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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 06:59

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© Jean-Louis Crimon  

 

 

 

 

Dessin sans dessein. Sinon celui de nous séduire un instant. A la craie. Geste gratuit. Même si quelques pièces tombent dans l'escarcelle. Invention de perspectives nouvelles. Abîme sans danger. Même si une vieille dame a failli tomber d'avoir voulu prendre l'escalier. Vertige des profondeurs. Profondeurs objectivement insondables. Couleurs sépia dans le film en noir et blanc d'un quotidien d'hiver.

Dessin sans dessein. Sinon celui de distraire ou de dérouter le passant. Le touriste programmé pour des parcours trop bien fléchés. J'aime la perfection fascinante de ce geste dérisoire. La beauté parfaite de cette toile de bitume. Une bonne pluie et il ne restera rien de ce chef-d'oeuvre éphémère.

Métaphore de l'artiste, non pas. Véritable incarnation. Vraie définition. Craie. Vraie. Vraie craie. La craie est vraie. La craie ne triche pas. La craie ne ment pas. Elle sait. Elle sait qu'elle est poussières et qu'elle retournera poussières.

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 05:23

558223 10150711589509726 1259689689 n © Jean-Louis Crimon 

 

 

 

 

Les petites mains de la manucure, je le sais bien, personne n'en a cure. Même pas la petite soeur qui sort de sa cure, ignorant la devanture à la belle écriture... Les Petites Mains, chaque matin, sur son chemin...


Idem pour les petites mains de la haute couture. Cela dit sans fioriture. Mais la main de la petite soeur dans le pot de confiture, le soir, après les dévotions pour l'assurance-futur... en robe de bure, au chapelet, ça carbure...

 

Ma soeur. Masseur. Les sons, toujours, trahissent. Au nom du père, au nom du fils. Ma soeur. Masseur. Ma sage. Massage. En cale sont les sons. Je veux dire en... caleçons, les sons...

Les sons, à poils, ça tombe au poil, pour ma chanson. Laissons, laissons... Laissons les sons... La vie en cure, quelle sinécure, autant se faire... une ciné cure...

 

La main de ma soeur, Pont de l'Alma ou pas, dans la..., en veux-tu, en voilà... La main de ma soeur dans la... que je ne prononce pas... La main de ma soeur dans la... que je ne nomme pas...

Allez savoir pourquoi, j'ai toutes ces rimes en tête, sans doute, c'est bête, parce que ma mère me disait toujours "Arrête... de faire le... zouave !"

 

C'est sûr, pour le péché de confiture, la petite soeur le confesse, un Confiteor vaut bien une messe. Quoi qu'on en dise, péché de gourmandise, péché bien véniel, n'est qu'une friandise, qui ne prive pas du ciel. Confiture, confiture... De l'âme, la légère déconfiture...

 

Pas de pot. Toujours la même histoire. Repas trop frugal au réfectoire. La main dans le pot de confiture... Trop douce torture... Le Diable est dans le sucré. Dieu, dans le sacré. Assez, assez, la confiture. Encore, encore, le Confiteor. La faute est effacée. Le pot est refermé. Confiteor encore et encore... Confiteor à... ras bord.

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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 00:55

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© Jean-Louis Crimon 

 

                                                                                                                                    

 

Fin de marché. Je pense que ça a... marché. Le geste est beau. Souple. Efficace. Précis. La mèche est belle. Le regard aussi. L'oeil. Noir. Noir Esmeralda. Je ne sais pas. Gitane ou bohémienne. L'oeil. Bleu. Bleu Adjani. Esmeralda ou Fleur-de-Lys. Sans malice. Suis pas de la Police. Plutôt de La Palice. Sourire absent, mais vrai délice. Instant propice.

Pas possible de lui demander si je peux. Je prends. Sans demander. Je m'autorise à fixer ce regard que la lumière irise. Si je demande, il n'y a plus de photo. Je prends. Je vole. Je suis un voleur. Voleur d'instants. Je le sais. J'assume. Voleur d'instants. Photographe d'instinct. Instant et instinct. C'est équidistant.

Elle balaie dans l'espace des fleurs. C'est la fleuriste. La fille du fleuriste. Ou son employée. Marchande de fleurs. Je suis arrivé à l'improviste. Place Monge. Début d'après-midi. Place Monge. A Paris. Fin de marché. Place Monge. Belle comme un songe. Sans mensonge. Sans savoir à quoi, ou à qui, elle songe.

La mèche est belle. Rebelle aussi. Chevelure Baudelairienne. Tu parles, Charles. Comme si le vent, en un éclair, voulait lui faire, en guise de brushing matinal, histoire d'éclaircir son destin, un... balayage. Le comble pour la... balayeuse.

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 16:08

 

Bien longtemps que mon camarade de quai ne m'avait autant amusé. Julien adore parler de tout et de rien. Surtout des petits riens. Son côté pince-sans-rire malgré lui est souvent à mourir. De rire. Pas d'ennui. Avec Julien, on ne s'ennuie pas. Tant le propos est déroutant. Dans le genre, d'ailleurs, il excelle. Plus la chose est dérisoire, plus le ton est solennel.

 

- C'est certain, demain, je m'amène un siège.

- Un siège ?

- Tu comprends, le soleil, c'est agaçant. C'est fatigant. C'est lassant. Moi je n'aime que l'ombre.

- Ah bon, et le siège, ça va changer quoi, Julien ?

- Comme l'ombre, elle tourne, avec un siège, je peux me déplacer, mais j'peux pas bouger le banc. Il est bétonné pour des siècles.

- Bon, et alors ?

- Le banc, il est en plein soleil. Moi, j'peux pas rester en plein soleil. Avec mon siège, je suivrai l'ombre. Je serai toujours à l'ombre.

- Tu en as de ces problèmes, Julien ? T'as qu'à faire un casse ?

- Casser le banc ?

- Non un casse, un vrai casse !

- Ah bon, et pourquoi ?

- Un bon casse, tu sais, ça te condamne à l'ombre pour un paquet de temps.

- Non, non ! J'veux pas de cette ombre-là ! Je veux l'ombre de l'homme libre. Pas l'ombre de l'homme en cabane.

- Bon, t'as qu'à te construire une cabane !

- C'est malin !

- Julien, tu pourrais porter un chapeau. Un chapeau de paille. Comme le grand Bernard, tu sais, celui qui a un beau rayon sciences humaines. Des chouettes bouquins Maspero. Ou une casquette, comme le Christian du quai Montebello.

- Non pas de ça, j'ai pas une tête à casquette ! Pas une tête à chapeau.

- Bon, va pour le siège. Le "saint" siège !

- Au début, j'pensais pas apporter de siège. Mais là, le soleil tape trop fort. J'comprends pas, ce banc, il est toujours en plein soleil. Pourtant y'a encore des feuilles aux platanes.

- Le soleil tourne, Julien. La Terre aussi... Le soleil se lève à l'Est. Il se couche à l'Ouest. A midi, il fait son midi. Moralité, le banc, le soleil, il l'a tout le temps...

- En plus, en ce moment, y'a souvent des touristes qui se l'octroient, le banc. C'est agaçant. Ils s'étalent.

- Demande leur de te faire une petite place !

- Tu parles, il fait mal au dos, ce banc. Il est pas confortable. Pas accueillant. Pas comme dans les squares. Tu sais, les bancs de square, avec le dos arrondi. Dos du banc qui épouse parfaitement ton dos à toi. Pour te reposer en douceur les vertèbres. Pas comme ce banc du quai: en moins d'une demi-heure, t'as mal au dos. A croire que la ville ne souhaite pas qu'on puisse s'asseoir.

- Comme dans le métro, Julien. Sur le quai, leurs coquilles en plastique, jaunes ou oranges, très inconfortables. Plus de bancs dans le métro. Pour chasser les clodos. Qu'ils aillent dormir ailleurs. A l'extérieur.

- Sûr, ma décision est prise: je m'amène un siège.

- Danger, Julien ! assis, tu vendras moins. On ne vend que debout. Que si ton regard est à la hauteur du regard des passants. Pour créer le lien, le contact. Pour être un bon vendeur, faut être à la hauteur des promeneurs.

- On verra bien. Mais sûr, demain, j'ai mon siège.

- Un pliant.

- Un pliant ?

- Oui, un pliant, c'est pliant. T'es vraiment un gars pliant.

- Vachement drôle...

- C'est plié, Julien. L'affaire est pliée. Amène ton pliant.

 

Dialogue insolite. Conversation absurde. Mots du temps. Mots tentants. Mots pour passer le temps. Si peu de passants ces temps-ci. On a tout son temps. On tue le temps. Soudain, le temps se tait. Le temps s'est tu. Fin de l'impromptu.

C'est connu: ceux qui tuent le temps, le temps les tue.

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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 02:16

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© Jean-Louis Crimon

 

                                                                                                              


Passer dans les clous. Traverser dans les clous. On disait ça autrefois. Quand de grosses têtes de clous en cuivre indiquaient le chemin à suivre.

Un jour, les clous ont disparu. Le clavier de bandes blanches est apparu. On a continué, un temps, de dire passage clouté. Puis s'est imposé passage piétons. Passage pour les piétons. Les piétons, on le sait, traversent en bande. Sauf les jours de manifestation. Quand le peuple en a assez de travailler pour des clous. La colère populaire descend alors dans la rue. Déferle dans la ville. En dehors des clous. Marée humaine qui en a marre. Marée humaine qui se voit opposer une autre marée: la maréchaussée. Déferlante imposante. Le piéton ne peut plus passer. Des chaussures cloutées ont barré l'accès. Pouvoir toujours dans l'excès. Le pouvoir ne veut rien entendre. Entend seulement mater le peuple. Lui river... son clou.

Fin de manifestation. Des gardes mobiles, immobiles, pour interdire les automobiles. Clou du spectacle: une escorte cloutée pour emprunter le passage. Le piéton hésite.

Traverser dans les clous. Des clous ! Traverser dans les clous. Aujourd'hui, ce genre d'expression, ça ne vaut plus... un clou.

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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 11:07

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© Jean-Louis Crimon 

 

                                                                                                                  

 

Les soirs d'été, le vent caresse la Seine. Il se couche sur elle. Souffle chaud et lourd comme une respiration d'amour. Des vaguelettes dessinent des poissons d'or et d'argent. Je lance mes gaules. A tout hasard. Chaque soir, je rentre bredouille.

L'écrivain est un pêcheur à la ligne. Assis au bord du fleuve. Impassible, il rêve un poème impossible. D'avance, il sait que ça va échouer. Histoire d'hameçons. Hameçons. Ames sont. Où est l'âme qui hameçonne ? Dans la cloche de Notre-Dame qui sonne ? Solitaire coureur de fond. L'âme du poète devient lame de fond.

Pas d'inspiration au bord du fleuve. Pas d'inspiration fleuve. L'idée demeure au bord. Pas à bord. Pas en barque. Là où l'on embarque. En bordure. Là où ça perdure. Chanson en cale sèche. Là où ça pèche. Pas là où ça pêche. Problème d'accent. Question de style. Métaphore subtile.

Pêcheur à la ligne à l'affût d'un signe. Circonflexe, aigu ou grave, pas très grave. Faute bénigne. Même si, côté sens, différence... immense.

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 14:30

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© Jean-Louis Crimon  

 

 

On me dit parfois trop bavard. Ce que je veux bien croire. Aujourd'hui, pas d'histoire: je me tais. Vous offre simplement cette image. Le silence... en option.

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 09:03

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© Jean-Louis Crimon

 

 

 

Pèlerin d'un curieux pèlerinage. Pèlerin sans âge. Duvet blanc en guise de pèlerine.  Pèlerine dans le vent. Pèlerin du matin. Pèlerin du soir. Pèlerin du trottoir. Du matin au soir. En quête d'un endroit où s'asseoir. Où se poser. Où se reposer. Fatigué de déambuler dans la ville. Traîne-bitume. Marcheur éternel. Piéton inlassable. Etre à part. Invisible pour la plupart. Passant dérisoire. Père Noël improbable. Houppelande du no man's land. SDF. Sans Domicile Fixe. Sans toit. Pas sans foi. Pas sans loi. Pas sans foi ni loi. Même si le doute est compagnon de route.

Conte cruel qui commence toujours par Il était une fois. Histoire qui déraille on ne sait trop pourquoi. Homme qui raconte de bonne foi...

Qui se soucie de toi ?

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 10:35

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© Jean-Louis Crimon

 

Vous n'allez pas me croire. Le tableau attire d'abord mon regard. Curieux tableau derrière le volet de fer en losanges. Mains gourmandes qui passent sous les bras pour s'emparer de ces seins qu'on imagine volontiers volumineux. Plantureux à souhait.

J'aimerais avoir ce tableau chez moi. Avoir à défaut d'être. A reculons, je m'éloigne de la fenêtre.

Deux personnages entrent dans mon champ visuel.

Dans la rue, deux personnes discutent ardemment.

Geste éloquent à l'appui des arguments.

Les mains de la femme blonde en écho aux mains du tableau.

Une pensée lubrique me traverse soudain l'esprit. Je devine les mots de la femme blonde. Ou je les invente pour vous:

- Tu vois, j'aimerais que tu me prennes les seins comme ça. A pleines mains.

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 00:38

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© Jean-Louis Crimon

 

Victor Hugo a écrit Choses vues. Pas la partie la plus connue ou la plus appréciée de son oeuvre. Ce qui, au fond, me déçoit et m'attriste. A ma façon, j'essaie d'écrire Choses vues. Sous forme de photos. On a coutume de dire Pas un jour sans une ligne. Depuis que je me suis remis à la photographie, je me dis Pas un jour sans une photo. Une photo. Une vraie photo. Une image qui dit quelque chose. Qui raconte une histoire. Qui pourrait être une chanson. Une nouvelle. Un roman. Une photo qui écrit. Une photo qui s'écrit. Une photo... graphie.

Bien sûr, pas question pour moi de tutoyer le talent de celui qui, à quatorze ans, s'était écrié Je veux être Chateaubriand ou rien. A côté de ce monstre littéraire, je suis définitivement poids plume. Poids plume dont la plume n'a pas de poids. En commun avec le grand Victor, pourtant, le goût des mots d'esprit, des mots de la rue, des coups de coeur ou des coups de gueule. La passion de la chose publique. De la République. Mais, je le sais, tant mieux, tant pis, mes indignations ou mes colères de papier, siècle vain ou vain et un, n'auront que peu d'intérêt pour la postérité. Aussi peu d'intérêt que le peu d'intérêt que leur portent mes contemporains.

Que mes Choses vues à moi restent en marge, comme celles du grand écrivain classique, ne me décourage pas. Mes Choses vues à moi sont, au départ, délibérément, volontairement, en marge. Entre l'essentiel et le dérisoire. Entre le dérisoire et le déroutant. Entre l'essentiel et les sans-ciel. Entre l'importun et l'important. Entre l'utile et le futile. Entre le bruit et le silence. Entre le faible et le fort. Entre le solide et le fragile.

 

Parfois une idée, comme une vie, du moins on le dit, ça ne tient qu'à... un fil.

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