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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. 5 Juillet 1975. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 5 Juillet 1975. © Jean-Louis Crimon

 

Cher pigiste débutant,

 

Tu l'avais oubliée cette première parution. Photo incroyable. Prise au juste moment, comme te l'écrira, plus tard, Louis Althusser. Photo pas prévue. Pas programmée. Pour une bonne et simple raison. Raison suffisante. Tu n'as pas d'appareil photo. L'appareil, un Mamiya, tu l'achètes, sur un coup de tête, le matin même. Un samedi. A crédit. Trois chèques. Alors que tu n'as que quelques dizaines de francs sur ton compte en banque.

A l'époque, souviens-toi, tu n'es qu'un intermittent. Pas du spectacle. Intermittent des métiers manuels. Manutentionnaire, OS, Ouvrier spécialisé, mais sans spécialité, manoeuvre, magasinier... Ton parcours, tes études, tes diplômes ne te servent pas à grand chose. Tu traînes, tu prends ton temps. Licence de Philosophie, Licence de Sociologie et Licence de Lettres modernes, aux 2/3 ( tu as raté le Certificat de grammaire générative !) ne te servent à rien.

Relisant aujourd'hui - 40 ans plus tard - le compte-rendu publié par Le Nouvel Observateur daté du Lundi 7 Juilet 1975, d'une soutenance de thèse peu commune, tu t'attardes sur deux passages qui ont pour toi une résonnance particulière. Premier passage, c'est Louis Althusser qui parle, ses propos sont rapportés par l'auteur de l'article du Nouvel Obs.

 

" Il ne faut pas s'étonner des paradoxes et des provocations, des approximations et des erreurs, dont mes livres sont émaillés. Oui, je me suis trompé. Oui, je me suis enferré. Bien entendu, je le sais, je vous ai parfois choqués. Mais la philosophie, pour moi, c'est un peu un champ de bataille. Elle a ses lignes, ses tranchés, ses places fortes, ses frontières. Je me suis servi de Hegel pour prendre d'assaut la forteresse Descartes. J'ai utilisé Spinoza comme machine de guerre contre Hegel."

 

Plus loin, dans l'article, sous la plume de l'auteur du reportage: " Parce qu'un hégélien, c'est grosso modo, quelqu'un qui croit en une dialectique où l'on retrouve tous les traits de la providence chrétienne, où les contradictions n'apparaissent que pour se résoudre aussitôt, où l'histoire a une fin vers laquelle, tout doucement, sans péril et sans surprise, le cours des choses nous mène. Parce que, du coup, un marxiste trop hégélien, c'est quelqu'un qui, reproduisant en politique, ce shéma métaphysique, croit que la dialectique est là pour régler tous les problèmes, que la bourgeoisie produit ses fossoyeurs, le Capital ses anticorps, et que le nouveau monde est là, dans les flancs de l'ancien, qu'il suffit d'accoucher."

A quoi Althusser a voulu opposer, poursuit le journaliste, que ce n'est jamais ainsi que se passent concrètement les choses; que les révolutions se glacent, que d'autres avortent ou ne se font pas; que l'histoire peut errer, insensée et décentrée; que la révolution n'est pas fatale et qu'aucun mécanisme n'y conduit; et que la politique, autrement dit, reprend ses droits, contre l'économisme des partis communistes en place.

 

 

L'auteur du papier ? BHL. Oui, Bernard-Henri LEVY. Etonnant, non ? Fabuleux de relire ça aujourd'hui.

 

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. Sous la verrière. Février 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Sous la verrière. Février 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Cher ex Bouquiniste,

 

Chaque premier samedi du mois, c'est le rituel des Bouquinistes qui s'installent sous la verrière de la Place de la Gare. Un rendez-vous que tu ne manquerais pour rien au monde. Les livres, bouquins, poches ou éditions originales, avec ou sans envoi, brochés, reliés, c'est fait pour toi. Que serait une vie sans livres ?

Cette fois, tu as encore été chanceux. Belles rencontres et belles conversations, même si le fond de l'air était plutôt frisquet. Bonnes pioches aussi.

Rien qu'un violoneux de Hans-Cristian Andersen, un petit livre bleu que tu avais dû t'acheter une première fois, au début des années soixante-dix, à Paris, sur les quais, que tu avais dû prêter et, comme trop souvent, que l'emprunteur ou l'emprunteuse, a oublié de te rendre. Ce titre du plus célèbre des Danois n'est pas le plus courant, ni le plus facile à trouver. Joie intense quand, par hasard, tu as mis la main dessus. 5 €uros, à ce prix là, le bonheur de retrouver un vieil ami perdu depuis plus de 40 ans, ne se négocie pas. Ne se boude surtout pas.

Vers retrouvés, de Charles Baudelaire, 1929, Editions Emile-Paul Frères, Introduction et Notes de Jules Mouquet, t'intrigua pour ses six premières lignes: Au cours de l'automne 1839, Baudelaire, qui avait été renvoyé de Louis-le-Grand le 21 avril précédent, fut mené par un camarade de Collège, Louis de la Gennevraye, à la pension Bailly. Cet établissement ressemblait fort à la Maison Vauquer, "pension bourgeoise des deux sexes et autres" du Père Goriot.

Les décisions d'achat sont souvent très inattendues. 

Dernière jolie trouvaille, un petit Actes Sud de 25 ans d'âge, traduit du chinois par Isabelle Bijon: Chienne de vie ! de Ma Jian, peintre, reporter, photographe et écrivain. Un nouveau vrai frère. Inconnu jusqu'à cet après-midi. 

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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 00:01
Chengdu. Chine. Oct. 2011. Université Normale du Sichuan. © Jean-Louis Crimon

Chengdu. Chine. Oct. 2011. Université Normale du Sichuan. © Jean-Louis Crimon

Cher fou d'images,

 

Tu le sais depuis toujours. Tu le sens dans l'instant. Parfois, c'est la forme d'ensemble qui attire l'oeil. Le sens n'est pas premier. La forme a pris le pas. La forme s'impose. D'elle-même. Il y a juste à trouver l'angle. Le mouvement. C'est simple. C'est complexe. C'est limpide. L'histoire se joue entre deux concepts. Evidence. Transparence. Il faut que ça transparaisse. Oui, c'est excatement ça. Avant que ça paraisse, faut que ça transparaisse. Que ça s'impose. D'emblée. Que ça sonne. Que ça résonne. La photo, c'est du son. Du son avant le sens. Une photo, ça doit s'entendre. Avant de se voir. Pour ne pas décevoir. Puis, enfin, se laisser voir.

La moindre des choses, pour une image.

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 00:01
Paris. Janvier 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Janvier 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher insatiable piéton,

 

Tu aimes les noms de rue étranges. Curieux. Bizarres. Saugrenus. Noms de rue qui deviennent parfois des titres de livres. A moins que ce ne soit l'inverse. 

Tu ne sais plus quand, précisément, l'idée t'est venue. Au troisième ou quatrième titre sans doute. A moins que ce ne soit à la troisième ou quatrième rue. Une forme de classement comme une autre. Aussi originale qu'inattendue. Rassembler dans une même bibliothèque tous les romans qui portent en titre des noms de rue. La rue cases-nègres de Joseph Zobel, dédié "A ma mère, domestique chez les blancs et A ma Grand'Mère, Travailleuse de plantation, et qui ne sait pas lire", Editions Jean Froissart, 1950, a dû être le premier de ces romans au nom de rue. Rue du Havre de Paul Guimard, Editions Denoël,1957, le deuxième. La Rue du Chat-qui-pêche, de Jolàn Földes, Editions Albin Michel,1937, le troisième. Le principe de la collection était né. Sont arrivés ensuite, au gré des achats sur les quais de Seine ou dans les réderies de Picardie, petites brocantes de villages, Rue des petites daurades de Fellag, Rue Saint-Vincent de Pierre Mac Orlan et La Rue de Francis Carco. Puis Rue de la Sardine de John Steinbeck, Rue des Boutiques Obscures  de Patrick Modiano, Rue des Archives  de Michel del Castillo et Dans la Rue d'Aristide Bruant, recueil de Chansons et Monologues, desseins de Steinlein. Sans oublier La Rue de Jules Vallès. Paris, 1866. Achille Faure, Libraire-Editeur. 23, Boulevard Saint-Martin, 23. Envoi de Vallès en prime. 

La Chronique de la rue aux moineaux de Wilheim Raabe, Editions Montaigne,1931, fait aussi partie de cette réunion insolite, où les noms de rue se répondent sur des couvertures de livres. Tu y ajoutes encore Rue de la Liberté, Dachau 1943-1945, d'Edmond Michelet, Seuil, 1955. Sans oublier cet essai publié dans la collection Archives Gallimard, 1979, Vivre dans la rue à Paris au XVIIIe siècle, présenté par Arlette Farge. Enfin, Les Rues de ma vie, de Bernard Frank, Le Dillettante, 2005. La liste serait trop longue à énumérer ici. Sauf pour en faire - et pourquoi pas ? - un incroyable poème à la Prévert.

 

 

Les hasards de l'existence, et surtout les hasards de l'existence professionnelle, t'ont fait prendre, pendant plusieurs années, pour un travail de nuit, une toute petite rue du seizième arrondissement de Paris. Une rue qui, pour toi, avoua, dès les premiers pas, un fantastique pouvoir romanesque. Tu résistas bien pendant la première année et une bonne partie de la deuxième année, mais bientôt il te fallut te rendre à la raison: c'était à toi qu'incombait la tâche d'écrire Rue du Pré aux chevaux. Tu as longtemps hésité avec une autre rue tout aussi intéressante du même quartier, une rue du temps où le seizième avait encore des airs de campagne: Rue des Pâtures, mais le pouvoir poétique des chevaux l'emporta.

 

Rue du Pré aux chevaux a rejoint désormais la petite bibliothèque où sont les romans aux noms de rues. Pour y vivre une bonne partie de sa carrière de livre. Dans ton village, quand celui qu'on n'ose plus appeler garde-champêtre depuis qu'on l'a baptisé "conseiller communal", a lu ton roman, il est allé trouver le maire en lui proposant d'appeler Rue du Pré aux chevaux la rue sans nom qui s'en va vers les marais, pas très loin de la maison de tes parents. L'idée a plu - et il a plu aussi beaucoup le jour de l'inauguration. Fanfare municipale, Monsieur le Maire et ses conseillers, une bonne partie de ses administrés, le député de la circonscription, et même un prêtre en soutane de la paroisse voisine, étaient de la fête et la rue du Pré aux chevaux fut baptisée, républicaine, mais sans être trop païenne. Pour la mère de l'écrivain, son fils au bras, c'était, en public et en plein air, une consécration rare: carrément le Nobel de littérature, enfin, au moins le Goncourt ! Toi, l'auteur tout court, tu pardonnes sans hésitation à l'auteur de tes jours, ce petit péché d'orgueil si légitime.

 

Depuis, ta mère te téléphone souvent, tôt le matin, pour te dire: "Je viens d'ouvrir les volets et je vois, au loin, le panneau de la Rue du Pré aux chevaux, ça me plait bien !"

Toi, tu en profites pour affirmer: tu vois, maman, c'est bien la preuve que la littérature, ça peut changer la vie. Une rue du seizième arrondissement de Paris, transplantée dans un village de Picardie, grâce à un petit roman publié au Castor Astral. Comme te dit, à chaque fois, ta mère, avec un sourire incroyable: c'est pas banal.

 

En fait, tu te dois de dire la vérité: ta mère ne te téléphone plus chaque matin. Elle est morte depuis bientôt deux ans, ta maman. Tu penses à elle en écrivant cette lettre à toi-même, la 64e depuis le début de l'année. Une lettre chaque jour. 64 lettres déjà.

 

Tu te dis que ça lui ferait tant plaisir de pouvoir... les lire.

 

 

 Je ne sais vraiment plus quand, précisément, l'idée m'est  venue. Au troisième ou quatrième titre sans doute. Une forme de classement comme une autre. Aussi originale qu'inattendue. Rassembler dans une même bibliothèque tous les romans qui portent des noms de rue en titre. La rue cases-nègres de Joseph Zobel, dédié "A ma mère, domestique chez les blancs et A ma Grand'Mère, Travailleuse de plantation, et qui ne sait pas lire", Editions Jean Froissart, 1950, a dû être le premier de ces romans au nom de rue. Rue du Havre de Paul Guimard, Editions Denoël,1957, le deuxième. La Rue du Chat-qui-pêche, de Jolàn Földes, Editions Albin Michel,1937, le troisième. Le principe de la collection était né. Sont arrivés ensuite, au gré des achats sur les quais de Seine ou dans les réderies de Picardie, petites brocantes de villages, Rue des petites daurades de Fellag,Rue Saint-Vincent de Pierre Mac Orlan et La Rue de Francis Carco. Puis Rue de la Sardine de John Steinbeck, Rue des Boutiques Obscures  de Patrick Modiano, Rue des Archives  de Michel del Castillo et Dans la Rue d'Aristide Bruant, recueil de Chansons et Monologues, desseins de Steinlein. Sans oublier La Rue de Jules Vallès. Paris, 1866. Achille Faure, Libraire-Editeur. 23, Boulevard Saint-Martin, 23. Envoi de Vallès en prime.

 La Chronique de la rue aux moineaux de Wilheim Raabe, Editions Montaigne,1931, fait aussi partie de cette réunion insolite, où les noms de rue se répondent sur des couvertures de livres. J'y ajoute encore Rue de la Liberté, Dachau 1943-1945, d'Edmond Michelet, Seuil, 1955. Sans oublier cet essai publié dans la collection Archives Gallimard, 1979, Vivre dans la rue à Paris au XVIIIe siècle, présenté par Arlette Farge. Enfin, Les Rues de ma vie, de Bernard Frank, Le Dillettante, 2005. La liste serait trop longue à énumérer ici. Sauf pour en faire - et pourquoi pas ? - un incroyable poème à la Prévert.

 Les hasards de l'existence, et surtout les hasards de l'existence professionnelle, m'ont fait prendre, pendant plusieurs années, pour un travail de nuit, une toute petite rue du seizième arrondissement de Paris. Une rue qui, pour moi, avoua, dès les premiers pas, un fantastique pouvoir romanesque. J' eus beau résister pendant la première année et une bonne partie de la deuxième année, je dus bientôt me rendre à la raison: c'était à moi qu'incombait la tâche d'écrire Rue du Pré aux chevaux. J'ai longtemps hésité avec une autre rue tout aussi intéressante du même quartier, une rue du temps où le seizième avait encore des airs de campagne: Rue des Pâtures, mais le pouvoir poétique des chevaux l'emporta.

Rue du Pré aux chevaux a rejoint désormais la petite bibliothèque où sont les romans aux noms de rues. Pour y vivre une bonne partie de sa carrière de livre. Dans mon village, quand celui qu'on n'ose plus appeler garde-champêtre depuis qu'on l'a baptisé "conseiller communal", a lu mon roman, il est allé trouver le maire en lui proposant d'appeler Rue du Pré aux chevaux la rue sans nom qui s'en va vers les marais, pas très loin de la maison de mes parents. L'idée a plu et il a plu aussi beaucoup le jour de l'inauguration. Fanfare municipale, Monsieur le Maire et ses conseillers, une bonne partie de ses administrés, le député de la circonscription, et même un prêtre en soutane de la paroisse voisine, étaient de la fête et la rue du Pré aux chevaux fut baptisée, républicaine, mais sans être trop païenne.

Depuis, ma mère me téléphone souvent tôt le matin pour me dire "je viens d'ouvrir les volets et je vois, au loin, le panneau de la Rue du Pré aux chevaux, ça me plait bien !

Moi, je lui dis: tu vois, maman, c'est la preuve, s'il en fallait une, que la littérature, ça peut changer la vie ! Une rue du seizième arrondissement de Paris,  transplantée dans un village de Picardie, grâce à un petit roman publié au Castor Astral. Comme tu dirais, ma mère, c'est pas banal.

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 00:01
Contay. Le cimetière. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon

Contay. Le cimetière. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon

 

Cher désespéré lucide,

 

Tu ne sais pas pourquoi ni comment, mais ça te vient comme ça. Sans prévenir. Sans crier gare. Comme une averse de pluie froide. Giboulées noires qui te mélancolisent soudain un avenir que tu te sentais l'envie de voir radieux.

Il y a des matins pas très bien. Des matins qui ont déjà la gueule du soir. Il y a des soirs désespoir. Lassé du culte des apparences qui fascinent tes contemporains. Fatigué des certitudes de ceux qui croient parce que ça les dispense de penser. Ecoeuré par cette information spectacle où les faux savants et les fausses idoles défilent vendre leur camelotte. 

Il y a des jours où tu en as marre de cette sinistre mise en scène du superficiel. Avant, ils croyaient au ciel. Maintenant ils croient au superficiel. Asssez de ces frimeurs, parleurs, hâbleurs, usurpateurs, raseurs perpétuels.

Marre de ceux qui s'assoient dans un métier ou s'y couchent pour la vie entière, parce qu'ils ont vu de la lumière et qu'on les a laissés entrer. Mais qui n'ont ni légitimité ni talent particulier. Qui ont peur du risque, de l'inconnu. Qui n'aiment que ce qu'ils connaissent déjà.

Quand on y pense, on n'a qu'une vie, c'est tellement triste de ne pas aller au bout de tous les possibles.

Il y a des soirs où tu te dis que Socrate a bien fait d'accepter de boire la ciguë. Il y a des jours où tu te dis qu'un jour, vraiment, tu n'auras plus qu'à faire de même.

 

Il y a pire que de n'être pas aimé, c'est de n'être pas compris.

 

© Jean-Louis Crimon

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 00:07
Pékin. Place Tian' Anmen. Octobre 2014. © Jean-Louis Crimon

Pékin. Place Tian' Anmen. Octobre 2014. © Jean-Louis Crimon

Cher romancier... politique,

Tu te demandes pourquoi Nicolas Sarkozy n'a pas demandé la libération de Liu Xiaobo à Hu Jintao.

Tu te demandes pourquoi François Hollande n'a pas demandé la libération de Liu Xiaobo à Xi Jinpig.

Tu demandes pourquoi les grands défenseurs des droits de l'homme ont des indignations sélectives.

Tu te demandes pourquoi le 25 décembre 2009, le tribunal de Pékin a condamné Liu Xiaobo à 11 ans d'emprisonnement pour "Subversion du pouvoir de l'Etat".

Tu te demandes pourquoi la liberté d'expression pose toujours autant de problèmes en Chine.

Tu te demandes pourquoi Liu Xiaobo est condamné pour avoir simplement exprimé sur internet son désir de démocratie dans sa Charte 08.

Tu te demandes pourquoi plus personne ne parle de cette Charte 08, écrite sur le modèle de celle diffusée en 1977 par des dissidents tchécoslovaques et qui réclame la mise en place d’une véritable démocratie en Chine.

Tu te demandes pourquoi personne ne rappelle que cette Charte 08, lancée le 8 décembre 2008, veille du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, a été signée par plus de trois cents intellectuels et militants des droits de l’homme.

Tu te demandes pourquoi la situation de Liu Xiaobo semble ne préoccuper personne au pays des droits de l'homme et du citoyen.

Tu te dis que tu dois écrire à Monsieur Xi Jinping, président de la République populaire de Chine, pour lui demander la libération de Liu Xiaobo.

Tu dois lui dire que tu souhaites attirer son attention sur le cas de Liu Xiaobo, arrêté le 8 décembre 2008 et condamné le 25 décembre 2009 à onze ans de prison ferme.

Tu lui expliqueras aussi qu'à ta connaissance, Liu Xiaobo n’est coupable d’aucun acte illégal et que toutes ses actions ont été menées pour la défense des droits de l’homme et pour la liberté de la presse, conformément à la Constitution chinoise.

Tu lui rappelleras que Liu Xiaobo, Lauréat du prix Nobel de la paix 2010, est aujourd’hui toujours emprisonné.

Tu lui demandes donc d’intervenir rapidement afin d’obtenir sa libération, l’abandon de toutes les charges pesant contre Liu Xiaobo et ses proches, notamment contre son épouse Liu Xia, assignée à résidence à Pékin.

Tu lui demanderas aussi de tout mettre en œuvre pour que tous les prisonniers d’opinion chinois soient libérés et que la liberté d’expression de tous les citoyens soit garantie.

Tu lui diras qu'à ton humble avis, la Chine aurait tout à gagner à ne pas partager avec le monde entier que le commerce des produits manufacturés, mais aussi celui, ô combien plus important, des mots et des idées de liberté.

Tu lui diras enfin que tu sais écrire Liu Xiaobo en chinois: 刘哓波

Tu te demandes pourquoi Pékin cherche à museler par tous les moyens Liu Xiaobo.

Tu te demandes pourquoi les dirigeants chinois ne comprennent pas qu'il ne suffit pas de placer un individu en détention pour que son combat et ses idées soient oubliées de tous, bien au contraire.

Tu te demandes pourquoi le soutien international reçu par Liu Xiaobo depuis sa condamnation ne débouche pas sur sa libération.

Tu te demandes pourquoi les autorités ne s’acharnent pas seulement sur Liu Xiaobo, mais également sur sa femme, Liu Xia, placée désormais en résidence surveillée malgré l’absence de chef d’accusation.

Tu te demandes pourquoi nous sommes si peu nombreux à apporter notre soutien à Liu Xia et à l’encourager à tenir bon.

Tu te demandes pourquoi les Chefs d'Etat et de gouvernement n'exigent pas des autorités chinoises de mettre fin à l'isolement de Liu Xia, intolérable et injustifié, et de lui permettre de communiquer avec son mari.

Tu te demandes pourquoi, arrêté en décembre 2008, Liu Xiaobo a d'abord passé près d’un an en prison avant d’être officiellement inculpé pour "subversion”, le 12 décembre 2009.

Tu te demandes pourquoi son procès, marqué par une très forte surveillance policière et une mise à l’écart des journalistes étrangers, des diplomates et de ses soutiens, s’est conclu par sa condamnation à 11 ans de prison.

Tu ne te demandes pas pourquoi, - tu sais pourquoi ! - ce 2 mars 2016, tu relis "Vivre dans la vérité", publié, en septembre 2012, par Bleu de Chine/Gallimard. Choix de textes de Liu Xiaobo, condamné à 11 ans de prison en 2009 et qui, aujourd'hui, se languit toujours derrière les barreaux.

Tu te demandes pourquoi et surtout... jusqu'à quand ?

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 00:02
Paris. Avenue Théophile Gautier. 12 Mars 2013. © Jean-Louis Crimon

Paris. Avenue Théophile Gautier. 12 Mars 2013. © Jean-Louis Crimon

Cher écrivain... muet,

 

Il y a des jours ou tu te dis qu'il n'y a rien à dire, juste à te relire, à essayer de comprendre pourquoi, parfois, tu es "à sec", et pourquoi, parfois, la magie opère. Tu te souviens de ce que tu écrivais, il y aura bientôt vingt ans ? Premières tentatives d'écriture. Premières ratures. Premier roman.

 

"Avant de m'endormir, j'ai encore joué aux mots, aux mots qu'on invente avec des lettres. Les lettres, on les écrit en gros caractères sur des morceaux de carton de boîtes à sucre Béghin ou de boîtes d'ampoules de fortifiant de la tante Laure. Après, on découpe les lettres au carré, de la grosseur d'une moitié de domino, et on les met dans la boîte aux lettres, une vieille boîte à chaussures rebaptisée boîte-alphabet, où l'on plonge la main pour pêcher des lettres et créer des mots. Des fois, on remélange les lettres d'un mot déjà trouvé pour essayer d'en faire un autre. J'ai trouvé comme ça le mot magie avec le mot image et le mot génie avec neige. Je me suis endormi en imaginant les lettres neiger à gros flocons sur le lit de l'écrivain. Mais le lendemain, tout était à recommencer : je me réveillais entre les deux pages blanches de mes draps blancs et il n'y avait aucun titre sur la couverture de mon lit qui était la couverture du livre que je n'avais pas écrit.

 

"Dehors, c'était toujours l'hiver. Il y avait encore de la glace aux vitres de la chambre, des feuilles de fougères blanches et des fleurs de glace, plus vraies, et plus belles que nature, comme si le froid, la nuit, pour se chasser la piquette au bout des doigts, jouait du pinceau et de la palette, aux fenêtres des gens."

 

Verlaine avant-centre. (pages 54/55). Le Castor Astral. Janvier 2001.

 

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Parfois, se relire, c'est une épreuve. Parfois, c'est une... preuve. Preuve que c'est possible. Que tu peux dire avec les mots. Que tu peux faire exister une réalité qui n'est plus. Qu'écrire ce n'est pas seulement des jeux de mots. Que la littérature, c'est souvent lis tes ratures. Que pour guérir les maux du Je, tu as pour toi les jeux de mots...

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 00:01
Saint-Malo. Mai 2015. © Jean-Louis Crimon

Saint-Malo. Mai 2015. © Jean-Louis Crimon

Cher toi,

 

Depuis que tu  t'es remis à la photo, tu as le sentiment d'avoir manqué ta vie. Tu t'es, professionnellement parlant,  égaré dans l'univers des mots et des idées. Pendant 40 ans. Le comble, tu y as pris du plaisir. Beaucoup de plaisir. Les mots, écrits et publiés dans le journal, ou parlés à la radio, étaient ta raison d'être, ton pain quotidien et, soyons lucide, ton gagne-pain. Ton gagne-pain quotidien. C'est ta vie, as-tu concédé un beau jour. Tu as renoncé à la photo. Sans réaliser alors la gravité du renoncement. Tu as trahi ton premier amour. Tu t'es trompé de vie. La photo ne te faisait plus envie.

 

Ta boîte à images, ton boitier, ton 24x36, selon les années, Mamiya, Minolta, Praktica ou Leica, tu les as abondonnés très vite pour ton clavier AZERTY, d'abord, et pour ton micro Sennheiser, ensuite. Conséquence: tes négatifs, soigneusement développés et coupés par bandes de six vues, ont dormi, à l'abri de la lumière et de la poussière, pendant trois ou quatre fois dix ans. Aujourd'hui, ils sont intacts. Comme neufs. Comme développés, et séchés, il y a quelques heures à peine. Comme si les images argentiquement supportées, et transportées, à travers le temps, avaient été prises la veille ou l'avant-veille.

De fait, le destin de ces images est  assez extra-ordinaire. Littéralement "en dehors de l'ordinaire". Ce n'est pas aussi courant que des photos prises au début des années 70 ne soient "révélées", au sens photographique du terme, que quarante ans plus tard, dans les années 2010. Façon d'éprouver les instants dans la dure et longue durée du temps. Tes négatifs n'ont pas bougé. Certaines photos, mal fixées, deviennent sépia. Tu as, en n'effectuant aucun tirage sur papier, échappé au sépia. A la photo sépia. Mais tu n'as pas échappé à "la photo s'épia". Du Lacan dans le texte. Si Lacan avait été photographe. Le Leica de Lacan, joli titre, non, pour ton prochain roman ? Un photo-roman. Pas un roman-photos. Pas une histoire d'amour plus ou moins mièvre. Non, un photo-roman. Un livre où les photos ponctuent les chapitres. Cadrent le décor. Inventent une autre histoire. Une histoire dans l'histoire. Un photo-roman, tout entier fait d'instants. Instants essentiels et dérisoires à la fois.

 

Henri Cartier-Bresson, le premier, a dû dire: " De tous les moyens d'expression, la photographie est le seul qui fixe un instant précis". A partir de là, HCB a développé sa conception de "l'instant décisif".

Instant décisif ou instant dérisoire. Très vite, inconsciemment d'abord, puis consciemment, sciemment, tu t'es, au contraire, laissé séduire, par la beauté éphémère de l'instant dérisoire.

L'instant dérisoire, par opposition à l'instant décisif de HCB, c'est l'instant insignifiant. L'instant d'une beauté insignifiante. Mais qui, pour toi, en devient essentielle. C'est l'importance de l'accessoire. L'utile du futile. L'image de l'instant dérisoire n'est pas indispensable, et c'est pour cela qu'il n'est pas pensable qu'on puisse s'en passer.

Sans partager tout ce qu'il dit de "l'instant décisif", tu te sens proche d'un Cartier-Bresson quand il raconte sa quête photographique : "Je marchais toute la journée l'esprit tendu, cherchant dans les rues à prendre sur le vif des photos comme des flagrants délits". Tu ne fais rien d'autre dans tes déambulations urbaines. Quand à la situation absurde où tu t'es toi-même mis, tu as trouvé une façon très philosophique de la définir. Une définition exacte de ton état. Pas seulement de ton état d'esprit. Subjectivement objectif:

 

Tu es le seul photographe au monde à avoir passé la majeure partie de sa vie au stade du négatif.

 

Diagnostic en forme de check up psychologique. Jolie perspective. Intéressant développement futur. Tu entrevois déjà le divan d'un de tes amis, psychanalyste de renom, convaincu et convaincant.

Henri Cartier-Bresson disait encore: " Il faut être sensible au détail". HCB parle aussi d'une sorte de "pressentiment de la vie". D'une nécessité d'anticiper l'évènement. Nécessité d'avoir cette sorte d'intuition, ce sentiment aigu qu'il va se passer quelque chose. Intuition de l'instant. Entrevoir l'instant pour ne pas le manquer. L'entrevoir pour le voir, et le saisir, quand il va se présenter devant toi. Entrevision.

 

Au fond, la leçon que tu retiens de Cartier-Bresson, c'est  exactement ça: la photo, il faut la voir, avant de la prendre. La voir, avant de ... l'avoir ! La pressentir pour ne pas la manquer.

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 00:01
Amiens. Rue Delpech. 25 Février 2016.  © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue Delpech. 25 Février 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher toi... Amiénois,

Tu le sais, la Maison de la Culture d'Amiens fête cette année ses 50 ans. Le 19 mars 1966, André Malraux, le ministre de la Culture du Général de Gaulle, l'homme qui voulait bâtir les cathédrales de l'esprit, se serait fendu dans son discours d'Amiens d'une formule souvent mal comprise et mal interprétée. Malraux aurait dit, en substance ou texto: Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas. On a longtemps traduit: Le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas. Ce qui n'est pas du tout la même chose.

Que penserait Malraux aujourd'hui de ce début de 21ème siècle ? Penserait-il qu'on avait bien fait de le mal comprendre ? Mériterait réflexion. La nouvelle ministre de la Culture a-t-elle pensé à cela en prononçant son discours d'Amiens à elle, cinquante ans plus tard ? Tu n'en sais rien. Tu n'étais pas parmi les invités. On ne t'avait pas invité. On t'avait invité à Moulonguet pour le match de football Amiens-Orléans, Moulonguet parce que la structure métallique du Stade de la Licorne est devenue dangereuse, la rouille, en moins de 20 ans, l'ayant sérieusement endommagée. Quand tu penses au Parthénon, au Colisée ou à la Grande Muraille de Chine, tu te demandes pourquoi vraiment des hommes sans moyens autres que... humains, ont largement construit pour 20 siècles, alors qu'aujourd'hui, avec tous leurs moyens techniques et technologiques, les hommes construisent à peine pour... 20 ans. Le Stade de la Licorne sinistré, les rencontres de football, pour éviter tout risque d'accident avec les joueurs ou les spectateurs, auront lieu désormais dans le vieux Stade Moulonguet. Retour qui n'est pas pour te déplaire: le Stade, au cœur de la ville, c'est tout de même autre chose. Les tribunes et les gradins de football, pour toi, comme pour Camus, sont aussi lieux de Culture.

A propos de la naissance, il y a donc tout juste 50 ans, de cette toute neuve Maison de la Culture, tu te souviens d'une superbe anecdote. Quelques jours après l'inauguration officielle, un homme de la campagne avait poussé jusqu'à la ville pour aller voir ce qu'il pouvait bien trouver en rapport avec son métier dans cette Maison. Pour voir ce qui pouvait bien l'intéresser.

En bleu de travail, casquette sur la tête, il a timidement poussé la porte vitrée du bâtiment tout en béton tout neuf. Comme on savait le faire à cette époque, il a, d'un geste à la fois précieux et gracieux, salué l'hôtesse en retirant d'une main leste sa casquette et après un court instant, le temps d'embrasser le nouvel espace d'un beau regard circulaire, il a osé poser la question, sa question, la seule qui lui importait : Où sont les tracteurs ?

La dame de l'accueil, un peu gênée, a souri et a très vite expliqué qu'il n'y avait pas de tracteurs exposés dans la Maison et qu'à son avis il n'y en aurait jamais. L'homme a semblé déçu. Il a fait deux pas en arrière, a bredouillé quelques mots d'excuses, pour le dérangement, avant de tourner les talons. Définitivement.

Dehors, il a revissé sa casquette sur sa tête et a réalisé sa bévue. Pour lui, la Culture, depuis toujours, c'était l'AGRI Culture, la culture de la terre. Une Maison de la Culture, ça devait forcément exposer des tracteurs. Au village, tout le monde ou presque travaillait "dans la culture". Avec Malraux, une véritable révolution culturelle allait s'écrire. Une révolution qui allait d'abord s'écrire dans le vocabulaire. Du monde de l'Agri/culture, on passait dans le monde de la Culture. De la culture de la terre à une Terre de Culture. Pour effacer, à tout jamais, - Malraux dixit -, le mot hideux de province. Formule, au fond, légèrement maladroite.

Tous ceux qui n'avaient alors, à la campagne, pour seul diplôme, que leur BSP, leur Bon Sens Paysan, se sont bien rendus compte qu'on allait changer d'époque. De façon de vivre et de penser. L'histoire ne dit pas si l'homme qui voulait voir les tracteurs est revenu à la Maison de la Culture. Pour y voir des Spectacles, des Expositions, du Théâtre... Pour y écouter de la musique, des concerts, de la musique... classique, mais aussi des chanteurs dits de... variétés.

 

Toi, tu te prends à rêver que... oui !

 

© Jean-Louis Crimon

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 00:08
Paris. Saint-Michel. 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Saint-Michel. 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher voleur d'instants,

 

Il y a une dizaine de jours, un de tes amis t'a posé la question la plus radicale qui soit: est-ce que tu leur demandes l'autorisation, aux gens que tu photographies, avant de les prendre en photo ? Sous entendu tu devrais ou mieux, tu dois, leur demander l'autorisation. Très vite, l'argumentation suit: droit de la personne à son image, tu ne peux pas ignorer ça !

 

Autrement dit, tu ne peux plus photographier sans au préalable demander l'autorisation. Impensable et impossible pour toi. Ce serait un non sens. Une absurdité. Où serait la liberté de création de l'artiste ? Où est la liberté du photographe ? Demande à Doisneau, demande à Cartier-Bresson, demande à Guy Le Querrec... Ton style de prises de vue, - la photo de rue -, ne survivrait pas à la demande d'autorisation. Tu es forcément du côté des voleurs d'instants. D'instinct, tu es voleur d'instants. Avant d'être photographe. Le respect des personnes dont tu saisis un instant de vie, une attitude, un geste, bien sûr, est primordial. Tu ne portes pas atteinte à leur image, tu leur dérobes simplement une image. Une image dont souvent ils ne sont même pas conscients. Dont très souvent aussi, ils te... remercient. Heureux que tu aies vu, pour eux, ce qu'ils n'avaient pas vu eux-mêmes.

 

Ne pas confondre société policée et société policière. Mais foin de la demande d'autorisation de photographier ! Photographe, sens-toi libre !

Pour la simple et bonne raison que si jamais tu demandes l'autorisation, à peine le temps de la réponse  et l'instant que tu voulais arrêter s'est évanoui, évaporé et se trouve réduit à néant.

Toi, quoi qu'on en pense ou quoi qu'on en dise, tu sauves ces instants que le temps... anéantise.

 

 

 

 

 

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