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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 11:50
Amiens. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

 

 

Souvent, c'est l'affiche qui fait signe, mais l'affiche, seule, semble fade. Sans relief. Trop linéaire. Trop au premier degré. Un coup d'œil en arrière pour essayer de voir au loin, dans le bas de la rue, un cycliste qui pédalerait soudain, remontant le bitume ou son destin. 

La photo est là. Si le photographe déclenche au bon moment. Pas le droit à l'erreur. Trop tôt, c'est raté. Trop tard, c'est manqué. Faut juste être à l'instant juste. Pas de quartier. L'instant décisif, aurait dit Henri Cartier.

Cartier-Bresson, la seule et unique leçon. 

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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 22:46
Amiens. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

 

 

Le temps d'une pause ? Tu parles, n'ont pas le temps les passants. Les passantes non plus d'ailleurs. Tout le monde cavale, tout le monde détale. 

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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 19:49
Amiens. Librairie Martelle. 5 Juin 2018. © Jean-Louis Crimon.

Amiens. Librairie Martelle. 5 Juin 2018. © Jean-Louis Crimon.

 

- I am very happy to meet you !

- Je parle parfaitement le français, vous savez !

- Of course, I know it perfectly, my dear ! It was just a little typical picard' joke !

 

Plutôt cash le premier échange avec Douglas Kennedy, en haut de l'escalier de la gare d'Amiens. L'idée de la libraire d'aller l'accueillir à l'arrivée de son train de Paris, pour pouvoir discuter un peu, faire plus ample connaissance, avant l'interview officielle, est restée à quai. Nos humours ne voyageant manifestement pas sur la même longueur d'ondes. 

 

En chemin, de la gare à la librairie, la conversation a repris les rails des banalités d'usage entre une star de l'Edition, à 14 millions d'exemplaires vendus, et un pauvre petit péquin moyen du coin. Douglas Kennedy éprouvant le besoin de me déclarer tout de go que s'il foulait pour la première fois le sol amiénois, il avait déjà trimballé sa carrure de rugbyman dans 64 pays. 

Aurais-je dû lui dire que, moi aussi, même si j'avais la fringue et l'allure modeste, j'avais pas mal bourlingué sur la planète ? Maybe ! Mais j'ai très vite compris que celui qui a l'habitude qu'on s'intéresse à lui, n'avait pas le moindre temps à perdre pour parler d'autre chose que de lui, de sa trilogie, de sa Symphonie du hasard. Que son interlocuteur de deux heures maxi, ait pu être jardinier en Suède, journaliste à France Culture, professeur de français en Chine, qu'il ait pu habiter trois ans à Copenhague, dix ans à Paris, six mois à Chengdu, qu'il ait été bouquiniste Quai de la Tournelle, à Paris, qu'il ait, lui aussi, écrit et publié, certes à un niveau beaucoup plus modeste, quatre romans et deux biographies, tout cela n'avait strictement aucun intérêt. J'étais embarqué dans une histoire à sens unique. Je devais être le faire-valoir d'un soir et surtout ne pas quitter mon rôle de faire-valoir. Me borner à être le personnage secondaire qui a pour vocation de mettre en valeur le héros. Tout juste un sparring partner

 

J'ai donc fait le job. Ponctuant une interview aux apparences de conversation entre deux bons vieux copains, avec de belles incises incisives comme "écriture du journaliste, écriture de l'écrivain, quelle est, selon vous, la différence de nature entre les deux écritures ?" ou bien : Flaubert aurait dit : "Madame Bovary, c'est moi.", peut-on dire que l'héroïne de La Symphonie du hasard, Alice Burns, c'est vous, Douglas Kennedy ? Ou encore, ou enfin : journaliste, vous l'avez été, seriez-vous d'accord pour dire : A un journaliste, on dit : qu'est-ce que tu as trouvé ? A un écrivain, on demande : qu'est-ce que tu cherches

Questions que je pensais assez jolies et très pertinentes, carrément philosophiques, pour ne pas dire métaphysiques, mais questions qui ont laissé de marbre mon interlocuteur. 

Vers la fin de l'entretien, Douglas - que j'avais d'entrée crédité d'un génial "C'est doux et ça glace, c'est Douglas ! "- m'a gentiment taclé devant son "femmes-club" - alors que je venais de faire l'éloge de son fantastique "Piège nuptial" - en me reprochant de ne pas avoir lu son opus de fin 2016 intitulé " Toutes ces grandes questions sans réponse ". Pour le fun et pour le plaisir de la joke, je lui ai répliqué :

- Mais vous, cher Douglas, avez-vous lu Verlaine avant-centre ? avez-vous lu Rue du Pré aux chevaux ? avez-vous lu Oublie pas 36 ? avez-vous lu Du côté de chez Shuang ?

- Non ! 4 - 0 pour moi, Douglas, balle au centre. 

Passing-shot superflu puisque Douglas Kennedy, dans un demi-sourire faussement attristé, me fait comprendre qu'il est temps de signer la fin de la partie, pour passer, enfin, aux choses sérieuse, c'est à dire aux… signatures. Temps béni de la dédicace avant que le grand écrivain ne se casse.

 

Voilà, voici, le récit d'une rencontre annoncée et bien tenue, mais aussi d'une rencontre qui n'a pas eu lieu. Pour une rencontre, une "vraie" rencontre, pour qu'une rencontre ait lieu, vraiment lieu, il faut être… deux. 

 

© Jean-Louis Crimon 

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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 14:23
Le match de la saison. Puchevillers-Ribemont. Mai 1969. © DR

Le match de la saison. Puchevillers-Ribemont. Mai 1969. © DR

 

Ce jour-là, je m'en souviens très bien, j'ai marqué 4 buts et nous avons gagné 5-3. Le match de ma vie. Deux villages qui s'affrontent dans un championnat de 4ème division. Une pâture tondue à la faucheuse agricole. Un terrain de football champêtre. Cabossé avec des taupinières par endroit. Pas évident de jouer juste et de tirer droit.

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3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 20:08
Amiens. Le Courrier Picard. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

 

 

Sur la façade, le nom est resté. Son nom est resté. Mais le Journal et ses journalistes sont partis. Ils ont déménagé. Ou plutôt, on les a déménagés. Un projet immobilier a pris place et le Courrier a cédé la place. Ch' Courrier, comme l'ont toujours affectueusement appelé ses lecteurs et ses lectrices, est allé planter ses gaules près de la Somme, pas très loin de la "Soucoupe volante", ce curieux bâtiment circulaire de l'ESIEE, l'Ecole supérieure en électronique et en électrotechnique d'Amiens.

Ch' Courrier près de la Soucoupe volante, ça va dépoter, ça va décoller, enfin, faut l'espérer. 

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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 22:01
Amiens. Le Cirque. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Cirque. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

 

 

- C'est le Cirque !

- Je sais bien, c'est le Cirque. Je le connais bien. Il habite dans mon quartier. Ou moi dans le sien.

- Vous ne voulez pas comprendre. Quand je dis "C'est le Cirque !", je ne parle pas du Cirque !

- Z'allez pas en faire un Cirque !

- Je ne dis pas "C'est LE CIRQUE ! Je dis "c'est l'cirque !" Nuance ! 

- Nuancez, nuancez...

- C'est l'cirque, c'est l'cirque, me prenez pas pour un clown...

- ? ? ?

- C'est l'bordel, quoi, avec leurs travaux qui n'en finissent pas !

- BHNS, BHNS !

- BHNS, BHNS ? 

- Bus à Haut Niveau de Service !

- Bus à Haut Niveau de Sévices, oui, plutôt !

- Sévices, comme vous y allez !

- Sévices, oui, monsieur, car la ville nous fait souffrir ! nous persécute !

- La ville n'y est pour rien, elle souffre aussi, et peut-être plus que nous...

- La ville, traduisez… la municipalité !

- La municipalité, comme vous y allez…

- Oui, monsieur, parfaitement ! La municipalité ! Les élus, si vous préférez ! Autrement dit, pour être très clair et très précis : ceux qui nous gouvernent aujourd'hui ! et qui se croient tout permis !

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1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 19:42
Un père et son fils au jardin. 1952. © Juliette Crimon.

Un père et son fils au jardin. 1952. © Juliette Crimon.

 

La photo a plus de soixante-cinq ans. L'homme à la bêche, c'est mon père. Le petit môme avec son petit seau, c'est moi. Je dois avoir moins de trois ans. Deux ans et demi, sans doute. Mon père doit avoir la trentaine. Né en 1922, le 16 Mai 1922, si la photo date de 1952, mon père a tout juste... trente ans.

Selon le geste, la façon de tenir le manche de l'outil, je crois que nous plantons des pommes de terre. Chez nous, en Picardie, les pommes de terre, se mettent en terre, quand la terre a cessé d'être trop froide. Ce doit être avril ou début mai. C'est ma mère qui prend la photo. Elle a eu, d'instinct, l'idée de poser un genou en terre pour être au plus près de l'action. Ce qui évite d'écraser les personnages. Comme on le fait quand on prend la photo, debout, l'appareil à hauteur des yeux. Le petit enfant que je suis se trouve soudain grandi. A côté du géant qu'est le père. Le petit enfant devient un personnage important dans l'image. Tout est dans le cadrage. Les petites chaussures blanches et les chaussettes de l'enfant se retrouvent au premier plan, comme la terre et les souliers du père. Manque juste un regard. Mais le profil du visage du père est parfait. La minceur et l'élégance de l'homme, la façon dont les mains du travailleur manuel se saisissent de l'outil, ont la saveur exquise des images en noir et blanc des films d'autrefois. Cette perfection imparfaite du flou des instants que corrigera plus tard la netteté de la mémoire. 

 

Souvent, je pense à mon père, au temps où nous plantions des pommes de terre et au temps où on faisait le tour du village, en quête de travaux à faire. Mon père était le meilleur bêcheur à la ronde. Un jardin à faire, on lui faisait signe. Chaque soir de la semaine, il y avait un jardin différent à entretenir. Ne restait que le dimanche, pour notre jardin à nous.

 

Je relis Verlaine avant-centre. Chapitre 10. Page 117. J'aime beaucoup ce passage. Tout est dit et rien n'est dit. C'est beau et triste à la fois. Mais ce qui me rend triste éternellement, c'est de ne pas savoir si mon père a pu le lire avant de mourir ou pas. Si ça l'a fait sourire ou pas.

 

"Mon père pince la corde du cordeau comme une corde de guitare. Il tend l'oreille, écoute le son de la corde. Si l'accord est parfait, la corde bien tendue, on peut tracer la route, puis semer. Mon père laisse glisser les graines entre le pouce et l'index. Il ne faut pas semer trop dru. Mon père le sait. Il dit : qui sème trop dru récolte menu. Ensuite, on dame le sol avec le dos du râteau. Ça dessine de petits traits verticaux tout au long de la ligne semée. C'est beau à regarder comme un tableau de peintre abstrait. Un tableau peint au cordeau et au râteau, à même la terre. Dieu, s'il existe, sûr, c'est un esthète qui apprécie la peinture de mon père. En fait, mon père ne jardine que pour exposer les oeuvres qu'il ne prend pas le temps de peindre sur la toile et qu'il crée à fleur de terre, l'espace d'un dimanche matin, juste avant la messe."

 

 

Verlaine avant-centre. Le Castor Astral. 2001. © Jean-Louis Crimon 

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 00:05
 Paris. 41, Quai de la Tournelle. Août 2010. © DR

Paris. 41, Quai de la Tournelle. Août 2010. © DR

 

 

Le quai de la Tournelle a ses familiers. Ses habitués. Ses fidèles. Souvent, deux ou trois fois par mois, un vieux professeur s'arrête à  hauteur de mes boîtes et prend plaisir à s'attarder dans le coin des livres de philosophie. Je le laisse fouiner à sa guise. Il adore prendre son temps. Je respecte sa quête silencieuse. Parfois, il rompt rapidement le silence. A propos d'un titre ou au sujet d'un auteur. Les petits "Que sais-je" des Presses Universitaires de France sont souvent prétexte à de belles discussions. Le vieux professeur a la nostalgie pédagogique. Il partage son savoir en même temps que ses souvenirs. Il adore Platon et vénère Socrate. L'autre jour, il m'a retracé les grandes lignes de la vie de Platon. La rencontre avec Socrate. La mort de Socrate. Bio express, mais passionnante. A vous donner envie de relire tout Platon. L'intégrale des dialogues. Toutes les oeuvres de Platon sont des dialogues. Sauf l 'Apologie de Socrate et les Lettres. C'est Socrate qui mène le jeu dans la plupart de ces dialogues. Ces dialogues sont de véritables petites comédies et le caractère des interlocuteurs de Socrate est à chaque fois habilement brossé, voire même parodié. Tourné en dérision. Dérision toute philosophique.

Platon est né à Athènes, probablement en l'an 427 av.J.-C. Platon appartient à une famille noble. Platon reçoit l'éducation physique et intellectuelle des jeunes gens de son époque. En 407 se produit l'évènement capital de la vie de Platon, un évènement qui vous change une vie : la rencontre avec Socrate. Socrate a alors 63 ans. Platon est âgé de 20 ans. Platon va suivre les leçons de Socrate pendant huit ans. Peu après la chute des Trente, les Trente Tyrans, Socrate est accusé par trois délateurs de ne pas croire aux dieux de la cité et de corrompre la jeunesse. Socrate est condamné à mort. Il refuse de s'évader et boit la ciguë en 399. Par peur d'être inquiété et poursuivi comme "élève du philosophe", Platon quitte Athènes et se réfugie dans une ville voisine : Mégare.

 

- Arrêtez, Professeur, je sens que je m'égare !

- Amusant, jeune homme ! Vous ne saurez donc pas la suite aujourd'hui ! Tant pis pour vous !

Craignant d'avoir fâché mon adorable interlocuteur, je le persuade que vraiment cette histoire de la rencontre de Platon et de Socrate me passionne autant que lui. Que j'aimerais être capable d'écrire sur le sujet. Pas un ouvrage de philo, non. Je n'en suis pas capable. Pas non plus un essai. Plutôt un roman.

Le vieux professeur semble, non pas déçu, mais désemparé. Il ne me suit pas. Pas du tout. Je le sens comme perdu.

 

A la fin, je lui dis : ça y est, Professeur,  je l'ai mon idée. Une belle idée. Une vraie idée de roman. Avec un titre. Un bon titre. Le titre, c'est "Socrate s'est évadé". Vous rendez-vous compte, monsieur le professeur de grec ancien, ce qui se serait passé si Socrate avait accepté de s'échapper. Comme un de ses disciples le lui avait proposé. Si Socrate n'avait pas bu la ciguë. Le sort de la philosophie en eut été changé, non ? Le sort du monde pareillement. L'avenir de la démocratie aussi. Vous n'êtes pas d'accord ? Non, ne qualifiez pas d'absurde, mon raisonnement par... l'absurde.


Le vieux professeur est resté de longues minutes sans dire un mot. Perplexe, vraiment. Puis il m'a dit : faites-le, monsieur. Ecrivez-le. Ce roman insolent, ça peut être drôle. Mieux: précieux. Il faut parfois revisiter les vieux mythes. Tordre le cou aux idées reçues. Même en matière de philosophie.

J'ai souri. Le vieux professeur m'a souri aussi. Il est parti avec son petit Que sais-je au titre, pour lui, appétissant : "Platon et l'Académie". Jean Brun. PUF. 1960.

 

On fait de belles rencontres, n'est-ce pas, sur le quai ? On y tient de beaux dialogues. On y partage de beaux projets. Pleins d'idées. De belles idées. Des idées pleines d'idées...

Que sais-je encore ? 

 

 

"Journal du bouquiniste". 2011. © Jean-Louis Crimon 

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30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 10:58
France Culture. Journal de 22 heures. Saison 2008 / 2009. © DR

France Culture. Journal de 22 heures. Saison 2008 / 2009. © DR

 

Au départ, je suis professeur de philosophie. Maître Auxiliaire. A cette époque - (1977-1978) - à la fin de chaque cours, je lance à mes élèves cette fausse boutade, vrai principe de vie : " Entre Être et Avoir, ne vous trompez jamais d'auxiliaire, et vous pouvez me croire, moi qui suis Maître Auxiliaire ! "

 

Le 1er Juillet 1979, je deviens journaliste. Georges-Louis Collet, le Rédacteur-en-Chef historique du Courrier Picard, m'accueille dans son bureau de la rue Alphonse Paillat, et me met d'emblée à l'aise : "Paraît que vous savez écrire, montrez-nous ce que vous savez faire et surtout sentez-vous libre ! Je vous engage pour les deux mois d'été." Deux mois extraordinaires qui décidèrent de ma nouvelle vie. Deux mois qui durèrent près de quatre ans. Mille et un papiers sur mille et un sujets. L'apprentissage au quotidien, dans tous les sens du terme, du fascinant métier d'écrivain de reportages ou de chroniques. Ensuite, ce sera la radio, Radio France Picardie - un micro pour écrire avec la voix - puis France Inter et Copenhague, ESP au Danemark, Envoyé Spécial Permanent, pour tutoyer pendant trois ans les pays scandinaves et les pays baltes, et la Russie aussi, via Saint-Pétersbourg. Puis retour en Picardie pour diriger cette Radio qui m'avait, dix ans plus tôt, accueilli comme pigiste. Enfin, France Culture, où je boucle cette année 2009 l'aventure commencée en 79, en présentant, chaque soir à 22 heures, du lundi au vendredi, le journal de la nuit. 

 

De ce périple de 30 ans au pays des Médias, je garde deux ou trois certitudes et une foultitude de questions. Pour faire court - la règle du métier - je me borne ici aux certitudes :

 

Un : je confesse un faible définitif pour un journalisme qui dérange, qui prend l'actualité à contre-pied, qui rebondit, qui choisit et qui sait dire non aux sirènes de la Com', la Communication, souvent brouilleuse et embrouilleuse de pistes.

Deux : je suis pour un journaliste à la fois observateur, interprète et narrateur de la réalité. Sans jamais oublier cette réalité première : les faits sont têtus et ne se soumettent qu'à la question.

Trois : pas de pertinence sans impertinence, regard critique oblige. Avant de vous tirer ma révérence, je suis - définitivement - pour un journalisme irrévérencieux.

 

Quant à la recherche de la vérité, la quête et l'enquête, choisir là encore les chemins humains : non pas "couvrir" mais "découvrir", non pas "assurer la couverture", mais prendre le parti de "la découverte". Enfin, pour la sacro-sainte objectivité, ne jamais oublier que nous sommes tous des sujets, et que nous ne produisons rien d'autre que du "subjectif".

Moralité : cette objectivité journalistique que certains voudraient nous imposer est un leurre, une illusion. La vérité de la Presse ne sera jamais une vérité scientifique, d'ailleurs toute relative elle aussi, mais une vérité humaine, c'est à dire toujours imparfaite et toujours à parfaire. 

Résolument, je persiste et je signe : je suis à tout jamais pour l'imparfait du subjectif. 

 

Jean-Louis Crimon, carte de presse n° 45785. 

 

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29 mai 2018 2 29 /05 /mai /2018 16:56
Saint-Souplet-sur-Py. Marne. Début des années 1980. © Juliette Crimon

Saint-Souplet-sur-Py. Marne. Début des années 1980. © Juliette Crimon

 

 

Quand je regarde les mains de mon père

Je me dis que ces mains là

Sont toutes les leçons de philosophie

Que je cherchais en vain dans les livres…

 

Quand je regarde les mains de mon père

Je me dis qu'elles sont aussi

Le prix des peines acceptées

Et des révoltes contenues

 

Parfois je les vois deux poings forts

Capables de frapper la tête des gouvernants

 

Mais quand je regarde les mains de mon père

Je vois que les poignets sont encore rouges

Des chaînes qu'il lui a fallu porter

Et je  me demande sans comprendre

Pourquoi il n'aspire qu'à se taire

Et comment il a pu tant accepter

 

Je sens qu'au fond de moi la révolte gronde

Je sais pourquoi je veux la fin du vieux monde

 

Alors que mon père me pardonne

De ne pas seulement rêver de liberté

 

Alors que mon père me pardonne

S'il apprend qu'un fils d'esclave s'est révolté.

 

 

Jean-Louis Crimon

(La chanson amère)

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