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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 19:22

 

Le Décaméron, du grec déca, dix, et hêméra, jour, est ce recueil de cent nouvelles, écrites par Boccace, entre 1349 et 1353. Récit de liaisons amoureuses plutôt déliées, inventées ou fantasmées, entre érotisme torride et tragédie aride. Hommage au poète Dante Alighieri, le Décaméron est écrit, non pas en latin, comme c'était classique de le faire à l'époque, mais en italien. Géniale oeuvre médiévale qui veut que, voulant fuir l'épidémie de peste noire qui ravage la ville de Florence, dix jeunes gens, sept femmes et trois hommes, pour se divertir, doivent écrire une histoire par jour. Ils se réunissent tous les jours, sauf le vendredi et le samedi. Tour à tour, les dix racontent une histoire sur le thème retenu la veille. Tant mieux ou tant pis si, pour mieux fuir la peste, les femmes se comportent comme de vraies pestes.

Le D. Cameron, de l'anglais David Cameron, est un recueil d'inepties à vous dégoûter à tout jamais des week-ends londoniens. Dernière sortie en date : cette déclaration du Premier "sinistre" Britannique qui se veut les bras ouverts pour accueillir les éventuels candidats à l'évasion fiscale. Le D. Cameron a en effet déclaré être prêt à "dérouler le tapis rouge" pour "les entreprises fuyant l'impôt en France". Pitoyable arrogance politique ! L'impôt, la "peste noire" de la société capitaliste.

Heureusement, l'humour gaulois est là pour recadrer ces Grands Bretons. Notre ministre du travail, malgré son patronyme, ne parle pas la langue de bois. Monsieur Sapin ne s'est donc pas fait prier pour recadrer l'homme de la Terre au nom d'Angle. En substance, il lui a dit que le tapis rouge, déroulé sur la Manche, risquait de prendre l'eau.

Plutôt rigolo. A moins que ceux qui, de l'impôt, ont la phobie n'invente le tapis amphibie. BiBi. BiBi si. BiBiCi. BBC. Y'en a assez aussi de tous ceux qui ne veulent pas être "un peu moins riches" pour que d'autres soient "un peu moins pauvres". Vraiment décadents ces temps qu'on dit modernes. La solidarité est la notion la moins bien partagée. Y'a pas qu'le tapis qui prend l'eau.

Quant au reste... c'est une autre paire de... Manche. Faut que j'en parle à Mélenche ! A Mélenchon. Trop discret sur le sujet. Pourtant, entre "tapis rouge" et "drapeau rouge", y'a pas photo.

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 19:50

 

18 juin. L'Appel du 18 juin. L'Appel du 18 juin 1940. L'Appel du Général de Gaulle. L'Appel à résister. L'Appel à entrer en "Résistance". 18 juin 2012. Autre Appel. L'Appel de la Philo. L'Appel de la Philosophie. Version deux mille douze. De huit à douze. Quatre heures pour donner un sens à une année !  Quatre heures pour donner, qui sait, un sens à une vie ! Quatre heures pour montrer qu'on sait ou qu'on essaie. Seul impératif : "penser par soi-même". Réciter le cours n'a pas cours ici. Réciter le cours serait trop court. Réciter le cours couperait court au cours du récit. Le récit de sa pensée en actes. En action.

Que gagne-t-on en travaillant ? Beau sujet. Très beau sujet. Parmi les trois proposés, un sujet qui me va comme un gant. Un sujet avec lequel je ne prendrai pas de gants. Sans forcément fuir, d'entrée, dans l'éloge du Droit à la Paresse, me serais bien colleté avec ce sujet là ! D'abord pour tordre le cou aux idées reçues. Aux préjugés en tout genre. Un philosophe, ça tord le cou aux idées reçues. Un philosophe, ça ne pense pas dans le sens des pensées du temps. Un philosophe, ça bouscule, ça dérange, ça remet en cause. En question. Mieux : en questions.

Que gagne-t-on en travaillant ? De l'argent, forcément. Travailler, comme dans la chanson des Cajuns, c'est trop dur... Mais rien faire, j'peux pas faire... D'mander la charité... Travailler, c'est pour gagner. Gagner des sous. Gagner des ronds. Gagner des picaillons. Gagner des Euros. Avoir un salaire. Avoir un bon salaire. Pour payer ce qu'on doit. C'est fou ce qu'on doit payer dans une vie. On passe sa vie à travailler et à payer. Travailler, c'est payant.

Travailler, c'est gagner. Travailler, c'est gagner à être. C'est d'abord "être". Chercher à être. Pas forcément chercher à "avoir". Celui, ou celle, qui ne travaillerait que pour "gagner", que pour "avoir", en oubliant d' être, pour le coup, "se ferait avoir".

Le gain, mais aussi la perte. Pas de gain sans perte. Ce que tu gagnes, en apparence ou en réalité, tu le perds d'un autre côté. Travailler, c'est gagner, en autonomie, en indépendance. Indépendance matérielle et financière. Travailler, c'est gagner une forme de liberté, mais c'est aussi perdre la liberté de ne pas travailler, la liberté de ne rien faire. Ici, quid du Droit à la paresse ?

Ce sont juste quelques pistes. Quelques pistes pour moi-même. Si jamais je composais sur le sujet de cette épreuve de Philosophie. Cette belle épreuve de Philosophie.

Sans oublier cet autre aspect du sujet. Un aspect stigmatisé par ceux de 68 et par les étudiants de l'après mai 68. Sur la façade de la Sécu, la Sécurité Sociale, dans ma petite ville de province, en grosses lettres noires, des mains rebelles, des mains qui n'étaient sans doute pas des mains d'ouvriers, pas des mains d'employés, avaient écrit durant la nuit :

"On perd sa vie à la gagner." 

C'est curieux, n'est-ce pas ! en 72, en 1972, des mains anonymes avaient, sur un mur, belle prescience du futur, répondu à la question du sujet de Philo du Bac 2012. La Philo n'en est pas jalouse. La réponse, quand j'y pense, avait... 40 ans d'avance.

Au fait - un peu tard pour se fairce pincer- , le pinceau, je l'ai toujours chez moi.

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 23:26

 

Soir de Législatives. Deuxième tour. Forte abstention, mais victoire incontestable de la gauche. Vague rose à l'Assemblée Nationale. La gauche parlementaire est largement majoritaire. Tous les ministres candidats sont élus. 24 ministres candidats tous élus ou réélus. La radio déroule, habituel et factuel, ses titres et les développements d'usage. Les commentaires aussi.

L'auditeur écoute. Enregistre un maximum de petites choses dans ce flot d'informations. Lassé de la radio, l'auditeur s'installe devant la télé. Pour voir. Voir si la télé dit la même chose. Le slogan de campagne: "Le changement, c'est maintenant", a vécu. Maintenant, un seul slogan : Au travail ! Le temps des promesses a vécu. Le temps de l'action est venu. 

Avec cette majorité, la confiance demandée est là. Le Premier ministre remercie les Français : vous avez choisi la cohérence. Les engagements du Président de la République pourront être mis en oeuvre. Les efforts devront être à la hauteur de notre ambition pour la France. Mais les efforts seront justement répartis. C'est dans le rassemblement et la contribution de tous que nous puiserons nos forces. Le Président de la République passe la soirée avec Valérie. Valérie qui rit. Le Président a-t-il téléphoné à Ségolène ? Ségolène qui pleure. Non, d'abord, confisquer le téléphone de Dame Twitterweiler.

Martine Aubry n'hésite pas : Cette confiance renouvelée des Français nous honore, mais elle nous oblige. Nous avons le devoir de réussir. Il faut de l'emploi, il faut du pouvoir d'achat, mais il faut aussi faire reculer la dette

300 sièges, pour le PS seul, selon les toutes dernières estimations. 346 sièges pour le  PS et ses alliés. Majorité confortable. Majorité absolue. 226 sièges pour la droite. Défaite pour la droite. Défaite incontestable, mais pas humiliante. Défaite. La droite est défaite.

Elysée, Sénat, Assemblée Nationale. La victoire est royale. Désormais, François Hollande a toutes les cartes en main. Seul ennemi : le contexte de crise. Européenne et mondiale, la crise. 

Larmes séches de Ségolène, à La Rochelle. Voix qui ne tremble pas. Ségo cite Hugo. Un texte sur la trahison. "Toujours la trahison a trahi le traître". Le "traitre", pour Ségolène Royal, c'est celui qui est élu "avec les voix de la droite"! Pour elle, à La Rochelle, le traitre s'appelle Olivier Falorni. Le socialiste dissident. Falorni qui l'a mise dans l'ornière. Celui qui lui fait mordre la poussière. Avec les voix droitières. Mais Royal ne renonce pas. Ne veut pas renoncer pour autant. En politique, on ne meurt jamais vraiment.

Europe Ecologie Les Verts : 18 sièges. Les verts vont pouvoir constituer un groupe. Front de Gauche : 13 sièges. Pas de groupe à l'Assemblée pour le Front de Gauche. Retour au Palais Bourbon, ça ne promet rien de bon, du Front National. Deux sièges pour le FN. La petite fille de Jean-Marie, Marion Maréchal-Le Pen et l'avocat Gilbert Collard. Le bleu Marine entre à l'Assemblée. Mais la patronne reste à la porte : Marine Le Pen, battue à Hénin-Beaumont. Maigre consolation pour Mélenchon. Morano estime que Dahan lui a fait perdre l'élection. Nadine porte plainte contre Gérald. La drôlesse de la bande à Sarko n'a pas aimé le canular téléphonique du faux Aliot. Pourtant fort d'à propos. François Fillon, élu à Paris. Xavier Bertrand élu chez lui. A Saint-Quentin... de Picardie. Alliot-Marie, battue à Saint-Jean-de-Luz. Jack Lang, battu dans les Vosges. Guéant, battu à Boulogne. Chapelet des battus qu'on égraine... Prenez-en de la graine. 

Pour résumer : Nicolas Sarkozy, battu. Ségolène Royal, battue. François Bayrou, battu.  Les trois "patrons" de la Présidentielle de 2007 ont perdu. Il y a cinq ans, ils étaient en haut de l'affiche. Aujourd'hui, de leur destin, de leur futur, de leur avenir, tout le monde s'en fiche. Battus, perdus, disparus. En purgatoire. Le purgatoire de l'Histoire. Traversée du désert qui peut sembler un enfer. Madame Ex a l'avenir kleenex. Le rêve de "perchoir", faut bien le laisser choir. 

Loin des malheurs de Ségolène, on votait aussi ce dimanche chez les Hellènes. En Grèce, on nous l'affirme, c'est l'avenir de l'Europe qui se joue.

En Pologne et en Ukraine, c'est l'Euro qui se joue. La Grèce s'est qualifiée pour les quarts de finale. Tchèquie, Portugal et Allemagne aussi.

La Grèce, qualifiée pour l'Euro. La Grèce, disqualifiée pour l'Europe. Sur le terrain, pourtant, ça drope ! Pourquoi ne pas éponger les dettes de l'Etat Grec en monnaie-football ?

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 23:03

 

Thierry Roland est mort la nuit dernière. Minute de silence au sein du club France. Rituels habituels des hommages. Plus ou moins sincères. Vraies larmes de Larqué, de toujours, son compère. Des galons, des galères. Commentaires peu amènes de ceux pour qui "c'est pas dommage". Tirs groupés pour stigmatiser, une dernière fois, les tristes "débordements" du célèbre télé-commentateur. Arbitre Tunisien et Roumains "voleurs de poules". Sur les réseaux, dits sociaux, les justiciers de la dernière heure jouent les courageux. Sans se rendre compte qu'ils jouent désormais "hors-jeu". Assassiner un mort, ça ne se fait pas.

La veille, les bleus de Blanc ont battu l'Ukraine 2 à 0. Des bleus foudroyants, Une victoire du tonnerre, Une victoire éclair, ont titré les journaux du matin. Cocoricos tricolores, ça ne mange pas de pain.

La jeune fille au foulard rouge a été retrouvée. On la croyait à tout jamais perdue. Non, ce n'est pas un fait-divers. Juste la découverte d'un pêcheur de l'Isère. Joli tableau de Charles Camoin, l'un des maîtres du fauvisme.

Pendant ce temps-là, l'ophtalmo de Damas continue d'assassiner son peuple. En toute impunité. Plus de 15.000 morts déjà. ONU impuissante. Le concert des Nations sonne faux. Faut-il leur dire, aux Nations Unies, que "Droits de l'Homme", en Syrie, doit d'abord s'écrire "Droits de l'Homs" ?

En Europe, on s'en moque, on s'en tape. Tout ça ne tourne pas très rond. On tape dans un ballon rond.    

L'Euro se joue sans problèmes. On oublie les sujets qui fâchent. L'Ukraine, côté libertés, ça craint. En Ukraine, libertés à la traîne. La FIFA tient son monde. L'UEFA aussi. L'ONU n'y arrive pas.

Cessons la mascarade. Carton rouge à Bachar-el-Assad.

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 18:51

 

C'est au début des années soixante-dix. L'année de ma Maîtrise de philo. 1973, je crois. Une phrase écrite en lettres rouges au fond du bus. Le bus que je prends le matin en sortant de l'usine. Une usine de machines à laver. On n'a pas encore inventé le mot composé "lave-linge".

Selon les jours, la phrase, je la trouve drôle ou jolie. Marrante. Elle a un sens très fort. Une très forte portée symbolique, pour parler comme à l'université. Un sens immense. Bien au-delà du sens premier. Dans le bus, dans la société du bus, comme dans la société tout entière. Les conséquences sociales, politiques, ou même philosophiques, de la phrase ne me sont pas apparues d'emblée. En tout cas, pas au premier matin. Pas non plus au cours de la première semaine. Trop fatigué sans doute par cet horaire de nuit : minuit-sept heures. Trop épuisé par le rythme des lessives à faire au Laboratoire Qualité. Le Labo où l'on teste la résistance des prototypes. Les machines doivent tourner 24 heures sur 24. Quatre-vingt machines dans le Labo.

La phrase, je me la suis très vite apprise par coeur. Je me la suis appropriée. Elle m'a marqué pour la vie entière. Mais elle a eu sur moi un effet contraire. Dans la vie, dans ma vie, j'ai toujours eu du mal à m'asseoir. A m'asseoir définitivement. J'ai toujours eu envie d'être debout. De partir. De repartir. Pour voir ailleurs. Voir plus loin. Quand d'autres se sont arrêtés. Se sont "assis". Très vite. Très tôt. Définitivement. Aujourd'hui encore, je suis toujours "debout". Même si, objectivement, j'ai désormais l'âge où l'on "s'asseoit". Où l'on a gagné "le droit de s'asseoir". Cette histoire m'amuse encore aujourd'hui. Me fait sourire. Quand j'y pense, je me dis : A quoi ça tient, une existence ?

La phrase, c'est :

IL EST INTERDIT DE SE TENIR DEBOUT QUAND IL RESTE DES PLACES ASSISES.

Fabuleux, non ?

 

 

 

 

 

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 16:32

 

Impression étrange que de se relire soi-même. Drôle de sensation. Se relire. Relire le roman que l'on a écrit. Comme s'il était le livre d'un autre. Un autre dont on se sent très proche. Le temps a fait son oeuvre. Le livre a déjà plus de dix ans. Les mots, les phrases, la musique des mots, la musique des phrases, à tout jamais, je sais qu'elles sont miennes. J'y retrouve le goût d'une certaine enfance. Certains passages me surprennent. M'étonnent. Littéralement. Je m'étonne d'avoir écrit ça. Ecrit ça comme ça. D'avoir été capable d'écrire ça. Comme ça. 

 

Extrait, page 145 :

"- Tu vois, ton Albert Camus, tout ce qu'il sait, c'est au football qu'il le doit !

Plutôt surprise, ma mère. Elle ne comprend pas pourquoi mon père la lance soudain sur Camus. Mon père insiste comme s'il reprenait de volée le texte de l'encadré de la dernière page d'un France Football de l'an dernier. Numéro 613. Mardi 17 décembre 1957.

- Regarde moi ça, et lis la phrase, en gros caractères, en haut, à droite de la page.

Ma mère lit à haute voix en respirant bien entre chaque groupe de mots de la phrase : "Ce que je sais de plus sûr... sur la morale et les obligations des hommes... c'est au football que je le dois."

- Alors, reprend mon père, pas si mal, le football, pour faire des hommes ?

- Parfait, répond ma mère, on a chacun son Albert. Toi, Batteux, et moi, Camus. Un prix Nobel de littérature, ça vaut bien un entraîneur de football !"

 

Dans "Verlaine avant-centre", je n'ai pas employé une seule fois le verbe "tataner". Pourtant, quand on jouait au foot, sur la place du village, ou dans le verger familial, on en filait, et on recevait, des coup de pied. Des coups de tatane. Tatane, c'est le nom de l'Association de Vikash Dhorasso. Un malicieux qui a le football joyeux. Qui entend défendre cette idée d'un foot joyeux et désintéressé. L'Association, dès sa création, en 2005, s'est donnée, en guise d'identité, un superbe manifeste. Ecrit à coups de "Parce que" qui sont autant de réponses à tous les "Pourquoi" qu'on pourrait se poser à propos du foot. Parmi tous les "Parce que" du Manifeste de Tatane, moi, j'adore vraiment :

 

Parce que Garrincha pouvait reculer pour faire durer le plaisir avant de marquer

Parce qu'il est possible de jouer au foot sans penser à son prochain transfert

Parce que la peur de perdre empêche de jouer

Parce que les sports, comme les sociétés, se jugent à la manière dont on traite les perdants

Parce que former un joueur de foot, c'est aussi former un citoyen

Parce que le jeu sauvera peut-être le monde

Parce que rien n'est jamais foutu

Sept "Parce que" que, pour une fois, je fais miens sans éprouver le besoin de dire "pourquoi". Sept "parce que" auxquels j'ajoute, sans réserve, ces deux "tatanes", histoire de faire la paire :

Tatane, non, aimer le football n'est pas grossier

Tatane, oui, on peut penser avec ses pieds


Tiens, à quelques encâblures du jour de la première épreuve du Bac, cette dernère "tatane" me donne une idée. Pour lycéens et lycéennes en mal d'entrainement à la réflexion philosophique, ce sujet très improbable : "Un enfant de la balle peut-il naître avec un ballon dans le ventre ?"

Pas mal, non ? Vais l'envoyer à Laurent Blanc, pour faire plancher ses garnements, lundi prochain, de 8 à 12. Corrigerai personnellement la copie de Ribéry et de Nasri. Ce n'est qu'un début. En deuxième sujet, je leur donnerai la phrase de Camus.

"Ce que je sais de plus sûr, sur la morale et les obligations des hommes, c'est au football que je le dois."

 

 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 22:54

 

On n'imagine pas combien Flaubert a souffert pour mener à bien son Bouvard et Pécuchet. Au mois de mars 1880, Gustave croit enfin toucher au but : il commence le dernier chapitre du premier volume. Mais il meurt, sans l'avoir achevé, le 8 mai 1880. Le second volume devait comprendre le dossier de la bêtise humaine dont fait partie le Dictionnaire des idées reçues

Extrait d'une lettre à George Sand : "Je lis maintenant des livres d'hygiène. Oh ! que c'est comique ! Quel aplomb que celui des médecins ! quel toupet ! quels ânes, pour la plupart ! Je viens de finir la Gaule poétique du sieur Marchangy. Ce bouquin m'a donné des accès de rire." Correspondance, IV, p.195.

Dans une lettre à Mme Roger des Genettes, Correspondance, IV, p.206, Flaubert raconte :" Dans une quinzaine, je m'en retourne vers ma cabane, où je vais me mettre à écrire mes deux copistes. La semaine prochaine, j'irai à Clamart ouvrir des cadavres. Oui ! Madame, voilà jusqu'où m'entraîne l'amour de la littérature."

Dans le courant de l'été 1874, Flaubert écrit à George Sand qu'au court d'un petit voyage en basse Normandie il a découvert "sur un plateau stupide" un endroit propice à loger ses deux bonshommes, "entre la vallée de l'Orne et la vallée d'Auge". Flaubert explique : "J'aurais besoin d'y retourner plusieurs fois. Dès le mois de septembre, je vais donc commencer cette rude besogne. Elle me fait peur et j'en suis d'avance écrasé."

Au mois de juillet de cette même année 1874, Flaubert, pris de syncopes et d'étouffements, est envoyé au Righi, où il ne reste que trois semaines, et dès sa rentrée il écrit à Edmond de Goncourt : "A mon retour ici, j'ai enfin commencé mon roman, lequel va me demander trois ou quatre ans. J'ai cru d'abord que je ne pouvais plus écrire une ligne. Le début a été dur. Mais enfin, j'y suis, ça marche, ou du moins, ça va mieux."

Le 2 décembre 1874, il écrit à George Sand : "Dans un mois, j'espère avoir fini avec l'agriculture et le jardinage, et je ne serai qu'aux deux tiers de mon premier chapitre."

 

L'ouvrage que je feuillette, à l'ombre des platanes du quai de la Tournelle, porte en titre Bouvard et Pécuchet, Oeuvre Posthume. C'est une édition de 1923. Le tome Bouvard et Pécuchet fait partie des Oeuvres Complètes de Gustave Flaubert. L'Editeur, Louis Conard, précise : La présente édition définitive des Oeuvres de Gustave Flaubert a été tirée par l'Imprimerie Nationale en vertu d'une autorisation de M. Le Garde des Sceaux en date du 30 janvier 1902. Il a été tiré de cette Edition 50 exemplaires numérotés sur papier de Chine.

Mon exemplaire est en papier ordinaire. En bas de page, cette dernière précision du Libraire-Editeur Louis Conard : Le texte de cette édition est conforme à celui de l'édition originale, Paris, 1881. Alphonse Lemerre, éditeur. Avec addition des notes et du Dictionnaires des idées reçues.

Depuis toujours, dans les livres, je suis curieux des notes en bas de page. Insignifiants messages que l'on vous délivre. Doctes anecdotes. Comme pour mieux aider le lecteur à survivre.

 

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 18:19

 

C'est d'abord une voix. Une voix qui semble familière. Comme la voix d'un proche. La voix de quelqu'un de la famille. Un vieil oncle, sans doute. Conversation de fin d'après-midi. Entretien du soir. Juste avant le point de l'actualité. Presque banal. Un écrivain parle de son journal. Le journaliste qui l'interroge lui demande si le diariste vit sous le rythme de l'inspiration. Le journaliste ne donne pas la définition. Diariste : Auteur d'un journal intime.

J'ai pris l'émission en cours. Comme souvent. J'ai manqué l'annonce du nom de l'invité. Je ne sais pas qui parle, mais ça me parle. Ce que la voix de cet homme me fait entendre me touche. Me concerne. Comme s'il était un autre moi-même.

"Des textes me viennent tout écrits, me sont comme dictés." Je tends l'oreille. Je n'en crois pas mes yeux. Je vois très bien la scène. J'ai souvent ce sentiment aussi. "J'écris beaucoup en marchant. soit dans la rue, soit à la campagne." Insensé que je suis, qui croit qu'on parle de lui, quand c'est un autre qui parle de soi. Un autre soi-même. La campagne ? Un village de l'Ain, au nord-est de Lyon. C'est l'invité qui répond.

Le ryhtme de la marche qui donne naissance au rythme de la pensée. J'ai déjà vécu ça aussi. Ressenti ça. Vraiment. Souvent. Cet homme est un frère. Je me sens très frère de lui. De ce qu'il dit. De sa vie. De sa manière de vivre sa vie.

" La fonction de l'écrivain, c'est de parler pour les silencieux." Fabuleux. Encore mieux :"Je voudrais écrire des poèmes qu'un homme pourrait murmurer à la femme qu'il aime." Cette conception du rôle de l'écrivain me va bien : parler pour ceux qui n'ont pas les mots.

Dernière phrase de l'invité, dans un de ces demi-sourires qui ne se voient qu'à la radio : "Je ne suis pas encore un retraité de l'écriture". L'invité, que le journaliste vient de remercier, maintenant, je sais qui c'est. Charles Juliet. L'auteur de Lambeaux. L'auteur de L'Année de l'éveil. L'auteur de La Lente Montée. Heureux, vraiment, ce soir, de me sentir si proche de cet homme-là. Grâce à la radio. La radio, le média qui irradie. La radio, le média qui rend radieux.

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 21:29

 

Le premier quart d'heure avait un goût de match déjà vu. Quelque chose d'Allemagne-Portugal. Le début de la rencontre était propice à somnoler. Je n'allais pas me priver. J'ai dû m'assoupir. Les commentateurs se sont mis à citer Houellebecq. Houellebecq footballeur, ça me semblait très improbable. Pas à ce niveau. Pas dans l'Euro. Mais dans mon rêve, j'ai tendu l'oreille et je me suis laissé prendre au jeu. Le premier match de la France de Laurent Blanc devenait une version inattendue de Questions pour des champions en crampons.

A chaque fois que mon cerveau entendait Houellebecq dans la voix d'Arsène Wenger, l'animateur principal du jeu télévisé, j'avais la réponse. Un vrai sans faute. Vous ne me croyez pas ? Simple, je vous rejoue le match en différé. 

Angleterre-France, pour les Bleus de Blanc ? La possibilité d'une île

La défense centrale des Tricolores ? Plateforme ! En un seul mot, ce soir. Souvent en deux mots dans les matchs de préparation.

L'entrée dans les dix-huit mètres ? Extension du domaine de la lutte.

Le match nul 1-1 avec les Anglais ? Le droit à La poursuite du bonheur !

Je suis sorti de mon rêve juste avant la mi-temps. Un gros plan sur le maillot d'un joueur britannique m'a donné la réponse. C'était écrit, en capitales : WELBECK.

De Welbeck à Houellebecq, crampons ou pas, avouez qu'il n'y a qu'un pas.

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 23:06
Compiègne. Milieu des années 80. © DR.

Compiègne. Milieu des années 80. © DR.

 

"La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore. Cela arrange bien des esthètes que François Villon ait été un voyou."

Relire, relire toujours, relire toujours avec le même plaisir, cette préface de Léo Ferré. Préface qui figure en ouverture de Poète... vos papiers ! Folio n° 926. Edition de 1977. Poète... vos papiers. Première édition parue à la Table Ronde, en 1956. Ferré, né en 1916, a tout juste 40 ans. Léo se préface lui-même. Quelle préface ! Quelle pêche ! Quel punch ! Quelle pugnacité ! La brouille avec Breton y est sans doute pour beaucoup. Breton aurait dit à Ferré que, selon les surréalistes, il n'était pas un poète. 

 

Qui n'a jamais entendu Ferré dire cette préface sur scène ne peut comprendre toute la force et toute la violence de ce texte. Texte-pamphlet. Texte-plaidoyer. Texte-prophétique. Texte-testament.

"Le snobisme scolaire qui consiste à n'employer en poésie que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain. Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse. Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, c'est la poésie qui illustre le mot."

 

J'adore. Je ne m'en lasse pas. C'est d'une modernité rare. D'une actualité éternelle. D'une insolence définitive et salutaire. Plus loin :

"L'alexandrin est un moule à pieds. On n'admet pas qu'il soit mal chaussé, traînant dans la rue des semelles ajourées de musique. La poésie contemporaine qui fait de la prose en le sachant, brandit le spectre de l'alexandrin comme une forme pressurée et intouchable. Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes : ce sont des dactylographes."

 

Et encore, juste pour vous donner l'envie de dévorer cette préface incroyable, cette dédicace à Breton sur le vers et le vers libre :

"Le vers est musique; le vers sans musique est littérature. Le poème en prose, c'est de la prose poétique. Le vers libre n'est plus le vers puisque le propre du vers est de n'être point libre." 

 

Enfin, au cas où vous n'iriez pas jusqu'à la fin :

"Le poète d'aujourd'hui doit être d'une caste, d'un parti ou du Tout-Paris. Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé. Enfin, pour être poète, je veux dire reconnu, il faut "aller à la ligne". Le poète n'a plus rien à dire, il s'est lui-même sabordé depuis qu'il a soumis le vers français aux dictats de l'hermétisme et de l'écriture dite "automatique". L'écriture automatique ne donne pas le talent. Le poète automatique est devenu un cruciverbiste dont le chemin de croix est un damier avec des chicanes et des clôtures : le five o'clock de l'abstraction collective."

Sublime. Léo, sublime. Forcément sublime.

 

© Jean-Louis Crimon

 

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