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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 18:01

 

Allons, camarade la vie, presse le pas. Non, ce n'est pas de moi. Mais je signe volontiers. Je reprends et je partage. Allons, camarade la vie, presse le pas. C'est de Maïakovski, je crois. Je traverse la rue. La phrase me trotte dans la tête. Ma marche nonchalante prend du rythme.

Allons, camarade la vie, presse le pas.

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 16:57

 

C'est au début des années 80. Le tracé du Train à Grande Vitesse s'obstine à éviter ma ville. Samarobriva. Le pont sur la Somme. Le pays des Ambiens. Ambiens qui, une fois le "b" éludé, abandonné, donne Amiens. Les Ambiens. Les Ambiani. Les Celtes de mon pays dont le premier TGV de l'histoire récente de l'humanité, le Romain Jules César, règle le destin en une petite phrase, dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules " nous arrivâmes chez les Ambiens qui se rendirent corps et biens."  En 54-53, - on comptait à l'envers en ce temps-là ! - l'homme bivouaque tout un hiver avec ses milliers de légionnaires sur les bords de Samara, avant de s'en aller s'embarquer pour l'Ile des Grands Bretons. Histoire sans doute de se becqueter des fischs and chips en troquant ses sesterces magnétiques.

 

Vingt siècles plus tard, très loin de leur rapide défaite des années 50, avant J-C (Jésus-Christ), contre J-C (Jules César), les gens de mon pays sont encore sinon défaits, du moins déconfits, face au tracé retenu par le gouvernement du Président J-C (Jacques Chirac). Pour une médiocre poignée de secondes, en vrai, quelques minutes, les soit-disants spécialistes de la grande vitesse ferroviaire affirment que "Paris-Calais-Londres" ne passe pas par Amiens et que "Paris-Lille-Bruxelles" n'y passera pas davantage. Arguments de mauvaise foi et argent de mauvais aloi. Jules César, lui 1er TGV, 1er Très Grand Vizir, avait choisi de passer par Amiens. Non pas par Ablincourt-Pressoir pour y vendanger des hectares de betteraves et y faire pousser une gare improbable.

 

Réunions, manifestations, pétitions, tergiversations, pendant des mois, Amiens fut en émoi. Elus et non élus, notables, et c'est notable, non notables, simples citoyens, anonymes des plus anonymes, construisent une incroyable mobilisation. Mais rien n'y fait. Une seconde fois, J-C pour J-C, l'Ambien sera défait. Amiens, ma ville, sera défaite. Pourtant, de guerre lasse, dans un ultime sursaut, et si je puis dire, avant de plier mes gaules, mon goût des jeux de mots rebelles me fait soudain lancer, dans une espérance folle et en désespoir de cause, une impensable provocation en forme de slogan. Slogan complétement délirant. Slogan à la hauteur de l'enjeu. Slogan aussi limpide qu'intrépide. Slogan dont le sens est tout entier dans le son. Slogan dont le sens s'imprime en toutes lettres. Passer à côté de cette liaison à Très Grande Vitesse, c'est, objectivement, passer à côté d'un développement économique certain, c'est courir le risque de végéter. Les élus n'ont pas voulu de mon slogan. Les militants non plus. Le TGV ne passe toujours pas par Amiens. M'est avis qu'il n'y passera jamais. Ah oui, j'oubliais, mon slogan, c'était : Sans TGV on va VGT.

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 21:43

 

- C'est Françoise Arnoul ? 

La question est celle d'un homme au beau regard bleu qu'une longue femme brune tient tendrement par la main.

 

- Oui, monsieur, Françoise Arnoul, avec Christian Marquand !

- Nous Deux Film, n° 26, mensuel, 4 ème trimestre 1957, détaille l'homme que la photo fascine.

- Françoise Arnoul et Christian Marquand, dans Sait-on jamais ?

- Sait-on jamais ?

 

Françoise Arnoul, dans le rôle de Sophie, Robert Hossein joue Sforzi et Christian Marquand, Michel... avec cette superbe première phrase... Ecoutez plutôt la magie désuète des mots du roman-photo " Il est entré dans ce cinéma par hasard. Parce qu'il avait un peu le cafard, et qu'être ici ou ailleurs... Elle aussi y était venue pour tuer le temps. Elle se levait pour sortir, quand il est entré..."

 

Le décor est planté. Peu importe ce qui va suivre, monsieur, c'est la première phrase qui rend ivre.

 

- Vous savez, c'est étrange, Françoise Arnoul, je l'ai revue l'année dernière, dans un cimetère et des circonstances plutôt pénibles, un enterrement...

 

L'homme n'en dira pas plus. Il a l'air vraiment ému. Juste ces six mots donnés comme un cadeau : elle a toujours le même regard.

Belle confidence qui mérite le silence. L'homme s'en va, comme à regrets. Je manque une vente. Il pleut et il vente. La belle femme brune m'envoie un sourire comme un baiser. De loin, je murmure : ne changez rien, vous êtes très bien. Les deux, bientôt, ne font plus qu'un.

Le quai a toujours des offrandes incroyables, pour qui sait se montrer affable.

 

Entre deux fortes averses, le coeur à la renverse, dernier samedi d'août. L'automne déjà sans doute.

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 18:33

pap-amande.jpg

 

 

 

L'envie était trop forte. Pas le temps de prendre le temps de pousser la porte du bistrot d'en face. Pisser contre la balustrade. Très discrétement. Tellement tentant. Un jour où il pleut, pas si dégueulasse. Faut bien que ces choses-là se fassent. Manque de bol, trop beau pour être honnête, en mobylettes, la marée-chaussée qui caracole interpelle le vieux mariolle.  

- Monsieur, monsieur ! Vos papiers, s'il vous plaît !  

L'homme se réajuste, l'oeil presque paillard, se retourne vers les deux gaillards. Deux flics dont le plus grand exhibe son... carnet à souche ! Pas le moment de faire la fine bouche.
- Vous verrez quand vous aurez mon âge... Ces choses-là se maîtrisent pas comme à vingt ans !  

- Monsieur, âge ou pas, c'est un délit !  

- Me faîtes pas croire que ça ne vous arrive pas...  

- Oui, mais nous, on s'fait pas pincer !  

- Belle mentalité !  

Le grand flic écrit au stylo à bi......lle  "épanchement d'urine sur la voix publique" ... 80 euros !  

- Vous pourriez tenir compte de mon ancienne profession ...  

- Ah bon ...  

- Journaliste ! 

- Tentative d'intimidation... 

- Pas du tout !  

- Et alors ?  

- Ancien surnom de la profession ?  

- Je sèche !  

- Pisse-copie !  

- Et alors ?  

- Maladie professionnelle, monsieur le représentant de l'ordre public !  

- Vous voulez rire, allez, circulez et surtout... ne recommencez pas !  

 

L'homme s'en est allé. Honteux et confus, mais toujours affable. Jurant tout bas, comme dans la fable, qu'on ne l'y reprendrait plus. L'homme, bien sûr, c'est moi. L'homme de loi, de bon aloi, m'a volé ma recette de la journée.

 

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 11:38

 

C'est comme ça. Il y a des jours comme ça. On se sent sec. Rien dans l'air du temps qui ne vous étonne ou vous accroche. Pas de paroles qui vous retiennent l'oreille. Pas de phrases à l'emporte-pièce. Pas de dialogues à la Prévert. Pas de répliques à la Audiard. Pas de morceaux d'histoires du trottoir. Pas de propos rigolos du métro. Métro. Mais trop. Mais trop de bruits. Pas assez de sens. Juste en passant sur le quai, un regard. Un beau regard. Un regard étrange. Un regard qui en dit long. Qui dit aussi: n'en parlez pas.

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 17:55

 

Souvent le matin, quand il part, il dit : Je m'en vais chercher le soir. J'aime la phrase. La musique de la phrase. Elle est belle. Belle comme une phrase d'écrivain ou de poète, s'il avait pour écrire autre chose qu'une bêche ou un râteau. S'en aller chercher le soir, comme si on pouvait vraiment s'en aller au devant de lui, le soir. Comme s'il existait déjà quelque part, le soir, sans qu'on le sache et qu'on soit simplement sûr d'une chose : il faut se mettre en route pour marcher à sa rencontre.
C'est pour ça que chaque matin, très tôt, il se lève quand tout le monde dort encore dans la maison. Pour s'en aller au devant de lui, le soir. Pour ne pas le manquer. Car il faut marcher longtemps. Très longtemps, avant de le rencontrer, le soir. Alors, on lui tend la main, au soir, et on lui souhaite Bonsoir au soir, et on le ramène à la maison. Pour passer la soirée avec lui. Pour lui offrir un bon endroit pour la nuit, et lui souhaiter Bonne nuit au soir. Avant ça, bien sûr, à notre table, on l'inviterait à s'asseoir, le soir. Pour dîner avec lui. Pour une fois, on ne souperait pas en silence. On le ferait parler de sa journée à lui, le soir, et on lui parlerait de la nôtre aussi.

Je m'en vais chercher le soir. Il n'existe pas de plus belle phrase pour moi. Pour nous. Pour nous, les enfants des pauvres. Des pauvres hommes pauvres de la rue d'en bas. Qui sommes sur terre simplement pour ça. Pour se lever tôt chaque matin, très tôt, et se mettre en route, et s'en aller au-devant de lui, s'en aller chercher le soir. Jusqu'au dernier soir.

Ce soir-là, ce n'est plus nous qui le ramenons, le soir. Mais c'est lui qui nous emporte. Ce soir-là, c'est lui, le soir, qui nous dit Bonsoir ! Au soir de notre vie, c'est commme ça, lui, le soir, est toujours en vie. Le lendemain matin, un autre humain se lèvera et dira sans doute, sans vraiment savoir pourquoi : Je m'en vais chercher le soir. Alors, même nous morts, la vie pourra continuer. Sans cesse et sans fin. La vie, toujours en vie. Le soir, chaque soir, fidèle à sa vie de soir. Jusqu'à la fin des temps qui ne pourra être que la fin des soirs.

 

 

Rue du Pré aux chevaux. Le Castor Astral. 2004.

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 19:42

 

Par ma fenêtre je ne vois que du gris

Du gris de ciel

Que cache par endroits du gris de murs

Du gris de murs

Où se profile parfois du gris de grues

Du gris de grues

Pour peindre encore du gris de murs

 

Et tout en bas

Du gris de gens qui passent

Et taches grises sur gris de rues s'effacent

 

Par ma fenêtre je ne vois que du gris

Du gris de ciel

Du gris de murs

Du gris de gens

Du gris de rues

Du gris de grues

Du gris de gris

 

Du gris de gris dans le gris du brouillard

Et le matin a l'air d'être déjà le soir.

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 18:47

 

La préface de Poésies d'Humilis, recueil de Germain Nouveau, l'ami de Verlaine et de Rimbaud, est signée Ernest Delahaye. La deuxième édition, de 1924, est parue chez Albert Messein, Editeur, 19 Quai Saint-Michel, 19. L'achevé d'imprimer est daté du 12 septembre 1924. Page 10, page de gauche, en vis à vis du début la préface de Delahaye, est précisé : Il a été tiré de ce livre 20 exemplaires sur Chine et 480 exemplaires sur Vélin pur fil tous numérotés. L'exemplaire que j'ai sous les yeux indique simplement N° . Il n'a pas été numéroté.

La préface de Delahaye mérite une lecture attentive. Elle est riche de rappels historiques sur les techniques ou les secrets de la prosodie. Riche d'enseignements aussi pour les rimeurs ou rimailleurs d'aujourd'hui.
Lecture.

 

" En créant pour ses chants liturgiques - dès le commencement du Moyen-Age - nos principales formes de rimes (suivie, alternée, encadrée, redoublée), aussi les coupes de vers en quatre, cinq, six, sept, huit et dix syllabes, sans compter, dans certaines proses, des procédés de rythme qui semblent d'un art secret dont les règles seraient perdues, l'Eglise chrétienne, incontestablement, a mis au monde la Poésie française. Une enfant terrible. Une fille qui souvent injuria et battit sa mère. Hélas ! Pourtant, c'est sa fille, l'Eglise le sait bien... parfois, du reste, cette enfant revient se jeter dans les bras de sa maman très vieille et toujours jeune puisque immortelle, et l'Eglise sourit à la fille méchante, car elle l'a faite trop belle pour ne pas l'aimer, l'excuser toujours. Si par exemple elle demande secours et pardon, comme la poésie de Verlaine, ou si elle se présente mélodieuse, et noble et douce et enthousiaste, comme la poésie de Germain Nouveau.

 

" De huit ans plus jeune que Verlaine, il appartenait à la même génération littéraire; c'est par lui qu'il fut converti, ce qui aura dû militer devant la justice divine en faveur de " Pauvre Lélian ". Je me rappelle nos conversations à trois, en 1877, au moment où Nouveau revenait d'Arras avec l'auteur de Sagesse. Il n'était pas encorre croyant, mais son ami lui avait fait visiter tant d'églises ! Il lui devait des sensations si nouvelles et d'une telle force mystérieuse, au moment où il copiait, sur ses indications, le Christ de Saint-Géry et se l'entrait dans le coeur, sans trop savoir, mais si profondément,

 

                  Ce vrai Christ catholique éperdu de bonté ! (1)

 

" Et puis, quand vous l'aviez accompagné à un office, Verlaine, esprit fin et délicat s'il en fut, savait si bien, sans avoir l'air d'y toucher, commenter... pour vous... ce que l'on venait de voir et d'entendre ! Nouveau en restait encore à un scepticisme sympathique, cependant il était travaillé, cela se voyait : " Après tout, disait-il, les religions ont ce mérite de nous donner la force de l'abnégation : voyez les Turcs ! ... " Verlaine souriait, sans discuter, d'un chemin aussi détourné pouvant conduire à Jésus en passant par l'Islam. Ce qui attirait surtout le peintre-poète vers les pitiés chrétiennes, c'était la Beauté, jusqu'alors son seul culte. Il l'avouait : " Comment ne pas aimer des croyances qui ont produit tant d'art ? " Il sentait à peine ce qu'il y avait d'incomplet dans cette conception, un peu matérialiste encore, mais le besoin du Beau était déjà trop ardent pour ne pas tout allumer, bientôt, et faire une flamme unique du sentiment joint à la raison.

 

SUIVRA...SUIVRA...SUIVRA...

 

 

 

 

 

 

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 20:51

 

- C'est toujours comme ça, on ne trouve pas ce qu'on cherche !

- Puis-je vous aider, madame ? Que cherchez-vous ?

- Je ne sais pas !

- Madame, si vous ne savez pas ...

- Oui, et alors, vous savez, vous, monsieur, ce que vous cherchez ?

- Moi, madame, je ne cherche rien, je trouve... ou... j'aide à trouver !

- Vous en avez de la chance, vous... Moi, je ne trouve jamais rien, et pas seulement chez les bouquinistes, monsieur, en librairie aussi,  je ne trouve jamais rien !

- Si je puis vous être utile ...

- Non, pas cette fois-ci, monsieur ! Je crains que ce ne soit comme à chaque fois... Décidément  je ne trouve rien !

- Alors, à une autre fois, madame !

 

Et la dame s'en est allée. D'un pas faussement décidé. Vers un "je ne sais quoi de presque rien", aurait pu dire un vieux philosophe.

Je l'ai regardée s'éloigner et, avec elle, cette autre manière du sophisme du Ménon. Le sophisme du Ménon, quelque chose comme "Si tu ne sais pas ce que tu cherches, comment sauras-tu que tu l'as trouvé, puisque tu ne sais pas ce que c'est ?"

 

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 10:02

 

Les soirs de juin, au fond du jardin, quand l'été est sec, mon père écoute pousser ses pommes de terre. On peut, c'est vrai, les entendre, si l'on sait s'y prendre, si l'on sait avoir l'oreille. La terre, gentille, se fendille, et craque sous la douce pression des tubercules qui grossissent, et les fanes, bien sûr, applaudissent ! Avez-vous jamais entendu les fanes applaudir les tubercules qui s'épanouissent ? Car les pommes de terre, comme les chanteurs célèbres ont des fanes ! Je sais, ça ne s'écrit pas pareil que les fans des chanteurs, mais ça sonne pareil à l'oreille, et moi, je suis fan des fanes de pommes de terre, quand mon père, planté bien droit au milieu des routes de pommes de terre, me dit: fiston écoute ! Alors il siffle l'air, extraordinaire,  de la chanson des pommes de terre, qui poussent, qui poussent, et qui grossissent, et les fanes applaudissent !

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