16 décembre 2021
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Amiens. La fille à la fenêtre. Juin 2012. © Jean-Louis Crimon
La fille à la fenêtre
Sans doute ou bien peut-être
Tu crois la connaître
Elle te parle peut-être
La fille à la fenêtre
Sans doute ou bien peut-être
C'est à toi qu'elle téléphone
Juste à attendre que ça sonne
La fille à la fenêtre
Sans doute ou bien peut-être
Elle te laisse un message
Elle était de passage
La fille à la fenêtre
Ce n'est pas peut-être
C'est un autre qu'elle appelle
Qui se souvient bien d'elle
La téléphonie sans fil
Ne tient pas qu'à un fil
T'es loser côté coeur côté pile
T'es pas dans les numéros qu'elle défile
Elle est belle comme un Vermeer
Comme un Gauguin gris d'automne
Comme un profil de madone
Qui guette la pluie sur la mer
Ce n'est pas peut-être
Toi, tu rêves qu'il pleuve des tonnes d'eau
Pour courir la sauver du déluge
Mais pas la moindre averse pour lui offrir refuge
La fille à la fenêtre
Elle est trop belle pour toi
Arrête de te prendre pour ce que tu n'es pas
Son coup de fil n'est pas pour toi.
© Jean-Louis Crimon
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15 décembre 2021
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Amiens. La jeune fillle qui ressemblait à un cygne. Juin 2019. © Jean-Louis Crimon
La jeune fillle qui ressemblait à un cygne. Titre d'un roman lu et adoré au début des années 70, dans l'autre siècle, ce siècle vingt, que par pure dérision, nous appelions "siècle vain". C'était au temps de nos 20 ans turbulents.
Incipit superbe : "Maintenant que j'ai abandonné la licence de philosophie pour écrire des histoires pour les enfants, j'ai le sentiment que cela seul a de l'importance". En un instant, cette phrase a illuminé ma vie entière. Une vie qu'il allait me falloir écrire. Sans jamais oublier cette promesse d'écriture. Même si, en chemin, je n'ai pas abandonné la licence de philosophie et je n'ai pas écrit d'histoires pour les enfants.
Un demi-siècle plus tard, hasard d'une existence humaine qui s'en va vers sa fin, clin d'oeil du destin, miracle d'un quotidien sans surprise, la jeune fille qui ressemblait à un cygne m'a un jour fait signe. Sans le vouloir ou sans le savoir. Sans en avoir conscience. Une légéreté soudaine, une grâce, une élégance, une présence, aérienne sans être hautaine, en quelques pas comme des pas de danse, elle a sublimé l'espace.
Beauté rare de l'instant donné qui se serait à tout jamais enfui au pays des jamais plus, s'il n'y avait eu l'oeil photographe et la magie de la photographie. L'image, le plus beau langage.
© Jean-Louis Crimon
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14 décembre 2021
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Paris. Place de la rue Gros. Déc. 2014. © Jean-Louis Crimon
Funambule qui danse de branche en branche, l'élagueur sait d'instinct le geste qui sera le bon, la branche dont l'arbre doit se défaire pour continuer à vivre et à respirer. A nous créditer de sa fonction chlorophyllienne, cette vertu magique qui transforme le gaz carbonique en oxygène. Pour le bonheur de nos poumons.
© Jean-Louis Crimon
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13 décembre 2021
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Paris. Juin 2014. © Jean-Louis Crimon
Parfois, tu passes devant l'arbre sans le voir, sans lui accorder le moindre regard, sans même lui dire Bonjour. Lui te regarde. Cyclope de la mythologie urbaine. Le cyclope sort ses moutons pour qu'ils aillent pâturer. Toi, tu te prends pour Ulysse. Sans posséder son art de la ruse. Sans voir que l'arbre te regarde. Le géant avec son oeil unique. Le géant reste de marbre. L'oeil fixe te fixe. L'oeil de l'arbre.
© Jean-Louis Crimon
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12 décembre 2021
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Québec. Montréal. Face au Saint-Laurent. 1534-1984. © S.H.
Passant par hasard sur le quai du vieux Monde
Je suis l’embarqué de l’antépénultième seconde
© Jean-Louis Crimon
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11 décembre 2021
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Paris. Boulevard Edgar Quinet. 25 Avril 2019. © Jean-Louis Crimon
Ce printemps-là m'a d'emblée semblé bizarre. Il y avait du sarcasme dans l'air. Il poussait aux arbres d'étranges fruits en forme de croquenots bien mûrs. Se balançant sur sa branche, une paire légère en toile blanche faisait un délicieux contrepoint, pour ne pas dire contrepied. Histoire de vous refiler l'envie de courir arpenter le bleu du ciel.
Osant braver le géant feuillu, je m'entendis répondre un tonitruant : De quoi j'me s'melle !
Je pressai le pas. Avec les arbres, on ne plaisante pas.
© Jean-Louis Crimon
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10 décembre 2021
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Paris. Quai des Orfèvres. 2012. © Jean-Louis Crimon
Avec l'ombre de leurs bras, mains posées à plat sur la tête, elles dessinent deux ombres comme deux yeux, paire de lunettes inattendue. L'appareil photo bien posé sur sa tête, la fille de droite prend la photo de leurs ombres. Elles n'ont pas vu que je les ai vues, et que moi, photo de photo, je les immortalise s'immortalisant. C'est amusant, cette photo au second degré. Captation d'une scène dont je ne suis pas le metteur en scène. Simple passant voyeur voyant.
© Jean-Louis Crimon
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9 décembre 2021
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Bourdon. Somme. Picardie. Cimetière Allemand. 22 Août 1978. © Jean-Louis Crimon
Cet homme, en bras de chemise, au pied de la croix, c'est mon père. C'est l'été, les vacances. Lui qui est jardinier au cimetière anglais, employé de la Commonwealth War Graves Commission, a voulu venir jusqu'au cimetière allemand de Bourdon, au nord-ouest d'Amiens. Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs d'enfant, je l'ai toujours entendu dire, sans connaître Michel Manouchian ou Louis Aragon : "Je n'ai pas de haine pour le peuple allemand". Déporté du travail pendant deux années à Dortmund, d'abord dans une usine puis dans une ferme, il n'a jamais voulu nous raconter ces années-là. Invariablement, il se bornait à nous dire à nous les trois enfants : "J'ai été arrêté par des gendarmes Français" et "j'ai été libéré par des soldats américains". Prisonnier et déporté STO. Service du Travail Obligatoire. Déporté du Travail.
© Jean-Louis Crimon
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8 décembre 2021
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Amiens. Marie-sans-Chemise. Fin 2017. © Jean-Louis Crimon
Quand Amiens la grise corne dans la brume l'entrée du grand paquebot gothique, je vois la mer au loin qui remonte des faubourgs. Les faux bourgs, vrais villages engloutis par la brique et le bitume. Seule à surnager dans la brume, ma petite sirène d'Andersen, ma belle promise, ma muse, s'amuse et se déguise en Marie-sans-Chemise. Chacun la célèbre à sa guise.
© Jean-Louis Crimon
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7 décembre 2021
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Chengdu. Sichuan. Confucius applaudit Laoshi Crimon. 23 Octobre 2013. © Baptiste Resse
Ponctutation finale. Ultime. Dans tous les sens du terme. Venir lire au pied de la statue géante du géant, les extraits de ce roman que tu lui dois. Lui, c'est Kong, Conf' pour toi, Confucius. Celui que tous les étudiants Chinois appellent "Le premier des professeurs". Laoshi, professeur, tu l'as été pendant un semestre, dans cette université du Sichuan. Professeur de "Conversation française". Tu avais promis au Doyen du Département des Langues étrangères de ne pas te servir de ta présence en Chine pour effectuer des reportages de journaliste, ton premier métier. Tu as tenu parole.
Le roman, tu en as eu l'idée dès la première semaine de ce semestre incroyable. A moins que ce ne soit l'idée de Confucius. Puisque le reportage t'était interdit, le roman s'imposait. Le roman, la forme supérieure du reportage. Malraux l'avait expérimenté bien avant toi. Mais "Du côté de chez Shuang" n'a pas eu la reconnaissance ni le succès de "La Condition humaine".
A le relire aujourd'hui, tu te dis que ce petit roman rêvé et écrit, au cours de l'automne sichuanais, fin 2011, au pied de la statue de Confucius, a peut-être obtenu, sans le savoir, la plus belle récompense qui soit, le plus beau des Prix littéraires possibles, le Prix du roman... passé inaperçu.
© Jean-Louis Crimon
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