Paris. Octobre 2012. © Jean-Louis Crimon
Feuille morte sur le bitume. Déjà le ciel s'enrhume. Ma dernière clope, je fume. Même mon cerveau s'embrume. Le vent fait son ménage. Dans les grands arbres, ça déménage. La mort en habit d'automne. Fait son boulot monotone. Le temps prend son temps. Il a tout son temps. Pour nous servir son mauvais temps. Avec effroi, on lorgne les premiers froids. L'été a pris ses quartiers d'été. Vers d'autres cieux, s'en est allé. Nous laissant, dirait Baudelaire, " Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle"...
Une immensité de gris qui nous encercle.
Je pense à Rutebeuf et à sa Complainte :
Avec le temps qu'arbre défeuille.
Quand il ne reste en branches feuille
Qui n'aille à terre...
Rutebeuf, ressuscité d'entre les morts par la voix de Ferré, et qui pleurait de son vivant ces amis si peu fidèles :
Que sont mes amis devenus,
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés ?
Ils ont été trop clairsemés,
Je crois, le vent les a ôtés,
L'amour est morte.
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte,
Les emporta.
Rutebeuf, mon frère, mon camarade, mon ami, mon poteau. Rutebeuf dont on sait si peu de choses. Jongleur de son état. Jongleur de mots, ça va de soi. Dont on ne sait même pas précisément la date de naissance. Vers 1230. Pas non plus précisément quand il est mort. Vers 1285. Dont on dit qu'il devait être originaire de Champagne.
Mais qu'importe, Rutebeuf, puisqu'à tout jamais... tu es, -Léo merci-, immortel.
Qu'importe, Rutebeuf, ces amis si peu fidèles,
Même si tu les avais de si près tenus,
Tes misères, tes malheurs, sont bien entretenus,
Avec Ferré, immortel, tu es devenu...
Ta voix est toujours aussi forte
Aucun danger que vent l'emporte,
Même s'il vente devant ta porte,
Ton chant, la froidure, supporte,
Et supportera...
(La chanson du Bouquiniste)