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25 novembre 2024 1 25 /11 /novembre /2024 08:57
Contay. Cimetière Catholique. 22 Mars 2009. © DR.

Contay. Cimetière Catholique. 22 Mars 2009. © DR.

Elle était belle ma lettre au Maire de Contay, simple et belle, mais à l'unanimité du Conseil municipal, ma demande d'achat d'un rectangle de quelques mètres carrés dans le cimetière où durant 7 ans, enfant de choeur je fus, a essuyé un unanime refus. C'était en mars 2019. Il y a plus de cinq ans. Depuis le Maire est mort et il a eu droit, lui à sa place dans le cimetière de Contay, ce beau cimetière où j'ai toujours rêvé d'être enterré un jour, mais où, moi, je n'ai toujours pas ma place. 

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A l'attention de Gérard Boivin, Maire de Contay,

Courriel du 27/03/19 à 11:37.

 

Je n'ai pas retrouvé la photo de la tombe de ce petit frère, né et mort en 1950, né le matin et mort le soir, - c'est ma mère qui me l'a dit - mais j'ai retrouvé deux photos qui permettent de situer précisément l'endroit où la tombe se situait. Je vous les adresse en pièces jointes.

La tombe de Jean-Noël Crimon, une simple croix de bois et un monticule de terre, se trouvait à droite de la grande croix aux deux Christ, à l'extrémité de la petite allée, presque en vis à vis de la tombe de Tante Laure et de ses parents, la tombe Dufour-Basserie.

 

Il y a tout juste dix ans, en mars 2009, pas très loin de cet endroit, je m'étais fait photographier en position de gisant, juste pour rire, ou pour sourire, pas pour mourir. Juste pour voir si l'endroit me conviendrait pour mon "repos éternel". L'avantage - si l'on peut dire - de cet emplacement c'est que je peux apercevoir, au-dessus de la haie, à travers les troncs des peupliers, la maison qui fut la mienne autrefois, jusqu'à mes 14 ans, je crois.

Ne suis bien évidemment pas davantage pressé de mourir aujourd'hui, mais je tiens vraiment à régler ces petites formalités administratives maintenant pour ne pas en laisser la charge à mes enfants.

 

Je vous remercie donc de l'intérêt que vous pourrez porter à ma demande d'achat de quelques mètres carrés de terrain dans le cimetière communal de Contay, mon village presque natal.

Pouvoir retrouver "mon" village à la fin de mon parcours terrestre me semble en effet très moral et, au fond, une belle façon de mettre un point final à une vie que ma vieille maman, malheureusement plus de ce monde, aimait à qualifier de "pas banale".

 

Bien cordialement, avec mon amitié Contaysienne, 

 

Jean-Louis Crimon 

 

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Ma belle lettre ne reçut aucune réponse. Me fallut bien me résoudre à appeler plusieurs fois de suite, le soir, chez lui, le Maire, Gérard Boivin, qui faisait dire à sa femme qu'il n'était pas disponible ou plutôt pas disposé à me parler. Enfin, un beau soir, à la troisième ou quatrième tentative, il accepta de me prendre au téléphone. Je lui rappelais que quelqu'un de ma famille, mon petit-frère, Jean-Noël, avait été enterré dans le cimetière, en 1950, et que sans évoquer l'incontournable concession à perpétuité, c'était un signe de notre appartenance au villlage. Je lui rappelais aussi que nous avions fréquenté l'Ecole primaire de Contay, lui et moi, dans les mêmes années, à la fin des années cinquante, au début des années soixante, qu'à 10 ans, je traversais tout le village pour aller à la ferme de ses parents acheter notre lait, des oeufs et du beurre, que ça ne pouvait pas compter pour du beurre. Manifestement, l'homme que j'avais au bout du fil, n'était sensible ni à l'humour, ni à l'amitié, pas davantage à l'affection. Je lui rappelais enfin que sa femme, Marie-Claire, était ma voisine quand nous habitions, nous les Crimon, notre petite maison près de l'Hallue, la rivière du village, et que ses parents nous aimaient bien. René Cauet m'avait d'ailleurs offert, un jour au retour d'Arras, où il enseignait, un bel Atlas tout neuf dont il était l'auteur, lui, le professeur de géographie. Qui sait si mon désir d'être un jour grand reporter et de courir le Monde n'est pas né en apprenant, à 8 ans, le nom de tous les Pays et de leurs Capitales dans le petit Atlas écrit et composé par mon voisin Monsieur Cauet ? Mon dernier atout sombra plus bas que tout : j'évoquais mon premier roman, Verlaine avant-centre, et les pages où l'on peut ressentir tout l'amour que je porte à ce village de Contay, à ses lieux toujours sacrés pour moi, même à 70 ans, à la Butteresse, au Mont-Faÿ, aux Royales, à la Pierre d'Oblicamp, il me coupa net : Ton livre, on l'a pas lu, ajoutant : On lit pas tes livres, ici. Ce furent ses derniers mots et il raccrocha. Je ne m'en suis jamais vraiment remis. Il m'avait "tué" tout en m'interdisant d'être "enterré". La terre qui m'avait vu naître aux goût des mots de la nature et de l'écriture ne me reverrait jamais.

 

© Jean-Louis Crimonro

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24 novembre 2024 7 24 /11 /novembre /2024 08:57
Contay. La tombe de l'Abbé Chassaigne. Avril 2009. © Jean-Louis Crimon
Contay. La tombe de l'Abbé Chassaigne. Avril 2009. © Jean-Louis Crimon

Contay. La tombe de l'Abbé Chassaigne. Avril 2009. © Jean-Louis Crimon

Très près de la Grande Croix se trouve la tombe de l'Abbé Chassaigne, mort quand j'avais 6 ans. Pas de souvenir particulier de son enterrement : je n'étais pas encore enfant de choeur. J'ai dû le devenir à 7 ans, décision de la Tante Laure, notre voisine, qui était aussi la marraine de mon père. La Tante Laure qui était très pieuse et ne manquait jamais une messe ou une procession. Qui, très prévoyante, achetait des messes pour le repos de son âme. Cinq francs la messe, je crois. Ce qui faisait rager ma mère qui pensait que les 5 francs auraient été plus utiles pour nous acheter du pain.

 

Sur la plaque de marbre où est gravé le nom de l'Abbé Chassaigne, qui se prénommait Félix, on peut lire "Médaille de l'Invasion 1914-18". Je n'avais jamais entendu parler de ce type de décoration. Quelques recherches m'ont appris que cette médaille a été créée en juin 1921, "pour témoigner de la reconnaissance du gouvernement français envers les personnes déportées, incarcérées, condamnées au travail forcé ou choisies comme otages par l'ennemi pendant la Première Guerre Mondiale". Cette médaille était décernée par le Ministère des Régions Libérées, Ministère créé en 1917 et supprimé en 1926. La durée d'attribution a été très courte. Crée le 30 juin 1921, la "Médaille des Victimes de l'Invasion" n'est plus attribuée à partir du 1er octobre. Elle est l'oeuvre du graveur Pierre-Victor Dautel et le fabricant exclusif en a été la maison Janvier-Berchot, 22 rue de Montmorency, à Paris. 

A l'avers, une femme coiffée d'un foulard, mains liées et le regard tourné vers le mot FRANCE, est représentée sur un fond de village en ruines, surmonté par une ligne de feu coupant l'horizon. Au revers est gravée l'inscription  : Aux Victimes de l'Invasion - La France reconnaissante. Un Diplôme officiel était remis avec la médaille.

 

© Jean-Louis Crimonronne de palmes portant les dates  1914 - 1918.

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23 novembre 2024 6 23 /11 /novembre /2024 08:57
Berru. (Marne). Cimetière militaire allemand. 2 Nov. 2014. © Jean-Louis Crimon
Berru. (Marne). Cimetière militaire allemand. 2 Nov. 2014. © Jean-Louis Crimon

Berru. (Marne). Cimetière militaire allemand. 2 Nov. 2014. © Jean-Louis Crimon

Ce cimetière militaire de Berru, dans la Marne, est le lieu de mémoire de 17.559 soldats allemands qui ont perdu la vie au cours de la guerre 1914-1918. Créé en 1923 par les autorités françaises, le cimetière a été aménagé en 1970 par l'Association pour l'entretien des cimetières allemands qui a fait remplacer les croix de bois par des croix en métal. Délicate attention. Croix de bois, croix de fer, la guerre, c'est toujours mourir en enfer. 

Première guerre mondiale, deuxième guerre mondiale, 100 millions de morts, et des bruits de bottes encore et encore, quand le spectre de la troisième guerre mondiale pointe à la fenêtre. Combien de temps, combien d'années, combien de dizaines d'années, faudra-t-il aux Russes et aux Ukrainiens, aux Israéliens et aux Palestiniens, pour se reconnaître frères et amis, comme Français et Allemands d'aujourd'hui ? 80 ans ? Beaucoup trop pour moi, l'enfant d'après-guerre, né à la fin de la dernière année quarante, dans l'autre siècle, quand on portait aux nues l'ONU, mais l'ONU se meurt en SDN, tout autant incapable de "promouvoir la coopération internationale, la paix et la sécurité". Marchands d'armes et faiseurs de guerres sont toujours d'accord, toujours raccord, pour conduire des centaines de milliers de vies à la mort.

Plus le temps passe, plus ça m'attriste, plus ça me désole, plus ça me révolte : il n'y a décidément rien d'humain dans l'être humain. Ou plutôt il y a beaucoup trop d'humains inhumains et si peu d'humains vraiment humains. 

 

© Jean-Louis Crimon

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22 novembre 2024 5 22 /11 /novembre /2024 08:57
Contay. Le cimetière des Catholiques. Mai 2014. © Jean-Louis Crimon et Judith Förstel.
Contay. Le cimetière des Catholiques. Mai 2014. © Jean-Louis Crimon et Judith Förstel.

Contay. Le cimetière des Catholiques. Mai 2014. © Jean-Louis Crimon et Judith Förstel.

Quand on quitte Contay par la Départementale 23, tout en haut de la petite côte dite de Franvillers, sur la gauche, se trouve un petit chemin qui conduit au cimetière des Protestants. Quelques mètres plus haut mais cette fois à droite, c'est le cimetière des Catholiques. Enfant et surtout enfant de choeur, je me suis toujours interdit de lire dans la répartition géographique des espaces accordés aux morts, un choix politique. Quoique...

Au-delà de l'Hallue, la rivière qui traverse le village, le cimetière des catholiques actuel fut créé en 1842, en dépit de l'attachement des paroissiens à l'ancien cimetière qui s'étendait tout autour de l'église. Ce cimetière des Catholiques  se caractérise, en son milieu, par une grande croix aux deux Christ, croix en fonte dite "à deux faces" qui porte le cachet de Vanpoulle de Cambrai. L'emplacement du cimetière, nettement en dehors du village, correspond aux préoccupations de l'époque en matière de salubrité publique, l'ancien cimetière, qui s'étendait autour de l'église, ayant été jugé, dans un rapport de 1813, trop humide, par le médecin des épidémies. Le cimetière catholique actuel fut agrandi en 1861, sous Napoléon III. L'une des tombes porte la signature d'un dénommé Lechien, marbrier à Albert.

En contrebas du cimetière, à une cinquantaine de mètres, il y a la Buttresse, la source du village. Son emplacement, le lieu précis où l'eau jaillit d'un petit talus boisé, me laissait perplexe. Si sous le Roi Louis-Philppe Ier, pour des raisons d'hygiène et de salubrité publique, on avait pris la décision d'éloigner le monde des morts du monde des vivants, en décidant de créer un nouveau cimetière, je me demandais comment les gens du village pouvaient boire sans inquiétude particulière une eau qui manifestement, avant de jaillir en source, traversait souterrainement le cimetière. On buvait l'eau des morts, pensais-je en moi-même. Moins mortelle sans doute que l'eau de vie, que l'instituteur, dans la leçon de morale quotidienne, écrite à la craie blanche au tableau noir, nous avait un beau jour fait promettre de ne jamais boire. Eau de vie = eau de mort, affirmait la morale de l'Ecole publique. Dans ma tête d'enfant de 7 ans, je m'étais gravé : eau des morts, eau de vie encore.

 

© Jean-Louis Crimon

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21 novembre 2024 4 21 /11 /novembre /2024 08:57
Berru. (Marne). Le Cimetière allemand. Nov. 2014. © Jean-Louis Crimon

Berru. (Marne). Le Cimetière allemand. Nov. 2014. © Jean-Louis Crimon

© Jean-Louis Crimon

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20 novembre 2024 3 20 /11 /novembre /2024 08:57
Le Chemin de Saint-Souplet-sur-Py. Marne. 2 Nov. 2014. © Jean-Louis Crimon

Le Chemin de Saint-Souplet-sur-Py. Marne. 2 Nov. 2014. © Jean-Louis Crimon

Se nommer Chemin pour un humain, pas si courant, un homme qu'on nomme Chemin, forcément un curieux destin. Même si, en chemin, l'homme au nom de Chemin comprend que le chemin a une fin et que la fin n'aura rien de très bien. Pas très original une fin qui finit mal.

 

© Jean-Louis Crimon

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19 novembre 2024 2 19 /11 /novembre /2024 08:57
Cimetière de Saint-Souplet. 2 Novembre 2014. © Jean-Louis Crimon

Cimetière de Saint-Souplet. 2 Novembre 2014. © Jean-Louis Crimon

" Alors, c'est le Georges qu'on ramène ! " Avec l'accent caractérisque des gens de cette partie de la Marne, belle exclamation d'une dame d'un certain âge à sa fenêtre, étonnée de voir devant l'église un petit attroupement d'étrangers au village, village modeste d'à peine 150 habitants. Maisons en pierre de pays dites meulières, avec quelques rangées de briques, comme signature champenoise. Village aussi connu et reconnu pour sa "prairie aux orchidées", véritable trésor naturel, située sur le "Terme des Côtes". Plusieurs espèces d'orchidées sauvages attirent chaque année les passionnés de botanique.

"Alors, c'est le Georges qu'on ramène ! " - Oui, madame, Georges Crimon, mon père, qui a souhaité retrouver son village natal pour sa dernière demeure. On dit ça pour le jour où on meurt.

 

© Jean-Louis Crimon

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18 novembre 2024 1 18 /11 /novembre /2024 08:57
Contay. Cimetière. Mai 2014. © Jean-Louis Crimon

Contay. Cimetière. Mai 2014. © Jean-Louis Crimon

© Jean-Louis Crimon

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17 novembre 2024 7 17 /11 /novembre /2024 08:57
Contay. Le rideau des peupliers en bordure du cimetière. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon

Contay. Le rideau des peupliers en bordure du cimetière. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon

 

Lontemps on se tient debout, à la fin on tombe

Là où pour toujours on te couche, c'est ta tombe

Alors le mort lève les yeux vers les grands arbres

Délaissant l'horizontalité des marbres.

 

© Jean-Louis Crimon

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16 novembre 2024 6 16 /11 /novembre /2024 08:57
Contay. Cimetière catholique. 23 Mai 2014. © Jean-Louis Crimon
Contay. Cimetière catholique. 23 Mai 2014. © Jean-Louis Crimon

Contay. Cimetière catholique. 23 Mai 2014. © Jean-Louis Crimon

Une seule grande croix, mais deux christ. Depuis mes 7 ans et ma première année d'enfant de coeur, je ne cesse de me demander pourquoi ? Personne n'a jamais su, ou voulu, donner la moindre réponse à ma question. Il doit bien pourtant exister une explication.

 

© Jean-Louis Crimon

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