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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 18:25

DSCN3138

Paris. Quai de la Tournelle.                                                                         © Jean-Louis Crimon

 

 

Le quai transformé en piste cyclable. Espace spacieux. Plus roulant. Plus confortable que la mini piste en bordure. Mais, bien sûr, pas un regard pour la littérature. Lectrice pressée. Hâte de rentrer chez elle. Hâte de traverser la Tournelle. Plutôt jolie. Presque belle.

Mon voisin Julien, pas d'accord. Pas si jolie pour lui. 

Sera superbe le jour où elle donnera un grand coup de patins devant nos boîtes. Sûr, sera canon ce jour-là. Carrément artiste. Le jour où elle stoppe net devant les boîtes des deux bouquinistes. Autrefois d'excellents cyclistes. Sur route. Pas sur piste.


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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 23:18

DSCN0400© Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Automne 2012.

 

 

La décision se prend souvent comme ça. Par la lecture de la quatrième de couv'. La quatrième de couverture. Si le texte est bien écrit, si le texte est "vendeur", l'achat ne fait aucun doute : le livre est "vendu". Cette fois, je ne vous dis pas si la fille aux cheveux jaunes a remis le livre en place, dans sa rainure grise ou si, d'un pas décidé, elle s'est dirigée vers le bouquiniste, assis sur le banc, en lui disant, formule caractéristique de celle qui aimerait marchander, mais n'ose pas vraiment : vous me le faites à combien ?

La fille aux cheveux jaunes portait un sac jaune. Ah bon, on doit dire blonde ! On ne doit pas dire la fille aux cheveux jaunes. Dommage, ça ferait un début de roman. La fille aux cheveux jaunes portait un sac jaune. Elle était absorbée dans la lecture de la quatrième de couverture...

La quatrième de couverture où était écrit, noir sur blanc : La fille aux cheveux jaunes portait un sac jaune. Elle était absorbée dans la lecture de la quatrième de couverture...

Combien de livres ne se sont jamais vendus, à cause d'une quatrième de couverture trop fade ? Trop informative. Trop classique. Trop banale. Pas assez incitative. La quatrième de couvertture, c'est comme l'accroche d'un article. L'accroche, ces quelques lignes entre le titre et l'article proprement dit. C'est l'argumentaire sous son angle le plus séduisant. Le moins argumenté, justement. C'est senti. C'est joli. C'est bien dit. C'est accrocheur. C'est "vendeur"

Je vous rassure : c'est rarement comme ça. Ces livres-là nous restent sur les bras.

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 10:40

DSCN8765© Jean-Louis Crimon

Chengdu. Sichuan. RPC. Octobre 2011.

 

 

Souvent, le soir, sans dire un mot, il s'en va chercher son instrument préféré. Il en a terminé avec ses tenailles, marteaux, ciseaux à bois et autres balais. Il en a fini avec son boulot d'homme d'entretien. D'homme toutes mains. De factotum, comme on dit sous d'autres climats.

Il s'installe dans le hall de la Résidence des étudiants étrangers dont il est le gardien. S'asseoit, se cale le dos bien droit, clope au bec, ou pas, et fait glisser alors tout doucement l'archet. Histoire de réveiller l'instrument. De le mettre en confiance. La magie opère. Le miracle se produit. Le violon à deux cordes se met à pleurer toutes les larmes trop longtemps retenues. Corps accord. Corps raccord. Son infinie tristesse est raccord.

Parfois, il chante. Un chant très mélancolique. Qui semble venir de très loin. Pourquoi je repense à lui aujourd'hui ? Parce qu'il pleut. Une pluie fine, douce et triste, comme la pluie qui tombait les soirs où il se mettait à jouer. Oui, c'est sûr, c'est à cause de la pluie que je pense à lui.

Lui, je me demande s'il pense encore à moi.

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 10:58

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Paris. 41, quai de la Tournelle. Septembre 2012.                                            © Jean-Louis Crimon

 

De beaux mariés, toujours et encore, pour égayer le décor. Main dans la main, à grands pas, ils fendent la ville, pour je ne sais quelle campagne. De pub, ça va de soi. Destin de quadri. Rêve de quadra. De plus jeunes aussi. Mais si. Au Japon et en Chine, ça devient très chic des photos de mariage à Paris. Très tendance. Vous ne me croyez pas ? On prend les... paris.

Mariés pour de vrai ? Mariés pour de faux ? Je m'en fous. L'amour vrai n'est pas sans défaut. L'amour faux, ça semble si vrai. Pas vrai ? 

Me dîtes pas que j'ai... tout faux.

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 11:24

DSCN8978© Jean-Louis Crimon  

Chengdu. Campus. Octobre 2011.

 

 

Chengdu. Chine. Université Normale du Sichuan. Campus. Porte nord. Photographe vu. Refus. L'étudiante ne veut pas. Surprise. Se sent surprise. Refuse d'être prise.

D'instinct. Refus instinctif. Refus du regard. Refus de la photo. Refus d'être prise par surprise. Gênant pour le photographe d'instants. L'instant d'avant jamais ne reviendra. L'instant présent est déroutant. L'instant d'après n'est pas prêt.

Le photographe est en déroute. En échec. Mais, sursaut pas sot, se dit que la photo, même empêchée, vaut la peine. La peine d'être pêchée. La photo, ce n'est pas la chasse. La photo, c'est parfois la pêche. La photo, parfois, ça pèche. Par où l'on a péché. La photo, c'est pêchu. La photo réussie, ça donne la pêche.

La main gauche vient cacher le visage. Signe. La main devient langage. La main devient image. De banale, l'image devient originale. L'insignifiant devient signe. Discrétion absolue. Effacement. Volonté de disparaître et en même temps désir inconscient d'apparaître. Apparaître cachée. Masquée. Concrète et discrète. Belle présence quand même. Suprême élégance.

L'étudiante ne sort pas du cadre. Ne fuit pas. Ne s'enfuit pas. Se voile simplement le regard. Pour échapper au regard jugé impudique.

Pour ne pas voir le photographe, l'étudiante se cache... les yeux. Geste dérisoire et touchant. Ne pas voir n'empêche pas d'être vue.

J'aime l'imprévu pour ça. L'imprévu de la photo. Supérieur, toujours, au prévisible. Le prévisible en devient risible. C'est l'imprévu qui mérite d'être vu.

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 11:29

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Sichuan. Paysan de la petite montagne. Janvier 2012.                                  © Jean-Louis Crimon 


 

Le portrait. Exercice difficile. Délicat face à face. Risqué. Casse-geule. Vrai casse-tête. Casse-tête chinois. Parfois. Souvent. Photographe. Photographié. Pas le même statut. Pas le même pouvoir. Pouvoir de celui qui a le pouvoir de dérober une image. Pouvoir de celui qui a le pouvoir de se dérober à l'image. De ne pas se livrer. De dire non. De fuir. De s'enfuir.

Celui qui regarde doit avoir un peu d'amitié ou un un peu d'amour pour celui qui est regardé. Il faut, d'emblée, savoir installer un minimum de confiance. De complicité. S'apprécier. S'identifier. S'accepter. Au premier regard.

Premier impératif. Se reconnaître. Sans se connaître.


Au-delà de l'objectif, il y a deux subjectivités. Deux regards qui s'affrontent. Se toisent. S'opposent. Se refusent ou s'acceptent. Celui qui va "prendre" ne doit rien "saisir"qui ne lui soit "donné". Consenti. Senti et consenti. Sinon, c'est du vol. La photo, c'est plutôt du côté de l'envol.

La photo, c'est trois fois rien. C'est aérien. C'est un échange. Je te donne cette image que tu vas prendre. Que tu vas me prendre.

J'accepte. Je te prends. Je te prends ton image et je veux que cette image soit, peut-être, la meilleure définition de tout ton être. Sois en confiance et l'image ne te trahira pas. Fais-moi confiance.

Si j'osais, je te donnerais mon boîtier, et tu ferais la même chose de moi. Pour moi. Photographe photographié. La boucle serait bouclée. Le dialogue parfait. L'échange complet.

 

Faute de quoi, on peut toujours jouer vraiment au Portrait chinois.

Si j'étais une saison, je serais... Si j'étais une chanson, je serais... Si j'étais une couleur, je serais... Si j'étais un roman, je serais... Si j'étais une légende, je serais... Mais c'est déjà le début d'une autre histoire.

Pour ce soir, je préfère en rester à : 

Si j'étais photographe, je serais... Cartier-Bresson ou bien... Depardon. Même si une petite voix intérieure très immodeste me murmure : tu es photographe, sois... Crimon.

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 21:10

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Paris. 28 septembre 2012.                                                                         © Jean-Louis Crimon  

 

 

Sans paroles.

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 22:10

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Paris. Septembre 2012.                                                                               © Jean-Louis Crimon 

 

 

Souvent je me demande ce que disent les mains dans le dos. Ce qu'elles pensent. En silence. Tout bas. Elles sont inertes. Patientes. Elles ne voient rien. Elles ne touchent pas. Ne caressent pas la couverture du livre ancien que le propriétaire des mains regarde. Pourtant, si l'homme se décide, alors les mains vont lui être précieuses. L'homme va se souvenir qu'il a deux mains. Il va cesser de les ignorer. Il va gentiment les remettre à l'honneur : la gauche et la droite. Ils va les convoquer pour leur exercice favori. Elles vont prendre le livre. L'ouvrir. Le parcourir. Le feuilleter. Le poser. Le reprendre. Dans la poche intérieure de la veste, la main droite, toujours aussi leste, va prendre le portefeuille, pour le délester d'un billet ou deux. A moins que la gauche ne fasse soudain l'appoint avec la monnaie qui se trouve, -l'homme est organisé-, dans la poche de gauche.

Pour l'instant, l'homme caresse avec les yeux ces titres déjà vus, déjà lus, la veille. Il enveloppe du regard cette bibliothèque inattendue. Impromptue. Classée par association d'idées davantage que par ordre alphabétique des auteurs. L'homme est un rêveur. Pas forcément un acheteur. Les mains dans le dos, signe de l'homme qui rêve dans sa tête. Dans cinq minutes, sûr, il se remet en marche. Les mains toujours dans le dos. Parfois les mains se lassent. Elles en ont marre. Mais elles ne savent pas comment le dire. Comment l'exprimer. Elles en ont assez de cette balade sur le quai où on les ignore. Elles en ont...

plein le dos.

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 17:13

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Chengdu. Octobre 2011. Université Normale du Sichuan.                                © Jean-Louis Crimon 

 

 

Parfois, c'est la forme d'ensemble qui attire l'oeil. Le sens n'est pas premier. La forme a pris le pas. La forme s'impose. D'elle-même. Il y a juste à trouver l'angle. Le mouvement. C'est simple. C'est complexe. C'est limpide. L'histoire se joue entre deux concepts. Evidence. Transparence. Il faut que ça transparaisse. Que ça s'impose. D'emblée. Que ça sonne. Que ça résonne. La photo, c'est du son. Du son avant le sens. Une photo, ça doit s'entendre. Avant de se voir. Pour ne pas décevoir. Puis, enfin, se laisser voir.

La moindre des choses, pour une... image.

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 16:49

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Paris. Quai de la Tournelle. Septembre 2012.                                                © Jean-Louis Crimon 


 

Souvent, le soir, des filles superbes traversent le quai, comme un seul homme. Non pas au pas de course, mais c'est tout comme. A grandes enjambées. Comme dans un défilé  de mode. On les regarde à la dérobée. Dérobée. Mot amusant. De robe, il n'est pas question. Elles sont en pantalon. Ballerines. Chaussures plates. Rarement en talons. Elles marchent, tête droite, vers leur destin du soir. Un resto, un cinoche. Un amoureux, un mec, un blanc-bec. Un fiançé pas trop moche. Un ami, un amant. Elles marchent élégamment.

A peine un coup d'oeil aux façades de livres des libraires de plein air. Pas un regard pour celui qui les regarde passer. Le bouquiniste se demande où s'en vont vraiment, d'un pas si décidé, ces belles à la démarche compassée. D'aussi jolies créatures qu'il aimerait bien faire rimer avec littératures. 

Elle, ce serait Manon. Manon Lescaut. Elle, la Princesse de Clèves. Elle, Emma Bovary. Elle, la maîtresse de Julien Sorel. Elle, la Dame aux camélias. Tant de femmes. Tant de femmes félines. Tant de femmes coquines. Tant de personnages de roman. Sans oublier celle qui affirme, bien haut, bien fort : Je suis moi-même un personnage de roman. Admirable formule qui fera plus d'une émule. Romantique qui ne se sait pas encore romancière.

Personne sur le quai ne se hasarde à entreprendre ces passantes particulières sur leurs goûts en matière d'écriture. Leurs préférences. Sur les noms de leurs trois écrivains adorés. Sur leurs livres de chevet. Sur le seul poème qu'elles connaissent encore par coeur. Sur le titre du roman qui a changé leur vie. 

Certains soirs pourtant, j'en meurs d'envie.

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