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9 mai 2022 1 09 /05 /mai /2022 08:57
Paris. 2008. Heimermann, Fournel, Crimon, Echenoz. Une attaque de rêve. Stade Charléty. © DR

Paris. 2008. Heimermann, Fournel, Crimon, Echenoz. Une attaque de rêve. Stade Charléty. © DR

Quatre prix Tristan-Bernard pour une attaque de rêve. Benoît Heimmermann, Paul Fournel, JLC et Jean Echenoz. Un soir à Charléty. Le stade Sébastien-Charléty. Remise du Prix Tristan-Bernard à Jean Echenoz pour Courir, biographie romancée consacrée à Emil Zatopek, parue aux éditions de Minuit. Ce prix Tristan-Bernard, surtitré Grand Prix de Littérature Sportive a été attribué pour la première fois, en 1943, à Roger Frison-Roche pour son roman Premier de cordée.

 

Pour Tristan Bernard, créateur de l'Asssociation des Ecrivains sportifs, le sport et la littérature n'ont rien de contradictoire. Bien au contraire, pour le romancier et auteur dramatique, célèbre pour ses mots d'esprit, de nombreuses passerelles réunissent sport et littérature. Créé en 1943, le Grand Prix de Littérature Sportive se donne pour ambition de couronner un ouvrage écrit en langue française, pour ses qualités littéraires avant tout, son authenticité et son originalité. Il a pour but de contribuer à la reconnaissance, à la popularité et au renom du sport. Pour le bonheur de la littérature et des écrivains. 

 

© Jean-Louis Crimon

 

1989 : Paul Fournel, Les athlètes dans leur tête. Ramsay.

2001 : Jean-Louis Crimon, Verlaine avant-centre. Le Castor astral.

2002 : Benoît Heimermann, Tabarly. Grasset.

2008 : Jean Echenoz, Courir. Editions de Minuit.

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8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 08:57
L'Union. 24 Nov. 2002. © Jean-Pierre Prault. Lettre manuscrite. © Serge Laget. L’Équipe.
L'Union. 24 Nov. 2002. © Jean-Pierre Prault. Lettre manuscrite. © Serge Laget. L’Équipe.

L'Union. 24 Nov. 2002. © Jean-Pierre Prault. Lettre manuscrite. © Serge Laget. L’Équipe.

 

Incroyable bonheur de relecture ce matin. D'abord, avec l'article paru dans L'Union, en novembre 2002, superbe papier signé Jean-Pierre Prault. C'est si rare d'être si bien saisi et compris. D'autant que l'interview s'est faite au téléphone. En dix minutes à peine. Entre deux trains, je m'en souviens très bien. Dans la foulée, relecture de cette carte postale signée Serge Laget, à l'époque journaliste à L'Equipe Magazine. Serge Laget, premier supporter - le mot s'impose pleinement ici -  de Verlaine avant-centre, premier roman. Premier roman pour réunir deux passions : football et poésie. Un récit construit sur la personne et les prouesses de Just Fontaine, le célèbre buteur de l'Equipe de France de 1958. 13 buts en une seule Coupe du Monde. Record absolu. Record jamais battu. 13 chapitres en hommage aux 13 buts. Chaque chapitre prend fin avec les actions de jeu, les dribbles, les passes qui amènent au but de Fontaine. L'avant-centre parfait. En filigrane, en transparence, le poète parfait.

Verlaine s'infiltre dans le récit. Pourquoi Verlaine ? Parce qu'un poète, c'est un avant-centre qui marque des buts avec des mots. Conviction irrésistible du jeune narrateur. Au début du match, les footballeurs se placent en W-M. mais, bien sûr, la position des joueurs évolue au cours de la rencontre et forcément, toutes les lettres de l'alphabet s'écrivent alors sur la pelouse. Avec les lettres, on fait des mots. Avec les mots, on fait des phrases. La magie opère : les joueurs, dans leurs placements, leurs déplacements, leurs dribbles, leurs passes, une-deux ou une-deux-trois quand ils jouent en triangle, écrivent sans le savoir une histoire que seul le narrateur affirme savoir lire. Les phases de jeu sont, sans en avoir l'air, des phrases du livre. Enlevez la lettre " r " au mot "phrase", il devient "phase". Ajoutez la lettre " r " au mot "phase", il devient "phrase". Fabuleux, non ?

 

Serge Laget avait été fasciné par le titre de mon roman. L'homme adorait autant Verlaine que Fontaine. Autant la poésie que le football. Le lecteur idéal. Même si l'homme plaçait le cyclisme au-dessus de tous les sports.

Relire les mots de Serge, à propos de la parenté Verlaine/Fontaine et surtout du rapport Verlaine/Football, est toujours pour moi quelque chose de vraiment extra-ordinaire. Ce que je ne savais pas, ce que je n'aurais jamais osé imaginer dans mes gamberges les plus folles, c'est que Verlaine, le poète des sanglots longs de l'automne, le poète des Poèmes saturniens, ait pu, vraiment, taper dans un ballon rond. Dans un ballon de football. Serge Laget est formel :

 

" Mais le plus important, je te confirme bien ma remarque initiale : Verlaine a tapé dans un ballon, joué au football ! ! !

" Cette​ expérience s'est passée en 1876-1877 quand il était professeur de français et de dessin à Stickney (Lancashire). Il bavarde beaucoup avec M. Andrew, directeur de l'école, le chanoine protestant Coltman et le colonel Grantham... Ce dernier avait deux enfants à qui Verlaine donnait des leçons particulières... Est-ce un des fils Grantham, toujours est-il qu'un de ses élèves offrit au poète à jouer au football...

" C'est absolument sûr. Ton titre est en fait celui d'un visionnaire. Bravo. Je me fais tout petit. Ma vive considération." Signé: SERGE LAGET.

 

Difficile, après pareil hommage, de rester modeste. Toi, après ça, tu t'es dit : aucun doute, le titre, ce sacré beau titre, ce superbe titre, c'est Verlaine lui-même qui te l'a... soufflé !

 

© Jean-Louis Crimon

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7 mai 2022 6 07 /05 /mai /2022 08:57
Amiens. Janvier 2003. Ecole Voltaire. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Janvier 2003. Ecole Voltaire. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Janvier 2003. Ecole Voltaire. © Jean-Louis Crimon

- Monsieur, Monsieur, vous n'êtes pas un écrivain, vous n'êtes pas mort

Fabuleuse entrée en scène, juste avant l'entrée en classe. Parce qu'un écrivain, dans leur tête d'élèves de CM2, ça doit être mort pour être vraiment un écrivain. Ces mômes sont déroutants. La phrase fait mouche et son inventeur n'est pas peu fier : toute la classe est hilare. Heureusement, l'instituteur a bien préparé la rencontre. Les questions sont prêtes et, pour une fois, celui qui est intervieweur professionnel devient l'interviewé. Beau moment et belles questions. Tout est dit ou presque. Regard complice et admiratif de l'instituteur. Sur le terrain de la pédagogie, il faut aussi avoir le sens du dribble et de la conduite de balle. Surtout apprendre à jouer collectif. L'apprenti romancier n'est pas déçu : gagner le match avec les mots devient l'impératif de toute une vie. Mort ou vivant, l'écrivain est un bon passeur. 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Verlaine avant-centre. Le Castor Astral. Janvier 2001.

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6 mai 2022 5 06 /05 /mai /2022 08:57
Avec Raymond Kopa. Salon du Livre de Fismes. Dimanche 17 Mai 2009. © Jean-Pierre Prault
Avec Raymond Kopa. Salon du Livre de Fismes. Dimanche 17 Mai 2009. © Jean-Pierre Prault

Avec Raymond Kopa. Salon du Livre de Fismes. Dimanche 17 Mai 2009. © Jean-Pierre Prault

Crimon-Kopa en tête de gondole, au Salon du Livre de Fismes, trente petits kilomètres à l'Ouest de Reims, un dimanche de Mai 2009, le plus beau des cadeaux. Joli tandem le temps d'une journée de signatures chaleureuses et de une-deux littéraires. Crimon, footballeur de papier qui joue sur l'aile et Kopa Capitaine au centre. Cadeau que je dois à Jean-Pierre Prault, journaliste à L'Union, le journal de Reims, comme disait mon père, des étoiles dans les yeux et un rien de petite émotion dans la voix. Mon père qui ne saura pas, qui ne saura jamais, que son fils a parlé de lui à Raymond Kopa, qui l'a pris sous son aile le temps d'une journée, alternant les confidences très personnelles et l'intérêt pour son petit roman-football.

Verlaine avant-centre qui tutoie la Biographie de Raymond Kopa, qui le croit, qui l'aurait cru ou qui le croirait ? Pourtant c'est vrai. Vrai de vrai, comme on disait dans ma famille, au temps des premiers dribbles dans le verger de Tante Laure transformé en Parc des Princes.

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Verlaine avant-centre. Le Castor Astral. Janvier 2001.

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5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 08:57
Ribemont sur Ancre. Saison 1988/89. Contay. Saison 1960/61. L'art du dribble. © DR
Ribemont sur Ancre. Saison 1988/89. Contay. Saison 1960/61. L'art du dribble. © DR

Ribemont sur Ancre. Saison 1988/89. Contay. Saison 1960/61. L'art du dribble. © DR

Dribbler le père, le rêve de tous les fils. Dribbler le père qui a appris la technique du dribble quand le fils n'était qu'un enfant de 7 ou 8 ans. La couverture du ballon, la souplesse de l'intérieur du pied, le cuir collé à la chaussure, la fausse ouverture et très vite l'embarquement de l'adversaire, soudain décontenancé, médusé de s'être fait... dribbler.

© Jean-Louis Crimon

 

 

Verlaine avant-centre. Le Castor Astral. Janvier 2001.

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4 mai 2022 3 04 /05 /mai /2022 08:57
Le Courrier Picard. Papier de Denis Demarcy. 20 Avril 2015. © DR

Le Courrier Picard. Papier de Denis Demarcy. 20 Avril 2015. © DR

C'est souvent la même question. " Est-ce que vous accepteriez de venir dans ma classe au Collège, parler à mes élèves de votre roman ? Je vous préviens, nous n'avons pas de budget pour vous rétribuer !" Pas de problème, je dois tout à l'Ecole de la République, je suis gratuit. Date fixée, rendez-vous pris.

D'abord, relire un extrait de "Verlaine avant-centre". Pages 108 et 109. Histoire de se motiver. Bien sûr, les élèves ont lu le roman. Des passages ont même été étudié en classe. Ce n'est pas toujours possible. Le face à face avec la classe réserve toujours des surprises. Mieux vaut se préparer quelques antisèches, au cas où...

 

"La ponctuation est pour moi la technique utile au jeu d'écrire, comme le jonglage se révèle précieux pour apprendre à contrôler la balle. C'est une respiration dans le match que l'écrivain livre avec les phrases et avec les mots, une manière de temporiser, de maîtriser la partie, avant de relancer, de jouer en profondeur, sans se refuser, si l'opportunité se présente, un superbe changement d'aile. Histoire de dérouter le lecteur.

 

"Les deux-points représentent le but par lequel doit passer la phrase. Bien construite, bien menée, bien appuyée par les arrrières et les demis, elle va droit au but, elle atteint son but, elle marque. La virgule, c'est le contrôle à une touche de balle, avant le dribble court, ce dribble irrésistible qui met l'adversaire dans le vent, comme on embarque son lecteur pour mieux le prendre à contre-pied. Le point d'exclamation ponctue une belle action de jeu: c'est le joueur étonné de voir son tir raser de près le poteau et choisir de passer juste à côté du cadre ! Le point d'interrogation, n'est-ce pas le goal qui saute et qui se demande une fraction de seconde s'il va bloquer ou dévier en corner. D'une claquette dans le cuir, in extremis, pour l'expédier au-dessus de la transversale ? Ou alors, les deux mains en écran, pour stopper la trajectoire du ballon, l'arrêtant net dans sa course, tout en accompagnant le mouvement ? Les deux mains en écran : deux parenthèses qui effacent la tentative de but.

 

"Les points de suspension: une action dont on ne sait si le ballon va mourir en touche ou en six mètres, phase de jeu mal maîtrisée comme une phrase mal ficelée ou une idée confuse qui reste en suspens, parce qu'on ne sait pas comment conclure. Le point, c'est le rond central, le lieu de l'engagement, là où la rencontre commence, là où l'on revient toujours après un but marqué pour engager à nouveau, comme dans l'écriture : à chaque point, ça repart. Comme si rien n'était joué. Comme si tout était à refaire. Ça repart et ça va plus loin. Dans le match de l'écrivain avec les mots."

 

Se relire est toujours une réelle épreuve. Entre fierté et torture. L'auteur est à la fois fier et heureux que le livre existe, qu'il soit toujours vivant, et malheureux devant les imperfections, les facilités et les faiblesses qui apparaissent soudain en pleine lumière. L'auteur se dit qu'il aurait dû travailler davantage son texte. Mais comme il ne veut pas succomber à la "nouvelle édition revue et corrigée", il avouera simplement aux élèves son sentiment. Il ira jusqu'à leur dire : "Je ne suis pas un écrivain. Camus est un écrivain. Flaubert est un écrivain. Maupassant est un écrivain. Je ne suis pas un écrivain. Je ne suis qu'un romancier. " Leur professeur a trouvé ça très bien. Certains élèves n'ont pas vraiment saisi la nuance. Pas très grave, leur a dit l'auteur en leur tirant sa révérence, il faut parfois toute une vie pour comprendre la différence.

 

© Jean-Louis Crimon

 

Verlaine avant-centre. Le Castor Astral. Janvier 2001.

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3 mai 2022 2 03 /05 /mai /2022 08:57
Amiens. France Bleu Picardie. 7 Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. France Bleu Picardie. 7 Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Tu pensais que tu ne jouerai pas. Au téléphone, on t'avait dit: c'est juste au cas où... Un arbitre international est invité, mais on ne sait pas s'il arrivera à temps, alors... Ok, pas de problème, ça me va, s'il vient, ce sera le banc. Le banc des remplaçants. L'arbitre n'est pas venu. Tu es entré en jeu dès le début.

La radio, c'est vif, c'est rapide, c'est dans l'instant. Avant, tu te dis " faut dire ça " et " faut raconter ça comme ça". Mais dès que le rouge s'allume, ça ne se passe jamais comme prévu. Tu n'as pas su bien resituer ton football/musique et ton Fontaine/Verlaine. Bien sûr, tu as donné l'esprit, l'ambiance, la "romance", mais pas vraiment bien défendu le roman.

 

Un gros regret surtout: tu n'as pas eu le temps de rappeler ces mots de Denis Troch, l'entraineur de l'ASC, juste avant la finale de Coupe de France, au Stade de France, en Mai 2001, l'année de la parution de ton Verlaine avant-centre: "Passez les ballons que vous aimeriez recevoir ! "

Une phrase que tu as tant aimé citer tout au long de ta vie, en la déclinant selon les moments, selon les instants: " Passez les idées que vous aimeriez recevoir"  et aussi " Passez les sourires que vous aimeriez recevoir ! "

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Verlaine avant-centre. Le Castor Astral. Janvier 2001.

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2 mai 2022 1 02 /05 /mai /2022 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 19 Juillet 1988. Match Forains-Journalistes. © DR.

Amiens. Le Courrier Picard. 19 Juillet 1988. Match Forains-Journalistes. © DR.

 

"Ma mère aimait les mots. Mon père aimait les matches. Je décidai de gagner le match avec les mots." Le projet de "Verlaine avant-centre", mon premier roman, tient tout entier dans ces trois petites phrases qui peuvent n'en faire qu'une si je renonce, sciemment, à cette nécessité qu'elles soient trois. Trinité familiale fictive dans laquelle le narrateur doit trouver son unité en même temps qu'un sens à une vie qui, peut-être, n'en a pas. Au moment de la dernière relecture des épreuves, l'Editeur a demandé à l'Auteur de "ponctuer avec des virgules" les trois petites phrases. Pour une question de respiration. L'Auteur s'est plié au souhait de l'Editeur. Dans le roman, les trois petites phrases n'en forment plus qu'une. Dans l'esprit de l'Auteur, même avec la respiration différente des virgules, elles sont toujours trois. Trois propositions indépendantes et pourtant à tout jamais liées.

L'évidence du lien entre les mots, les matches, et la nécessité de gagner un jour le match avec les mots ne m'est apparue que très tardivement, à l'âge adulte, et de façon progressive. La prise de conscience de la richesse d'une enfance pauvre ne peut se faire qu'après avoir rompu avec cette enfance-là. La conscience est souvent diffuse, la prise de conscience parfois brutale. Immédiate. Dans mon cas, elle est tardive. Tardive et progressive. La découverte de la lumière particulière de cette enfance pauvre, semblable à beaucoup d'autres enfances pauvres, ne s'est pas faite en une fois. Cela pour la mise en place des aspects "vécus" d'un roman que beaucoup aimeraient enfermer dans une démarche strictement autobiographique.

 

Ne voir dans "Verlaine avant-centre" que le mot-à-mot fidèle d'une enfance parfois cruelle, comme si le roman, aux allures de récit, devait être considéré, non pas comme une oeuvre de fiction, mais plutôt comme la simple transcription d'une existence aux accents romanesques, est une douce et rassurante tentation. Réduire le roman à la seule catégorie du récit d'enfance, un récit extraordinaire d'une enfance extraordinaire, c'est méconnaître d'emblée le travail de création, de déconstruction et de reconstruction du romancier, même s'il travaille sur des sentiments ou des sensations qu'il connaît bien, puisque les ayant, sans doute, lui-même, en partie, éprouvés, enfant. Mais, première erreur du lecteur pressé ou de la lectrice avide: prendre au premier degré, et pour argent comptant, ce que l'écrivain raconte, c'est à dire invente. Deux questions pour bien cerner le problème et l'enjeu. Doit-on aussi rapidement accepter de réduire l'enfance du narrateur à l'enfance de l'écrivain ? Qu'est-ce qui nous permet d'affirmer que ces deux enfances ne sont qu'une seule et même enfance ?

Sur des cahiers de brouillon qu'il baptise "Mes je n'oublierai jamais", le narrateur de "Verlaine Avant-Centre" consigne des mots, des paroles, des phrases, des idées, des odeurs, des sensations, des sentiments, des bruits, des sons ou des chansons. Cela, c'est le narrateur qui le fait ou qui dit qu'il le fait. C'est l'Auteur qui le lui fait dire ou qui le lui fait faire. Mais qu'est-ce qui peut faire penser ou faire croire que cela, l'Auteur l'a vraiment fait ? Que l'Auteur, enfant, a réellement, dans son enfance réelle, tenu ce genre de cahiers de brouillon de "phrases définitives" ? Rien. Il faut bien le constater et s'y résoudre: sous l'apparence d'un récit d'enfance, Verlaine Avant-Centre n'est qu'un roman, une oeuvre de fiction, une invention. Tout est faux et pourtant tout semble vrai.

 

Au risque de faire sourire, il arrive souvent à l'Auteur de "Verlaine avant-centre", que je connais bien, et avec qui, je l'avoue, je m'entretiens de temps en temps, de devoir répondre à l'issue d'une séance de signature ou d'une rencontre-débat avec des lecteurs, souvent des lectrices d'ailleurs, à ce genre de questions très touchantes parce que très intimes:

 

- Vos cahiers de brouillon, vous les avez gardés ?

- Non ! ils n'ont jamais existé. Ils n'existent que dans l'imagination de l'auteur du roman.

 

La déception est souvent à la hauteur de l'espérance placée dans la question. L'Auteur s'en veut de ne pas savoir mentir. De ne pas broder la métaphore du magicien. Un magicien n'est pas tenu de dévoiler ses secrets. Un écrivain est à sa façon un magicien. D'autant que les autres commentaires sont plus terribles encore :

 

- Vous avez bien de la chance d'avoir une Tante qui a connu Verlaine !

- Mais ce n'est pas vrai, Madame, c'est seulement vrai dans le roman. C'est une invention du narrateur qui croit, dur comme fer, que la Laure de la dédicace du Sonnet de "Jadis et Naguère", c'est sa Laure à lui, alors qu'il s'agit de la Laure de... Pétrarque ! Laure de Noves

 

- Alors, je regrette de vous avoir lu, Monsieur, et d'avoir tant aimé votre livre. Vous n'êtes pas un écrivain, vous êtes un... menteur !

 

La lectrice furieuse tourne alors brusquement les talons, laissant l'Auteur désemparé. L'Auteur se jurant, mais un peu tard, de ne plus jamais jouer au jeu de la vérité. 

 

© Jean-Louis Crimon

 

Verlaine avant-centre. Le Castor Astral. Janvier 2001.

 

 

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1 mai 2022 7 01 /05 /mai /2022 08:57
Contay. Dans le verger footballisé, première tentative de dribble. © Juliette Crimon

Contay. Dans le verger footballisé, première tentative de dribble. © Juliette Crimon

Contay. Saison 1960/61. La technique du dribble. Leçon 1. Sous l'oeil expert de mon père, Georges Crimon, à gauche, dans le verger footballisé, tentative de dribble du mari de ma marraine, Yvon Buffet.

 

Dire que c'est entre les arbres du verger qu'à 9 ou 10 ans, je me suis rêvé footballeur ou écrivain. Quatre ou cinq pommiers, un noyer, deux cerisiers, ça vous fait une belle ossature pour une équipe capable de jouer par tous les temps. Même quand il neige. Que de buts marqués sur ce terrain à l'herbe tondue bien rase, vrai Parc des Princes pour mon père et moi, quand nous incarnions le Racing Club de Paris et le Stade de Reims. Thadée Cisowski et Just Fontaine.

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Verlaine avant-centre. Le Castor Astral. Janvier 2001.

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30 avril 2022 6 30 /04 /avril /2022 08:57
Amiens. La Somme à Saint-Leu. Dimanche 3 Sept. 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. La Somme à Saint-Leu. Dimanche 3 Sept. 2017. © Jean-Louis Crimon

© Jean-Louis Crimon

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