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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 12:15

DSCN2476-copie-1© Jean-Louis Crimon 

Amiens. Place de la gare.

 

Ce bel Oiseau bleu qui vient de se poser dans l'immensité grise, mériterait de composter son billet pour un train de la couleur de sa robe céleste. Céleste, d'ailleurs, doit être son prénom.

Autrefois, ici, ou pas très loin d'ici, on prend Le Train Bleu. Train de luxe qui circule entre Calais et Vintimille. Via Paris, Dijon, Marseille, Toulon, Saint-Raphaël, Cannes, Juan-les-Pins, Antibes, Nice, Monaco, Monte-Carlo et Menton.

C'est en 1886 que la Compagnie des wagons-lits lance un train de luxe, d'abord baptisé Calais-Méditerranée-Express, puis Méditerranée Express. La circulation de ce train sera suspendue en 1914. Train pas encore Bleu suspendu pour cause de soldats en Bleu horizon. Des bleus dont l'horizon ne sera pas franchement tout bleu. Quatre ans de guerre durant lesquels de rêves de Train Bleu, on n'a que faire.

Nouvelle mise en service le 16 novembre 1920. Les nouvelles voitures en acier sont inaugurées le 9 décembre 1922. Le train est d'emblée surnommé Train Bleu. Surnom qui ne deviendra officiellement le sien qu'en 1947. La raison de ce nouveau nom se trouve dans la couleur de ses nouveaux wagons-lits métalliques bleus et or. Fréquenté par une clientèle aisée, il est composé de voitures-lits, d'une voiture-restaurant, et d'une voiture-bar très raffinée, qui en font sa célébrité. Parmi ses habitués: Sacha Guitry, Jean Cocteau, Marlène Dietrich, le prince Aga Khan, Coco Chanel et la princesse Grace de Monaco.

Avouez que le bel Oiseau bleu de la gare d'Amiens, mériterait de goûter aux plaisir du Train bleu. Si on ne l'avait supprimé. Définitivement. Fin 2007. Paraît que c'est le TGV qui est cause de la mort du Train Bleu. Le TGV a tué le Train bleu. Morbleu.

 

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 18:39

DSCN2354-copie-1© Jean-Louis Crimon 

Amiens. Abribus.

 

Le triangle toujours. Jeu de miroir en prime. Miroir déformant. J'adore ces paradoxes du quotidien. Ces oppositions soudaines. Ces absurdités contemporaines. Face à face inattendu entre deux femmes : celle de l'affiche et celle qui attend son bus. L'une, en tenue de plage. L'autre, en tenue de ville. L'abribus en tenue de... cabine d'essayage.

Le jeune homme, adossé au mur, en baisse la tête. Les parois de la cabine sont transparentes. La ville est déroutante.

La rue est droite mais nous sommes à un... Carrefour. 5 euros le haut ou le bas. Trois tickets de bus, tout au plus. 

Le bus en bikini, ça ne se fait pas. L'abribus en bikini, c'est permis.

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 11:26

DSCN0445

Paris. Quai de la Tournelle. 23 septembre 2012.                                            © Jean-Louis Crimon 

 

Instant fugace. Qui passe comme elle passe. Je la trouve jolie. Elle s'arrête. Feuillette un de mes ouvrages. Le repose. En prend un autre. Le remet en place. Puis s'en va, d'un pas déterminé. Jusqu'au bout du quai. Au loin. Trop loin. Je pense qu'elle ne reviendra pas. Elle est passée. L'instant est passé. Il s'en est allé avec elle. Evanoui. Dommage. L'ensemble faisait une belle image.

 

Plus tard, plus loin, au loin, on dirait qu'elle fait demi-tour. Elle revient sur ses pas. Je l'aperçois qui revient. Elle repasse. Elle revient. Je n'en crois rien. Elle a l'air pressé. Elle arrive à ma hauteur.

Dans ma poche, mon boîtier Nikon. Je n'ose. Elle pose. Elle propose. Ce geste délicat de la main sous le menton. Subtile mise en valeur de l'ovale parfait du visage. Une vraie pro. Une pro de l'impro. Touchée par la grâce. Une seule crainte : qu'elle ne me dise, bien en face, monsieur, efface

Elle ne dit rien. Elle n'en fait rien. Poursuit son chemin. J'ai volé l'image. Sans dire un mot. Elle n'a rien dit non plus. Elle est d'accord. Incroyablement complice.

Elle devient le pendant très romain du visage du roman de Françoise Chandernagor La première épouse. En bas, à gauche de la photo. Clin d'oeil extraordinaire. Symétrie parfaite.

Je la regarde. Elle me regarde. Mais c'est la dame de la couverture du livre qui nous contemple. Le triangle des regards restitué par l'angle de la prise de vue. La photo, c'est souvent voir ce qui ne se voit pas.

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 11:23

DSCN0446.JPG

Paris. Quai de la Tournelle. 23 sept.2012.                                                     © Jean-Louis Crimon 

 

 

D'abord, le gris du ciel. Façon de nous dire que, cette fois, l'été, c'est fini. Bien fini. Même la Seine, tout en bas, joue sa grise. Je ne la reconnais pas. Elle a vite tourné la page du Paris plage. Désormais classique parmi les classiques des romans de l'été. La Seine joue sa grise. Hier encore, dorée, argentée, irisée. Si belle à contempler dans les rayons joueurs du soleil. Qui se fait des marelles de lumière dans les feuilles des platanes. Terre. Ciel.

Cette fois, l'astre divin fait son grand timide. Je le trouvais plus arrogant cet été. Quand il prétendait nous jouer l'air de la canicule. L'automne sonne à peine la rentrée que, déjà, le cercle de feu se la joue modeste.

Heureusement, ça ne dure pas. Très vite, il revient nous la couler douce. Les nuages n'étaient que de passage. Comme les passants. Passants de l'après-déjeuner, promeneurs bibliophiles, touristes en mal d'exotisme. Photographes de photos-souvenir chez les bouquinistes guettant le chaland. Chacun goûte la douceur du premier dimanche d'automne. Saveur particulière. 

Julien, mon voisin, est d'une humeur morose : L'été prochain, sûr, j'arrête ! J'voyais pas ça comme ça ! Les gens sont chiants. Tu leur fais un prix. Moi, je brade facile. Ils te disent qu'ils vont chercher de l'argent et ils ne reviennent jamais.

C'est vrai, c'est agaçant cette façon de ne pas savoir dire non. De ne pas être direct : Ce livre ne m'intéresse pas. Il n'est pas pour moi. Cette façon de dire on repassera ! alors que la personne sait pertinemment qu'elle ne reviendra pas. Jamais.

Il a raison, Julien, la petite dame de dimanche dernier, celle qui m'a planté, comme ça, d'un coup, d'un seul, vers 18 heures, en me disant Je file, sinon j'vais être en retard à la messe, celle qui m'avait dit Promis, je reviendrai dimanche prochain, ce n'est pas un Adieu, c'est un Au revoir ! eh bien, cette petite dame là, aux cheveux tout blancs, n'est pas revenue ! Le livre qu'elle me promettait d'acheter Au risque de l'Esprit, risque de dormir encore un paquet de jours et de nuits dans mes boîtes. Mis de côté pour elle, il peut l'attendre encore de plus belle. Il a raison, Julien, bouquiniste, c'est un métier de chien. Preuve : à la banque, le bouquiniste est souvent aux abois.

Dernier rayon de soleil dans la lumière du soir de ce premier dimanche d'automne, le regard d'une jolie blonde. Un beau regard. Un regard comme un cadeau. Un regard qui semble vous envelopper. Un regard qui se pose soudain sur vous. Sans savoir vraiment si c'est bien vous que ce beau regard regarde. Si c'est votre personne. Ou si c'est simplement la forme de la monture de vos nouvelles lunettes qui intrigue la jolie passante.

Ne vous moquez pas. Ne me jugez pas aussi indigne de ce beau regard là. Ne me jugez pas si moche. A ce moment-là, j'avais, j'en suis presque sûr, mes lunettes... dans ma poche. 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 11:30

DSCN6954© Jean-Louis Crimon 

Paris. 2011. 

 

Je passais là par hasard. Lui aussi sans doute. Un jour d'hiver, assurément. Je me remémore au présent cet instant bizarre. Pas même un regard. Trop dur semble sa route. Le dos si courbé qu'on imagine le poids de tout ce qu'il a dû endurer.

Abandonné, peut-être, par ses parents. Peut-être à l'âge de 4 ans. Recueilli, peut-être, par un prêtre. Un prêtre qui s'appellait, peut-être, Frollo. Frollo qui, peut-être, le baptise Quasimodo. Parce qu'il l'a trouvé, peut-être, le dimanche de la Saint-Quasimodo. Lui, il est, peut-être, le sonneur des cloches de Notre-Dame. Peut-être qu'il ne s'aventure guère dehors à cause de son apparence physique. Peut-être que la foule n'apprécie pas la vue de ce bossu borgne boiteux.

Peut-être qu'à 20 ans, il tombe amoureux d'une danseuse gitane. Peut-être qu'elle se prénomme Esméralda. Esméralda qui, peut-être, préfère Phoebus, l'officier de la garde. Peut-être que Quasimodo l'indiffère, quand il la regarde.

Pourtant c'est lui, peut-être, qui vole à son secours. Esméralda, peut-être sur le chemin du gibet. Quasimodo, peut-être, l'emporte dans ses bras. Il l'emmène à Notre-Dame car il sait que, peut-être, la Cathédrale est un lieu d'asile où elle sera, peut-être, préservée. Mais Esméralda est livrée à la justice. Frollo, fou amoureux et surtout fou de rage, d'avoir été éconduit, la livre, et ce n'est pas peut-être, à la justice.

Quasimodo qui, du haut des tours, observe, peut-être, la scène, précipite Frollo dans le vide. Avant de s'en aller, peut-être, mourir auprès du corps d'Esméralda. Là où sont déposées, peut-être, les dépouilles des suppliciés.

Pourtant c'est Quasimodo qui, sûr, aime d'amour Esméralda. Mais c'est comme ça. C'est Frollo qui joue Judas. Trop de peut-être avec tout ça. Marre de tous ces peut-être. 

 

Je me suis trompé de siècle. Je suis Victor Hugo. Je croise sur mon chemin, Quasi Quasimodo. Sa bosse et son sac sur le dos. Son sac n'est pas le plus lourd fardeau.

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 12:10

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Paris. De la Tournelle à Montebello.                                                        © Jean-Louis Crimon 

 

 

Au tout début de mon arrivée Quai de la Tournelle, j'ai cru que les mariés étaient de vrais mariés. C'est ma voisine, Marie-Hélène, bouquiniste de longue date, qui m'a mis au parfum. Elle m'a dit c'est des faux ! Des mariés pour de faux. Je ne croyais pas ça possible. J'ai gardé sur ces choses-là un regard d'enfant. Quand on se marie, c'est pour de vrai. Quand on se marie, c'est pour la vie.

M'a fallu déchanter. Ces mariés sont des mariés de pub. De campagne publicitaire. Pour la Chine ou pour le Japon. Des Chinois et des Japonais qui se chamaillent aujourd'hui pour des cailloux sans habitants et qu'on croirait sans intérêt. Des cailloux stratégiques, à ce qu'en disent les journaux. Cinq cailloux et trois rochers. Quelque part en mer de Chine. Des eaux très poissonneuses, disent-ils, en évoquant ces îles, avec, possiblement, dans les fonds marins, de non négligeables ressources pétrolières.

S'en moquent sans doute éperdument mes beaux mariés à la Peynet, version asiatique. Parfois la mariée est en rouge. Le rouge, couleur suprême, et suprême valeur, pour les Chinois. Peu importe pour moi, puisque c'est pour de faux. Faut c'qu'y faut. Mais là, y'a comme un défaut. M'est avis qu'dans la vie, faut de l'amour, mais pas du faux !

L'amour, je frappe à ta porte. Toctoc ! Ah bon, c'était pour de faux. C'est du toc ! C'est pas très beau. Le toc, ça se retoque. Et toc ! Moi, j'veux qu'du vrai. Même si l'amour est pas sans défaut. Mariage du bout du quai. Mariage alambiqué. Mais oui, mon biquet.

Les mariés du quai ne s'embarquent qu'en rêve. Je sais, c'est bateau. Mais pour trouver une jolie chute à ce billet quotidien, allez savoir pourquoi, aujourd'hui je... rame.

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 14:42

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Paris, Quai de la Tournelle.                                                                          © Jean-Louis Crimon 

 

 

La rentrée. L'entrée dans l'automne. Le retour de la vie mon'automne. Les sanglots longs... Des violons... Verlaine me pardonne. Non, je n'en ferai pas des tonnes. Plus rien ne m'étonne. Pas encore de sonotone. L'ouïe intacte. L'oeil aux aguets. Même un jour triste, savoir être gai.

Voir ce que les autres ne voient pas. Vivre les yeux grands ouverts. Le coeur à découvert. C'est mieux comme ça. Sauf pour ma banquière. Que le découvert exaspère. Me l'a encore redit hier. Pas grave, lui ai-je souri sans manière, je rentrerai de l'argent cet hiver.

 

Sur le quai, soudain, comme à l'improviste, se pose un petit poème en prose. Personne ne s'interpose. Un homme d'un âge certain joue au petit train. Histoire sans doute de rompre le traintrain. Sans être pour autant un boute-en-train. Insolite qui me vaut ce beau quatrain.

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 22:28

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Paris, 18 septembre 2012.                                                                                © Jean-Louis Crimon   

 

                                                            

 

Travaux d'entretien sur le Pont. La Tour Eiffel au loin. Pas si loin. Le balayeur en premier plan. Depuis toujours, j'aime le geste du balayeur. Geste parfait. D'une technique éprouvée. En permanence à l'épreuve. Chacun sa manière. Son style. Son allant. Son ardeur. Son baume au coeur. Dans ce dur labeur.

Des photos de balayeurs, j'en ai des centaines. Des milliers peut-être. De partout sur la planète. Prises en Picardie. Là où l'on a la pique hardie. En Champagne. Prises en Chine, à Chengdu. Puis à Kunming, tout au sud. Au sud du sud. Photos prises aussi au nord. Au nord, tout au nord. A Copenhague. A Ljusekulla. A Stockholm. A Oslo. Prises en Pologne. A Poznan. A Varsovie. A Berlin. A Bruxelles. A Rome aussi. En Italie. A Londres. En Ecosse, à Dundee. Partout où j'ai posé mes pas. D'instinct, mes pas n'ont pas oublié de mettre leurs pas dans les pas des balayeurs. C'est comme ça. On ne se refait pas. Sans le savoir vraiment, je rêvais déjà ce livre impossible ou impensable : Balayeurs de tous les pays...

Les plus humbles des piétons ouvriers. Les plus précieux des salariés du quotidien. De la ville ou des villages. Campagnards ou citadins. En ces temps où sociologues de la ville, architectes, urbanistes, politiques, religieux, agnostiques, tous se targuent d'être des défenseurs de l'environnement, une question me vient souvent : que serait la planète, que serait la Terre, sans ces millions, ces dizaines de millions de balayeurs ? Qui balaient, balaient, du matin au soir, et  pour certains, du soir au matin, pour nous éviter à nous les Terriens de... mordre la poussière.

Raison d'une telle passion ? D'une telle fascination ? Raison d'une belle évidence. Simple et primordiale à la fois : mon père, jardinier, a été, pour moi, le premier des balayeurs. Il le sera toujours. Eternellement. Même s'il a posé définitivement son balai. Depuis longtemps déjà.

 

Ce livre Balayeurs de tous les pays, rêvé depuis tant d'années, je veux l'écrire et le publier pour lui. Lui, le premier des balayeurs. Dans mon enfance et dans mon coeur. 

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 13:08

DSCN9621

Paris. 16 septembre 2012.                                                                            © Jean-Louis Crimon 

 

 

Cueille le jour. Sans te soucier du lendemain. Cueille l'instant. Profite de l'instant présent. Sûr, le monsieur qui consulte ses sms se prénomme Horace. Le Carpe Diem me saute à la face. Incroyable face à face. Au coin de la rue. Rappel à l'ordre. Incitation à ne jamais oublier. Injonction. Injonction suprême. Injonction sublime. Pas dégueu l'impératif d'Horace ! Pas dégueulasse. Mais pas facile à vivre au... quotidien.

"Cueille le jour". Carpe diem. Curieux conseil, tout de même, de la part d'un cafetier. Mais qui me va bien. Parfaitement bien. Carpe diem. Sauf que "Carpe diem", c'est juste les deux premiers mots du vers d'Horace. La citation, texto, du vers final de cette Ode à Leuconoé, c'est  Carpe diem quam minimum credula postero", ce qui se traduit, la plupart du temps, par Cueille le jour sans te soucier du lendemain.

Une traduction plus proche de la phrase initiale, presque "mot à mot", donnerait d'ailleurs quelque chose comme Cueille le jour et sois la moins curieuse possible de l'avenir. Horace cherche à persuader Leuconoé de la nécessité de savoir profiter du moment présent. Vraiment, à plein, sans s'inquiéter ni du jour, ni de l'heure de sa mort.

Epicurien. Stoïçien. Au sens plein. Horace. Certes. Mais pas seulement.

En rester au seul Carpe diem, - le Sens Interdit le dit à sa façon- ce serait oublier en chemin la philosophie de vie voulue aussi par Horace. Mettre l'accent sur le Carpe diem pour n'en retenir que l'exhortation à profiter de l'instant présent et se borner à rechercher activement les plaisirs tant qu'il est encore temps, ce serait oublier toute la force et toute la portée philosophique d'Horace : savourer, certes, le présent, l'avenir étant, par essence, incertain, mais sans oublier, pour autant, toute discipline de vie.

Autrement dit, Carpe diem, certes, mais fuir tout autant le lieu commun du jouisseur épicurien contemporain. Le mot d'ordre Profite du jour présent n'est pas suffisant. Très vite, même, insatisfaisant.

 

Même si, à sa façon, dès la fin du XVIe siècle, Ronsard, dans son célèbre sonnet pour Hélène, Hélène de Surgères, incitera, lui aussi, à jouir de l'instant.

 

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,

Assise auprès du feu, dévidant et filant,

Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :

Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.

...

Vous serez au foyer une vieille accroupie,

...

Regrettant mon amour et votre fier dédain,

Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain,

Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

 

Joliment dit, mon cher Pierre de, sauf que la rose n'est que d'épines, et la belle Hélène, merde, pas la meilleure de tes copines. Alors, de toi à moi, tu vois, si m'en crois, l'amour n'est que chemin de croix. Qu'importe l'instant qui passe, c'est toujours l'amour qui trépasse. Et quand bien même Carpe diem, s'en vont mourir tous ces je t'aime. Comme fleurs de toutes les saisons, l'amour qui fane a ses raisons...

 

 

 

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 16:40

DSCN9560.JPG

Paris. 16 septembre 2012. Notre-Dame.                                                      © Jean-Louis Crimon 

 

 

Le dimanche n'a pas été grandiose. Trois euros pour un Poche. Le Pavillon des Cancéreux. Soljenitsyne. Trois euros. Tout juste de quoi me rembourser mes deux tickets de métro. Beaucoup de promeneurs, sur le quai, pour le dernier dimanche d'été. Avec déjà, dans le ciel, un paquet d'accents d'automne.

Une étudiante en quatrième année de Lettres, à la Sorbonne, cherchait Pauvre Belgique de Charles Baudelaire. Pour son mémoire. Un texte en prose en forme de pamphlet où l'auteur des Fleurs du Mal ne dit pas que du bien du pays d'Outre-Quiévrain. Je ne l'avais pas. Lui ai conseillé de demander à mon voisin Julien. Ou à ma voisine Marie-Hélène. Ou, vraiment, si c'est urgent, d'aller voir sur Price Minister. Ou chez Gibert. Texte méconnu de Baudelaire, quasi introuvable, pendant longtemps. Sinon dans La Pléiade. Pamphlet inachevé, republié, l'an dernier, chez Ramsay, avec Les Lettres de Belgique à sa mère.

Le 24 avril 1864, criblé de dettes, Baudelaire décide de fuir ses créanciers français. Trouve refuge dans un hôtel minable de Bruxelles. Pense gagner un peu d'argent en faisant des conférences. Mais son réel talent de critique d'art ne déplace pas les foules. Charles écrit des lettres terribles à sa mère, la veuve Aupick. Charles parle d'une Belgique insupportable, caricature de la France bourgeoise qu'il exècre. Son texte Pauvre Belgique restera inachevé. A Bruxelles, preuve de la profondeur de son désespoir, il s'invente son épitaphe en un mot : Enfin !

Plus tard, s'arrête longuement devant mes boîtes, une petite dame aux cheveux tout blancs. Elle s'empare d'un ouvrage au titre éloquent : Au risque de l'Esprit. Me demande avec un petit sourire en coin et un air narquois : ça parle de quoi ? Moi, faussement énigmatique: Madame, la réponse se trouve dans la majuscule du E du mot Esprit !

Elle me lance : A dimanche prochain ! Ce n'est pas un Adieu. Juste un Au-Revoir ! Elle ajoute, en partant, à petits pas pressés : Mettez-le moi de côté, parce que, là, je file, je vais être en retard à la messe.

Plus tard, encore, sur le parvis de Notre-Dame, étrange spectacle. Apparition soudaine. Un Christ géant pour attirer le regard des gens. Photo. Forcément. Cadrage impossible. Trop de monde : ça grouille de partout. Je risque. Une image. Même pas deux.

En bas, à droite de l'image, message personnel du Christ tout blanc, à une Marie-Madeleine éventuelle, petits mots d'amour d'une dimension assez peu spirituelle : Trésor... Tesoro...

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