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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 18:46

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Paris. 7 déc 2012. Place de la rue Gros.                                                           © Jean-Louis Crimon

 

 

Pas tous les jours qu'on rigole,

A pousser l'eau dans la rigole,

Même si parfois on se gondole

Quand l'un de nous dégringole...

 

Balayeur, balayeur,

T'auras des jours meilleurs...

 

Pas marrant, c'est vrai, en automne,

Les feuilles mortes à la tonne,

A la longue, c'est monotone,

Enfin, à la fin, on entonne...

 

Balayeur, balayeur,

T'auras des jours meilleurs...

 

L'hiver, la neige, c'est plus doux

Même si ça finit en gadoue,

Et nous, le soir, sur les genoux,

Pas grand monde qui pense à nous...

 

Balayeur, balayeur,

T'auras des jours meilleurs...

 

 

                    Jean-Louis Crimon 

 

                   (La Chanson amère)

 

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 10:42

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Paris. Décembre 2012.                                                                           © Jean-Louis Crimon  

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 13:00

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Paris. Avenue Théophile Gautier.                                                              © Jean-Louis Crimon  

 

 

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 15:44

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Paris. Décembre 2012.                                                                             © Jean-Louis Crimon  

 

 

Mate un peu, t'as reçu ta feuille ! L'automne te colle un PV. Tourbillonne, bel automne. Danse et contredanse. D'un petit coup de brise. Juste à hauteur du pare-brise. J'adore ce clin d'oeil de la saison qui s'en va. C'est beau comme un poème d'arbre. Les feuilles sont les mots des arbres. Mais ce jour-là, ça me scie, ça me tue : personne ne l'a vu, personne ne l'a lu, le poème de l'arbre. Pourquoi suis-je seul à voir ces choses que les autres ne voient pas ?

Pas dû savoir grandir. Jamais vraiment devenu adulte. Toujours ce regard d'enfant sur les choses et sur les gens. 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 14:17

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Paris. Décembre 2012.                                                                              © Jean-Louis Crimon   

 

 

Vous n'allez pas me croire, mais la nuit dernière, j'ai rêvé de Ponge. Oui, de Ponge. De Francis Ponge. Parfaitement. L'auteur du Parti pris des Choses. L'auteur de La Seine. L'auteur du Carnet de Bois de Pins. L'auteur aussi de Proèmes. C'est une chose qui m'arrive assez souvent de rêver des absents. Des partis. Des en allés. Des disparus. Il y a trois ou quatre mois, j'ai rêvé de Ferré. De Léo. De Léo Ferré. C'était curieux. Il me parlait comme de son vivant. Je l'ai bien connu de son vivant. Phrase absurde. Comment pourrais-je l'avoir connu autrement que de son vivant ? Comment nous serions-nous croisés autrement que de son vivant ? Donc, il me disait "Petit, tu vois..." Il m'appelait toujours "Petit", même si, en fait, on devait avoir à peu près la même taille. Dans mon rêve, il semblait plus jeune, il n'avait pas la soixantaine comme quand je le rencontrai pour la première fois. Aujourd'hui, d'ailleurs, j'ai l'âge qu'il devait avoir au moment de notre première rencontre. Dans mon rêve, Léo me disait : Tu sais, petit, j'ai appris que tu étais devenu bouquiniste, tiens j'ai préparé ça pour toi, ce sont de vieux livres que j'ai lu et relu, ils viennent d'ailleurs presque tous des quais, j'aimais m'y promener dans mes premières années parisiennes, allez, prends-les, ils sont pour toi, tu les vendras en pensant à moi. C'était vraiment étrange comme situation. On était là, tous les deux, dans un petit appartement mansardé. On parlait comme on parle sous les toits. On buvait du café. Léo fumait. Je me disais que ce n'était pas possible. Dans mes rêves, souvent, je suis capable de m'extraire de la scène, et de dire au rêve qu'il est absurde. Que ça n'a pas de sens. 

Le lendemain de la nuit du rêve de Léo Ferré, il y avait, devant ma porte, une pile de vieux bouquins qui n'y étaient pas la veille. Mon nom et mon prénom griffonnés à la hâte sur un bout de papier glissé sous la ficelle qui tenait l'ensemble. La concierge de l'immeuble, sans doute...

 

Tout ça pour dire que la nuit dernière, j'ai rêvé de Ponge. C'était étrange. Nous étions dans l'Île de Ré. Je dis nous parce que je n'étais pas seul. Il y avait Ponge. Il y avait Sollers. Il y avait Yann Moix et il y avait... moi. Nous étions quatre. Ponge nous parlait de son travail d'approche de L'huître. De son cheminement vers L'huître. De sa manière de construire son texte sur L'huître. Ponge me semblait assez préoccupé, absorbé, obsédé par son idée. Cette façon de vouloir absolument épouser le point de vue de la chose. Radicalité extrême. Ecrivain qui refuse l'écrit vain. Très obsessionnel. Très touchant aussi. Une telle intransigeance. Une démarche aussi radicale. Attachant, vraiment. Inquiétant aussi. Le type même de l'obsédé... de l'obsédé textuel ! Les rêves sont parfois idiots. Pas complétement stupides. Mais pour le moins bizarres. Leur logique en tout cas opère des contextes curieux. Dans ce rêve-là, je prenais la voix de Devos. J'expliquais à Ponge et à mes deux autres compagnons de table : les huîtres, il ne faudrait plus les souhaiter par six, ou par neuf, ou par douze. Ce serait mieux de les gourmander par quatre. Pourquoi donc ? s'indigna Sollers. Ménageant le suspens, je regardais Ponge qui semblait à la fois intrigué et amusé, et j'expliquais : d'abord quatre, autrement dit une fois quatre, ensuite à nouveau quatre... A ce moment-là, Sollers anticipe et déclare, convaincu : et une troisième fois quatre, et nous serons à... douze ! les huîtres se consomment par douze !

- Erreur, mon cher Philippe, je m'arrête à deux fois quatre !

- Pourquoi donc, jeune homme, cette idée saugrenue ?

- Fort simple, mon cher Philippe, arithmétique tout entière dédiée à celle qui nous unit, nous réunit et nous ravit...

- Mais encore...

- Parce que deux fois quatre font... huître !

Ponge éclate d'un rire tonitruant. Yann Moix ne se fait pas prier. Sollers fait mine de bouder un peu, et finalement s'abandonne de bon coeur à la rigolade.

Mais choisir le parti d'en rire, me disais-je, dans mon rêve, n'est pas suffisant. L'humour est une façon de fuir. De contourner. De s'échapper. Un instant de détente dans l'âpreté du travail d'analyse et de réflexion. Je sortis de mon rêve à cet endroit précis. Ce moment où j'allais presque devenir intelligent. C'est souvent comme ça dans mes rêves, je me réveille toujours au mauvais moment.

 

En fait, j'avais bien deviné dans l'espace/temps du rêve, la raison même du rêve. Mais pour ne pas précipiter le réveil, je m'étais interdit, sciemmment, de mener trop loin l'explication de la raison du rêve. Sciemment, si on peut sciemment régler ces pensées nocturnes qui nous viennent inconsciemment.    

Chaque premier dimanche du mois, désormais, je ne manque pour rien au monde le séminaire littéraire de Yann Moix. La chose -si je puis dire- se tient au 22 rue Guillaume Apollinaire, au cinéma Saint-Germain. L'heure n'est pas trop matinale. 11 heures. C'est à deux pas de la station de métro Saint-Germain-des-Prés. L'entrée est libre et gratuite. Hier, dimanche 2 décembre, juste avant onze heures, je traverse donc la rue Guillaume Apollinaire. Fabuleux, non, de prendre la rue Apollinaire, pour entrer chez Ponge.

Comme à chaque fois, Yann Moix fait une entrée sportive. Rapide coup d'oeil à la salle. Clin d'oeil à l'absence de l'invité de la dernière fois : Sollers ne sera pas là pour me contredire. Un silence et puis, un rien faux désabusé Bon, vous n'êtes pas très nombreux. Nouveau silence, puis : Mais Ponge faisait encore moins de monde que moi ! Humour brillamment acerbe. Oui, brillamment acerbe.  Moixien. J'aime bien.

Très vite, Yann Moix entre dans le vif du sujet. Au coeur des Choses. On ose à peine penser tout bas "et si les Choses pouvaient parler, elles nous en diraient, sans doute, les Choses, des choses..." Trop tôt pour ce genre de question. On friserait le carton rouge. Le hors-sujet. Le hors-jeu. Ou le hors-je. On ne perturbe pas le conférencier dans sa phase d'échauffement. Un esprit très vite en jambes, ce matin. Le Moix, c'est une belle mécanique. Un bel intellect, ça fuse, ça foisonne, ça moissonne. La pensée se fait vive, incisive, ça capte, ça capture et ça captive. Son attention. Son auditoire. Vrai feu d'artifice. Sans artifices. Gerbes de fulgurences discrètes, mais d'une efficacité rare.

Comment les choses se passent quand on fait le choix du Parti pris des Choses ? La texture du mot est l'ennemi de la chose. Quand un mot arrive, la chose s'en va. Elle se dérobe. Le désir du mot de (se) coller à la chose. Le désir de la chose de se coller au mot. Le mot et la chose vont s'épouser pour mettre au monde l'huître. L'huître qu'on a mise au monde, on lui redonne la parole. Si les choses pouvaient  parler... On y est. Mieux : on est déjà au-delà. Ce n'est plus : Si l'huître pouvait parler, c'est déjà : Ecoutons l'huître

Il faut écouter la chose. Il faut se mettre du côté de la chose. Il faut entendre la chose. Il faut lui donner la parole. Problème : le mot et la chose ne sont pas de même nature. Comment faire copuler un lièvre et un porte-manteau ? Quelle audaxe, Yann Mouaxe ! Mais le conférencier ne se laisse pas distraire par les quelques sourires engendrés par cette variante inattendue du mariage de la carpe et du lapin.

Retour au texte : L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre.

Ponge commence son approche de l'huître par une comparaison avec le galet, donc par une approximation. Ponge va déduire l'huître du galet. L'appareil de mesure, c'est une chose : le galet. Il y a chez Ponge la recherche d'une universalité. Ponge s'achemine vers l'universel. Il veut atteindre l'essence de l'huître. L'être de l'huître quelle que soit l'huître. Pour Heidegger, le mot donne l'être. Pour Ponge, le chemin à parcourir du galet à l'huître, c'est déjà l'huître.

La chose doit faire un effort pour se rapprocher du mot. Le mot, beaucoup de travail pour se rapprocher de la chose.

Arrêt sur le "brillamment blanchâtre" et l'antinomie de la formulation. Adverbe valorisant avec un qualificatif dépréciatif. Moix n'hésite pas. Il taille dans le vif : Ponge frotte deux silex. Association de deux réalités antinomiques, pour dévoiler la réalité de l'huître. Brillamment et blanchâtre : Ponge a vaincu le lieu commun. Rage de Ponge de vaincre les clichés. Les mots qui décrivent la chose doivent ressembler au mot qui désigne la chose. Ponge redonne à l'huître, la possibilité de penser en tant qu' huître. Ponge est un génie parce qu'il est unique en son genre. Ponge est irremplaçable.

Moix parle de Ponge. Avec enthousiasme. Mais sans lyrisme. Un enthousiasme Pongien. Moix parle du travail du poète ou de l'écrivain. Ponge n'aimait pas le mot poète.   

Moix parle de Ponge. Du travail, de l'approche, du chemin, du sentier. De tous ces efforts qu'il faut faire pour approcher la chose et qui font partie de la chose elle-même. Car selon Yann Moix, il est là, exactement là, à cet endroit et à cet instant précis, le Parti pris des choses. Trouver le mot juste. Ponge sait qu'il n'y arrivera pas. Trouver le mot juste, c'est totalement illusoire. Ponge est une sorte de "tourneur" : il tourne autour des choses. 

De Yann Moix encore, précision précieuse, définition en creux, comme une perle cachée dans l'huître : une oeuvre littéraire n'est pas un résultat, c'est un moment du parcours. Une simple étape dans un long processus inachevé. Inachevé parce que, forcément, inachevable. En même temps, Moix n'est pas dupe et ne nous dupe pas : Ponge n'est plus là. Nous faut donc, à nous qui le lisons et qui l'étudions maintenant, faire comme si l'oeuvre qu'il nous a laissée était...définitive. Considérer comme un tout ce qui n'était qu'un moment. Que plusieurs moments. Que différentes étapes. Une oeuvre, c'est simplement ça : les différentes étapes d'un parcours d'écriture. De tentatives d'écriture. Yann Moix est un excellent pédagogue. Avec lui, je commence à comprendre la démarche de Ponge. L'huitre, brillamment blanchâtre, commence à s'ouvrir pour moi. Je veux dire : le texte de L'huitre commence à s'ouvrir. Ou mieux, beaucoup mieux, -ce qui plairait à Ponge : je commence à m'ouvrir à L'huitre. C'est ça. C'est exactement ça. Le lecteur que je suis s'ouvre à L'huitre de Ponge. L'huître qui sans Ponge, et pour moi, sans Yann Moix, serait éternellement ... fermée.

 

Dernière petite touche, qui fait mouche : Yann Moix a commencé son séminaire sur Ponge en novembre. Le premier dimanche de novembre. Simple, dorénavant, le premier dimanche de chaque mois, c'est Ponge. Enfin, c'est Moix qui parle de Ponge. Hier, c'était donc la deuxième séance. Yann Moix nous a dit qu'il comptait bien nous parler de Ponge jusqu'en juin. Novembre, décembre : deux séances. Janvier, février, mars, avril, mai, juin : six séances. Deux plus six ? Mais oui... Parfaitement : deux plus six font ... huître !

Ponge le sait déjà, je ne manquerai pour rien au monde le rendez-vous du mois prochain. Je veux dire du Moix prochain. Yann Moix nous convie à une nouvelle étude de L'huitre. Ce sera le 6 janvier. Jour de l'Epiphanie. On va peut-être tirer les rois. Je prends les paris : la fève, dans la galette, aura la forme d'une... huître.

 

Vous n'allez pas me croire, mais la nuit dernière, j'ai rêvé de Ponge...

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 23:21

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Paris. Avenue du Président-Kennedy.                                                       © Jean-Louis Crimon   

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 14:00

 

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Paris. 2012.                                                                                                © Jean-Louis Crimon 

 

 

Pas vu passer l'année. Dernière brocante. Si ça vous chante. Décembre déjà. Déjà décembre. Mois 12 de l'année 12. Année qui file en dou... ze. Même pas fini ma chanson en "ouze". Celle où, en douze couplets, avec des vers de douze pieds, je voulais tordre le cou, façon Renaud, aux douze mois d'une année de malheur. Mes alexandrins, césure à l'hémistiche ou pas, ne sont que de faux décas. Au mieux de beaux octos. Avec des rimes de trois fois rien, même en passant pour un vaurien, chanter le spleen Baudelairien, me dis que ça ne sert à rien... Le manque de pèze, ça me pèse. Pas de vieille Aupick pour me refiler le fric que le fisc me pique. Manque de pèze, manque de flouze. Nouvelle rime en "ouze"... celle qui vous blouse. La prochaine fera partouze...

 

Je bade, je blues,

Je suis le roi de la loose,

De ma vie, ma mort n'est pas jalouse...


La météo de la radio conjugue à nouveau les brouillards givrants. Je ne comprends pas pourquoi. Picolent pas les brouillards, normalement... et pourtant sont toujours givrés. L'hiver nous pousse à la révision de nos connaissances géographiques. Soudain, les régions à l'actualité modeste, avec l'agenda des frimas, en finissent avec leurs respectifs anonymats. La page d'info météo est là pour ça. Le froid qui s'installe ne dévale pas que les reliefs, il donne du relief aux endroits, aux villages, aux pays ou aux paysages qu'habituellement on ne nomme pas.

Je la trouve chaque année jolie, la phrase qui dit : de la neige aussi sur Champagne-Ardenne et Picardie. Froid d'hiver avec trois semaines d'avance. Nuit glaciale. Zéro à moins quatre sur toute la France. Moins 5 à Mont-de-Marsan. Journée froide. Deux à quatre degrés sur le Nord de la France. Cinq à Paris. Quelques ondées près de la Manche. Pluie et neige mêlées. Quelques flocons sur l'Auvergne et les deux Savoie. Nuit prochaine souvent en blanc. Neige du Berry à la Brie. Neige du Massif Central à la Bourgogne. Sur Rhône-Alpes et Pyrénées à basse altitude aussi.

 

Dans nos vies au tracé d'autoroutes, la page météo est une plage de repos, une aire où l'on se sent tout entier suspendu aux prédictions du seul ciel qui nous menace et nous glace : le ciel du météorologue. Loin du décalogue. Loin des dix commandements divins réceptionnés par Moïse. SMS gravés dans la pierre. SMS. Sa Majesté Sinaï. SMS céleste. Ciel, mon Moïse ! Y'a Dieu qui textoïse !

Redescendons sur terre. Quand le ciel commande, je suis sur... un nuage. Quand la météo commande, j'en redemande.

Chaque année, c'est comme ça, l'annonce de la première neige me ravit. Je suis ivre de revivre l'impatience de l'enfance. Quand on nous disait qu'elle allait venir et qu'elle ne venait pas. L'hiver me grise. Je revisite les proverbes. Suis assez fier de celui-là : Qu'importe le flocon pourvu qu'on ait l'ivresse.

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 18:44

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Paris. Novembre 2012.                                                                              © Jean-Louis Crimon 

 

 

Vélo + Automne = Vélautomne.

Dernière équation répertoriée dans la mathématique citadine, quand le vélo, abandonné dans le soir qui bruine, semble perdu sans sa roue avant. Un instant, il croit la retrouver dans le reflet de sa roue arrière... Mais l'image d'une roue, jamais, ne permet de redonner vie au deux-roues. L'image d'une roue arrière, ce n'est pas suffisant pour faire une roue avant.

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 18:07

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Paris. Novembre 2012.                                                                               © Jean-Louis Crimon 

 

 

Rousseau, prénom Jean-Jacques. Face à face inattendu. C'était dimanche dernier. Sous un beau ciel bleu. Un homme au beau regard mystérieux. Un homme silencieux. Ses affichettes pour nous inviter au spectacle. Soudaine envie de tout relire. La Nouvelle HéloïseL'Emile, Le Contrat SocialLes Rêveries du Promeneur Solitaire, les Confessions... Début de semaine trop chargé. Pas une minute pour Jean-Jacques. Juste cette photo comme un rappel à l'ordre.

A la radio, ce soir, une Italienne parle du jour où elle décide de se rendre au Musée Carnavalet toucher le manteau de Proust. Elle a téléphoné de Rome. Tout simplement. Elle raconte que Visconti voulait tourner La Recherche. En avait touché plus que deux mots à Marlon Brando. Avait déjà réuni les fonds pour le film. Mais le film ne se fera pas.

L'Italienne vient de publier Le Manteau de Proust. Une quête en forme d'enquête. Une chasse aux objets pour mieux cerner le sujet. A la mort de Robert Proust, l'épouse, la belle soeur de Marcel, la femme du petit frère, celle qui ne portait pas le "grand", dans son coeur, veut se débarasser de toutes les choses ayant appartenu à Marcel. De ses meubles. De tous ses écrits et de toutes ses lettres surtout. Pour elle, incroyable puritaine, aucun doute, une grande partie des manuscrits doit contenir des choses dégoûtantes. Des horreurs. Elle sollicite un brocanteur. L'homme sera le réceptacle de tout ce dont la belle-soeur veut se défaire. Se défaire parce qu'elle n'en a rien à faire.

 

La radio va trop vite. On aimerait pouvoir appuyer sur la touche pause. On n'arrive pas à tout retenir. Autant laisser filer. S'accrocher à des instants comme autant de titres de chapitres. La solitude de Marcel :"on ne parlait pas dans sa famille". Avenue Hoch, n°2, domicile de Robert, le petit frère. Jacques Guérin, l'infatigable passionné de Proust, a pu, grâce à la fréquentation assidue du brocanteur, sauver les petits cahiers de brouillon, le début de La Recherche. En bas du Temps Retrouvé, quelques annotations précieuses. De la main de Marcel. Les fameuses paperolles. Véritables petits accordéons de méticuleuses corrections en bandelettes de papier. Une multitude de bandelettes de papiers collés. Ont dû s'amuser à l'imprimerie, les ouvriers du livre, pour composer les quinze volumes de La Recherche.      

62 cahiers, de vrais cahiers d'écolier, sur lesquels Proust à écrit La Recherche. La rue Hamelin, le dernier domicile de Marcel.

La première édition de Du côté de Chez Swann, Grasset, 1913. A compte d'auteur. Gallimard avait refusé d'éditer Proust. La dédicace de Marcel Proust à Robert Proust : A mon petit frère Robert, avec lequel je retrouve le temps perdu, chaque fois que nous sommes ensemble.

Les objets parlent à la place des personnes. Donner au brocanteur le bureau et les lettres de Marcel Proust, c'était le faire taire. En partie. Sinon, dans un certain domaine, à tout jamais. Folie des médiocres quand ils côtoient les génies. Jacques Guérin a voulu sauver la mémoire privée de Proust. Cette mémoire privée que sa famille voulait effacer. La canne, la pelisse, la paravent chinois, la petite table de nuit...

La voix de Maurice Rostand, racontant sa rencontre avec Proust, chez Marcel, 102 Boulevard Hausseman : il me lût les premières pages de Du côté de chez Swann. Avec son extraordinaire voix brisée. Son génie était tout entier dans Swann.

Légende celtique glissée par Marcel dans Swann : l'âme d'une personne que nous avons aimée est emprisonnée dans les objets qu'elle a aimés ou portés.

Objet après objet, Jacques Guérin réussit à reconstituer la chambre de Proust. Chambre aujourd'hui visible au Carnavalet. Le lit dans lequel Marcel a écrit La Recherche, le bureau, le canapé, la chaise longue, le paravent chinois, l'encrier... et le manteau.

Ce manteau de Marcel Proust que la belle soeur avait offert au brocanteur : Vous aimez la pêche, prenez-le. Vous le mettrez sur vos jambes pour ne pas prendre froid. Le manteau de Marcel sur les jambes du brocanteur pour ne pas qu'il prenne froid, sur les bords de la Marne. Fabuleux, hein, la haine, la puissance de la haine, dans les familles.

Le manteau de Proust, cette pelisse en loutre, dont la belle-soeur n'avait que... foutre.

En 1983, les treize cahiers sauvés par Jacques Guérin, entrent à la Bibliotèque Nationale, au département des manuscrits. Commentaire sur les annotations de la main de Marcel Proust sur les deux premiers cahiers qui donneront A l'ombre des jeunes filles en fleurs. Les photos du petit Marcel et de son frère Robert, son petit frère Robert. Arrêt sur une photo où c'est Robert, le petit, qui semble protéger Marcel, l'aîné. Le petit frère dont il n'est pas question dans l'oeuvre majeure du grand Marcel : le narrateur de La Recherche est fils unique. Les images comme les objets sont la présence de l'âme absente. Objets inanimés, avez-vous donc une âme...

Le Manteau de Proust, de Lorenza Foschini. Quai Voltaire. Envie irrépressible de l'acheter, ce livre, dès ce soir. Impossible : les librairies n'ouvrent pas la nuit. Obligé d'attendre demain. Pour le lire, toute affaire cessante. Promis Marcel. Pardon Jean-Jacques.

Rousseau va devoir attendre. Encore un peu. D'autant qu'après Le Manteau de Proust, j'ai soudainement l'envie de relire... Le Manteau de... Gogol.

 

© Jean-Louis Crimon

 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 22:47

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Paris. Avenue Marceau. Nov 2012.                                                  © Jean-Louis Crimon   

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