Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 14:46

 

C'est un Mac Orlan. Pas le plus connu des Mac Orlan. Mais pour moi, le plus attachant. D'abord, j'adore le titre. La clique du Café Brebis, ça me plait et ça m'a toujours plu. D'emblée. Edition définitive, suivi de Petit Manuel du parfait Aventurier. 2e trim. 1951. Gallimard. Je redévore aujourd'hui avec un réel bonheur les deux pages de préface. Signée P. Mc O, la préface. Signature en capitales, juste au-dessus de l'année: 1951.

Dès le premier chapitre, on se sent de la famille. La première phrase vous met dans la confidence: Quand François Villon laissa en héritage à Jacques Raguyer l'Abreuvoir Popin, il ne pouvait prévoir qu'en 1918 un descendant de ce Raguyer nommé Brebis continuerait les traditions de la famille en ouvrant, au coin de la rue Berthon et du quai du Métropolitain, une manière de petit café provincial dont l'entrée était interdite aux garçons aventureux

Cela pour l'entrée en matière. Le portrait de l'établissement et de sa patronne est plutôt bien ficelé. Joliment troussé. Jugez en plutôt: Vu du dehors, le Café Brebis n'évoquait en rien la vie tumultueuse des ports. C'était une petite maison basse, correcte, bourgeoise, plus gonflée de dignité que de clients. A l'intérieur, la salle de consommation, où Mme Brebis surveillait les jeux d'esprit des habitués, se révélait douillette comme une chaufferette. Mme Brebis, colorée à la manière d'un Jacquemart, brillait derrière sa caisse ainsi qu'une braise oubliée dans un passé déjà riche en cendres.

Bien sûr, je sais qu'on n'écrira plus jamais comme ça. Amélie Nothomb et Marc Lévy sont passés par là. Ou plutôt n'y sont pas passés. N'y passeront jamais. Mme Brebis, colorée à la manière d'un Jacquemart, brillait derrière sa caisse ainsi qu'une braise oubliée dans un passé déjà riche en cendres, avouez que ça fait plaisir à lire et que c'est beau à entendre.

J'aime surtout la présentation des habitués du Café Brebis. Troisième paragraphe de ce Chapitre Premier: Les sept clients du Café Brebis étaient, dans l'ordre, mon cousin, le marchand d'épices, appelé Mujina, ou le Fantôme-sans-visage, selon Lafcadio Hearn. Il avait perdu la tête au cinéma et s'occupait de la partie littéraire de nos réunions.

Mon beau-frère, le professeur d'argot, lui donnait la réplique. N'ayant jamais su son nom, nous l'appelions le Beau-frère. Il apportait avec lui tout le pittoresque qu'il pouvait emprunter à ses relations extérieures. Je me demandais toujours par quel miracle un tel individu avait pu s'introduire dans la famille.

Le troisième client s'appelait Paul Bul, mon cousin. C'était un homme ancien qu'une idée fixe poussait à nier le mouvement par principes.

Le quatrième habitué s'intitulait lui-même: le compère; il affirmait à l'occasion que le Compère Mathieu était un ouvrage admirable. On y trouvait, disait-il, des camarades émouvants, comme ceux des livres de Bret-Harte. Avant l'écrivain anglais, l'abbé Dulaurens avait exalté l'amitié, ce sentiment le plus pur chez les hommes.

A côté du compère s'asseyait M. Lucien-Antoine-Nicolas Read, descendant direct de Marie Read, chevalière de fortune, maîtresse et camarade de Rackam, gentihomme de fortune également. Lucien-Antoine-Nicolas Read n'avait jamais navigué. Il craignait l'eau, les voyages et la mort violente sous ses différents aspects. Mais il se consumait d'amour pour les Antilles et l'île de la Tortue.

Le sixième de la bande avait nom Cornelobre. Il jouait de la musique, pinçait les filles, là où il ne craignait pas de se casser les ongles, appréciait Paris et la belle société qui le recevait avec plaisir à cause de son nom peu compromettant.

J'étais le septième client de ce café où je tenais le rôle d'auditeur. Ce rôle convenait à merveille à ma vanité. On ne s'occupait de moi qu'au moment de régler ma consommation.

Grâce à ces messieurs et à leurs différentes appréciations de l'heure, je pus me faire une idée du milieu où j'évoluais. J'appris à prendre les tournants de l'histoire à la corde, selon la tactique des coureurs dans un virage, et mes yeux éblouis encore par les paraboles décoratives des fusées lumineuses se reposèrent petit à petit sur l'obscurité qui m'entourait.

Sur le front, nous étions des milliers et des milliers à communier dans une même pensée: Paris.

 

Dans La clique du Café Brebis, j'aime surtout le dernier paragraphe de la préface. Si ça vous dit, je vous le lis à haute voix. Juste à vous asseoir à côté de moi, sur le banc, là, juste en face de mes boîtes de bouquiniste. Fermez les yeux. Tendez l'oreille. Le vacarme ronronnant que font les moteurs des voitures qui traversent sans cesse quai de la Tournelle, est parfois assourdissant.

" Ces assemblées de qualité forment la clientèle solide du Café Brebis où les complexes sont peu apparents car ils dominent les spiritueux. Nous sommes là dans un club de bouchons pas très neufs qui peuvent flotter sur tous les liquides. Grâce à ce léger détail, cet essai romancé et romantique n'est pas encore hors d'usage. Le Café Brebis ouvre toujours sa porte à ceux qui se nourrissent de poussières anciennes. Ces poussières, je m'aperçois que j'hésite à les remuer. Elles me paraissent dangereuses et d'elles, sans doute, naissent les virus de ces maladies écoeurantes et mystérieuses qui nous détruisent lâchement." 

Alors, anonyme lecteur, convaincu par mon choix de lecture ? pas vraiment ? ça ne te dit rien ? Pas de problème. Je le garde pour moi, mon bouquin. Je le retire de la vente. Bon livre ou bon vin, piquette ou grand cru, je remets le bouchon dessus ! Pas question que le contenu ne... s'évente.

Partager cet article
Repost0
2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 18:46

 

"On les décrie, on s'en méfie. Leurs sujets et leur indépendance sont discutables et discutés. Ils sont journalistes." Première phrase de la préface du Félix Fénéon, paru en 1998, au Mercure de France. Au petit Mercure. Préface signée Régine Detambel. Félix Fénéon et ses nouvelles en trois lignes. Faits divers sans chichis, sans frous-frous. Faits divers bruts. Brèves brutes. Brutes de brèves. Avec de vraies brutes souvent dans les brèves. Nouvelles en trois lignes, c'est vraiment le titre de la rubrique que Fénéon créa au Matin. Exemples :

 

Le serrurier Bonnaut, de Montreuil, causait devant sa porte, quand l'apache "Gueule d'empeigne" le frappa de deux coups de couteau.

 

Le curé de la Compôte (Savoie) allait par les monts, et seul. Il se coucha, tout nu, sous un hêtre, et y mourut, de son anévrisme. (Dép. part.)

 

Douze ans de bagne à Portebotte: il avait tué au Havre cette folâtre Nini la Chèvre, sur qui il se croyait des droits. ( Par tél.)

 

Le domestique Launois a, par inattention, tué son maître, M. Paul Lebrun, de Grauves (Marne), dont il nettoyait le fusil. (Havas.)

 

Un pendu, depuis deux mois là, a été trouvé dans l'Estérel. De féroces oiseaux l'avaient, à coups de bec, absolument défiguré. (Havas.)

 

Modèles de brèves vraiment brèves. Brèves brèves qui m'ont toujours fasciné, moi qui ne serait jamais le roi de la brève. D'autres perles dans la préface de Régine Detambel.  Comme cette citation de Mark Twain: "Le journalisme consiste à apprendre que M. Johnson est mort à des milliers de personnes qui ne savaient pas qu'il vivait."

Comme ce précieux rappel historique de la consigne que donnait Clémenceau aux journalistes de L'Aurore: "Faites des phrases courtes. Un sujet, un verbe, un complément. Quand vous voudrez ajouter un adjectif, vous viendrez me voir." Et ce superbe clin d'oeil de la préfacière au célèbre J'accuse: Zola se passa de complément.

Comme ces trois citations qui feraient aujourd'hui encore un bon credo de journaliste débutant:

"Un chien mord un homme, c'est un fait divers. Un homme mord un chien, c'est un scoop." Beaverbrook.

"D'abord il lèche, puis il lâche et il lynche." Jean-François Kahn.

"En cette fin de siècle, le journalisme est illisible et la littérature n'est pas lue." Oscar Wilde.

 

De ces trois citations, sans aucune hésitation, je signe la dernière. Avec Oscar Wilde, selon la formule, je persiste et je signe. Plus iconoclaste que jamais. J'actualise juste un peu et j'affirme:  En ce début de siècle, le journalisme est illisible et la littérature n'est pas lue. Au risque de me fâcher avec nombre de mes confrères et la plupart de mes amis.

 

 

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 18:58

 

Premier dimanche de juillet. Immanquable. Une jolie tradition urbaine. Pour certains, une aubaine. Ce n'est pas toujours le 1er juillet. Cette fois, ça tombe bien. C'est à la fois le premier jour du mois et le premier dimanche du mois. Dimanche 1er juillet. Ce premier dimanche de juillet, c'est donc dans mon quartier. Pas loin du centre. Place du Cirque municipal. Inauguré par Jules Verne, le Cirque. Place Longueville. J'aime la musique du mot Longueville. Les autres dimanches, ça se passe dans d'autres quartiers de la ville. L'évènement porte un beau nom. Un nom ancien. Un mot du dialecte qui se parlait autrefois dans cette partie du nord de la France. Réderie. Le marché à réderies. Une fois par an, ce jour-là, tout le monde vend, tout le monde a le droit de vendre. Enfin, seulement ceux qui veulent vendre. Cette fois, je vends. Je rends. Je restitue. Je remets en ciruculation. Trop de livres, trop d'objets, trop de choses. C'est comme ça. C'est ainsi. Il y a dans la vie, des temps où l'on achète, où l'on accumule, où l'on posséde, où l'on a cette frénésie d'achat et de possession. D'accumulation. Puis arrive un temps, un âge, où c'est le temps du délestage. Cette année, j'ai le sentiment que ce temps-là est venu pour moi. Cette année, je vends. Les dix tomes de l'Histoire de la France et de Napoléon Bonaparte, de 1799 à 1815. Par A.C. Thibaudeau. Edition de 1834. Paris, Jules Renouard, Libraire, rue de Tournon, n° 6. Imprimé chez Paul Renouard, rue Garancière. Cette année, je vends. Je vends ce beau sac de voyage et son cuir patiné par la marque des années. Sur une photo, Verlaine avait le même. C'est ce qui m'avait séduit quand je l'ai acheté. Je le vends aujourd'hui. Je vends ces deux fauteuils, style sièges de cinéma. Je vends, je vends. Une multittude de petites choses, utiles ou futiles, désormais perçues comme inutiles. Je vends, je vends. Enfin, j'espère vendre. A vendre, nous sommes peu nombreux. Une petite centaine. Les plus nombreux ne vendent pas. Ils viennent pour acheter. Ils bullent et déambulent. Ils se baladent. La réderie est pour beaucoup, la plupart d'entre nous, prétexte à promenade. Seul ou en famille. Brocante étonnante. Attachante. Parfois agaçante. Tout s'achète et tout se vend. Mais tout dépend du prix. Un bon prix, ici, ça n'a pas de prix.

Ma voisine me l'avait dit tôt matin, découragée par le peu d'enthousiasme des rédeux. On appelle ainsi les gens qui font les réderies. Ma voisine m'avait dit : Les chineurs du matin, ils veulent tout... pour rien. J'ai bien aimé la formule. Très explicite. Très parlante. Quand la bourse de celui qui achète reste muette. J'ai vite réalisé son réalisme. Sa vérité. Les gens marchandent à un point où ça devient indécent. Pas seulement insultant pour le vendeur. Indécent pour l'objet. Qui ne respecte pas la valeur de l'objet est, pour moi, un triste sujet. Ce n'est pas une question d'argent. C'est juste le jugement qui est indigent. Un livre à un euro, pour eux, c'est déjà beaucoup trop. Ils vous en proposent dix centimes. Mais, le midi, ils n'hésitent pas à s'empiffrer chez Quick ou Mac Do. Pour huit ou dix euros. Par tête de pipe. Sans piper mot. Vont même flamber allégrement 6 euros, c'est bête, pour un paquet de cigaretttes. Sans parler de la bière ou du vin. Boissons qui passent pour festives le jour du marché à réderies. Ce jour-là, j'ai une préférence pour le cidre. Moins lourd. Plus champêtre. Plus aéré. Plus aérien. 

J'aime le mot "réderies". Je l'ai très tôt lu "rêveries". Marché à rêveries. Tu rêves et tu ris. Tu ris, tu souris et tu pars à la chasses aux choses. Sans une idée trop précise en tête. La quête est pleine d'imprévus. De rencontres imprévues surtout. Les objets ne sont souvent que prétexte à conversations insolites. Dialogues curieux. Paroles simples à faire des envieux. Commerce des mots davantage que commerce des euros. Commerce des mots, celui qui rend le plus heureux. Le plus riche, au fond, sans aucun doute.

Jolies cafetières en émail bleu, cabas d'autrefois, sacs de voyage anciens, vieux réveils et vieilles radios, cartes postales anciennes, gravures, photos, vieux journaux... peuplent les étalages, le jour du grand déballage. Mais malgré la diversité de tout ce qui s'expose à la vente, le refrain de l'après-midi ressemble parfaitement à celui du matin. Juste une toute petite variante: 

Les chineurs de l'après-midi, ils veulent tout, pour... "presque" rien.

Partager cet article
Repost0
30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 23:02

 

Page 846 du volumineux Dictionnaire égoïste de la littérature française de Charles Dantzig, sept lignes qui en disent long:

"Souvent, dans les oeuvres de fiction, il y a un sujet apparent et un sujet caché. Si le sujet apparent de Madame Bovary sont les malheurs d'une bourgeoise de province, le sujet caché en est les dangers de l'imagination pour les cerveaux exaltés. Le sujet de Lolita n'est pas la pédophilie, mais la satire d'une certaine american way of life des années 1950, où rien ne paraissait plus idéal que de posséder une voiture et de manger des glaces."

Un point de vue qui me réconcilie avec la littérature. Avec une certaine idée de la littérature. Merci, Monsieur Charles Dantzig.

Partager cet article
Repost0
29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 21:25

 

Pas franchement mauve, mais plutôt lilas. Lilas légèrement délavé. C'est la couleur de la couverture de ce livre-là. Un papillon rouge et noir, en haut à gauche de la première de couverture. Deux dates, 1934-1982, juste en dessous du mot poèmes. En lettres capitales, le mot poèmes.

POEMES. Vingt-cinq ans que ce livre-là m'accompagne. Vais-je le vendre aujourd'hui ? Vais-je m'en séparer ? Contre quelques euros ? Définitivement ? Vais-je offrir à un autre que moi, le bonheur de sa lecture ? Au fond, les livres ne nous appartiennent pas. Les mots des livres, peut-être, parfois. Les livres, on les héberge quelque temps. On leur offre, gratuitement, un espace, chez nous, dans notre maison, dans notre appartement, ou dans nos boîtes. Pour les protéger des outrages du temps. Nous ne sommes que des passeurs. Des protecteurs. Les livres, parfois, nous aident à vivre. Nous, notre rôle, notre rôle à nous, c'est de les aider à survivre. J'ouvre par hasard ce livre lilas. Lilas. Lis là. Livre lilas qui me dit : lis là. Page 216. Je lis. Là. Rue Descartes. Ce n'est pas si loin d'ici.

Rue Descartes, j'y passerai ce soir. Pour voir. Les trois premiers vers sont pour moi. Quarante ans plus tôt, ce serait moi. Quarante ans plus tôt, c'est moi. Parfaitement moi. Qui a dit : O insensé qui croit que je ne suis pas toi ? Baudelaire ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je lis. RUE DESCARTES

 

En passant par la rue Descartes

Je descendais vers la Seine, jeune barbare en voyage,

Intimidé d'être dans la capitale du monde.

Nous étions nombreux, venus de Jassy et de Szeged, de Vilna

Et de Bucarest, de Saigon et de Marrakech.

...

Me voici de nouveau accoudé au parapet des quais,

Comme si, revenu d'un périple souterrain

Je voyais soudain la roue des saisons en pleine lumière

Là où les empires sont tombés et ceux qui vécurent déjà morts.

 

Un Milosz à cinq euros, c'est cadeau. 

Milosz. Prix Nobel de littérature 1980. Czeslaw Milosz. Luneau Ascot Editeurs. Janvier 1984. Postface signée... Alexander M. Schenker.


Partager cet article
Repost0
28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 18:30

 

Dès le début de la partie, on sent déjà toute l'Italie... dans la manière, dans la façon, de caresser le ballon... cette touche de balle à une touche... cette grâce si belle, cette classe naturelle... ce geste insensé du joueur, faux rêveur qui, soudain, se met à danser, oublie le cuir, ou fait semblant, se moque et se rit du réalisme allemand... regarde, ce n'est plus un match, c'est un ballet... le rectangle, une scène soudaine... ou la Squadra s'en va conter fredaine... le camp allemand est un blanchâtre bellâtre qui n'a pas compris que ce soir, c'est du théâtre... de la commedia... la commedia dell' arte...

Je suis Rital et je le reste, dans le contre et dans le geste...

C'est vrai, vous trouviez ça rigolo, de nous avoir si souvent, pris pour des idiots, enfermés dans notre catenaccio. Cette fois, finie la contre-attaque, nous sommes d'attaque, et nous vous rappelons que ce football italien est aussi un football d'attaquants... nous maîtrisons nous aussi l'offensive et nous savons l'art de la passe décisive... Même Gigi Buffon s'en étonne... Pirlo conjugue la transversale comme personne...

Je suis Rital et je le reste, dans la victoire, dans la défaite, notre gloire n'est jamais surfaite...

Ce soir, Frau Merkel, on gagne, on la renvoie chez elle, ton Allemagne...

Admire les élans de Buffon, les macaronis mascarpone, le tiramisù tir à mi-hauteur, les relances de Barzagli, les grimaces du tifosi, le risotto de Pirlo, les montées de Montolivo, les une-deux de Cassano, et même les folies de Balotelli... grazie mille Cesare Prandelli...

Je suis Rital et je le reste... pour la beauté du geste...

Fin de partie... l'Allemagne a perdu la partie... l'Allemagne est sortie... l'Allemagne est partie... Frau Merkel, cette fois, ce n'est pas toi qui fait la loi...  Angela, tes p'tits gars, tu vas pouvoir les engueuler... Dans cet Euro là, l'Allemagne peut remballer... Sur le terrain, trop de laisser-aller... eh oui, au fond... manque de... rigueur !

Je suis Rital et je le reste, et dans le verbe, et dans le geste...

Partager cet article
Repost0
27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 18:24

 

La rigueur juste ! Je rêve ou je viens vraiment d'entendre, à la radio, cette expression pas encore répertoriée dans mon lexique médiatique. Radio du petit matin, celle qui te prépare à aller, docile, au turbin. La rigueur juste ! Non, là, franchement, ça me révolte. Y'a pas de rigueur juste. Y'a juste la rigueur.

Et puis, au juste, à qui ça s'adresse, la rigueur juste ? Aux Grecs, aux Italiens, aux Espagnols, aux Portugais ? et maintenant aux Français ? aux dépensiers et aux endettés du Sud ? aux peuples ? à ceux du peuple ? aux smicards ? Ou aux Banquiers et à ceux qui nous ont endettés ?

A mon avis, juste pour être précis, la rigueur juste ne concerne pas tous les Français. Par exemple, s'adresse pas, la rigueur juste, à l'ancien Président et à tous les ministres de son gouvernement, payés plein pot pendant six mois après leur fin de contrat. S'adresse pas, la rigueur juste, aux footballeurs de l'Equipe de France et à leurs minables performances. Pas aux Bleus qui se préparent, sans scrupules, sans honte, à encaisser leur prime de 100 000 euros. 100 000 euros pour leur élimination en quarts. 100 000 euros en quatre matchs. 25 000 euros par match. Un nul: 25 000 euros. Une victoire: 25 000 euros. Deux défaites: 50 000 euros. Ben, oui, mon vieux, plutôt qu'OS chez Goodyear, fallait faire footballeur !

Non, moi, je sais à qui ça s'adresse la rigueur juste. Aux 2 millions de smicards qui viennent de se voir octroyer 2% d'augmentation au 1er juillet prochain. 21 euros 50 de plus par mois. Une augmentation réelle de 0,6 %, si l'on tient compte de l'inflation. 1,4 % entre mai 2011 et mai 2012. Une hausse raisonnable, a estimé le Medef. A donf, la rigueur juste !

Tiens, je me demande quel courageux va souffler à l'oreille de nos footballeurs d'imiter les footballeurs Italiens. Pas sur le terrain, je sais, c'est trop tard. Puisqu'on on est sorti en quart. L'Italie, elle, est en demi. Je veux dire, dans la vie. Dans la vie de tous les jours. Dans la vie de citoyen. De simple citoyen. Vous ne me suivez pas ? Ben quoi, vous ne le savez pas ? Buffon et ses coéquipiers, les "vrais Bleus", ont pris, eux, la décision de renoncer à leurs primes de matchs. Compte-tenu des efforts demandés à leurs concitoyens. Des malheurs aussi en Emilie-Romagne. Pas mal, non ? Pour... des Italiens ! Mon grand-père était Sarde. Une pareille attitude me tarde. Franchement, à tout le monde, même symboliquement, je meurs si je mens, ça ferait du bien.

Partager cet article
Repost0
26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 17:23

 

Parlez-moi d'amour n'est pas le premier livre de Carver que j'ai eu entre les mains. Mon premier Carver, ce fut Les Vitamines du bonheur. Embarquement immédiat. Un ton. Un style. Un style absence de style. Une manière de dire. Une façon d'écrire. Carver for ever. Ecriture au couteau. Sans fioriture. Véritable écriture. Nature. Ecriture à vif. Dans le vif. Impulsif. Offensif. Décisif. Au couteau et parfois au... canif. Histoires d'amour en impasse, vie à deux qui passe, et qui trépasse, because un des deux qui se casse. Le minuscule ennui qui lasse, couples en déglingue, vraies ou fausses bringues, familles à toute berzingue, familles en chamaille, pères et fils en quête d'improbables retrouvailles. Carver et son univers en morceaux. Morceaux d'histoires pour autant de morceaux de vies. De vies en morceaux. Histoires éclatées pour mieux dire ou maudire ces vies éclatées. Mais jamais médire. Eclats de vies. Eclats de voix, parfois.

 

Il y aura bientôt deux ans, en septembre 2010, la parution, aux éditions de l'Olivier, du texte original des premières nouvelles de Raymond Carver, fut une vraie découverte. Ce manuscrit original, originel, révèle le premier visage de l'écriture de l'auteur culte. Trop vite et trop longtemps enfermé dans le costard du nouvelliste minimaliste. En fait, l'inventeur du "style Carver" n'est pas Carver, mais Lish, son éditeur. Gordon Lish qui, de fait, aurait mérité le patronyme de Polish. Car il l'a bien, lissé, le texte original, lissé et "polissé", avant d'en faire cette phrase faussement banale. Minimale. Ce rien qui touche à l'essentiel. Cette apparence de rien qui nous dit si bien.

Dans l'histoire de Carver, s'il y a Gordon Lish aux Etats-Unis, il y a Olivier Cohen en France.  Il y a la passion d'un éditeur français pour le nouvelliste américain. Olivier Cohen, le patron, le créateur des éditions de l'Olivier, a bien connu Carver. Est même allé chez lui aux Etats-Unis. A pêché le saumon avec lui. A été le premier à le publier en France. Les Vitamines du bonheur, chez Mazarine, c'est déjà Olivier Cohen.

En 2010, Olivier Cohen a l'excelllente idée de publier, en même temps, les deux versions du premier livre de Carver. Version de l'éditeur, la première, la seule connue, et version, totalement inconnue en France, de... l'auteur. Carver. Raymond Carver. Car, aussi surprenant que celà puisse paraître, Carver n'est pas l'auteur du premier Carver. L'inventeur du "style Carver", c'est Lish, l'éditeur de Carver. N'en déplaise aux premiers fans de Carver, les fidèles du "pape du minimalisme", les admirateurs du Tchekhov américain.

Débutants, c'est la version intégrale de Parlez-moi d'amour (What We Talk About when We Talk About Love), recueil de nouvelles qui a rendu Carver mondialement célèbre. Paru en 1981, aux Etats-Unis, et cinq ans plus tard en France, ce premier Parlez-moi d'amour  est en fait davantage l'oeuvre de Gordon Lish, l'éditeur, que de Raymond Carver, l'auteur. Lish n'a d'ailleurs jamais nié avoir fortement remanié le manuscrit, mais il affirmait que "c'était pour mieux affuter la voix originale de Carver."

Fin 2007, la veuve de Carver, Tess Gallagher, décide de publier le texte original du premier livre de Raymond Carver sous le titre choisi par ce dernier, Beginners. La nouvelle qui donne son titre au livre fut d'abord publiée dans le magazine The New Yorker, avant que le recueil ne paraisse aux Etats-Unis. Un article du New Yorker montre d'ailleurs l'étendue des coupes effectuées par Lish.

Selon les nouvelles, Gordon Lish a coupé 50 à 75 % du texte original. Il a changé les noms des personnages. Modifié la fin des histoires. Selon la formule d'Olivier Cohen "a supprimé tout ce qui ressemblait à une émotion". Gordon Lish, éditeur très imbu de sa personne, à ce qui se dit, surtout très fier d'affirmer, à qui voulait l'entendre, qu'il exerçait un incroyable ascendant sur les écrivains et les critiques, Gordon Lish qui se faisait appeler Captain Fiction.


Cet après-midi, sur le quai, je relis Carver. Raymond Carver. Je pense à lui. A tout jamais parti. A tout jamais parti pour l'infini. L'infini de l'infiniment si grand. Nous les passants de l'infiniment petit. Je me demande où s'en vont ceux qui s'en vont. Où sont ceux qui sont déjà partis. Je me dis aussi qu'ils sont toujours ici quand on les lit. De bon coeur, je pense à Carver.

Carver, croisé, un jour, dans ma vie, à Saint-Quentin... Non, pas Saint-Quentin, aux Etats-Unis. A Saint-Quentin, en France. Non, pas Saint-Quentin-en-Yvelines. A Saint-Quentin, en Picardie. Carver croisé à la fin des années quatre-vingt. Printemps 87, je crois. Je m'en souviens très bien. Carver était très fatigué. Il le disait. Sans savoir pourquoi. Il ne savait pas encore que le crabe qui le mangeait de l'intérieur lui laisserait tout juste une petite année à vivre.    

Partager cet article
Repost0
25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 15:42

DSCN2033.JPG 

© Jean-Louis Crimon        

 

"Son objectif n'était pas de faire gagner Nicolas Sarkozy, il était de faire gagner Charles Maurras." La phrase est plutôt bien balancée. Elle est signée NKM. Nathalie Kosciusko-Morizet, ex-porte-parole du président sortant. Maurras, comme chacun ne sait plus très bien, figure de l'extrême droite catholique, dirigeant de l'Action française, comdamné à la perpétuité, en 1945, pour "haute trahison", pour avoir défendu la collaboration. Buisson, fan de Maurras. Patrick Buisson, adepte des thèses Maurrassiennes. Au point de les faire siennes. Idées Maurras siennes. Au point de vouloir les partager avec le plus grand nombre. A commencer par un partage au plus haut sommet de l'Etat. Compte-tenu de l'état du sommet... Mais...

Interrogée, hier, sur Canal +, sur la façon dont la campagne du président sortant avait été conduite, notamment sur ses thèmes très droitiers, sinon extrême-droitiers, l'ancienne porte-parole a rompu avec la communication présidentielle institutionnelle. Elle s'est bien lâchée.  Elle a avoué à Anne-Sophie Lapix: "J'ai accepté d'être porte-parole. Je savais que c'était un job dur. J'ai vécu des débats internes très rudes, qui se sont déroulés à la une des journaux." NKM, pour être on ne peut plus claire, n'hésite pas à préciser: "Tout le monde sait bien que j'avais une ligne différente de celle de Patrick Buisson."

Sur la chaîne cryptée, NKM a décrypté. L'émission était en clair, et le décodage était lumineux. A la fin, paraphrasant le chanteur Antoine, on se serait laissé aller à murmurer "c'est Morano, qu'on pourrait mettre en cage à Medrano". Et avec Renaud, on aimerait  improviser: NKM, c'est comme ça qu'on l'aime... Chez elle, au moins, désormais, le fond, la forme, sont en parfaite cohérence : "Pour moi, avec le FN, aucun accord, aucune alliance d'aucune sorte n'est tolérable. Le FN a changé la vitrine, mais c'est la même arrière-boutique et, en plus, il veut la mort de la droite."

Après Roselyne Bachelot qui tire à vue sur les trois premiers conseillers de Nicolas Sarlozy dans son "A feu et à sang", Nathalie Kosciusko-Morizet n'hésite pas à dire tout le mal qu'elle a pensé et qu'elle pense des choix des responsables de la "droitisation" de la campagne du président sortant.

Patrick Buisson s'en prend plein les dents. Ardu le métier de Buisson ardent. Buisson, l'arbre qui cache la forêt.

Ou si vous préférez, paraphrasant qui vous savez : de quoi Patrick Buisson est-il le nom ?

Partager cet article
Repost0
24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 22:42

 

L'écriture à la voix. Toujours fascinante pour moi. L'encre des cordes vocales. L'écriture orale du match. Le commentaire en direct. Les commentaires dans le commentaire. Larqué est à son aise. Jamais dans la fadeur. Parfois dans la fadaise. Mais ça nous comble d'aise. Il n'y a plus grand chose dans la chaussette. C'est à l'arrache que se termine cette première partie de prolongation. Ils sont très fatigués les joueurs. Les banalités de l'oralité. Deuxième poteau. Obstruction de Mario Balotelli. Le 4 4 2 anglais est toujours en place. Maggio... Montolivo...Pirlo... Maggio... Balotelli.... Chapelet des noms des joueurs qu'on égraine. Phrase parfois aussi mal assurée qu'une mauvaise passe. Un long dégagement avec cette touche concédée par l'Angleterre, les joueurs n'ont plus les qualités physiques pour faire la différence. Dans ces cas-là, c'est toujours plus facile de défendre que d'attaquer. Tentative de frappe de Maggio. Une minute de temps additionnel dans la première prolongation. Oh la la , il a les jambes raides, John Terry.

Terminé pour cette première prolongation qui n'a rien donné. Indication en direct des modifications de programme, suite à la retransmission des prolongations. "Enquête exclusive" reporté à la semaine prochaine. On va vers l'épreuve des tirs au but. Avec Buffon qui pourrait être le grand acteur de cette séance de tirs au but. Séance de tirs au but qui n'est pas encore là, mais qui se profile...

Pirlo qui en se jetant s'est fait mal, non, ce n'est pas Pirlo, c'est Diamanti. Ashley Young qui rend ce ballon à Gianluigi Buffon. On le sent, les jambes sont lourdes, le ballon est lourd... Plus beaucoup de forces, mais les intentions sont là. Il n'a pas fait le une-deux parce que c'était un petit peu téléphoné. Tous les Anglais sont dans la surface de réparation, c'est encore Andy Carroll qui... Maggio, Pirlo, la frappe contrée, incroyable, la possession de ballon des Italiens. Interpellation de Larqué : Diamanti, t'as pas le droit de l'allonger comme ça la feuille de match, là ... Traduction : là, tu aurais dû conclure, marquer. En finir. Inscrire le but victorieux. Métaphore ultime:  C'est arrivé...Tout le monde avait avalé la trompette et tous étaient cuits durs.

Les Anglais n'existent plus balle au pied. Ils ne font plus que défendre. Cinq minutes. Cinq minutes encore. Les traits sont tirés. Tout le monde en a plein les bottes. Mais ce fut un magnifique match. Rooney...Alllez, la dernière occasion, pratiquement, pour les Italiens... Ils le jouent court... le centre de Maggio.... Barzagli... Diamanti... c'est presque fini...

Les supporters anglais ont compris: ça va se jouer aux tirs au but.

 

Les Tirs au but ! La séquence ultime. La plus cruelle. La plus belle aussi. Le face à face. Séance sublime. Si le tireur et le gardien sont à la hauteur.

Buffon, le plus serein. Le plus sûr de son destin. Dans l'exercice, le plus fort. Le plus aguerri.

Les entraineurs relisent leurs notes. Leurs notes, ils les connaissent par coeur. Mais ça rassure. Ils les ont dans la tête. Les lire sur le papier, ça évite de perdre pied. Les entraineurs reprennent leurs notes. Arc de cercle autour de Buffon. Solidarité physique. Solidarité en acte. Avec les corps, on fait corps. 

1-1 après les deux premiers tirs au but. Puis 2-1. Pour l'Angleterre. Un Italien a manqué complétement sa frappe. Le ballon passe à côté du but. Le gardien Britannique exulte. L'Italie est maudite. La messe est dite. Pas si sûr. Buffon n'a pas les deux pieds dans la même chaussure. Il a le gant élégant. Sait boxer le cuir s'il le faut. Ou cueillir le ballon à ras de gazon. Le péno, chez lui, c'est yes or no. Ce soir, messieurs les Anglais, ce sera... no !

Le tir au but de Young sur la transversale. La panenka de Pirlo. Faut oser. Faut réussir le geste. Lifter le ballon. L'arrêt de Buffon. L'arrêt incroyable d'un gardien incroyable. Buffon stoppe le tir au but de Cole. L'arrêt de Gianluigi Buffon. L'arrêt qui fait tout basculer. Qui inverse le cours du destin. Qui relance l'issue du match. Pénalty de Diamanti. Péno d'Alessandro. Enfin, tir au but. Tir au but décisif. C'est fait. C'est gagné. C'est fini. Ce sera l'Italie contre l'Allemagne.

On a eu de l'émotion. On a eu du suspens. On a eu un comportement exemplaire. Larqué résume. La Squadra Azzurra est qualifiée. L'Italie est en demi. La Squadra au paradis. L'Angleterre en enfer. Les Bleus de la Squadra dans le dernier carré. Tiens, en bleu, les Bleus de l'Italie. En bleu, on gagne. En blanc, on perd ! Vous ne le croyez pas ? Jouait pourtant en... blanc, l'Angleterre.

Si les Bleus de Blanc ont regardé le match, à la télévision, ils ont pu voir combien la Squadra est séduisante. Comment le foot, c'est superbe quand c'est bien joué. Comment le foot, ça se joue, en équipe. Comment joue une équipe. Une véritable équipe. Comment on peut jouer en équipe. Comment les individus, les individualités, s'expriment, s'effacent, et se révèlent, en équipe. Pour l'équipe. Dans l'équipe, s'effacent tous les "ego". Dans l'équipe, volontairement, tous les joueurs sont égaux. Se font égaux. Deviennent égaux. A cette condition, l'équipe peut gagner. Tiens, je devrais écrire ça pour L'Equipe.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de crimonjournaldubouquiniste
  • : Journal d'un bouquiniste curieux de tout, spécialiste en rien, rêveur éternel et cracheur de mots, à la manière des cracheurs de feu !
  • Contact

Recherche

Liens