Paris. Quai de la Tournelle. 9 décembre 2012. © Jean-Louis Crimon
Gris et guère de monde. Froid humide. Cette fois, on le sait, on le sent, on va vers l'hiver. Beaucoup de bouquinistes n'ont pas ouvert. Bonnets, casquettes, chapkas, pour ceux qui sont là. Gants de cuir ou de laine. Les promeneurs marchent d'un bon pas. Juste avant la fermeture, un familier du quai m'a demandé si j'avais du Morand. Je n'en avais pas. Ma voisine avait un Poche. C'est elle qui a vendu. Moi, j'ai... perdu.
C'est comme ça sur le quai, vous pouvez avoir 800 bouquins dans votre magasin de plein air, on vous demande souvent l'auteur ou le livre que vous n'avez pas.
Vous avez du Morand ? Vous auriez du Chardonne ? Je cherche du Céline ? La formulation m'étonne toujours. Vous auriez du gruyère ? Vous avez du Comté ? Je voudrais du Cantal. Je ne vends pas du fromage. Je vends des livres. Des ouvrages. Des auteurs. Des écrivains. Des humains. Avec un nom, un prénom. Des titres aux ouvrages. Vous avez du Morand ? Cette facilité de langage, vraiment, je ne m'y fais pas. Mais bon, je comprends, ça signifie sans doute : je veux quelque chose de cet auteur-là et je ne cherche pas un titre précisément. Mais tout de même, avouez que c'est déroutant.