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29 juin 2021 2 29 /06 /juin /2021 09:57
Amiens. MCA. Essai de voix. 10 Oct. 1979. © Gilles Crimon

Amiens. MCA. Essai de voix. 10 Oct. 1979. © Gilles Crimon

Joan-Pau Verdier, Maison de la Culture d'Amiens. Milieu de l'après-midi, avant son concert du soir. Uher, comme magnéto, mais micro Sennheiser. Très tôt, j'ai compris que c'était le micro qui faisait la qualité du son enregistré. L'Uher 4000 était mon premier magnétophone. Essai de voix... Nom, prénom, profession.

Joan-Pau Verdier, pour moi, à tout jamais, l'une des grandes voix de la scène occitane des années 70 et 80. Dans l'autre siècle. Un siècle où les chanteurs avaient de la voix et surtout des idées pour porter la musique. Pas l'inverse. De l'Oc au Rock, Verdier chantait admirablement l'époque. Troubadour électrique venu saluer ses frères les trouvères. Sans déc, peu importe les mots ou les musiques, ce qui compte, c'est ce qu'on dit avec.

Rencontre chaleureuse et fraternelle. Questions au-delà de la classique interview. Questions qui surgissent dans la conversation. Entre deux frères. Un Troubadour et un Trouvère.

 

- Chanteur Oc ou Chanteur Rock ? 

- Ni l'un, ni l'autre. Je n'aime pas les étiquettes. Je suis ce que je sens, ce que je ressens. Je ne suis pas un chanteur Occitan et je ne suis pas chanteur Français pour autant. Je suis Occitan parce que je suis né en Occitanie un jour, et que je connais la langue. Je chante en occitan et je chante en français.

 

- L'affirmation des racines, mais sans barrières, sans frontières...

- Au départ, retrouver mes racines occitanes, c'était une manière de lutter contre la Culture française. La Culture avec un grand C majuscule, c'est à dire cette culture littéraire, universitaire, qu'on nous imprime à l'école, à l'université. C'était aussi une manière d'affirmer la langue occitane, et l'existence des langues et des cultures régionales. Aujourd'hui, que je chante en Oc, en français, ou que je fasse de la pop, c'est toujours une façon de rejeter la culture officielle et artificielle. Ne serait-ce que dans les mots que j'emploie, dans le langage. J'emploie autant d'argot, de franglais que d'occitan. Les mots se mêlent, se mélangent, et tout cela se construit à l'opposé de la culture officielle. Enfin de ce que l'on a voulu nous faire passer pour "La Culture" .

 

- Une belle manière de défendre la dimension politique du chanteur, au sens noble et premier du terme...

- Le plus important, c'est de faire évoluer les gens. Dans leur esprit, dans leur mentalité, plutôt que d'essayer de les embrigader dans des querelles de partis et de clochers politiques. Parce que je crois que le jour où les gens seront libérés, sexuellement, humainement, totalement, le reste viendra obligatoirement. On ne pourra plus alors supporter et accepter que ceux qui nous gouvernent, parlent à notre place. Les gens seront adultes. Ils pourront diriger eux-mêmes leur propre destin.Sans avoir le besoin de le confier à d'autres. C'est ça le plus important. Le chanteur est un tout petit moyen pour poser ces questions-là. 

 

Tout petit moyen mais, en ce temps-là, grands effets. C'est pour ça que j'ai cru, dès le début, à la supériorité inoxydable des poètes et des chanteurs. Au rôle primordial des artistes. Dans mon esprit, tous les autres rôles ne pouvaient être que secondaires.

 

© Jean-Louis Crimon

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28 juin 2021 1 28 /06 /juin /2021 09:57
Paris. France Culture. Déc. 2003. Amiens. MCA. Début des années 80. © DR
Paris. France Culture. Déc. 2003. Amiens. MCA. Début des années 80. © DR

Paris. France Culture. Déc. 2003. Amiens. MCA. Début des années 80. © DR

Devos : je trouve qu'on se ressemble !

Moi : Pas seulement physiquement.

Lui : Qu'est-ce que vous voulez dire ?

Moi : On se ressemble aussi...

Lui : aussi quoi ?

Moi : aussi... vocalement.

Lui : Faites-le ! Pour voir !

Moi : Alors, j'lui dis (avec sa voix), JE VOUS IMITE !

Lui : Mais vous le faites bien ! 

 

Entre lui et moi, tout a commencé comme ça. On sortait du studio 134 où je l'avais interviewé pour l'émission du samedi midi, "Le livre de la rédaction". Pour la sortie de son dernier opus : "Les 40 èmes délirants". Au Cherche-Midi. Je m'étais dit : pour un homme qui passe pour être à l'Ouest, publier au Midi, logique, non ? Mais je n'avais pas osé la lui faire pendant l'enregistrement. Pas osé non plus le faire parler de ces années passées en Allemagne, comme STO, déporté du travail, là où le soir, dans le stalag, pour distraire ses camarades de chambrée, il avait commencé à improviser des petits sketches drôles et absurdes. Raymond Devos n'aimait pas qu'on lui parle de ce temps-là. Il ne voulait rien devoir aux Allemands.

 

Le raccompagnant jusqu'à l'ascenseur qui descend Porte B, Devos me prend le bras et me dit : je suis au Salon du Livre, samedi et dimanche, venez me voir, ça me fera plaisir

Le samedi, chose promise, chose due, comme au Salon, j'y suis, pour signer, au stand du Castor Astral, mon petit roman "Verlaine avant-centre", vers midi, je pousse logiquement jusqu'au Cherche-Midi. 

- Ah, vous êtes là !

Puis, s'adressant à la bonne centaine d'admirateurs de la queue qui serpente autour de la table où il dédicace à fond la caisse, Devos hurle : Le p'tit, là, il m'imite !

Raymond marque un temps d'arrêt. L'art du silence que maîtrise, à merveille, l'homme de scène. Puis, s'adressant à moi, sur un ton qui ne supporte aucune hésitation : Faites-le !

J'ai dû faire Devos, devant Devos, face à plus de cent admirateurs qui ont applaudi à tout rompre, en scandant "Devos/Devos" ! Un incroyable succès public. Un triomphe. Le seul de ma vie. 

A ce moment précis, une petite vieille dame tout en noir, s'est faufilée dans la file, doublant des dizaines de personnes, pour venir jusqu'à ma hauteur et, d'une voix aiguë, me lancer :

- Vous êtes son fils ? Sans attendre ma réponse, la petite dame tout de noir vêtue, tellement fière de sa trouvaille, a enchaîné : Qu'est-ce que vous lui ressemblez

 

Un immense éclat de rire a secoué toute la file de la centaine de fidèles qui attendaient, chacune, chacun, leur dédicace. Devos m'a regardé, comme subjugué par l'instant, avant de lâcher, sublime :

- La preuve !

 

© Jean-Louis Crimon

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27 juin 2021 7 27 /06 /juin /2021 15:51
Oslo. Norvège. 1993 / 1994. Yasser Arafat. © Jean-Louis Crimon

Oslo. Norvège. 1993 / 1994. Yasser Arafat. © Jean-Louis Crimon

Cette année-là, Yasser Arafat reçoit à Oslo, en Norvège, le Prix de la Fondation Carter, du nom de l'ancien Président démocrate, Jimmy Carter, Prix Nobel de la Paix 2002, depuis longtemps engagé dans le dossier du Proche-Orient. Carter, celui-là même qui a négocié et obtenu les accords de Camp-David, les premiers, ceux de 1978. En 2003, Carter soutiendra l'initiative de Genève, un plan de paix israélo-palestinien non officiel. Manière de donner une nouvelle impulsion à la "feuille de route" de l'administration Bush, à condition que celle-ci décide de modérer ses positions pro-israéliennes. Selon la formule longtemps martelée, et malheureusement, tout aussi longtemps piétinée depuis,  "deux Etats, libres et indépendants, vivant, côte  côte, en harmonie et en paix". Nous en sommes si loin, désormais.

 

Fin de matinée danoise. Coup de fil de Ralph Pinto, chet du service diplo de France Inter, toujours courtois, mais avec un rien de malice ou d'ironie : Bon, Monsieur Crimon, vous pratiquez bien les avions dans votre contrée lointaine, Copenhague-Oslo, ça doit se faire en une heure ! Arafat y reçoit cet après-midi le Prix de la Fondation Carter, vous voyez ce qu'il vous reste à faire..." Avec Ralph, on ne discute pas, on obtempère. Dès le début, Monsieur Pinto m'a prévenu : deux choses à vous dire : Un, on ne tutoie pas Ralph Pinto, Deux, tout n'est pas à dire à tout le monde et à tout moment. En guise de lettre de mission, le jour de ma nomination au poste d'ESP pour la Scandinavie et les Etats Baltes, qu'en termes précis, ces choses-là sont dites. Envoyé Spécial Permanent, en permanence, 24 heures sur 24, à la disposition de l'actualité, quelle qu'elle soit, et des différents rédacteurs en chef de la grande Maison ronde. Copenhague, Oslo, Stockholm, Helsinki, parfois Saint-Pétersbourg, Talllin, Riga, Vilnius, parfois Berlin et Varsovie, un immense terrain de reportage, qui change un peu, beaucoup, je l'avoue, de Longueau, Amiens, Dreuil, Camon, Rivery. Vue de là-haut, du grand Nord , la Picardie, ça semble tout petit, mais avantage, ma région d'origine, c'est désormais, pour moi, à tout jamais, au Sud !

 

La Fondation Carter, "Carter Center", a été créée en 1982 par le président des Etats-Unis et prix Nobel de la Paix, Jimmy Carter. Buts proclamés de la Fondation : la résolution pacifique des conflits, la défense et l'avancée des Droits de l'homme, la protection de l'environnement, l'aide au développement ainsi que la réduction des souffrances humaines.

Quand il entreprend son premier voyage au Proche-Orient, en 1973, Jimmy Carter est simple gouverneur de Géorgie, Etat modeste du Sud des Etats-Unis. En trente ans, il devient l'un des meilleurs connaisseurs de la région. Proche d'Yitzhak Rabin, de Moshé Dayan et de Golda Meir, il dialogue avec tous ceux, d'Anouar el-Sadate à Ehud Olmert, de Hussein de Jordanie à Yasser Arafat, qui ont imprimé leur marque dans l'histoire tourmentée de cette partie du monde.

Comme le processus de paix entamé à la Conférence de Madrid, en 1991, ne débouchait sur aucun résultat, des négociations secrètes sont menées à Oslo entre des membres de l'OLP et des représentants du gouvernement israëlien. Le 13 septembre 1993, la Déclaration de Principes dite "accords d'Oslo" sera signée à la Maison Blanche, sous l'égide d'un autre président démocrate, Bill Clinton. Une photo fera le tour du monde, celle de la poignée de main historique échangée entre le premier ministre israëlien, Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. Une poignée de main qui les conduira, avec Shimon Peres, au Prix Nobel de la Paix.

...

Oslo, allez savoir pourquoi, ça m'a toujours fait penser à la Belgique et aux Belges. Même simplicité des Norvégiens. Moins solennels que les Suédois. Moins pointilleux que les Danois. Tout est simple. On vous dit rarement non. Les Norvégiens sont les Belges des Danois et des Suédois. En Norvège, accès facile aux différents Ministères. 

- Jeg er en fransk journaliste og vil bli akkreditert for utdelingen av Carter Foundation-prisen til Yasser Arafat... Je suis un journaliste français et je voudrais être accrédité pour la remise du Prix de la Fondation Carter à Yasser Arafat...

- Ja, selvfolgelig, men du snakker norsk veldig bra ! Du ma fortelle meg hvorfor... Oui, bien sûr, mais vous parlez très bien norvégien ! Il faudra me dire pourquoi...

 

Charmante, l'attachée de presse du Ministère des Affaires Etrangères, le Utenriksdepartementet,je lui promets un café, après l'interview d'Arafat. Si tout se passe bien.

 

Seul problème, ça se voit tout de suite, la salle où doit se dérouler la cérémonie est trop petite. Il y a trop de monde. Trop d'accréditations et trop d'invitations. Les confrères sont en nombre. Comme c'est la coutume, je laisse les deux premiers rangs à la télévision, et je m'installe au troisième rang,  attribué aux radios, ensuite ce sont les confrères et consoeurs de la presse écrite. Prévoyant, je suis dans la salle une bonne dizaine de minutes avant l'heure. J'installe donc mon micro sur un mini pied posé devant la place siglée au nom de Yasser Arafat et je déroule la rallonge prévue pour les cas où il n'est pas possible d'approcher celui dont on veut recueillir la voix. De la table où s'exprimera Arafat, je fais descendre le câble, le passe sous les deux premiers rangs, et me raccorde au Nagra, que j'ai sur les genoux, au milieu de la troisième rangée, juste en face de la place où Arafat doit s'asseoir. Parfait. 

A l'heure prévue, le petit homme au keffieh noir et blanc pénètre dans la salle, accompagné  du Président Carter. Arafat s'assoit juste à l'emplacement prévu. Bien en face de mon micro siglé Radio France. Jimmy Carter reste debout, juste derrière lui. J'ai bien géré. J'enregistre dès qu'il commence à parler. Le vumètre module bien, le son sera bon. Sauf que, - allez savoir pourquoi- , une minute à peine après le début de l'enregistrement, légère bousculade côté caméramen du premier rang, le mini pied tremble et le micro tombe sur la table. Mon enregistrement de la conférence de presse de Yasser Arafat est en carafe et moi à la ramasse. Refusant de m'avouer vaincu, je relève la tête et fixe le regard de Jimmy Carter, puis je baisse ostensiblement la tête vers le micro. Je recommence sans vouloir être trop intrusif. Carter comprend le drame qui se joue pour moi, il s'empare du micro, le tient à bout de bras devant la bouche d'Arafat. Sourire de remerciement de ma part en direction du grand homme qui, à cet instant précis, me sauve la vie et mon enregistrement.  

Heureusement, l'anglais d'Arafat ne permet pas de discourir trop longtemps. Quelques questions des confrères norvégiens et de la presse étrangère, et l'affaire est pliée. Je m'empresse d'aller récupérer mon micro et mon mini pied. En remerciant chaleureusement mon sauveur du jour.

 

- Je n'ai pas les moyens de vous "piger" mais je dois vous dire un grand merci, Monsieur Carter. Sans vous, pas de prise de son. Pas d'enregistrement. D'autant plus ému que je pense à mon père qui admire l'Amérique. Quand je vais lui dire que j'ai eu, à Oslo, un Président des Etats-Unis pour preneur de son, moi, le fils du jardinier... ses yeux vont se mouiller.

 

Jimmy Carter, très classe, m'a serré longuement la main, et m'a dit : The pleasure is mine. 

 

© Jean-Louis Crimon

 
Yasser Arafat recevant le Prix Nobel de la paix, aux côtés de Shimon Peres et Yitzhak Rabin, le 12 décembre 1994.

 

 

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26 juin 2021 6 26 /06 /juin /2021 09:47
Compiègne. Début des années 80. Après le spectacle. © DR

Compiègne. Début des années 80. Après le spectacle. © DR

Un soir du début des années 80, après le spectacle. Compiègne. Paco Ibanez était venu saluer Léo dans sa loge et, comme d'habitude, Marie avait plaidé ma cause : " Léo, tu sais, c'est le monsieur d'Amiens, tu peux le recevoir, lui, il est gentil." Ferré m'ouvrait les bras et me faisait la bise. Viens dîner avec moi, on fera ça après le repas ! Feu vert pour la conversation magnétique. 

 

Le lendemain soir, le téléphone sonne. J'étais dans la salle de bain en train de développer les photos de la soirée de Compiègne. Je décroche.

- Allo, Jean-Louis Crimon, c'est toi, c'est Léo, je t'appelle parce que tu sais, hier soir, pendant l'interview, j'ai déconné un peu sur Jean-Edern Hallier, ce mec qui voulait "casser du Ferré en Mai 68", ce type qui affirmait partout que j'étais "l'anar à la Rolls", mais bon, tu le sais, toi, je te l'ai dit, j'ai jamais eu de Rolls... Bon, tu vois, je t'appelle, là, à la mi-temps, faut que tu me promettes de ne jamais diffuser ce que j'ai dit sur lui, parce que, sinon, j'ai peur qu'il vienne encore me chahuter en concert, ça m'agace et ça me terrifie !

- Oui, Léo, je comprends....

- Tu me promets, hein, tu ne diffuses jamais ce truc !

- Pas de problème, Léo, je ne diffuserai pas ce passage de notre conversation, ça restera entre toi et moi.

- Bon, merci, Jean-Louis, j'y retourne, tu sais, c'est l'entracte, mais ça va bientôt recommencer, je repars au combat ! Je t'embrasse !

- Bonne fin de concert, Léo, je t'embrasse aussi, bon courage à toi !

 

Incroyable coup de fil ! C'est comme si Baudelaire en personne, ou Verlaine, venait de m'appeler. Je suis resté de longues minutes, perplexe, pensif. Que Léo m'appelle, à l'entracte du spectacle qu'il donnait à Lille, était un signe, un beau signe. Signe d'estime, belle preuve d'amitié et de confiance. 

Bien sûr, j'ai gardé précieusement la bande magnétique de ces quinze minutes d'interview ferréesque de Compiègne et je n'ai jamais diffusé le passage où Léo parlait de Jean-Edern Hallier.

 

 

© Jean-Louis Crimon

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25 juin 2021 5 25 /06 /juin /2021 08:57
Paris. France Culture. Studio 168. 13 Juillet 2006. © Emmanuel Georges

Paris. France Culture. Studio 168. 13 Juillet 2006. © Emmanuel Georges

"Bonjour et fin de ce Journal ! " Fallait oser ! Pour une ouverture, ce fut une ouverture. Voir blêmir soudain l'ami Demorand, en état de quasi panique, et s'agiter, derrière la vitre, réalisatrice, assistante et techniciens, celles et ceux qui font vivre la voix et les sons, dura à peine une demi seconde, mais l'instant valait d'être vécu. C'était mon dernier journal en matinales. Trois années de réveil en pleine nuit, de lever avant trois heures du matin, trois saisons, 2003-2004, 2004-2005, 2005-2006, de septembre à mi-juillet. 

Certains jeunes confrères, toujours bien intentionnés, me reprochèrent d'avoir pris les auditeurs en otages et réclamèrent, en mon absence, une sanction exemplaire, un blâme, à la conférence de rédaction de 9 heures. De blâme, je n'eus point. En revanche, je reçus dans la demi-heure qui suivit ce dernier journal, une bonne cinquantaine de mails et dans la semaine quelques dizaines de lettres manuscrites, dont celle d'un vieux professeur de français qui me demanda le script de mon ouverture. Bien sûr, je la dactylographiai et lui envoyai. 

Le texte, ce fameux texte, je l'ai retrouvé il y a peu. Je vous le donne, non pas en pâture, mais en lecture. Si jamais vous avez l'envie de l'entendre dans ma voix et d'écouter ce jounal historique, le plus court de toute l'histoire de la radiophonie, il se trouve sur YouTube. 

 

Replay... Il est 7 heures sur France Culture, la première édition du Journal, c'est avec l'ami Jean-Louis Crimon, Bonjour...

 

Bonjour et... fin de ce Journal !

Oui, fin de ce journal

Le Présentateur du 7 heures subitement devenu fou s'emballe et remballe à la fin du sonal

sa moisson de sons et de sens

et vous impose, suprême insolence, cette page blanche d'un quart d'heure de silence.


Le Présentateur du 7 heures en a trop plein sur le coeur des rancunes et des rancoeurs

et des horreurs de la nuit et des malheurs du monde

de cette info nécrophile et nécrophage

assez de ces nouvelles qui n'ont rien de nouveau

assez de cette info qui sonne faux

assez de ce rituel aux allures de châtiment perpétuel.

 

Le Présentateur du 7 heures est la version radiophonique d'un Sisyphe magnétique

Chaque nuit, il roule son rocher de papiers au sommet de la montagne

d'où le rocher retombe, inéluctablement, chaque matin.

Chaque nuit, le travail est à reprendre,

Chaque matin, tout est à refaire.

 

C'est Camus qui rappelle "Les Dieux qui avaient condamné Sisyphe savaient bien qu'il n'est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir"

et Camus d'ajouter "Sisyphe, prolétaire des Dieux, impuissant et révolté, connait toute l'étendue de sa misérable condition"

et le matinalier, le journaliste du matin, a le même destin,

mais ce matin, il dit non.

 

Le Présentateur du 7 heures s'en va,

C'est son dernier Journal, 

Pas de cartons d'invitation, 

Pas de grandiose réception,

Pas de grand messe matinale,

Il casse,

Il se casse,

Il s'efface et laisse la place.

 

Voici donc, pour la dernière fois,

Les Titres de l'actualité que je vous dois...

 

Ont donc suivi les Titres du Journal de ce 13 Juillet 2006, que je développai le plus naturellement du monde :

Israël sur deux fronts : dans la Bande de Gaza, avec l'intensification des attaques contre le Hamas et, au Sud Liban, pour récupérer deux soldats enlevés par le Hezbollah,

Dans un instant, analyse et explications avec Olivier Danré, ici, à Paris, et à Jérusalem, Dominique Roque, notre consoeur de RFI et puis le sentiment de l'Ambassadeur d'Israël à l'ONU, Dan Gillerman,

Dans l'actualité de ce jeudi 13 Juillet, nous nous arrêterons à nouveau sur le dossier nucléaire iranien, avec Luc Lemonnier, et nous reviendrons, en France, sur la situation d'impasse, à EuroTunnel, après l'échec des négocaiations, hier, et sur la publication, par le Ministère de la Santé, des chiffres de dépense de santé pour 2005, en hausse par rapport à 2004, avec plus de 190 milliards d'euros, soit plus de 11 % du PIB, le Produit Intérieur Brut.

 

Aujourd'hui encore, je suis sidéré devant ce "Bonjour et fin de ce Journal !" Une telle inconscience et une telle lucidité. Sans aucun doute, l'expression de ce qu'à l'époque de la Licence de Philosophie, avec Goldenberg et Demarcy, nous appelions la hardiesse des timides.

 

© Jean-Louis Crimon

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24 juin 2021 4 24 /06 /juin /2021 09:47
Paris. France Culture. Studio 168. Déc. 2003. © François Crimon

Paris. France Culture. Studio 168. Déc. 2003. © François Crimon

Se lever, chaque nuit, au beau milieu de la nuit, du lundi au vendredi, pour une prise de service au quatrième étage de la grande Maison Ronde, à 3 heures du matin, la dure condition du matinalier. Le matinalier, celui qui présente les premiers journaux de la journée. 7 heures et 7 heures trente. Une vie à l'envers. Qui vous prive de toute vie véritable. Un rythme qui exige une très bonne condition physique. Le refus de toutes les invitations ou les tentations de sortie du soir. On ne peut pas être du soir et du matin. Le matinalier ne le sait que trop bien. Même s'il a très vite appris à dormir en "fractionné". Quand on est speaker, on dort comme un skipper

Que se passe-t-il dans la tête de celui qui vit à contre-temps, juste avant la prise d'antenne ? Juste avant le "Bonjour" du premier micro ? Pour ceux qui écoutent, c'est le matin, mais pour lui, c'est déjà le milieu de sa journée.

Une pensée d'une fraction de seconde pour les proches, la famille, les enfants, les parents, les amis fidèles qu'on imagine à l'écoute, et ces dizaines de milliers d'auditrices et d'auditeurs qu'on ne connait pas, mais qui, eux, ont le sentiment de bien vous connaître, vous, la voix familière de chaque matin. Pensée à chasser très vite. Ne pas se laisser distraire. Au contraire, concentration intense et une bonne respiration. C'est parti pour un round up de 15 ou 20 minutes. Sans hésitation, sans faute de diction, avec une voix bien timbrée, sans trop de "graves" pour plonger dans la gravité des affaires du monde. L'actualité est rarement rose ou enjouée. Le porteur de nouvelles est souvent le speaker des mauvaises nouvelles.

 

© Jean-Louis Crimon

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23 juin 2021 3 23 /06 /juin /2021 12:58
Amiens. JDA. Journal des Amiénois. 1994. © DR

Amiens. JDA. Journal des Amiénois. 1994. © DR

Devenir le Directeur, le patron, le boss, de cette radio où j'avais débuté, douze ans plus tôt, comme simple pigiste, forcément, ce fut une expérience assez particulière, le côté "clin d'oeil du destin" en prime, pour pimenter la chose. Parcours insolite, comme toujours. Humainement enrichissant. Même si, DS, DP, CHSCT ou CE, pas toujours très fraternels et parfois franchement conflictuels. De fait, mettre entre parenthèses sa carrière de journaliste, en Scandinavie, pour une fonction administrative, en Picardie, était une décision pas évidente à prendre. Courageuse, peut-être, mais surtout risquée. Dans la vie, privée, ou professionnelle, le retour aux premières amours ne paye pas toujours.

La mission que le Directeur des radios locales de Radio France, le grand Jean-Pierre Farkas, m'avait confié reposait sur trois points. Un : ramener la paix sociale dans l'entreprise. Deux : développer les partenariats payants. Trois : augmenter l'audience.

En prime, la direction comptable des budgets des radios locales me demanda de mener une enquête discrète pour comprendre pourquoi - cas unique en France, ou plutôt "en Radio France" -, on était capable à Amiens, de faire un plein de 80 litres d'essence dans un réservoir de 40. 

Dès ma première semaine, je pris rendez-vous avec le pompiste attitré de la Station. Une rencontre courtoise et éloquente. L'homme me déclara tout bonnement que mon prédecesseur avait coutume, à chaque plein de sa voiture de fonction, de faire aussi le plein de la voiture qui le suivait, la voiture de sa femme. Le pompiste facturant les deux pleins sur une même facture. Elémentaire, mon cher Watson. Elémentaire mais stupide. L'affaire fit grand bruit à Paris. Avec ironie, de bonnes âmes me surnommèrent Sherlock Holmes. D'autres m'imaginaient plutôt en Columbo avec sa phrase fétiche "Quand je vais dire ça à ma femme..."

Dans mon esprit, je n'étais pas nommé Directeur de Radio France Picardie, à vie. C'était une fonction, un rôle social. Limité dans le temps. Périssable. Mais sans y laisser sa peau. Mon quinquennat me parut suffisant.

Le jour où j'ai fait part, au cours du déjeuner d'un CCE houleux sur le passage aux 35 heures, à Jean-Marie Cavada, PDG de Radio France, de mon intention de quitter un poste où je réussisais plutôt bien, pour reprendre mon métier de journaliste, ma démarche ne l'a pas surpris. Au contraire. Il m'en félicita. N'hésitant pas à me citer en exemple au cours d'une réunion de tous les Directeurs et Directrices des radios locales de Radio France. Ce qui me valut quelques inimitiés dans la confrérie et l'hostilité définitive de ceux qui considéraient que leur rôle de Directeur était une fonction à vie. Un acquis définitif. A ne jamais remettre en cause. Les nominations successives, à la préfectorale, ponctuant logiquement les années de Direction. Sans jamais y mettre un terme. Sauf quand l'âge de la retraite était atteint.

 

© Jean-Louis Crimon

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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 15:39
Paris. France Culture. Salle de rédaction. Juin 2003. © Emmanuel Georges.

Paris. France Culture. Salle de rédaction. Juin 2003. © Emmanuel Georges.

La conférence de rédaction. Là où tout se décide. Le rituel indispensable au bon fonctionnement de la rédaction. Par rédaction, il faut entendre "ensemble des journalistes d'une radio ou d'un journal" autant que "le lieu où ils travaillent". Le choix des sujets qui seront traités, leur pertinence, les angles, tout est discuté, pesé, nuancé, et finalement validé. Ou pas. Papier ou son. Enrobé : voix du reporter + son.

Dans le rôle du présentateur du journal de 22 heures et du flash de Minuit, j'ai pris, je l'avoue, beaucoup de plaisir dans ce travail de mise en forme de l'actualité. Mise en forme et mise en voix. Vingt minutes d'informations avec, pour éclairer un fait d'actualité de la journée, l'interview, en direct, d'un éditorialiste de la presse européenne. Berlin, Copenhague, Madrid, Londres, Rome... Parfois Ankara, Alger et même Jérusalem.

Dans un autre registre, le flash de Minuit de France Culture, carte blanche et vrai bonheur d'écriture. Un 5 minutes, uniquement constitué de brèves dans la voix du présentateur. Les infos du jour qui s'en va, mêlées aux infos du jour qui s'en vient. Un exercice de style autant qu'une technique d'assemblage. 

Je me souviens de la chute insensée de la brève annonçant la mort d'un grand sociologue qui avait de son vivant refusé tout éventuel hommage, à sa mort. J'ai simplement dit au micro, après le rappel de sa vie de chercheur et d'intellectuel, " Ce soir, s'il existe, Dieu a fait une bourde".

Ce qui a eu le mérite de scandaliser le Directeur de la rédaction et de plaire énormément aux auditeurs, surtout des auditrices d'ailleurs, de la nuit.

 

© Jean-Louis Crimon

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21 juin 2021 1 21 /06 /juin /2021 09:57
Saint-Quentin. Graeme Allwright. Août 1979. © Philippe Callot.

Saint-Quentin. Graeme Allwright. Août 1979. © Philippe Callot.

Palais de Fervaques. Saint-Quentin. Aisne. Picardie. Mois d'août. Une heure avant le spectacle. Graeme Allwrigth est à chaque fois déconcertant de gentillesse. Disponible. Partant pour toutes les conversations. Ouvert à toutes les questions. Que l'on parle de l'importance des mots, du texte, dans le choix de ses chansons, de sa façon d'être sur scène, souvent pieds nus, du bonheur d'être chanteur, du bonheur de vivre, d'être vivant, de la vie simplement et de la mort aussi, Graeme est toujours le même. Simple, direct, avec en prime un rien de méditation métaphysique profonde. Touchant et attachant. Un bel être humain vraiment humain.

"La mer est immense", "Henrik", "Qui a tué Davy Moore ?", "Petites boîtes", "Il faut que je m'en aille", "Dommage", ou encore  "ça, je ne l'ai jamais vu", autant de titres, autant de chansons qui ont ponctué sinon les grands moments, de bien beaux instants de notre vie.

 

Extraits d'une jolie conversation magnétique d'il y a plus de quarante ans.

 

" Pour moi, la chanson, c'est beaucoup plus le texte. En dehors. de certaines chansons qui sont des chansons pour s'amuser, pour rigoler, et pour chanter ensemble aussi. Mais, pour moi, le texte est très important, ça conditionne ma façon de travailler, parce que la musique doit véhiculer le texte et le mettre en valeur. Bien sûr, le fait d'attacher beaucoup d'importance au texte, ça n'empêche pas de concevoir et de créer une mélodie agréable. Actuellement, je crois qu'on a perdu l'habitude d'écouter. On entend des musiques constamment, à longueur de journée et des chansons, il nous reste des bribes de paroles, des mélodies qui nous trottent dans la tête. On appelle ça des "tubes", des "scies", et c'est fait pour ça aussi... Mais la chanson, c'est - ou ça devrait être - autre chose. Autre chose que cet espèce de fond sonore qu'on écoute souvent en train de faire autre chose. La chanson mérite toute notre attention et puis c'est un moyen merveilleux pour s'adresser au plus grand nombre."

 

"De toute façon, je ne crois pas à la politque. Plus du tout. Je trouve que les hommes politiques sont des pantins, des pantins de l'Histoire. Ils font un spectacle qui amuse les gens, comme un match de foot, ça les distraie, ça fait partie des distractions. Bon, c'est vrai qu'il y a des hommes compétents, des hommes sincères certainement, mais ils ne voient pas, ils ont des oeillères, et ils n'ont pas de vrai programme pour l'homme. Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur langue, ce qu'ils appellent la polémique."

 

Lucidité rare. D'une actualié sidérante. Les temps changent. Pas si sûr. Les temps n'ont pas tellement changé. 

 

© Jean-Louis Crimon

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20 juin 2021 7 20 /06 /juin /2021 11:17
France Bleu Picardie. Avec Vincent Schneider. Juin 2017. © DR

France Bleu Picardie. Avec Vincent Schneider. Juin 2017. © DR

Dans cette radio, il sera dit que j'aurai franchi toutes les étapes, appris tous les métiers, ou presque, de pigiste, commentateur des matches de foot de Moulonguet ou des tiers-temps de hockey sur glace au Coliseum, reporter, flashman, présentateur des journaux du matin, puis du journal du soir, et enfin, directeur, après une escapade de trois ans de grand reportage à Copenhague. Envoyé Spécial Permanent de Radio France pour les Pays Scandinaves et les Etats Baltes. Sans oublier la Finlande qui n'est pas un pays scandinave, même si l'on y parle, en plus du finnois, aussi suédois. La Finlande a en effet deux langues officielles : le finnois et le suédois.

 

Être invité de la matinale de Vincent Schneider, plus de trente ans après mon premier micro, pour évoquer mes 480 "Je me souviens d'Amiens", façon Perec, pas si mal, ou plutôt, comme aurait dit ma vieille maman, malheureusement plus de ce monde depuis sept ans déjà, "C'est pas banal".

 

Pas banal, mais toujours matinal. La radio, à tout jamais, c'est le matin. 

 

© Jean-Louis Crimon

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