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23 juin 2023 5 23 /06 /juin /2023 08:57
 Amiens. La jeune fillle qui ressemblait à un cygne. Juin 2019. © Jean-Louis Crimon

Amiens. La jeune fillle qui ressemblait à un cygne. Juin 2019. © Jean-Louis Crimon

 

La jeune fillle qui ressemblait à un cygne. Titre d'un roman lu et adoré au début des années 70, dans l'autre siècle, ce siècle vingt, que par dérision, nous appelions "siècle vain". C'était au temps de nos 20 ans turbulents.

C'est le titre qui m'avait accroché d'emblée, un titre plutôt long pour un lecteur qui depuis toujours préfère les titres courts. Un titre d'une beauté rare. Un titre comme une promesse. Une promesse qui dépasse la promesse de lecture de ce petit roman perçu comme flamboyant. Un titre comme une promesse de vie.

Incipit superbe : "Maintenant que j'ai abandonné la licence de philosophie pour écrire des histoires pour les enfants, j'ai le sentiment que cela seul a de l'importance". En un instant, cette phrase a illuminé ma vie entière. Une vie qu'il allait me falloir écrire. Sans jamais oublier cette promesse d'écriture. Même si, en chemin, je n'ai pas abandonné la licence de philosophie et je n'ai pas écrit d'histoires pour les enfants.

Un demi-siècle plus tard, hasard d'une existence humaine qui s'en va vers sa fin, clin d'oeil du destin, miracle d'un quotidien sans surprise, la jeune fille qui ressemblait à un cygne un jour me fait signe. Sans le vouloir ou sans le savoir. Sans en avoir conscience. Une légéreté soudaine, une grâce, une élégance, une présence, aérienne sans être hautaine, en quelques pas comme des pas de danse, elle sublime l'espace. 

 

Beauté rare de l'instant donné qui aurait pu s'enfuir à tout jamais au pays des jamais plus, s'il n'y avait eu l'oeil photographe et la magie de la photographie. L'image, le plus beau langage. 

 

© Jean-Louis Crimon 

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22 juin 2023 4 22 /06 /juin /2023 08:57
Saint-Malo. Mai 2015. © Jean-Louis Crimon

Saint-Malo. Mai 2015. © Jean-Louis Crimon

Ce doit être la pause. Sa pause. Pause ou pose. Lui demander, je n'ose. Elle est belle. Son attitude est belle. La mise en espace aussi. L'outil mis à distance. Posé contre le mur. Elle, accoudée à la rampe. Elle rêve. D'une autre vie. D'une autre vue. D'un autre horizon. Je suis entré dans son espace comme par effraction. J'ai fais mine de ne m'intéresser qu'à l'outil, qu'au balai. J'ai appuyé. Je n'ai pris qu'une seule photo. Elle n'a rien dit. Je crois qu'elle a souri. J'ai repris mon chemin vers la mer.

 

© Jean-Louis Crimon

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21 juin 2023 3 21 /06 /juin /2023 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. Nov. 1979. © Gérad Crignier.

Amiens. Le Courrier Picard. Nov. 1979. © Gérad Crignier.

 

C'était ma première critique de théâtre. Je ne savais pas. Je ne savais pas comment pouvait s'écrire une critique de théâtre. J'écrivais à l'intuition. Au feeling. Je n'avais aucune technique particulière. Je n'ai pas fait d'Ecole. D'école de Journalisme. J'ai appris sur le tas. Je venais de quitter le professorat de philosophie pour le journalisme. Le jour où il m'a engagé, un jour de la fin juin, le Rédacteur en chef m'avait juste demandé : Vous savez écrire ? J'avais répondu "Oui, comme un prof de philo, mais peut-être pas comme un journaliste." Ajoutant : " Je ne demande qu'à apprendre". Ce à quoi Georges-Louis Collet m'avait lancé : vous avez deux mois pour me montrer ce que vous savez faire. Mes deux mois de stagiaire ont dû lui plaire : je suis resté 4 ans. 

 

TITRE : Un Godot peut en cacher un autre

SOUS-TITRE : A bord de la péniche-théâtre, on joue la pièce de Samuel Beckett  "En attendant Godot".

 

ACCROCHE : Godot dans la gadoue. Une tranche de vie entre deux rectangles de boue, à vous redonner le goût d'un certain théâtre. Pour ne plus être les éternels assis. Pour nous lever et nous laver de notre glaise quotidienne et être aussi ces hommes de boue, debout.

 

PAPIER : A bord de cette péniche-théâtre, Farré et ses complices glissent sans fin dans une glaise qui n'est pas feinte. Spectacle qui vous colle littéralement à la tête et à la peau. Spectacle qui éclabousse, pas seulement ce qu'il nous reste de cervelle, mais aussi les involontaires acteurs des premiers rangs, régulièrement aspergés de païennes bénédictions.

En attendant, Godot, on l'attend toujours. Etrange aventure que celle de cette pièce de Samuel Beckett. D'abord, on la boude, ensuite on l'acclame. Paris, Londres, New-York, de 1953 à 1956, vont en faire un "classique. Mais aujourd'hui, le tragique et l'absurde de l'attente de ces deux clochards, mis en scène avec sérieux et dignité pendant très longtemps, est ici, proprement traîné dans la boue. Et c'est pas dommage.

 

INTER-TITRE : Farré effarant

 

La mise en scène de Mireille Larroche est un pavé superbe dans la mare du tragique en redingote. A l'intérieur de cette péniche où les spectateurs se font face, quatre hommes s'enlisent dans un décor où la frontière entre tragique et comique n'a plus place.

Une démystification salutaire où la mise en scène est mise en vie. Car Estragon et Vladimir (Farré et Kopf), sont. Ils sont. Ils ne jouent plus. Ils sont vraiment. Ils pataugent dans ce décor de glaise ou de boue comme dans l'existence : l'homme a difficilement prise. Il glisse, tombe, mais se relève. Comme si ce qui se dérobe sous ses pas pouvait être inlassablement repris. Faut s'accrocher, comme on dit. Dans tous les sens.

Contre toute attente, on n'en finira sans doute jamais de l'attendre ce mystérieux Godin... pardon... Godet... je veux dire Godot. Car Godot ne viendra pas ce soir. Même si l'on sait bien que dans le texte même de la pièce de Beckett, Godot ne doit pas venir, on se laisse facilement prendre au piège tendu par ces deux clochards. Si Godot est celui qui ne vient pas et qu'on attend quand même, on se prend à rêver : "Et si Godot venait ?"

C'est peut-être la force de cette musique (de Robert Wood), qui ponctue et rythme le texte, qui cesse alors d'être un texte pour devenir paroles. Et si un jour on chantait Godot ?

 

INTER-TITRE : La conconcondition humaine

 

Théâtre de l'absurde ou absurde du théâtre, où nous sommes ceux qui attendons, ceux qui attendent. "Mais n'anticipons pas", dirait Lucky (Gérard Surugue), dans cette remarquable tirade sur "l'Ek-sistence", "telle qu'elle jaillit des récents travaux publics de... Hors du temps de l'étendue... couronnés par l'Académie d'Anthropopopométrie, de Testu et Conard... Conard... Conard...

Pozzo (Georges Dufose), se prend aussi à attendre : "Moi-même, à votre place, si j'avais rendez-vous avec un Godin... Godet... Godot... j'attendrais qu'il fasse nuit noire pour abandonner..."

Plus tard, quelqu'un viendra pourtant, non, pas Godot mais un enfant (Manuel Bleton trouve là le ton juste), comme une séquence du Petit Prince dans Beckett. Godot ne viendra pas : quelqu'un qui vient, on ne peut plus l'attendre.

Godasse, gadoue, Godot... même les sons s'enlisent -et se lisent - dans cette boue authentique. Eternelle attente de celui qui ne viendra pas. Godot a mis les bouts.

 

© Jean-Louis Crimon

 

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20 juin 2023 2 20 /06 /juin /2023 08:57
Amiens. Longueau. Léo Ferré. Première interview. Mardi 12 Juin 1979. © DR.

Amiens. Longueau. Léo Ferré. Première interview. Mardi 12 Juin 1979. © DR.

 

Sur la photo, Léo et moi, on sourit d'un même beau sourire, sans dire le moindre mot. Si jolie photo. Photo signée Pascale Lavergne ou Philippe Callot. Je ne sais plus. Je me souviens seulement qu'ils étaient présents tous les deux pour ce grand moment. L'interview vient tout juste de se terminer. Léo a été charmant. Charmeur et charmant. Centre de nos regards, la rééditon de son recueil "Poète, vos papiers !" et sa couverture orange.

Une Préface qui percute. Qui uppercute. Ferré boxe les mots et les idées. Chaque phrase est punchline. "La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe." Mais aussi "A l'école de la poésie, on n'apprend pas : on se bat !" et puis surtout " Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds, ne sont pas des poètes : ce sont des dactylographes !" Publié pour la première fois à La Table Ronde en Décembre 1956. Dépot légal du 1er trimestre 1957. Imprimerie Sévin-Dessaint, à Doullens, Somme. Doullens, Somme, Picardie. Déjà un signe.

 

Ferré, mon idole depuis mes 14 ans. Ferré, celui qui est pour moi le plus grand chanteur de tous les temps. Même si "chanteur" semble être un mot bien dérisoire pour un tel homme. Impuissant à dire l'immensité du talent de cet-homme-là. 

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

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19 juin 2023 1 19 /06 /juin /2023 08:57
 Chengdu. Chenglong. Nouveau Campus. Dernier cours. Janvier 2012. © Jean-Louis Crimon

Chengdu. Chenglong. Nouveau Campus. Dernier cours. Janvier 2012. © Jean-Louis Crimon

 

 

C'est janvier 2012. Chenglong, nouveau campus de Chengdu. Etudiants de troisième et quatrième année. Dernier cours. Je ne veux pas les quitter d'une façon banale. D'une manière trop classique, style : Je vous salue. Je vous tire ma révérence. C'était mon dernier cours. Bonne chance dans vos études. Bonne route dans la vie ! Je veux leur faire une surprise. Leur offrir un cadeau. Je veux les surprendre. Les étonner vraiment. La règle était qu'en cours nous ne parlions que français. Pas de mandarin. Pas de sichuanais. Pas d'anglais. Cette fois, je tiens à déroger à la règle, je veux parler chinois. Cette fois, - la seule sans aucun doute - Laoshi s'exprimera en chinois.

Je m'étais entraîné. Dans le plus grand secret. En décembre, à plusieurs reprises, prétextant quelques cours particuliers, Shuang, mon étudiante de 1ère année, m'avait fait travailler un poème. Mon poème. Un texte très court. Un poème de Li Baï. Li Baï, 701-762. Li Baï, poète du huitième siècle. Je m'étais inventé une phonétique rudimentaire, mais assez efficace. Shuang ne trouvait pas ça très académique. Moi, je trouvais ça très bien. J'avais appris mon Li Baï par coeur. Le résultat était étonnant. Je l'avais même testé, un soir, dans un restaurant, en ville. Un soir où je dînais seul. Un vrai triomphe. En salle, comme en cuisine, on avait goûté le moment. C'était concluant.

A la prononciation, Shuang me l'assurait, ça rendait très bien. J'avais juste à bien rythmer le texte. A surtout prendre le temps de respirer les mots. Les vers. A penser à ce que je disais. Même si je ne comprenais pas vraiment le mot à mot de mon texte. Fallait juste bien ressentir l'âme de Li Baï. Bien exprimer l'esprit du poème. 

 

T'chuan t'siène ming yuhé gouan'

I sheu di shan' shuang,

D'ju' tao wan' ming yuhé,

Di tao sseu kou shiang.

 

C'était début janvier. Début janvier de cette année 2012. C'est juin désormais. Juin 2023. Janvier 2012 englouti à tout jamais dans le fleuve du temps. Pourquoi je repense à Li Baï ? A mes étudiants Chinois de Chenglong ? Janvier 2012, je sais, ça fait un bail. Un bail que nous nous sommes dit bye-bye. Pourquoi ce flash-back soudain ? Peut-être parce que je n'ai pas de nouvelles d'eux. Je n'en ai pas donné non plus. Li Baï, le poète que tous les enfants découvrent dès l'école primaire. Au-delà des siècles, Li Baï, mon frère. De mémoire, je refais la traduction. Sans être bien sûr du mot à mot du rythme des vers:    

 

Lumière blafarde près de mon lit,

Le plancher a couleur de gelée blanche, 

Je lève la tête, contemple la lune,

Je baisse la tête, pense à mon village natal

 

C'était beau de les voir, mes étudiants, recevoir mes mots chinois. Ce n'était pas parfait. Mais leurs sourires, leurs rires et leurs applaudissements, c'était beau à voir. Si beau à voir. Beau à vivre. Tellement beau à vivre. De cet instant-là, de cet instant si beau à vivre, j'ai eu, dans l'instant, l'envie d'en faire un livre. Un roman. Un roman dont le titre aurait pu être... Du côté de chez Shuang.

 

 

© Jean-Louis Crimon

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18 juin 2023 7 18 /06 /juin /2023 08:57
 Paris. Mai 2010. Bouquiniste devenu. 41, Quai de la Tournelle. © DR

Paris. Mai 2010. Bouquiniste devenu. 41, Quai de la Tournelle. © DR

 

" Quai de la Tournelle

Tu pousses ta ritournelle

 

Quai des Grands-Augustins

C'était pas ton destin

 

Quai de la Mégisserie

T'aurais fait tapisserie

 

Quai Voltaire

T'aurais pas pu te taire

 

Pas d'quai Rousseau

Finiras pas le nez dans le ruisseau

 

Quai Saint-Michel

Aurait fallu te faire la courte échelle

 

Quai de Montebello

Juste pour "Ciao bello"

 

Quai d'la Tournelle

Tu pousses ta ritournelle..."

 

Marrant, te vient souvent comme ça, la chanson. Quand le vent est à l'Est. Rimes en ribambelle. Jolie ritournelle. Part sans demander son reste. La mélodie aussi. Se taille avec la pluie. Ne te laisse que des paroles pas très rock'n'roll. Entre Gavroche et Verlaine. Rictus ou Coûté. Petits refrains à écouter. A chantonner. Si tu retrouves la musique en allée.

 

À part ça, tu n'as pas encore d'Ouvre-boîte. Traduisez : "Bouquiniste remplaçant", celui - ou celle - qui ouvrira tes boîtes en ton absence. Histoire de faire prendre l'air littéraire à tes ouvrages en cage. Un bon ouvre-boîte, c'est précieux, mais l'espèce est en voie de disparition. Souvent, - du moins à ce que les anciens t'en ont dit -, on entre comme ça dans la profession. D'abord "bouquiniste remplaçant" avant d'être "bouquiniste titulaire". Titulaire d'un emplacement. C'est la ville de Paris qui attribue les emplacements. Autrefois à l'ancienneté. Désormais sur lettre de motivation et entretien pour mesurer, évaluer, jauger et valider les connaissances réelles du postulant, ou de la postulante, à la fonction.

Autre faiblesse du bouquiniste débutant que tu es depuis bientôt un an : tu n'as pas de partenaire pour faire "l'essuie-glace". Pour la chose, il faut un très bon voisinage. Voisine de gauche ou voisin de droite. Dans mon cas, c'est réglé, pas de voisin à droite ! Carla, trop âgée, ne vient plus ouvrir ses boîtes. Son fils doit passer. Récupérer quelques bouquins et vendre le reste. A gauche, la voisine est, disons cela élégamment, d'un commerce pas très agréable. Disons que le commerce des mots n'est pas le talent premier de celle qui fait carrière dans le commerce des livres. Pour preuve, les premiers mots, balancés, bille en tête, au premier jour de ton arrivée sur le quai :

 

- T'as pas le sentiment de prendre la place d'un jeune ?

- Tu trouves que j'ai déjà ma gueule de vieux ?

 

Mais tu t'égares. Laisse tomber les mesquineries de la mesquine. "Faire l'essuie-glace", c'est confier pour cinq ou dix minutes, la surveillance de tes boîtes, - et les ventes éventuelles -, à ce collègue ou confrère pas trop éloigné. A charge de revanche, bien sûr. Ainsi tu peux alller, en hiver, au bistrot d'en face, prendre un café bien brûlant, pour te réchauffer les amygdales et pour ne pas claquer du bec, ou  en été, déguster une bonne bière qui désaltère, quand l'air est trop chaud et trop sec. Pourquoi cette expression "faire l'essuie-glace" est-elle en vogue sur le quai ? Simple, t'a expliqué Christian Nabet, un bon copain, lui, du quai de Montebello: "C'est parce que, quand y'en a un qui part, y'en a un qui r'vient ! Comme sur le pare-brise ! " Variante "libraire de plein air" de l'emploi de l'expression très usitée sur les courts de tennis. Pour une autre raison.

 

Pour le reste, Olivier, le fils de Clara, t'a définitivement vacciné: tu sais, sur le quai, avec tes voisins, simple, si tu veux pas d'ennuis, c'est "bonjour-bonsoir". Rien de plus. Et surtout pas de commentaire sur tes recettes de la journée. C'est un truc à se fâcher. C'est un milieu d'individualistes forcenés.

Au moins, avec une mise en garde pareille, t'es vacciné. 

 

© Jean-Louis Crimon

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17 juin 2023 6 17 /06 /juin /2023 08:57
Amiens. Début des années 80. Maison de la Culture. Jacques Canetti. © Gérard Crignier.

Amiens. Début des années 80. Maison de la Culture. Jacques Canetti. © Gérard Crignier.

 

© Jean-Louis Crimon

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16 juin 2023 5 16 /06 /juin /2023 08:57
Amiens. Rue Ducange. Février 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue Ducange. Février 2017. © Jean-Louis Crimon

 

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15 juin 2023 4 15 /06 /juin /2023 08:57
Chengdu. Université du Sichuan. Confucius applaudit Laoshi Crimon. 23 Oct. 2013. © Baptiste Resse.

Chengdu. Université du Sichuan. Confucius applaudit Laoshi Crimon. 23 Oct. 2013. © Baptiste Resse.

Ponctutation ultime. Dans tous les sens du terme. Revenir en Chine pour lire au pied de la statue géante du géant, les extraits de ce roman que tu lui dois. Lui, c'est Kong, Conf' pour toi, Confucius. Celui que tous les étudiants Chinois appellent "Le premier des professeurs". Laoshi, professeur, tu l'as été pendant un semestre, dans cette université du Sichuan. Faguo Laoshi. Professeur de "Conversation française". Tu avais promis au Doyen du Département des Langues étrangères de ne pas te servir de ta présence en Chine pour effectuer des reportages de journaliste, ton premier métier. Tu as tenu parole.

Le roman, tu en as eu l'idée dès la première semaine de ce semestre incroyable. A moins que ce ne soit l'idée de Confucius. Puisque le reportage t'était interdit, le roman s'imposait. Le roman, la forme supérieure du reportage. Malraux l'avait expérimenté bien avant toi. Mais "Du côté de chez Shuang" n'aura pas la reconnaissance ni le succès de "La Condition humaine".

A le relire aujourd'hui, tu te dis que ce petit roman rêvé et écrit, au cours de l'automne sichuanais, fin 2011, au pied de la statue de Confucius, a peut-être obtenu, sans le savoir, la plus belle récompense qui soit, le plus beau des Prix littéraires possibles, le Prix du roman... passé inaperçu.

 

© Jean-Louis Crimon

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14 juin 2023 3 14 /06 /juin /2023 08:57
Eglise de Contay. Trois enfants de chœur devant trois ecclésiastiques. Année 1956 ou 1957. © DR

Eglise de Contay. Trois enfants de chœur devant trois ecclésiastiques. Année 1956 ou 1957. © DR

Dès mes 7 ans - l'âge de raison - sur la pression de Tante Laure, que tout le monde au village savait très pieuse, j'ai commencé ma carrière de petit enfant de choeur. Les réticences maternelles furent de peu de poids face aux arguments de la Tante, marraine de mon père de surcroît. De sûre croix. Pour la Tante Laure, il y allait du salut de mon âme. Pour moi, Christ fils de Dieu ou pas, ce fut le début de mon chemin de croix. 

 

Je suis le plus petit des enfants de choeur, le plus jeune, le plus rêveur. La messe en latin, les prières chantées, le son de l'harmonium, le moment de la communion, font un grand théâtre et j'en suis l'un des acteurs. Pas le plus important, mais aux premières loges. La Tante Laure l'a voulu ainsi. Le jour de mes 7 ans, elle est allée trouver Monsieur le curé pour lui dire que je pouvais servir la messe.

Sur la photo, je suis devant l'Evêque, reconnaissable à la mitre qu'il porte sur la tête. J'ai le regard attiré par quelque chose qui se passe hors champ, hors cadre. Comme mon alter ego, de l'autre côté de la grande croix que porte celui qui est le plus grand de nous trois. Des fidèles en marche vers l'autel. Tout en remplissant parfaitement le rôle qui leur incombe, les enfants de choeur se laissent parfois distraire.

Curieux, - observation jamais faite jusqu'à aujourd'hui -, de nous trois, je suis le seul dont on ne voit pas la croix. Cachée sans doute sous mes bras... croisés.

 

© Jean-Louis Crimon

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