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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 21:18

 

Il y a des livres pour la pluie. Des livres de ciel gris. Des livres pour la mélancolie. Des livres pour le coeur en automne. Il y a de bons livres d'hiver. Il y a des livres de printemps. Mais je ne suis pas sûr qu'il y ait des livres pour l'été. L'été, ce n'est pas fait pour lire. Ou alors le temps d'une matinée grise. Ou bien pour adoucir un soir d'orage. L'été, lire à la plage, je n'ai jamais su. Je n'ai jamais pu. A la rigueur, lire à la montagne. Je me souviens avoir lu Ainsi parlait Zarathoustra à La Chapelle-en-Valgaudemar. Nietzsche à la montagne, ça se comprend, ça s'impose. Nietzsche à la plage, non, je ne pourrais pas. Je ne pourrais jamais. Pas dans une ville de bord de mer. Ou à l'ombre des platanes, quand la fraîcheur du soir invite à s'asseoir.

Je m'étais empêtré dans mes certitudes quand la lectrice du vendredi est arrivée. Elle partait à Cannes. Pour une dizaine de jours. Elle voulait trois livres. Elle exigeait que je lui choisisse trois livres. Pas en fonction de ses goûts, mais en fonction de mon humeur, ou de mon humour, du moment. Comme d'habitude, elle était pressée. Très pressée. Très vite, j'ai trouvé les trois livres souhaités. Clair de femme de Romain Gary, L'homme de minuit de Francis Carco et Meuse l'oubli de Philippe Claudel.

Pour rire, je lui lance: je vous souhaite un peu d'ombre. Elle sourit, en faisant non de la tête. Avant de me gratifier, d'une voix claire et forte, d'un superbe octosyllabe:

Lire au soleil, c'est pas pareil.

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 13:50

DSCN0307

© Jean-Louis Crimon                                   Paris. RER Javel. Février 2012. 

 

 

 

 

Lire, dans la pénombre d'un soir d'hiver. Lire, grâce à l'éclairage d'un panneau publicitaire. Lire, sur le quai, en attendant le RER. Lire, en se moquant de ce qui peut s'écrire dans l'électrique lumière. Lire, sans en avoir l'air. Lire, pour changer d'atmosphère. Lire, pour passer d'aujourd'hui à hier. Un livre dans la main, on est déjà demain. Lire, c'est tout simple, c'est facile, c'est tout bête: "Venez comme vous êtes."

 

 

 

 

 

 

 

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 19:25

 

Les détails du plan social de PSA. Ibrahimovic au PSG. Deux titres de Une d'un quotidien du matin. Le Parisien, pour ne pas le nommer. Sur la photo, Ibra, comme, parait-il, on l'appelle dans le milieu, applaudit des deux mains. Pas facile d'applaudir d'une seule, je sais ! Ibrahimovic, censé applaudir à la signature de son contrat avec le PSG. Le regard est souriant. Rieur même. Manque de bol, le regard semble regarder le titre sur Peugeot: les détails du plan social de PSA. Télescopage de titres. En Une, en général, mieux vaut éviter ça. Le regard du footballeur passe pour moqueur. Pour Ibra: contrat de trois ans et un salaire annuel de 14 millions d'euros. Net d'impôt. Chez Peugeot, ancien roi de la bagnole, on fignole le plan de suppression de 8000 emplois. Rien que ça ! Le groupe PSA justifie sa décision par le coût du travail en France. Taux horaire de la main-d'oeuvre dans son usine slovaque: 6 euros, à Aulnay: 36 euros. Comme on dit: y'a pas photo. Plan social est un euphémisme. Mesures d'accompagnement, une douce expression en forme de douce hypocrisie. Fermer Aulnay-sous-Bois permettrait une économie de frais fixes de 108 millions d'euros par an. C'est la direction du groupe qui l'affirme. Oubliant de préciser dans le même temps que, l'an dernier, le groupe PSA Peugeot Citroën a offert 250 millions d'euros à ses actionnaires.

Tiens, tiens... Diviser par deux les dividendes versés aux actionnaires pourrait dispenser de fermer Aulnay ? 

Le faire-part de la fermeture de l'usine d'Aulnay, pour économiser 108 millions d'euros par an, s'accompagne des inévitables mots de condoléances sociales rituelles. Pas de licenciements secs. Reclassements internes. Mutations. Mobilité. Aides au départ. Aides à la formation. Aides à la création d'entreprise.

La chute du papier, bas de page 4, vaut son pesant d'humour. Je cite, texto: "A noter, enfin, ce coup de pouce pour l'achat d'une voiture neuve ou d'occasion à destination des salariés qui acceptent de changer de site ! Faut-il le préciser ? Il s'agit d'une voiture "maison", bien sûr." Chute gentiment impertinente.

Manque juste une petite question. Une question... d'accompagnement. Volontairement hors-sujet. Vraiment hors-jeu. Pour conclure le "télescopage" des deux titres de Une, sur un joli... une-deux:

 

14 millions d'euros, pour le nouveau Parigot, chez Peugeot, ça fait combien de salaires de prolos ? 

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 17:10

DSCN4065                               

© Jean-Louis Crimon 

 

 

 

De loin, déjà, je savais qu'il allait se produire quelque chose. Ce jeune homme en train de lire. A cet endroit précis. Devant ce panneau mécanique qui déroule ses publicités. Quelque chose allait forcément arriver. Comme si je pressentais l'image. Pas forcément cette image-là. Mais une image. L'image, la photo, "la" photo, c'est toujours un cadeau. Un présent du hasard. Un clin d'oeil du destin. A une condition. Une seule condition: se rendre disponible. Etre disponible. Savoir être disponible. Toujours en éveil. Les yeux ouverts. Grands ouverts. En permanence.

J'adore quand le quotidien a de l'esprit. J'adore le quotidien quand il a de l'esprit. A ce point, c'est sublime.

Le summum, comme l'indique, prémonitoire ou prétentieux, en bas, à droite, le panneau JCDecaux.

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 18:41

DSCN7859© Jean-Louis Crimon

 


Trois mots dans la photo. Du texte dans l'image. L'image a déjà son texte. L'image n'est pas prétexte. Plutôt contexte. La légende est à l'intérieur. Mais dans le bas du coin droit de l'image, le talon du pied gauche hésite à écrire le début d'une autre histoire. Hésitation en forme de ponctuation. Ponctuation en forme d'hésitation. Attitude très féminine. Très femme. Talon aiguille. Aiguille qui aiguise notre curiosité. La porte entr'ouverte indique sans doute le chemin. Comme une forme d'invite. Le nom de la boutique vaut tous les titres possibles. C'est le titre d'un roman mauve. Passage du désir. J'ai volé l'instant. Me suis éclipsé dès le larcin commis. Le photographe est un voleur. Voleur d'instant. Voleur d'instinct. Instantané. Instant damné. Instant donné. Passage du désir. Désir du passage.

En un instant, le photographe tourne les talons.

Pas vu, pas pris !

Passage de l'instant.

Désir de l'instant.

Instant du désir.

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 19:55

DSCN7904

© Jean-Louis Crimon


La ville n'est qu'un grand paradoxe. Ses murs : des miroirs d'inattendu. S'y reflète, au gré de nos pas, une histoire qu'on ne soupçonne pas. L'inattendu ? Textuellement : ce qu'on n'attend pas. Cette part de hasard qui fait naître le regard. La plupart du temps, les gens se promènent sans voir. Ils ont le regard préfabriqué. Ils promènent leur regard, dans une découverte écrite d'avance. Moi, plus ça va, plus c'est mon regard qui me promène. J'ai le regard aimanté. Mes yeux voient, malgré moi. Des choses que les autres ne voient pas. Le touriste n'aime pas l'improviste. Il ne veut voir que ce qu'on lui a dit de voir. Ne veut regarder que ce qu'il faut regarder. Les grands monuments. Les grandes oeuvres. Dans les grands musées. Le connu et le reconnu.  Juste voir ce qu'il est prévu de voir. Au risque de décevoir. L'imprévu n'a pas sa place. Pas sa place, non plus, le face à face impromptu.

Pourtant, parfois, le prévu déraille. L'inattendu surgit. Incidence ou coïncidence. Tout bascule. Statique, le piéton. Immobilisé. Figé. Face à ces talons roses qui s'échappent. Lire la ville. Déchiffrer l'insolite. Trahir le quotidien. Savoir "voir". Ne pas se contenter de regarder. Accepter que le regard se pose soudain. S'arrête. Fasciné par l'imprévu. La photo: ce cadrage particulier qui saisit le regard de celui qui regarde. A l'instant précis où il regarde. Sans le déranger. Sans se faire voir. Sans perturber son regard.

Photographe.

Voyeur ou voyant.

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 11:26

 

"Allons z'enfants de la Patrie, le jour de gloire est arrivé..." M'a jamais fasciné notre hymne national. M'étonne d'ailleurs que des paroles pareilles puissent encore se chanter aujourd'hui. Surtout "Qu'un sang impur abreuve nos sillons..." Vraiment Rouget, même dans le contexte particulier où tu la composes, ta Marseillaise, tu aurais pu trouver mieux ! Tu sais, moi, Rouget, je suis plutôt Brassens: "Le jour du 14 juillet, je reste dans mon lit douillet..." D'ailleurs, avec le temps qu'il fait, ces temps-ci, franchement, c'est très olé olé de rester... au lit.

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 18:29

 

Un jour. Un beau jour. Un jour creux. Un jour sans. Le jour où l'on a rien à dire. Rien à écrire. Une seule envie. Se taire. Faire silence. Panne sèche. Page blanche. Repos du lecteur. Pause. Silence intérieur. Se taire. Se terrer. Se cacher. Se faire muet. Devant la page muette.

Surtout ne pas faire comme si. Ne pas faire semblant. Ne pas se forcer. Ne pas chercher à dire à tout prix. Respecter l'incapacité à dire. Il y aurait bien à dire. Bien des petites choses à dire. Mais pas du domaine de l'essentiel. Plutôt de l'insignifiant. Du dérisoire. Je sais, souvent, le dérisoire est important. Mais je n'ai pas le temps. Pas le temps du dérisoire. Pas ce soir. Ce soir, je n'ai rien à dire. Je crois que n'ai rien à dire. Je ne dis rien. Je signe le rien. Je persiste. Je persiste et je signe. Rien. Même si "rien n'est pas rien". Juste reconnaître le rien. Accepter. L'accepter. S'effacer. Disparaître. Pour mieux renaître. Demain. Dès demain.

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 20:02
 Paris. Mai 2010. Bouquiniste. 41, Quai de la Tournelle. © DR

Paris. Mai 2010. Bouquiniste. 41, Quai de la Tournelle. © DR

 

Lui, c'est l'infiltré ! La formule a jailli de l'autre bout de la table. Je venais à peine de m'asseoir parmi les nouveaux bouquinistes. C'était il y a deux ans. Réunion de rentrée pour introniser les nouveaux. Personnalités intéressantes. Bonnes gueules. Beaux parcours. Plaisanteries. Taquineries. Mises en boîte. Façon de mettre à l'aise. De marquer son territoire.

- Ta spécialité, c'est quoi ?

- Curieux de tout ! Spécialiste en rien !

Mon voisin de commenter: ça commence bien ! 

Je n'ai pas compris pourquoi.

J'étais là simplement. Sans arrière-pensée. Sans a priori. Sans idée préconcue. Sans masque. Sans manière. Sans façon. Sans phrase de circonstance. Sans propos retenus, style "je n'aurai pas dû".

Je me trouvais confondu. Démasqué. Identifié. Perçu non plus comme entrant, mais déjà comme intrus.

L'infiltré ! Quel mot !

 

Deux ans plus tard, à l'heure du départ, je me dis qu'au fond, ce bouquiniste-là avait raison. Avait vu clair avant moi. Infiltré, j'étais. Infiltré, je serai. Infiltré, j'aurais été. Malgré moi.

Le journal du bouquiniste, publié ou pas, en témoignera.

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 15:54

 

Roma è Amor. Roma, la seule ville en Europe qui peut se lire Amor. Rome. Retour à Rome. Retour à Moravia. Moravia. Via Mora. Via Amor. Rue d'amour. Le sait bien, sans doute, Alberto Pincherle, que le nom qu'il se choisit, très tôt, comme pseudo, sera une rue d'amour. Une rue pavée d'amour. Moravia, vrai patronyme de sa grand-mère paternelle.

Avant de jouer avec les mots, avant de jouer avec les idées, un écrivain, un romancier, ça joue avec les lettres. Cinq ans de tuberculose osseuse, de 12 ans à 17 ans, ça vous gâche une adolescence. Mais ça vous change une vie. Cinq années où vous êtes dans l'impossiblité de fréquenter l'école. Ces années de repos contraint, Alberto les consacre à la lecture. Lire devient sa raison de vivre. Lire et, pourquoi pas, écrire, nouvelle raison d'être.

 

Dans mon sac, pour cette escale italienne, Nouvelles romaines. Titre original: Racconti Romani. Traduction française: Claude Ponçot. Flammarion, 1954. 36 nouvelles écrites entre 1951 et 1954. Moravia est dans la quarantaine.

Ce que j'aime dans Nouvelles romaines, c'est cette façon dont Moravia fait parler les petites gens, les gens modestes, les pauvres. Moravia nous dépeint la manière dont ils perçoivent la haute société. Qu'ils ne perçoivent d'ailleurs que de très loin.


Alberto Pincherle a écrit son premier roman, Les indifférents, à 17 ans. Un premier roman qui est une critique de la société et du fascisme. Ce qui entraine la censure de cet ouvrage, malgré son grand succès. La critique considérera que ce premier roman de Moravia est l'un des premiers romans existentialistes européens.

Son engagement en faveur des idées de gauche contraint Alberto Moravia à aller s'installer à l'extérieur de Rome. Durant un temps, il doit se cacher avec sa femme, Elsa Morante, à la campagne, chez des paysans. C'est de cette rencontre avec ces gens du peuple que vont naître les Nouvelles romaines.

Moravia, né à Rome, en 1907, est mort en 1990, laissant une oeuvre d'une cinquantaine d'ouvrages: romans, nouvelles, poésies, théâtre, essais, documentaires...
Des oeuvres qui s'inspirent des nombreux voyages qu'il a pu faire à travers le monde.

Moravia se pensait plutôt conteur que nouvelliste. Dans Nouvelles romaines , Moravia utilise pour la première fois le "je" de la première personne, en adoptant le style du langage du narrateur. Non plus celui de l'auteur. Ici, le dialecte romain. Moravia choisit aussi d'écrire des nouvelles très brèves, entre cinq et dix pages. On entre dans la vie du narrateur à un moment donné de l'histoire. On en ressort quand l'intrigue est résolue. Sans savoir ce que le narrateur va devenir. La nouvelle est juste un moment de la vie d'une personne. Le "je" qui raconte l'histoire.

Parmi les textes qui composent Nouvelles romaines, j'aime beaucoup "Fanatique". Une nouvelle qui met en scène un chauffeur de taxi qui transporte deux hommes et femme. Un curieux trio qui va tenter de lui voler son taxi. Le chauffeur arrive à retourner la situation. Pense séduire la jeune femme. Mais de retour à Rome, elle l'abandonne.

"Fanatique", adapté au cinéma en 1955, sous le titre "Dommage que tu sois une canaille".
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