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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 10:40

DSCN8765© Jean-Louis Crimon

Chengdu. Sichuan. RPC. Octobre 2011.

 

 

Souvent, le soir, sans dire un mot, il s'en va chercher son instrument préféré. Il en a terminé avec ses tenailles, marteaux, ciseaux à bois et autres balais. Il en a fini avec son boulot d'homme d'entretien. D'homme toutes mains. De factotum, comme on dit sous d'autres climats.

Il s'installe dans le hall de la Résidence des étudiants étrangers dont il est le gardien. S'asseoit, se cale le dos bien droit, clope au bec, ou pas, et fait glisser alors tout doucement l'archet. Histoire de réveiller l'instrument. De le mettre en confiance. La magie opère. Le miracle se produit. Le violon à deux cordes se met à pleurer toutes les larmes trop longtemps retenues. Corps accord. Corps raccord. Son infinie tristesse est raccord.

Parfois, il chante. Un chant très mélancolique. Qui semble venir de très loin. Pourquoi je repense à lui aujourd'hui ? Parce qu'il pleut. Une pluie fine, douce et triste, comme la pluie qui tombait les soirs où il se mettait à jouer. Oui, c'est sûr, c'est à cause de la pluie que je pense à lui.

Lui, je me demande s'il pense encore à moi.

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 10:58

DSCN0361

Paris. 41, quai de la Tournelle. Septembre 2012.                                            © Jean-Louis Crimon

 

De beaux mariés, toujours et encore, pour égayer le décor. Main dans la main, à grands pas, ils fendent la ville, pour je ne sais quelle campagne. De pub, ça va de soi. Destin de quadri. Rêve de quadra. De plus jeunes aussi. Mais si. Au Japon et en Chine, ça devient très chic des photos de mariage à Paris. Très tendance. Vous ne me croyez pas ? On prend les... paris.

Mariés pour de vrai ? Mariés pour de faux ? Je m'en fous. L'amour vrai n'est pas sans défaut. L'amour faux, ça semble si vrai. Pas vrai ? 

Me dîtes pas que j'ai... tout faux.

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 11:24

DSCN8978© Jean-Louis Crimon  

Chengdu. Campus. Octobre 2011.

 

 

Chengdu. Chine. Université Normale du Sichuan. Campus. Porte nord. Photographe vu. Refus. L'étudiante ne veut pas. Surprise. Se sent surprise. Refuse d'être prise.

D'instinct. Refus instinctif. Refus du regard. Refus de la photo. Refus d'être prise par surprise. Gênant pour le photographe d'instants. L'instant d'avant jamais ne reviendra. L'instant présent est déroutant. L'instant d'après n'est pas prêt.

Le photographe est en déroute. En échec. Mais, sursaut pas sot, se dit que la photo, même empêchée, vaut la peine. La peine d'être pêchée. La photo, ce n'est pas la chasse. La photo, c'est parfois la pêche. La photo, parfois, ça pèche. Par où l'on a péché. La photo, c'est pêchu. La photo réussie, ça donne la pêche.

La main gauche vient cacher le visage. Signe. La main devient langage. La main devient image. De banale, l'image devient originale. L'insignifiant devient signe. Discrétion absolue. Effacement. Volonté de disparaître et en même temps désir inconscient d'apparaître. Apparaître cachée. Masquée. Concrète et discrète. Belle présence quand même. Suprême élégance.

L'étudiante ne sort pas du cadre. Ne fuit pas. Ne s'enfuit pas. Se voile simplement le regard. Pour échapper au regard jugé impudique.

Pour ne pas voir le photographe, l'étudiante se cache... les yeux. Geste dérisoire et touchant. Ne pas voir n'empêche pas d'être vue.

J'aime l'imprévu pour ça. L'imprévu de la photo. Supérieur, toujours, au prévisible. Le prévisible en devient risible. C'est l'imprévu qui mérite d'être vu.

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 11:29

DSCN0071

Sichuan. Paysan de la petite montagne. Janvier 2012.                                  © Jean-Louis Crimon 


 

Le portrait. Exercice difficile. Délicat face à face. Risqué. Casse-geule. Vrai casse-tête. Casse-tête chinois. Parfois. Souvent. Photographe. Photographié. Pas le même statut. Pas le même pouvoir. Pouvoir de celui qui a le pouvoir de dérober une image. Pouvoir de celui qui a le pouvoir de se dérober à l'image. De ne pas se livrer. De dire non. De fuir. De s'enfuir.

Celui qui regarde doit avoir un peu d'amitié ou un un peu d'amour pour celui qui est regardé. Il faut, d'emblée, savoir installer un minimum de confiance. De complicité. S'apprécier. S'identifier. S'accepter. Au premier regard.

Premier impératif. Se reconnaître. Sans se connaître.


Au-delà de l'objectif, il y a deux subjectivités. Deux regards qui s'affrontent. Se toisent. S'opposent. Se refusent ou s'acceptent. Celui qui va "prendre" ne doit rien "saisir"qui ne lui soit "donné". Consenti. Senti et consenti. Sinon, c'est du vol. La photo, c'est plutôt du côté de l'envol.

La photo, c'est trois fois rien. C'est aérien. C'est un échange. Je te donne cette image que tu vas prendre. Que tu vas me prendre.

J'accepte. Je te prends. Je te prends ton image et je veux que cette image soit, peut-être, la meilleure définition de tout ton être. Sois en confiance et l'image ne te trahira pas. Fais-moi confiance.

Si j'osais, je te donnerais mon boîtier, et tu ferais la même chose de moi. Pour moi. Photographe photographié. La boucle serait bouclée. Le dialogue parfait. L'échange complet.

 

Faute de quoi, on peut toujours jouer vraiment au Portrait chinois.

Si j'étais une saison, je serais... Si j'étais une chanson, je serais... Si j'étais une couleur, je serais... Si j'étais un roman, je serais... Si j'étais une légende, je serais... Mais c'est déjà le début d'une autre histoire.

Pour ce soir, je préfère en rester à : 

Si j'étais photographe, je serais... Cartier-Bresson ou bien... Depardon. Même si une petite voix intérieure très immodeste me murmure : tu es photographe, sois... Crimon.

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 21:10

DSCN3598.JPG

Paris. 28 septembre 2012.                                                                         © Jean-Louis Crimon  

 

 

Sans paroles.

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 22:10

DSCN0206

Paris. Septembre 2012.                                                                               © Jean-Louis Crimon 

 

 

Souvent je me demande ce que disent les mains dans le dos. Ce qu'elles pensent. En silence. Tout bas. Elles sont inertes. Patientes. Elles ne voient rien. Elles ne touchent pas. Ne caressent pas la couverture du livre ancien que le propriétaire des mains regarde. Pourtant, si l'homme se décide, alors les mains vont lui être précieuses. L'homme va se souvenir qu'il a deux mains. Il va cesser de les ignorer. Il va gentiment les remettre à l'honneur : la gauche et la droite. Ils va les convoquer pour leur exercice favori. Elles vont prendre le livre. L'ouvrir. Le parcourir. Le feuilleter. Le poser. Le reprendre. Dans la poche intérieure de la veste, la main droite, toujours aussi leste, va prendre le portefeuille, pour le délester d'un billet ou deux. A moins que la gauche ne fasse soudain l'appoint avec la monnaie qui se trouve, -l'homme est organisé-, dans la poche de gauche.

Pour l'instant, l'homme caresse avec les yeux ces titres déjà vus, déjà lus, la veille. Il enveloppe du regard cette bibliothèque inattendue. Impromptue. Classée par association d'idées davantage que par ordre alphabétique des auteurs. L'homme est un rêveur. Pas forcément un acheteur. Les mains dans le dos, signe de l'homme qui rêve dans sa tête. Dans cinq minutes, sûr, il se remet en marche. Les mains toujours dans le dos. Parfois les mains se lassent. Elles en ont marre. Mais elles ne savent pas comment le dire. Comment l'exprimer. Elles en ont assez de cette balade sur le quai où on les ignore. Elles en ont...

plein le dos.

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 17:13

DSCN8108

Chengdu. Octobre 2011. Université Normale du Sichuan.                                © Jean-Louis Crimon 

 

 

Parfois, c'est la forme d'ensemble qui attire l'oeil. Le sens n'est pas premier. La forme a pris le pas. La forme s'impose. D'elle-même. Il y a juste à trouver l'angle. Le mouvement. C'est simple. C'est complexe. C'est limpide. L'histoire se joue entre deux concepts. Evidence. Transparence. Il faut que ça transparaisse. Que ça s'impose. D'emblée. Que ça sonne. Que ça résonne. La photo, c'est du son. Du son avant le sens. Une photo, ça doit s'entendre. Avant de se voir. Pour ne pas décevoir. Puis, enfin, se laisser voir.

La moindre des choses, pour une... image.

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 16:49

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Paris. Quai de la Tournelle. Septembre 2012.                                                © Jean-Louis Crimon 


 

Souvent, le soir, des filles superbes traversent le quai, comme un seul homme. Non pas au pas de course, mais c'est tout comme. A grandes enjambées. Comme dans un défilé  de mode. On les regarde à la dérobée. Dérobée. Mot amusant. De robe, il n'est pas question. Elles sont en pantalon. Ballerines. Chaussures plates. Rarement en talons. Elles marchent, tête droite, vers leur destin du soir. Un resto, un cinoche. Un amoureux, un mec, un blanc-bec. Un fiançé pas trop moche. Un ami, un amant. Elles marchent élégamment.

A peine un coup d'oeil aux façades de livres des libraires de plein air. Pas un regard pour celui qui les regarde passer. Le bouquiniste se demande où s'en vont vraiment, d'un pas si décidé, ces belles à la démarche compassée. D'aussi jolies créatures qu'il aimerait bien faire rimer avec littératures. 

Elle, ce serait Manon. Manon Lescaut. Elle, la Princesse de Clèves. Elle, Emma Bovary. Elle, la maîtresse de Julien Sorel. Elle, la Dame aux camélias. Tant de femmes. Tant de femmes félines. Tant de femmes coquines. Tant de personnages de roman. Sans oublier celle qui affirme, bien haut, bien fort : Je suis moi-même un personnage de roman. Admirable formule qui fera plus d'une émule. Romantique qui ne se sait pas encore romancière.

Personne sur le quai ne se hasarde à entreprendre ces passantes particulières sur leurs goûts en matière d'écriture. Leurs préférences. Sur les noms de leurs trois écrivains adorés. Sur leurs livres de chevet. Sur le seul poème qu'elles connaissent encore par coeur. Sur le titre du roman qui a changé leur vie. 

Certains soirs pourtant, j'en meurs d'envie.

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 14:48

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Paris. Saint-Michel. Soir de septembre.                                                       © Jean-Louis Crimon 

 

 

Voir ce que les autres ne voient pas. Toujours. Construire, pas à pas, ce regard incroyable. Etonnant. Etonné. Décoder la ville. La lire en transparence. Lire la ville cachée dans la ville évidente. Montrer ce qui se cache. Dans cette partie de cache-cache.

Nous sommes des Lilliputiens. Des géants nous observent.

Ce soir, je l'ai vue, la matronne en tissus. Démasquée. Prise en flagrant délit. Elle comptait les passantes. Chemisier en bérets et casquettes. Longue jupe en foulards. Talons à roulettes et béret rouge sur la tête. A même gardé le prix du béret sur l'étiquette. Boucle d'oreille très coquette.

Vue, madame. Je vous ai vue.

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 16:30

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Paris. Passerelle des Arts.                                                                          © Jean-Louis Crimon 

 

Ce talent de savoir s'exprimer par la danse, le geste ou la mimique, sans recourir au langage, oui, vraiment, souvent je l'envie. Ecrire avec son corps, danser sa vie, calligraphier ses sentiments, et publier la chose en un instant. A même le pavé de la ville. Pleine page. Poème dérisoire et pourtant essentiel. Simple, ça me fascine.

Je n'ai que des mots. De pauvres mots. Des images. De plates images. Des photos que je n'ose même pas rêver en 3 D. Quelle idée ! Pauvre de moi. Je rêve d'être l'acteur et je suis le témoin.

Je photographie la scène quand d'autres photographient... la Seine.

Chacun son essentiel. 

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