étaient comment vos pommes de terre ?

- Rondes !

- Mais, non, pas la forme, la cuisson, la préparation, la présentation ! à l'eau ? à la vapeur ?

à l'huile ? au beurre ou à la margarine ?

- Y'avait du persil dessus ! Comme de la mange pour poisson !

- Il était comment le poisson ?

- Carré !

- Carré ?

- Enfin... rectangle !

- Des pommes de terre rondes et du poisson rectangle, mais c'est pas possible, à la cantine, c'est le prof' de géométrie qui fait la cuisine !

- M'sieur, heureusement, l'assiette, c'est toujours un cercle, et les segments, de chaque côté,

s'appellent toujours couteau et fourchette !

- Bon, on la raconte notre histoire, on l'invente, on l'écrit ! On a déjà les deux personnages principaux. Qu'est-ce qu'on peut bien en faire ? Une fable, comme Jean de La Fontaine ! Titre: le poisson et la pomme de terre.

- Oui, oui, une fable !

- Un poisson comment ? un poisson volant ! Pas mal, non, un poisson volant, mais n'oublions pas notre second personnage: faut aussi mettre l'accent sur la pomme de terre !

- M'sieur, y'a pas d'accent sur "pomme de terre" !

- Je sais, je sais bien, c'est juste une façon de parler. Bon allez, assez trainailler, au boulot, faut... écrire maintenant...

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LA FABLE

Une pomme de terre

​Pas vraiment terre à terre

Rêvait d'un poisson

Et d'une rivière... de diamants !

Normal, des amants, c'est fou,

Souvent, ça s'offre des bijoux,

Le poisson claquait du bec,

Dans sa rivière presque à sec !

Un pêcheur pas très net

Lui offrit une cannette

Mais la bière n'est pas une boisson

Pour un poisson !

Très vite, l'alcool le chavira

Le poisson "canné"

C'est vrai, manqua

De "caner" !

Trouvant la chose plutôt louche,

La patate lui fit du bouche-à-bouche,

Que croyez-vous qu'il arriva ?

Le poisson ressuscita !

Le poisson tout en nage,

Heureux de reprendre l'air,

Avec la pomme de terre,

Se mit en ménage !

Poisson fit sa plus belle frimousse,

Pomme de terre se fit douce,

Ils filèrent en douce,

Se blottir dans leur lit de mousse !

La fin de la fable, - pas très chouette ! - ,

Est beaucoup moins affable,

Poisson et pomme de terre, c'est bête,

Finirent par finir dans... l'assiette !

Moralité:

Un poisson niais,

Toujours doit se méfier,

Du pêcheur comme du poissonnier !

Amiens. 2008. Avec Alice, Constance, Célia, Jeanine et Steven, tous nés en l'an... 2000.

Sauf Constance, née en 2001.

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 00:07
Autoportrait du dimanche matin sous l'oeil de Verlaine. 2013. © Jean-Louis Crimon

Autoportrait du dimanche matin sous l'oeil de Verlaine. 2013. © Jean-Louis Crimon

Cher toi,

 

Jadis et Naguère. Paris. Léon Vanier, Libraire-Editeur. 19, Quai Saint-Michel, 19. Nouvelle Edition. 1891. Dit comme ça, sûr, ça n'est pas très excitant. Pas très attirant. Sans nom d'auteur, est-ce moins flatteur ? Le recueil se compose de deux parties. L'auteur l'a voulu ainsi. Cette pièce -on dit comme ça- se trouve dans Jadis. Pages 19, 20 et 21. Elle est dédiée à Charles Morice. Son titre: Art Poétique. La première strophe est la plus connue, si bien chantée par Léo Ferré, qui préfaça, naguère, dans la collection du Livre de Poche, les Poèmes Saturniens. quatre premiers vers,  vous ne pouvez pas ne pas les connaître:

 

De la musique avant toute chose,

Et pour cela préfère l'Impair

Plus vague et plus soluble dans l'air,

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

 

Plus loin, redoutable conseil à tout rimailleur débutant. Que tu es toujours et pour longtemps. Variante: Que tu es depuis longtemps et pour toujours. Le conseil en question :

 

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !

Tu feras bien, en train d'énergie,

De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

 

Sans oublier la fin, superbe fin, devenue précepte ou proverbe:

 

Que ton vers soit la bonne aventure

Eparse au vent crispé du matin

Qui va fleurant la menthe et le thym...

Et tout le reste est littérature.

 

Verlaine, bien sûr. Verlaine. Relire Verlaine. Chaque soir de la semaine. Toujours et encore. Relire Jadis et Naguère. Relire Verlaine. Des comme lui, y'en a plus guère.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 00:01
Contay. La maison. Notre maison. Jusqu'en 1964. © Jean-Louis Crimon

Contay. La maison. Notre maison. Jusqu'en 1964. © Jean-Louis Crimon

Cher Trouvère,

 

Tu dois être en classe de troisième. Lycée Lamarck d'Albert. A l'est d'Amiens. Somme. Picardie. Cette année-là, tu décides que tu as trois poètes préférés: Villon, Ronsard, Verlaine. Rien de moins. Rien de plus. Rien de mieux. Chaque soir, après avoir rapidement rempli tes obligations de travaux scolaires parfaitement inintéressants, dans la salle d'études des internes, en silence, même si ça chante dans ta tête, tu composes, tu écris, tu cries. Ta révolte et ton amour. Ton nom de plume est d'un ridicule consommé, mais il est la synthèse de tes trois poètes préférés: VIRONLAINE. Villon, Ronsard, Verlaine. Au bahut, même au foot, dans la cour de récré, c'est devenu ta véritable identité.

 

Tu te souviens de ton premier poème. Une chanson d'un chevalier à sa Dame. Trouvère ou troubadour, c'est le métier que tu aimerais faire, as-tu dit au professeur principal, dès le premier trimestre. Problème : dans le dossier d'orientation, après le BEPC, le Brevet, ces professions-là ne sont pas indiquées. Tu as demandé comment faire. Le prof principal a éclaté de rire. Avant de dire quelque chose comme :"Cherchez pas, Trouvère, vous trouverez pas, ça n'existe pas, ça n'existe plus, on n'en a pas besoin dans la société d'aujourd'hui !"

T'a déçu, ton prof principal. Lui que tu trouvais bien, tu l'as trouvé "moins bien". Tu t'es dit : on n'a pas le droit de décevoir un élève qui veut être Trouvère. Tu as maintenu ton choix d'orientation. Tu as redoublé... d'efforts. Dans l'étude solitaire de la maîtrise de l'art des rythmes et des rimes. Au fait, le titre de ton premier poème, c'était Ma Dame, tout simplement.

 

      Ma Dame

 

Souvent la nuit, je m'éveille,

Cherchant en vain le sommeil,

Je pense. Je pense à vous Ma Dame,

Je vous devine près de la flamme,

Dans votre château vous chauffant,

Tandis qu'au dehors souffle le vent.

 

Il y a deux autres strophes, une où tu fais rimer songe avec mensonge, mais tu ne t'en souviens plus. Dudule, ton copain d'internat de cette année là, te les a piquées. Jamais rendues. Plus tard, le texte a été publié dans un journal qui devait s'appeler Facettes. 1965/1966. Qui retrouvera ce journal qui contient ton beau poème ? Ton premier poème. Ta première parution. Signée "Vironlaine". 

 

© Jean-Louis Crimon

  

 
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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 00:01
Amiens. 2 Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 2 Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher insatiable lecteur,

 

Tu le sais ou tu le crois, enfin, c'est comme ça pour toi. Comme ça depuis le début. Depuis que tu as commencé à lire. A prendre plaisir à lire. 

Il y a des livres pour la pluie. Des livres de ciel gris. Des livres pour la mélancolie. Des livres pour le coeur en automne. Il y a de bons livres d'hiver. Il y a des livres de printemps. Mais tu n'es pas persuadé qu'il puisse y avoir des livres pour l'été. L'été, ce n'est pas fait pour lire. Ou alors le temps d'une matinée grise. Ou bien pour adoucir un soir d'orage. L'été, lire à la plage, tu n'as jamais su. Tu n'as jamais pu. A la rigueur, lire à la montagne. Tu te souviens avoir lu Ainsi parlait Zarathoustra à La Chapelle-en-Valgaudemar. Nietzsche à la montagne, ça se comprend, ça s'impose. Nietzsche à la plage, non, tu ne pourrais pas. Tu ne pourrais jamais. Pas dans une ville de bord de mer. Ou à l'ombre des platanes, quand la fraîcheur du soir invite à s'asseoir

 

Tu te baladais dans tes certitudes quand la lectrice du vendredi est arrivée. C'était au temps où tu étais sur le quai. Bouquiniste parmi les bouquinistes. Elle débarquait toujours à l'improviste. Elle partait à Cannes. Pour une dizaine de jours. Elle voulait trois livres. Elle exigeait que tu lui choisisses trois livres. Pas en fonction de ses goûts, mais en fonction de ton humeur ou de ton humour. De ton humour du moment. Comme d'habitude, elle était pressée. Très pressée. Très vite, Tu as trouvé les trois livres souhaités. Clair de femme de Romain Gary, L'homme de minuit de Francis Carco et Meuse l'oubli de Philippe Claudel.

Pour rire, tu lui a lancé: je vous souhaite un peu d'ombre. Elle a souri, en faisant non de la tête. Avant de te gratifier, d'une voix claire et forte, d'un superbe octosyllabe: 

Lire au soleil, c'est pas pareil.

 

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 00:01
Amiens. 19 Juin 1979. © droits réservés.

Amiens. 19 Juin 1979. © droits réservés.

Cher frangin,

 

Tu le sais, tu en es sûr, c'est Léo qui dit le mieux cette histoire-là. Le reste n'a pas d'importance.

 

"La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore. Cela arrange bien des esthètes que François Villon ait été un voyou."

Relire, relire toujours, relire toujours avec le même plaisir, cette préface de Léo Ferré. Préface qui figure en ouverture de Poète... vos papiers ! Folio n° 926. Edition de 1977. Poète... vos papiers. Première édition parue à la Table Ronde, en 1956. Ferré, né en 1916, a tout juste 40 ans. Léo se préface lui-même. Quelle préface ! Quelle pêche ! Quel punch ! Quelle pugnacité ! La brouille avec Breton y est sans doute pour beaucoup. Breton aurait dit à Ferré que, selon les surréalistes, il n'était pas un poète. 

Qui n'a jamais entendu Ferré dire cette préface sur scène ne peut comprendre toute la force et toute la violence de ce texte. Texte-pamphlet. Texte-plaidoyer. Texte-prophétique. Texte-testament.

"Le snobisme scolaire qui consiste à n'employer en poésie que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain. Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse. Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, c'est la poésie qui illustre le mot."

Tu adores. Tu ne t'en lasses pas. C'est d'une modernité rare. D'une actualité éternelle. D'une insolence définitive et salutaire. Plus loin:

"L'alexandrin est un moule à pieds. On n'admet pas qu'il soit mal chaussé, traînant dans la rue des semelles ajourées de musique. La poésie contemporaine qui fait de la prose en le sachant, brandit le spectre de l'alexandrin comme une forme pressurée et intouchable. Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes : ce sont des dactylographes."

Et encore, juste pour vous donner l'envie de dévorer cette préface incroyable, cette dédicace à Breton sur le vers et le vers libre :

"Le vers est musique; le vers sans musique est littérature. Le poème en prose, c'est de la prose poétique. Le vers libre n'est plus le vers puisque le propre du vers est de n'être point libre." 

Enfin, au cas où vous n'iriez pas jusqu'à la fin :

"Le poète d'aujourd'hui doit être d'une caste, d'un parti ou du Tout-Paris. Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé. Enfin, pour être poète, je veux dire reconnu, il faut "aller à la ligne". Le poète n'a plus rien à dire, il s'est lui-même sabordé depuis qu'il a soumis le vers français aux dictats de l'hermétisme et de l'écriture dite "automatique". L'écriture automatique ne donne pas le talent. Le poète automatique est devenu un cruciverbiste dont le chemin de croix est un damier avec des chicanes et des clôtures : le five o'clock de l'abstraction collective."

Sublime. Léo, sublime. Forcément sublime.

 

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 00:01
Sichuan. Janvier 2012. © Jean-Louis Crimon

Sichuan. Janvier 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher scribe,

 

Tu ne te souviens pas précisément du jour. Mais, sûr, c'était Janvier. Début Janvier. Janvier pluvieux. Milieu d'après-midi sans doute. Une route qui n'est plus une route. Une route devenue chemin de terre. Route de montagne dans le Sichuan, bien au-delà de la capitale Chengdu, et bien après la petite ville de Zi Yang.

 

Y tenir debout tient de la prouesse. Depuis tôt matin, la pluie n'a de cesse. Première éclaircie. Chemin de terre devenu piste de glisse. Ils surgissent comme ça. Tout soudain. Juste avant le soir. Le soir tombe vite.

D'où viennent-ils ? Tu n'en sais rien. Tu ne sais pas. Comme tombés du ciel. Débarqués du dernier virage. Tout en haut du village. Tout au bout de ce chemin de boue. Incroyable gadoue.

Petit couple modeste. Pas le goût du lucre. Juste un coeur en sucre. Deux Peynet chinois. Peynet à la peine. Echappés d'une fête foraine. Tableau nature. Nature morte. Amour vif. 

 

Un coeur en sucre, un jour de pluie. Risque inutile. Epreuve futile. Façon de fondre. De dire qu'on va fondre. Dans ce pays, coeur en sucre ne craint pas la pluie. Sinon, le coeur à la renverse. Quand ça tergiverse.

Deux rimes ultimes à ta chanson :

 

Amour qui fond à la première averse

Adore prendre chemin de traverse 

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 00:01
Paris. Quai de la Tournelle.  2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher... provocateur,

 

Marre, vraiment, de tous ces parleurs, de tous ces phraseurs, ces raseurs, ces moralisateurs, ces donneurs de leçons. Ces gens que t'as élus pour 5 ans en CDD, et qui se comportent comme si tu leur avais d'emblée donné un CDI. 

Loi El Khomery, indispensable réforme du Code de Travail, nécessaire effort de la société tout entière... T'en passes et des meilleures. Tu sais, ces phrases des infiltrés de l'UMP dans le gouvernement soit-disant socialiste: l'idée, c'est de donner davantage de visibilité et de lisibilité aux entreprises, ou mieux, très orwellienne maxime: faciliter les licenciements pour faciliter l'emploi. En plus, tu as l'extrême délicatesse de faire grâce du fameux CICE, tu sais, le Crédit d'Impôt pour la Compétitivité et pour l'Emploi.

Il est où le million d'emplois que le CICE devait créer ?

Alors, franchement, " L'importance historique du projet de réforme du Code du travail, porté par la ministre Myriam El Khomery", ça te laisse... perplexe. Tu penses plutôt comme une majorité de citoyens de ce pays, texte "toxique" pour les salariés.

 

Tu te dis que si Carlos Tavares peut se mettre dans les fouilles plus de 5 millions d'€uros pour une année de travail, (12.500 €uros par jour, samedi, dimanche inclus), toi, tu es une bille, un nul, un moins que rien, une quantité négligeable, une variable d'ajustement. Justement.

 

5 millions 245 mille 284 €uros, tu imagines, un mec qui palpe un salaire annuel comme ça, pour la seule année 2015. 

2 millions 750 mille 936 €uros en 2014.

Bien sûr, c'est si peu, Monsieur Tavares, si on compare vos émoluements aux revenus de Zlatan Ibrahimovic qui, lui, en début d'année, a obtenu une augmentation de salaire de 700.000 €uros par mois.

1 million 500.000 euros, brut mensuel, pour le joueur de foot le mieux payé de la Ligue 1 française.

 

C'est comme ça la vie, au siècle XXI, aux pays des Hommes de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, les grands footballeurs, les grands patrons brassent des millions et le petit peuple les regarde à la télévision. 

 

Agaçant. Enervant. Casse-pieds. Casse-pompes. Insupportable. Quand on s'évertue à te faire croire que c'est la crise, que les petits salaires et les petites retraites ne peuvent pas être augmentés, de 50 ou de 100 €uros, faute de causer un dérapage... fatal.

La fatalité du dérapage fatal, tu rêves, non ? Oui, tu rêves, mais c'est un... cauchemar.

Un vrai cauchemar.

 

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 00:02
Amiens. 29 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 29 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher doux rêveur,

 

Tu le sais depuis si longtemps, c'est comme un éternel instant. Sur tes sentiments, tu le sais tout autant, pas de méprise, le temps n'a pas prise. Quand tu as le vague à l'âme, quand Amiens la grise corne dans la brume le spleen des traîne-bitume, tu t'en vas voir la Marie Sans Chemise, ta belle promise, aux amours marines. Lointaine cousine, c'est sûr, de la petite Sirène d'Andersen. Parenté certaine.

Des heures entières, tu rêves au pied de son socle de pierre, croyant trouver la mer, là-bas, près du grand paquebot gothique. Même qu'elle en sourit alors, la Marie, de te voir parler tout haut, tout seul, dehors. C'est vrai, tu lui parles souvent, du bout des lèvres, du bout des yeux, du bout des doigts, même si tu ne dois. C'est vrai que t'en pinces pour elle et que, sûr, elle en pince un peu pour toi. Certains soirs, tu aimerais la convaincre de descendre de son socle de pierre, pour avec elle, t'en aller boire un verre ou deux, au comptoir des amoureux. 

Mais son silence dissuade: elle ne succombe à aucune passade. Impassible, éternelle sereine, princesse sans prince charmant, elle te regarde, seul sur ton banc et jamais de son socle ne descend.

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. 29 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 29 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Cher poète de 15 ans,

 

C'est le premier livre que tu te sois acheté. Le Brel de chez Seghers. Le bouquiniste qui te le propose aujourd'hui à 5 euros ne sait pas qu'il ravive la flamme du poète inconnu que tu étais dans la salle d'études des internes du Lycée d'une petite ville de province. Collection Poètes d'aujourd'hui. Numéro 119. Année 1964. Dans ta vie, tu as bien dû en acheter quatre ou cinq exemplaires de ce Seghers-là. Prêtés à chaque fois à des amis, des copains, des camarades, mais jamais rendus. Jamais revus. Poète, le terme ne plaisait pas à Brel. Jacques Brel ne se sentait pas poète. N'aimait pas être qualifié de "poète". Chanteur, oui. Poète, non. Il s'en est expliqué à plusieurs reprises tout au long de son parcours de chanteur. "Le poème est fait pour être lu et relu. Un poème n'a pas besoin d'avoir une musique. Il se suffit à lui-même. Moi je ne peux pas écrire de poèmes, je ne sais pas trouver  la sonorité poétique. J'ai besoin d'une note de musique pour faire sonner les mots."

Brassens et Ferré pourtant mettront en musique les poètes. Villon, Paul Fort, Musset, pour le premier, Baudelaire, Verlaine et Rimbaud pour le second. Aragon aussi. En 1973, dans la "radioscopie" qu'un autre "grand Jacques", Jacques Chancel, lui consacre, Brel accepte de reconnaitre que sur les 440 chansons qu'il a alors écrites, il y en a peut-être trois qui peuvent être lues. En particulier Le Plat Pays. Davantage un poème qu'une chanson, concédera Brel au grand Chancel.

De Brel, tu gardes toujours en mémoire, et surtout au fond du coeur, cette incroyable définition du lyrisme, lue dans une interview d'un hebdo dont tu as oublié le nom : "Le lyrisme, c'est chanter tellement fort que si les gens voient pas vot' coeur, ils voient vos dents !"

Poète ou pas, tu t'es alors dit: ce type est épatant.

 

Ce que tu ne dis pas, - ce que tu n'as jamais dit - c'est que Brel, Jacques Brel, un jour, est venu chanter à une cinquantaine de kilomètres de la petite ville où tu étais lycéen. Un déplacement en autocar était organisé pour aller au spectacle, comme on disait alors. Prix du concert, déplacement compris: 5 francs. Un billet de 5 francs. Le 5 francs Victor Hugo. Seul problème: tu n'avais pas l'argent. Tu n'avais pas d'argent. Tu as été l'un des rares à rester à l'Internat, ce soir-là. Tu n'as même pas eu l'idée d'emprunter ces foutus 5 francs à un camarade plus fortuné, à un pion ou à un prof. Tu n'es pas allé écouter chanter Brel.

Le regret de toute une vie.  

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. 25 Février 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 25 Février 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Cher heureux hasard,

 

Soudain Magritte s'invite. Image fugace née d'un ciel qui hésite à passer un pacte entre le beau bleu intact et le blanc des nuages aux rondeurs féminines. Pour toi, pour toi seul, un Magritte dans la vitrine.

Bien sûr, comme tout le monde, tu connais la célèbre formule: "Ceci n'est pas une pipe". Mais au fond, de Magritte, tu sais peu de choses. Juste que l'homme a développé une réflexion originale sur le rapport entre l'objet, son identification, et sa représentation. L'intention de Magritte, que tu aurais bien aimé rencontrer, est de montrer que, même peinte de la manière la plus réaliste qui soit, une pipe représentée dans un tableau n'est pas une pipe. Elle ne reste qu'une image de pipe qu'on ne peut ni bourrer, ni fumer, comme on le ferait avec une vraie pipe. Selon les propres mots du peintre.

 

Oui, vraiment, tu aurais adoré parler avec cet homme-là qui se passionnait pour La Trahison des images.

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