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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 16:40

 

Une ville de province que je connais bien. Un Café Brasserie près de la gare. La porte qu'on pousse par hasard. Le 11h50 manqué de peu. Mais manqué quand même. Le prochain, affiché à trente. Midi trente. Une demi-heure à perdre. Le temps d'un café. Ou deux. Bien m'en a pris. Le lieu en valait deux.

Je n'ai pas remarqué tout de suite la chose. De fait, je lui tournais le dos. Je me suis installé face à la vitre qui donne sur la place et sa verrière tubulaire. Verrière que les gens d'ici vivent davantage comme une verrue. Oui, davantage verrue que verrière, n'en déplaise à cet architecte italien dont on a déjà oublié le nom. C'est en me levant pour aller vers le comptoir commander un second café que j'ai aperçu la chose. Une mini bibliothèque installée, "comme à la maison", au dessus d'un radiateur. Des livres qui, assurément, témoignent d'une certaine culture. D'une vraie curiosité d'esprit. D'un vrai savoir-être. Au delà du paraître, très en vogue dans cette époque en toc.

Quelques auteurs et quelques titres, "chopés" au vol, comme un demi qu'on fait glisser sur le comptoir et qui s'arrête pile, net, devant celui qui l'a commandé : Trop loin, Updike. La fin d'un primitif, Chester Himes. La Cousine Bette, Balzac. Le mythe de l'Eternel retour, Mircea Eliade. Les confessions des Rousseau modernes, Marie-Laure de Shazer. Vers la paix perpétuelle. Que signifie s'orienter dans la pensée ? qu'est-ce que les lumières ? Kant

Modestie incroyable du patron des lieux, devant mon admiration étonnée ou mon étonnement admiratif : On dira que c'est des livres qui m'intéressent moi. Comme un petit bout de ma bibliothèque que je garde sous la main. Ou sous les yeux.

Le patron poursuit son explication : au début, je mettais quelques livres sur chaque table et des BD, mais c'était surtout les BD qui étaient lues. J'ai regroupé les livres, vraiment livres, à cet endroit. Biblio improvisée, juste au-dessus du radiateur.

Moi, pour causer :

- On ne vous en emprunte pas ? J'veux dire, "pour toujours" ! 

- Non, vous savez, les gens sont honnêtes...

- Oui, mais juste pour le plaisir d'emprunter, de "piquer"...

- Vous voulez dire : des qui pourraient payer, mais qui piquent pour le plaisir...

- Oui, des piqueurs, des chapardeurs, des voleurs, quoi !

- Mais eux, monsieur, ce ne sont pas des voleurs, ce sont des "cleptomanes"... Vous savez, même chez les voleurs, il y a des classes sociales... Des privilèges et des privilégiés... des qui s'inventent un vocabulaire pour faire passer ça pour une "maladie"...

Sourires amusés. Sourires partagés.

L'homme a de l'humour. Une réelle culture. Une infinie douceur dans la voix. Une vraie tendresse pour le genre humain. En fait, qualité rare sous nos climats : un vrai savoir-vivre. Je reviendrai souvent, je crois. Mieux : je vais souvent manquer mon train de onze heures cinquante.

Question : ça vous tente ?

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 23:44

 

C'est souvent comme ça. Envie de bouger. Envie de partir. Besoin d'ailleurs. De jours meilleurs. Problème pourtant. Pas l'argent. Pas le temps. Pas suffisamment. Pas de quoi se lamenter pour autant. Le livre est là. Embarquement immédiat. Le livre est là pour ça. Peu importe le sujet. Le thème. L'auteur. La forme. Roman. Nouvelles... Le livre est là. Le livre est à la fois le compagnon de voyage et le voyage. Avec tout juste ce qu'il faut d'incertitude ou d'ignorance sur la destination finale. J'adore le voyage quand il commence comme ça. Le livre, c'est le voyage imprévu.

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 21:00

 

Croisé ce soir le vieux Verlaine, un bouquet de violettes à la main. Cadeau du jeune Léautaud, qui se délecte de la scène, assis à la terrasse du bistrot du trottoir d'en face. Regards éperdus du pauvre Lélian qui cherche désespérément d'où viennent ces fleurs couleur d'encre. Rire sonore soudain de celui qui sait, au détriment de celui qui ne sait pas, et qui ne saura jamais. D'un Paul à un autre, présent dérisoire pour illuminer la grisaille du soir.

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 18:29

 

DSCN0409 

© Jean-Louis Crimon                                                                                                     Paris. 2012 

 

 

Le style. Le style toujours. Tout est dans le style. A la Mairie de Paris, les employés du Bureau du Commerce et du Tourisme, en charge de la gestion des bouquinistes, cultivent le style lapidaire et autoritaire de l'Administration. Combien sont-ils, chaque année, mes camarades bouquinistes, rive gauche ou rive droite, à recevoir ce genre de missive ? Missive répressive maniant systématiquement le rappel au réglement et la menace. Le rappel aux devoirs, aux obligations, jamais aux droits. D'accord, il n'y a pas de droits sans devoirs. Mais d'abord, peut-il exister des devoirs sans droits ?

Cette fois, c'est mon tour. Lettre datée du 30 mai dernier. Letttre recommandée avec accusé de réception. Lettre signée de la Chargée de la sous-direction du développement économique et de l'innovation.

 

Premier paragraphe :

"Vous bénéficiez d'une autorisation personnelle d'exploitation d'un emplacement de bouquiniste, 41 quai de la Tournelle à Paris, 5ème arrondissement."

 

Deuxième paragraphe :

" A l'occasion de nombreuses visites sur les quais de la Seine, il a été observé par mes services que vous ne respectez pas la réglementation en vigueur. Plus précisément, il a été constaté que vous exploitez insuffisamment, vous-même, votre emplacement. "

 

Autrefois, la Mairie de Paris me reprochait de ne pas avoir, comme tout bouquiniste qui se respecte et qui respecte sa clientèle, un "Ouvre-boîte". L'Ouvre-boîte, nom charmant du bouquiniste remplaçant, chargé d'ouvrir les boîtes vertes, en l'absence du bouquiniste titulaire. J'ai un bon "ouvre-boîte". Qui fait que les boîtes sont régulièrement ouvertes. Mais l'Administration se veut pointilleuse et persécuteuse. Elle a trouvé l'article du réglement intérieur, l'article 8, qui dit que  "Le titulaire doit occuper en personne son emplacement." Mais aussi que "Le titulaire peut se faire remplacer à condition qu'il exploite personnellement au moins trois jours par semaine."

Or, les "contrôles" effectués au cours "de nombreuses visites" sur les quais semblent indiquer que je ne suis pas assez présent moi-même au goût de l'Administration. L'Administration aime à se comporter comme un patron tout-puissant qui sait vous brimer et vous faire souffrir. Comme si elle y prenait un malin plaisir. Comme si elle trouvait dans ce "faire souffir" sa véritable raison d'être.

Petit oubli dans la démarche de l'Administration : les bouquinistes ne sont pas des salariés. Ou alors ce sont les seuls salariés qui travaillent sans percevoir de salaire. Les seuls salariés qui doivent acheter leur outil de travail. En effet, le bouquiniste, s'il n'acquitte aucun loyer à la Marie de Paris, pour les 8 m 60 de parapet qui lui sont octroyés, doit acheter ses boîtes. D'occasion, s'il y en a, en pas trop mauvais état, sur le marché, ou neuves. Il doit alors les faire construire, sur mesures, dans le respect des cotes indiquées dans le réglement intérieur. 1.500 euros la boîte neuve. 6.000 euros d'investissement pour devenir propriétaire des quatres boîtes réglementaires.  Moralité: la première année, l'année de son installation, le bouquiniste n'a qu'une ambition très modeste : se rembourser au moins l'investissement de départ. Ce n'est pas toujours le cas si le bouquiniste, se refusant à sombrer dans la bimbeloterie TourEiffellesque, pour respecter le réglement intérieur, ne vend que des livres. Mais cela intéresse peu l'Administration qui, de paragraphe en paragraphe, poursuit sa missive sinistrement administrative et toujours sinistrement inhumaine.

 

Avant-dernier paragraphe :

"Si vous êtes dans l'incapacité d'exploiter régulièrement vos boîtes, je vous invite à adresser par retour du courrier une lettre de cessation d'activité."

Etrange requête dans une époque où, en contraire, ceux qui nous dirigent, veulent tout faire pour maintenir et développer l'activité. Tout faire pour empêcher les cessations d'activité.

 

En caractères gras, dernier paragraphe :

" La présente lettre a valeur d'avertissement. A défaut de mise en conformité dans un délai d'un mois à compter de réception, cette infraction aux dispositions du réglement pourra entraîner le retrait de votre aurorisation (article 12).

 

Paradoxe utime : la Mairie de Paris se comporte avec les Bouquinistes des quais de Seine comme un véritable Employeur. Avec les exigences qu'un Employeur peut avoir pour ses employés. Des employés qui fournissent un certain travail en échange d'un certain salaire. Des employés qui sont des salariés. Mais, ne l'oublions jamais, dans le cas des Bouquinistes de Paris, pas de salaire. Pas de salaire, mais des obligations de respecter des horaires d'ouverture, des jours d'ouverture, qui sont de vrais horaires de travail. Pas de salaire mais un réglement draconien et une application du réglement non moins draconienne.

 

Homme libre, toujours tu chériras la mer, chantait Baudelaire,

Aujourd'hui, je chante à ma manière :

 

Homme libre, toujours tu fuiras le quai,

De la Tournelle au Malaquais,

Pour ne plus rendre compte à je ne sais qui,

Des heures ou des instants mal acquis...

 

Ceux qui coulent des jours paisibles,

Dans des bureaux invisibles, 

Ont pouvoir de vie ou de mort

Sur celui qui travaille dehors...


Avec une application banale,

Ils jouent à la bataille navale,

Rêvent chaque jour de mettre à terre

L'un de ces petits bateaux verts...

 

Pour nous contraindre à nous taire,

Ils administrent leur ministère,

A la façon de grands capitaines,

Mais n'en ont pas la veine humaine... 

 

Dans une ville en permanence sous caméras de surveillance, les Bouquinistes ne sont plus pour longtemps les derniers hommes libres du paysage urbain. Les derniers représentants d'un métier de liberté dans un monde où, comme le beuglait déjà, dans l'autre siècle, le vieux Léo, les muselières ne sont plus faites pour les chiens...

Que l'Administration, pour nous amadouer un temps, rebaptise, dans l'air du temps, le bouquiniste  "libraire de plein air", ne change rien à l'affaire : notre liberté est morte. Peu importe, puisqu'on m'y incite de la sorte, au diable les idées ou l'enthousiasme que j'apporte, cette fois, je crois que je vais prendre... la porte.

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 18:40

 

Sur le quai, parfois, des vélos s'approprient l'espace du bouquiniste et de ses clients. La piste cyclable n'est pas loin pourtant. Mais le trottoir est plus large à cet endroit. Plus agréable que la piste aux deux-roues. Trop étroite. Elle est arrivée en ligne droite. A freiné d'un coup sec. Juste devant la boîte aux poètes. D'une main précise, s'est emparée d'un petit livre mauve... N'a pas marchandé le prix. A payé comptant. Elle s'en est allée. Sans perdre un instant. A juste dit : c'est pour offrir. Gracieux coup de pédale. Déhanchement discret. Sur le porte-bagages de la bicyclette, un bouquet d'oeillets de... poète.

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 22:45

 

Coïncidence. Belle coïncidence. Je relis cet après-midi des passages de La Connaissance Transcendante, d'après Le Texte et les Commentaires Tibétains. Auteurs : Alexandra David-Néel et Lama Yongden. Achevé d'imprimer le 12 novembre 1958. Paru chez ADYAR-PARIS, 4 Square Rapp. Dans le RER, je parcours le gratuit 20 minutes. Page 38 TV-Médias, recueillie par Joël Métreau, belle interview de l'actrice Dominique Blanc, qui incarne à l'écran cette femme extraordinaire  que fut Alexandra David-Néel. Le film " J'irai au pays des neiges" est diffusé ce soir, à 20h40 sur ARTE.

Titre de l'interview : "Un moment d'extase quand j'ai vu le soleil se lever". Six question très courtes, c'est la contrainte du genre. Six réponses très synthétiques, mais plutôt bien senties. Dominique Blanc sait dire l'essentiel en peu de mots. Superbe hommage à cette femme qui fut la première Occidentale à entrer dans la ville sainte de Lhassa, au Tibet, en 1924.

 

Juste pour le plaisir, trois questions et trois réponses. Trois questions de Joël Métreau et trois réponses de Dominique Blanc.

Qu'est-ce qui vous a plu dans ce rôle ? Le fait qu'Alexandra David-Néel soit bouddhiste, féministe ou exploratrice ?

Les trois. Elle avait un tempérament curieux et une intelligence hors du commun. Sans compter son courage physique : elle a vécu jusqu'à 101 ans. Son témoignage révèle aussi des choses fulgurantes sur notre époque matérialiste.

Comment s'est déroulé le tournage dans les décors naturels de l'Asie ?

C'était une aventure. Il fallait être dans une bonne forme physique pour jouer la comédie à 4000 m d'altitude. Mais c'était extraordinaire.

Mais c'était quand même éprouvant ?

On ne peut pas dire ça après avoir incarné une femme pareille. Alexandra David-Néel a quand même accompli ce voyage au début du XXe siècle... je ne sais pas comment elle a fait pour endurer le froid, la faim, les brigands...

 

La Connaissance Transcendante va m'accompagner pendant plusieurs jours. Je le sens. Curieux ce rapport aux livres et aux idées qu'ils contiennent. Plus le temps passe et plus j'ai le sentiment, la conviction, qui si, du lever au coucher, on n'a pas pris le temps de lire quelques lignes, quelques paragraphes d'un ouvrage, pas forcément de philosophie, on a manqué sa journée. SMS, textos, twitts, mails ou autres courriels, ne pèsent pas bien lourds auprès d'un vrai chapitre d'un vrai livre.

L'exemplaire que j'ai entre les mains est touchant, émouvant à plus d'un titre. Il est signé. Il comporte un envoi. Un bel envoi. A un destinataire aussi prestigieux que la dédicataire. C'est écrit, d'une écriture appliquée, avec des "D" majuscules comme on en faisait autrefois et comme on n'en fait plus : "A Monsieur Lanza Del Vasto, Cordial hommage d'une voyageuse à un voyageur". C'est signé, bien sûr, Alexandra David-Néel.

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 14:46

 

- Mais monsieur, vous ne vendez que des morts !

- Les livres sont éternels, madame... Les écrivains ne meurent jamais...

- Balzac, Hugo, Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Flaubert, tout ça, c'est dépassé...

- Ah bon, mais que lisez-vous donc, madame ?

- Marc Lévy, Guillaume Musso, Amélie Nothomb, Christine Angot... que des contemporains...

- Dans le genre, je crains de ne pas avoir grand chose pour vous, madame...

 

Haussement d'épaules et jolie grimace pour ponctuer mes pauvres mots. J'hésite à dire : madame, j'ai Texaco de Chamoiseau.  

 

Elle faisait très "seizième". Dans la voix, comme dans le geste. Pas seizième siècle. Seizième arrondissement. Seizième arrondissemnt de Paris. Même franchement Neuilly. Avec cette suffisance qui m'a toujours sidéré. Cet aplomb qui plombe les meilleurs sentiments. A la voir, à l'entendre, elle en était. De la haute. Du goût et du bon goût. De la bonne société. Des bien pensants. De ces gens qui se prennnent pour des gens bien. Des gens très bien. Des gens importants. Mais qui, souvent, ne brassent que du vent. Qui ne croient pas au ciel, mais au superficiel. Je n'ai pas pu résister. J'ai lâché, d'un coup, d'un seul, ma rafale à cette vieille bégueule :

 

- Madame, cessez de me prendre pour un sot ! C'est vrai, je préfère Musset à Musso. Et même Hugo à Angot. Mais j'adore Chamoiseau. Laborde. Lacoche. Chérel. Modiano. Monnereau. Morlino. Pierre-Louis Basse, et j'en passe. Tous vivants. Bien vivants. Bons vivants. Et pour longtemps !

 

Elle est partie en claquant les talons comme on claque une porte. Pas pu m'empêcher de penser : foi de bouquinisteque le diable l'emporte.

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 18:27

 

C'est un petit livre vert au format peu courant. Dans le bas de la première de couverture : Aubier Editions Montaigne PARIS. Signe particulier : aucune date de parution. L'avant-dernière page précise simplement, en italiques : La typographie a été établie par Henri Colas et le tirage exécuté par Priester frères, 17, rue des Gobelins, Paris. Son titre : Dictionnaire des Idées reçues. Son auteur, bien sûr, Flaubert. Gustave Flaubert. Une précieuse préface, signée de deux initiales JA, A pour Aubier sans doute, nous rappelle, ou nous apprend, tout ce qu'il faut savoir avant de se plonger dans cet incroyable Dictionnaire.

Au hasard, juste pour le plaisir de vous offrir un bon moment, vous donner sans doute aussi l'envie de relire ce sacré Gustave, arrêt impromptu sur quelques notions revisitées par le Maître. Perles parmi les perles de ce Dictionnaire des Idées reçues suivi, - c'est précisé en page 5 -,  du catalogue des idées chic. 

 

Ambition : Toujours précédée de folle quand elle n'est pas noble.

Cadeau : Ce n'est pas la valeur qui en fait le prix, ou bien ce n'est pas le prix qui en fait la valeur. Le cadeau n'est rien, c'est l'intention qui compte.

Economie politique : Science sans entrailles.

Ecrevisse : Marche à reculons. Toujours appeler les réactionnaires des écrevisses.

Député : L'être, comble de la gloire. Tonner contre la Chambre des Députés. Trop de bavards à la Chambre.

Gloire : N'est qu'un peu de fumée.

Goût : Ce qui est simple est toujours de bon goût. Doit toujours se dire à une femme qui s'excuse de la modestie de sa toilette.

Hiatus : Ne pas le tolérer.

Homo : Dire Ecce homo ! en voyant entrer l'individu qu'on attend.

Images : Il y en a toujours trop dans la poésie.

Imagination : Toujours vive. S'en défier. Quand on n'en a pas, la dénigrer chez les autres. Pour écrire des romans, il suffit d'avoir de l'imagination.

Imbéciles : Ceux qui ne pensent pas comme vous.

Journaux : Ne pouvoir s'en passer mais tonner contre. Leur importance dans la société moderne. Ex. : Le Figaro. Les journaux sérieux : la Revue des Deux Mondes, l'Economiste, le Journal des Débats; il faut les laisser traîner sur la table de son salon, mais en ayant bien soin de les couper avant. Marquer quelques passages au crayon rouge produit aussi un très bon effet. Lire le matin un article de ces feuilles sérieuses et graves, et le soir, en société, amener adroitement la conversation sur le sujet étudié afin de pouvoir briller.

Jury : S'évertuer à ne pas en être.

Kiosque : Lieu de délices dans un jardin.

Terre : Dire les quatre coins de la terre puisqu'elle est ronde.

Tolérance (maison de) : N'est pas celle où l'on a des opinions tolérantes.

Visage : Miroir de l'âme. Alors il y a des gens qui ont l'âme bien laide. 

 

 

Dans sa préface, J.A. nous explique comment, toute sa vie, Flaubert pense, en permanence, à son fameux Dictionnaire. J.A. souligne aussi que cette idée d'un sottisier était courante à l'époque. D'autres livres ont paru sur le même sujet. Flaubert en lut deux et déclara : Rien à craindre, c'est idiot. Le comble ! Ecrire des livres idiots sur le sujet de la bêtise !

En décembre 1852, dans une lettre à Louise Colet, Flaubert déclare :

"Une vieille idée m'est revenue, à savoir celle de mon Dictionnaire des Idées reçues... La préface surtout m'excite fort, et de la manière dont je la conçois (ce serait tout un livre), aucune loi ne pourrait me mordre, quoique j'y attaquerais tout.

Dans les dernières lignes de cette même lettre à Louise Colet, Gustave Flaubert affine le projet :

"Il faudrait que, dans tout le cours du livre, il n' eût pas un mot de mon cru, et qu'une fois qu'on l'aurait lu on n'osât plus parler, de peur de dire une des phrases qui s'y trouvent..." (17 décembre 1852).

 Dans une lettre à Raoul Duval, en 1879 : 

"Je m'acharne dessus dans la mesure de mes moyens. L'ouvrage que je fais pourrait avoir comme sous-titre : Encyclopédie de la bêtise humaine. L'entreprise m'accable et mon sujet me pénêtre..." 

 

Cette Encyclopédie de la bêtise humaine ne verra finalement le jour qu'en 1911. En appendice à Bouvard et Pécuchet. Plus de trente ans après la mort de Flaubert. Comble souriant : le Dictionnaire de la bêtise sera publié par... Conard. 

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 21:34

 

C'est le premier livre que je me suis acheté. Le Brel de chez Seghers. Le courtier qui me le propose aujourd'hui à 5 euros ne sait pas qu'il ravive la flamme du poète inconnu que j'étais dans la salle d'études des internes du Lycée d'une petite ville de province. Collection Poètes d'aujourd'hui. Numéro 119. Année 1964. Dans ma vie, j'ai bien dû en acheter quatre ou cinq exemplaires de ce Seghers-là. Prêtés à chaque fois à des amis, des copains, des camarades, mais jamais rendus. Jamais revus. Poète, le terme ne plaisait pas à Brel. Jacques Brel ne se sentait pas poète. N'aimait pas être qualifié de "poète". Chanteur, oui. Poète, non. Il s'en est expliqué à plusieurs reprises tout au long de son parcours de chanteur. "Le poème est fait pour être lu et relu. Un poème n'a pas besoin d'avoir une musique. Il se suffit à lui-même. Moi je ne peux pas écrire de poèmes, je ne sais pas trouver  la sonorité poétique. J'ai besoin d'une note de musique pour faire sonner les mots."

Brassens et Ferré pourtant mettront en musique Villon, Paul Fort, Musset, pour le premier, Baudelaire, Verlaine et Rimbaud pour le second. Et aussi Aragon. En 1973, dans la "radioscopie" que Jacques Chancel lui consacre, Brel accepte de reconnaitre que sur les 440 chansons qu'il a alors écrites, il y en a peut-être trois qui peuvent être lues. En particulier Le Plat Pays. Davantage un poème qu'une chanson, concédera Brel au grand Chancel.

De Brel, je garde toujours en mémoire, et au fond du coeur, cette incroyable définition du lyrisme, lue dans une interview d'un hebdo dont j'ai oublié le nom : "Le lyrisme, c'est chanter tellement fort que si les gens voient pas vot' coeur, ils voient vos dents !"

Poète ou pas, je me suis dit alors -j'avais 15 ans- ce type est épatant.

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 20:01

 

C'est l'histoire d'un professeur de Lettres Latin-Grec. Il a pris sa retraite depuis peu. Il doit quitter Lille pour Gap. Une autre vie. Une vie de retraité. Après une vie de professeur. A Lille, le professeur de Lettres quitte un 120 m2 pour un 60 m2 à Gap. Sa femme l'a prévenu. La phrase est incroyable. Elle révèle un tempérament certain : Tu dois choisir entre tes livres et tes amis.

Faut comprendre. L'appartement de Gap est exactement la moitié de l'appartement de Lille. La chambre fait 20 m2, mais la femme du professeur a déjà pris les devants : je ne veux pas de livres dans la chambre. Ce doit être une épouse un peu jalouse. Une épouse que l'imprimé déprime.

L'homme qui me raconte l'histoire est bouquiniste à Béthune. Il me dit qu'il a, contre un peu d'argent, débarassé -curieux terme- le professeur d'une partie des livres dont il doit se séparer.

Le professeur de Lettres Latin-Grec quitte Lille pour Gap. Gap pour des agapes avec des amis. Des amis qui n'aiment pas les livres. Comme l'a dit sa femme au bouquiniste de Béthune.

L'histoire me touche profondément. Je ne sais si je dois offrir l'hospitalité au vieux professeur ou à ses livres. Tu dois choisir entre tes livres et tes amis. Pire qu'un choix cornélien. Un choix assassin. Choisir entre ses livres et ses amis. Impossible. Impensable. Moi, c'est simple : mes livres sont mes amis. Mes meilleurs amis. A Gap ou ailleurs, si, par malheur, mes amis n'aiment pas les livres, agapes ou pas, je quitte mes amis. Je mets le holà. Je romps avec ces amis-là.

Non, sérieux, franchement, si jamais un jour ma femme me dit : tu dois choisir entre tes livres et tes amis, je crois que je suis capable de rester fidèle à... mes livres.

Sans hésitation aucune. Je refuse pareil choix. Ou plutôt, c'est tout choisi. C'est tout vu. Même si j'attends de voir. La réaction de ma femme. Je dois être un peu fou, mais... à choisir...  

Je ne suis pas seulement prêt à faire le sacrifice des faux amis. Ces amis qui n'aiment pas les livres. De la femme aussi, sans hésitation, je me sépare.

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