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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 16:26

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© Jean-Louis Crimon                                                                 Paris. Pont de l'Archevêché.

 

 

Les sociologues de la ville doivent appeler ça Nouvelles Traditions Urbaines. Les recenser et les classer comme telles. Comme on répertorie déjà les légendes urbaines. Ces rumeurs qui courent d'un bout à l'autre de la ville. Parfois de ville en ville. Des rumeurs sans fondement, comme disent les gens. Heureusement, sans fondement. Avec fondement, la rumeur perd son statut de rumeur. Fondée, la rumeur devient information. Vrai ou faux ? Fondée, sourcée, confirmée, la rumeur se meurt. La fausse rumeur se meurt et se meut en vraie info.

D'abord, il y a ces cadenas qui recouvrent la totalité du grillage du Pont de L'Archevêché. Des cadenas de toutes les formes. De toutes les couleurs. De tout métal. Vil ou plus ou moins précieux. Pas trop. Un cadenas en or ne passerait pas deux nuits dehors. En cuivre ou en fer, ça fait bien l'affaire. La chose tient davantage du symbole que de l'obole. Même si l'offrande n'est pas loin. Le lieu de culte non plus. Là, précisément, on peut écrire : n'en jetez plus. Au propre et au figuré. D'abord, des clés de cadenas dans la Seine. Va finir par faire monter le niveau de l'eau. Rouiller les poissons et les péniches. N'en jetez plus aussi de déclarations niaiseuses. De textos bateau. De sms sans tendresse. De mots d'amour, qui riment avec toujours. D'initiales entrecroisées fatales. De prénoms entrelacés bancals. Je vais vous la réécrire, moi, l'histoire. En couplets assassins. Version chanteur de rues. Crus ou pas crus. Style, le grand amour, c'est cuit.

Jérôme et Jennifer, Cadenas de ferAnnick et Pierric, Cadenas en plastique, Marie et Jean-Marie, Cadenas de la Mairie, Luigi et Gabriella, Cadenas tralala, Paolo et Paola, Cadenas paëllaCadenas en papier, Pour l'amour qui perd pied... Cadenas en carton, Pour traverser le Pont ...Cadenas en gâteau, Pour se prendre un rateau, Cadenas en bombec, Pan sur le bec, Cadenas en goguette, Pour ma miss' tinguette...

L'amour sans promesse. L'amour sans Grand Messe. L'amour Notre-Dame. L'amour macadam. L'amour tout terrain. L'amour, je vais et je viens... L'amour sceptre d'airain. Mais pas d'amour guimauve. Même pour la fille en mauve.

 

Vrai, ça me déprime. Marre de la fausse frime. Tous ces amoureux de Paris qui s'embrassent et se cadenassent. Balancent la clé dans la Seine, sordide mise en scène...

Cadenas d'amour. Compte à rebours. La belle histoire. Conte à rebours. Luchetti, Lovelocks, coeur qui bat la breloque, Tout au long du Pont des amours, de la passerelle des Arts, et jusqu'au bout du Pont de l'Archevêché, très saint est le péché : que celui qui n'a jamais pêché lui jette la première clé ...

Se jurer un amour éternel, fermer le cadenas et puis jeter la clef dans l'eau du fleuve. Pour une passion fleuve. Vraiment  foutue bizarre tradition urbaine. Coutume à fleur de bitume.

Me donne l'idée d'une autre chanson. Une chanson de ma façon. Musique ancienne. Romantique et cruelle. Des mots de passe, pour ces filles qu'on cadenasse.  C'est l'amour qui trépasse... 

 

L'amour qu'on cadenasse,

La belle est dans la nasse,

La fiançée d'une heure,

Déjà signe son malheur...

 

L'amour quand on l'attache,

Très vite, il se détache...

Toi, t'es la mieux des nanas,

Je t'aime sans cadenas... 

 

La seule clé faite pour toi,

J' la balance par dessus le toit,

C'est pas du tout méchant,

C'est la clé des... champs. 

 

 

Cadenas, variante sublimée de la ceinture de chasteté. Sublimée. Pas sublime. Inconsciemment, faux amants. Jeunes gens du siècle vingt et un déambulent en  plein Moyen-Âge. Prêtres en soutanes et religieuses en cornette, pas si loin. Jeunesse sms qui se joue le grand amour, texto, mais pas in extenso. Sms sans laisser d'adresse. Avec ou sans tendresse. Clé jetée dans le lit du fleuve. Trop au lit pour être honnête. 

 

Fait marrer mon voisin, tout ça ! Veut pas s'en laisser compter. Nouvelle Tradition Urbaine, qu'à cela ne tienne ! Pour le bouquiniste, belle aubaine ! Exclamation soudaine et bras d'honneur vocal à Notre-Dame. Morceaux de répliques à la diable :

 

- Moi, j'vais vendre des cadenas...

- Moi, je vendrai des passe-partout...

- Moi, des cadenas à une seule clé !

- Moi, jamais, suis bouquiniste, pas... droguiste !

- Et alors, tu te ferais des couilles en or !

- Oui, mais c'est moche, faire fortune sur le malheur des filles...

- T'as pas d'humour, qu'est-ce t'as contre les cadenas ?

- Le cadenas, ça ferme, ça enferme. Le livre, au contraire, ça délivre...

- Jolie formule, comme toujours, t'es fier de toi ?

- Oui, et j'te l'avoue : y'a de quoi !

- Tu m'agaces quand tu finasses... 

- Tiens, j'ai une idée, à toutes celles qui se font "cadenasser" à Paris, j'offre Le Rouge et le Noir ou Madame Bovary ! en prime  : La Princesse de Montpensier. Tu peux le faire savoir...

 

Fin de l'échange. Grimace de mon voisin, sur ma dernière réplique. Comme d'hab, on peut avoir du rab. Ce soir, j'en prends pas. Préfère aller m'asseoir. Pas loin, sur le banc. Deviser, tout seul, sur les traditions du temps.  

 

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 21:40

 

Depuis le début de la semaine, j'ai un problème avec ma montre. Dès que je la porte au poignet, elle s'arrête. Si je la retire, la pose délicatement sur un meuble, une table, sur un livre, ou sur le banc, elle repart. Au poignet, elle fait sa paresseuse. D'abord, la trotteuse, l'aiguille des secondes, freine et stoppe. Instantanément. Immédiatement, forcément, font de même, l'aiguille des heures, la petite, et la grande, l 'aiguille des minutes. Ma montre fait la grève. Ou rêve. 

Sur le quai, mon voisin a aussi un problème de temps et d'aiguilles. De mesure du temps. A cause des branches des arbres et des feuilles. Mon voisin ne porte jamais de montre. Faut dire que de l'endroit où nous sommes, l'hiver et au début du printemps, c'est facile pour nous de voir l'heure à l'horloge, qui se trouve près de l'entrée du Pont de l'Archevêché. Juste à côté du feu tricolore. Le cadran est parfaitement lisible, même à deux cents mètres. Même du 39, quai de la Tournelle, l'emplacement des boîtes de mon voisin, c'est tout à fait jouable. Dès qu'il y a des feuilles, c'est une autre histoire.

Mon voisin est déterminé : je vais couper la branche. Il pourrait dire : je vais m'acheter une montre. Non, il dit, avec cet air buté qui le caractérise  en pareil cas : je vais la couper, cette branche. Moi, ça m'amuse, je fais semblant de ne pas comprendre. Pour le plaisir, j'amorce le dialogue :

- Quelle branche ?

- La branche qui gêne !

- Commment ça ?

- Celle qui m'empêche de voir l'heure !

- Tu n'y penses pas !

- C'est mal me connaître, je ne recule devant rien !

- Tout de même, elle ne t'a rien fait cette branche !

- Elle m'empêche de voir l'heure, de ma place !

- Change de place !

- Pas question !

- L'arbre va souffrir, la branche va mourir ...

- Pas de sentimentalisme stupide, elle gêne, je taille, je coupe !

- Tu vas avoir des ennuis, avec la maréchaussée...

- T'inquiète, je vais faire ça la nuit !

- T'es un peu fou, non ?

- Non, pas du tout, déterminé !

- J'te crois pas. T'es pas cap' !

- Tu verras ça demain...

 

Autrefois, dans mon enfance, j'ai connu des gens qui savaient lire l'heure au soleil. A la hauteur du soleil dans le ciel. Même à la taille de l'ombre, en plein été. Ils ne se trompaient jamais.  

Vous nous imaginez, sur le quai, en train de dire : Monsieur, s'il vous plait, arrêtez vous, que je mesure votre ombre, et que je vous dise l'heure qu'il est. L'heure au soleil. Sûr, on passerait pour des fadas. Des fêlés. Des fondus. Des fous. Pour le coup, on risquerait de se retrouver... à l'ombre.

 

En fait, je sais pourquoi, au poignet, ma montre s'arrête. Ma montre se sent si bien avec moi qu'elle désire très fort que le temps s'arrête. Elle le désire si fort que la chose ne manque pas de se produire. Une façon de me dire : savoure l'instant. L'instant présent. Le temps n'est rien. Le temps n'existe pas. Toi, tu existes. Prends le temps. Tout le temps. Qu'il fasse beau temps ou mauvais temps, le temps importe peu. Voilà ce que me dit ma montre. Ou plutôt, voilà ce qu'elle me... montre.

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 20:28

 

Je ne connaissais ni l'auteur, ni le titre de l'ouvrage. "Psychanalyse de Paris". Ouvrage publié chez Grasset en 1953. L'auteur, Frédéric Hoffet, avait eu l'honneur de voir son travail présenté dans une Lettre-Préface de Bernard Grasset, l'Editeur. Neuf pages d'une préface pour le moins inattendue. Les deux premières phrases auraient découragé n'importe quel lecteur. Ces deux premières phrases, pour le moins franches et directes, sinon franchement directes et quelque peu assassines, m'ont au contraire rendu cette "Psychanalyse de Paris" subitement très attrayante. Attractive. Attachante.

Je vous donne les deux phrases telles qu'elles figurent, page 9 de l'ouvrage : "Mon Cher Frédéric Hoffet, "Je ne suis d'accord avec vous, ni sur la psychanalyse, ni sur Paris. Mauvaise base de départ pour une préface, direz-vous." Cela semblait, en effet, pour Hoffet, commencer plutôt mal. Au point de se demander pourquoi Grasset, l'Editeur, avait-il publié un auteur et un livre pour lesquels il semblait n'avoir aucune considération ou estime particulière. La troisième phrase se faisait plus rassurante. Elle disait "Ce n'est pas si sûr." Sous-entendu : pas si sûr que ce soit une mauvaise base de départ d'être en désaccord, et sur la psychanalyse, et sur Paris. Ensuite, Bernard Grasset poursuivait : "En somme, c'est une réplique que je vous apporte. Réplique n'est pas bénédiction. Ce qui importe, c'est qu'un livre soit discuté; et mes réserves y aideront. Le seul risque que vous courez, dans l'occasion, c'est ma vivacité d'écriture. Mais il vous est loisible de repousser ma préface, si tout bien pesé, vous pensez qu'elle vous désservirait."

Les motivations d'achat sont curieuses, n'est-ce pas ! Ce sont les deux premières phrases de la préface qui ont fait naître en moi l'impérieuse nécessité d'acquérir l'ouvrage en question. C'était hier après-midi et ce soir encore, picorant ça et là dans le livre de Hoffet avant d'en commencer vraiment la lecture, je me dis que j'ai rudement bien fait. Je ne regrette ni mon achat, ni ma lecture. Ma lecture à venir. Si ça vous dit, je vous tiendrais au courant. C'est vraiment un livre attachant.

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 19:00

 

Elle venait de Clermont. Pas de Clermont-Ferrand. De Clermont. De Clermont de l'Oise. En Picardie. Elle cherchait un livre pour sa mère. Un livre qui ferait plaisir à sa mère. Un livre qui plairait à sa mère. Je lui demandais quels étaient les auteurs que sa mère pouvait bien aimer. Ma question ne la dérouta point. D'un geste sans ambiguïté, elle écarta cette piste de recherche. Sa réponse m'intrigua : pas d'auteur en particulier. Elle ajouta : ma mère n'aime pas les romans. Pas les fictions. Mon regard dût l'inciter à poursuivre. Elle m'expliqua ce qui, pour elle, semblait naturel. Elle résuma en une phrase très explicite : ma mère n'aime que les histoires vraies. Des choses qui se sont vraiment produites, qui sont vraiment arrivées. Des récits de vie. Des témoignages. Des faits divers. Elle ajouta, sans gêne aucune : surtout des histoires de crimes. Moi qui ne supporte pas les polars dès qu'il y a trop de morts, je ne dis pas que ça me glaça le sang, mais la chose me fit un drôle d'effet.

Elle consacra un bon quart d'heure à passer en revue le contenu de chaque boîte. Avec un réel talent. Elle ne s'arrêtait que sur des titres intéressants. Soudain, dans un cri de joie, elle se saisit d'un ouvrage dont le titre illumina son visage. Elle m'avoua avec une réelle satisfaction : je crois que j'ai vraiment ce qu'il me faut. Ajoutant, assez fière de sa trouvaille : sûr, ça va vraiment lui plaire. Titre de l'ouvrage, paru, en 2002, au Pré aux Clercs : Femmes et criminelles. A l'intérieur, aucun doute, de quoi faire plaisir à sa maman. D'abord une préface au titre très attractif : Les assassines. Surtout des chapitres qui portent les noms de ces célèbres meurtrières. Joli panel. Belle brochette. Parmi les plus connues : Christine et Léa Papin, les âmes siamoises. Violette Nozières, l'ingénue parricide et Simone Weber, la diabolique. Je m'abstîns de tout commentaire. Même si, au fond de moi, une petite voix pensa : curieuses lectures.

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 19:29

 

A nouveau plongé dans la lecture de mon livre pour cours moyen et supérieur. Le français vivant, de l'Inspecteur de l'Enseignement Primaire, Georges Gillard. Me suis arrêté, cette fois, page 62 du Livre du Maître. Il s'agit d'un extrait de L'Enfant de Jules Vallès. Un texte proposé en "Récitation".

 

"J'ai le respect du pain.

Un jour, je jetai une croûte; mon père est allé la ramasser...

"Mon enfant, m'a-t-il dit, il ne faut pas jeter le pain; c'est dur à gagner. Nous n'en avons pas trop pour nous, mais si nous en avions trop, il faudrait le donner aux pauvres. Tu en manqueras peut-être un jour, et tu verras ce qu'il vaut. Rappelle-toi ce que je te dis là, mon enfant !"

Je ne l'ai jamais oublié.

Cette observation faite avec dignité, me pénétra jusqu'au fond de l'âme; et j'ai eu le respect du pain depuis lors.

Les moissons m'ont été sacrées; je n'ai jamais écrasé une gerbe pour aller cueillir un coquelicot ou un bleuet; jamais je n'ai tué sur sa tige la fleur du pain !"

 

Suivent, dans ce livre d'un autre temps, d'un autre siècle, avant les "conseils pour la récitation", quelques explications bienvenues :

Les moissons m'ont été sacrées : l'observation paternelle me fit comprendre qu'il faut respecter le blé -source de vie- comme un objet sacré. Abîmer les moissons eût été une sorte de profanation.

Une gerbe : plus exactement des tiges de blé.

La fleur du pain : image poétique désignant l'épi.

 

Tout à la fin de l'ouvrage, dans les notices littéraires, page 467, on peut lire :

Vallès (Jules), né au Puy en 1822, mort en 1885. Révolutionnaire et écrivain passionné, dont le premier volume de Jacques Vingtras (L'Enfant) est d'une émotion poignante.

 

Ce soir je me demande si, aujourd'hui, un père parle encore du pain de cette façon à son fils. Je me demande surtout si on lit toujours Vallès. Mieux : si on sait toujours lire Vallès.

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 11:13

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 © Jean-Louis Crimon                                                         Oeuvre signée Alain Mongrenier. 2014.

 

 

C'est devenu comme un rituel. Un rendez-vous habituel. Une jolie coutume. Une tradition nouvelle. Une fois par an, les musées sont ouverts toute la nuit. La nuit de samedi à dimanche. Jusqu'au petit matin, vous pouvez ainsi aller goûter tous les plaisirs que vous vous refusez, la journée, à longueur d'année. Une nuit blanche haute en couleurs. "L'art accessible à tous", selon le souhait de la nouvelle ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti.

Plus de 3000 lieux en Europe, 1200 en France, entrée gratuite le plus souvent. Huitième nuit des musées, depuis 2005,  et en cette année 2012, premier marché aux puces artistique à la Monnaie de Paris. Une idée d'un Américain. Un Américain à Paris. Belle idée pour mettre l'art sur le trottoir, le faire descendre dans la rue. Pas Place de la Bourse mais à la portée de toutes les bourses. Ou presque.

Moralité, en cadeau, pour insomniaques ou noctambules, ce slogan nouveau : Le musée, la nuit, c'est l' en nuit, mais pas l'ennui.La nuit à... musée, c'est la nuit... amusée.

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 11:32

 

En ces temps où le changement est lueur d'espoir, il y a toujours des raisons d'être inquiet. Lueur a deux syllabes, inquiet en a trois. Je découvre cette curieuse petite phrase dans une vieux livre de classe que je feuillette au hasard. Je viens d'en faire l'acquisition pour un euro. Un euro symbolique. Il s'agit d'un livre destiné aux  élèves des "Cours Moyen et Supérieur". Publié par la Librairie Hachette, en 1931. J'adore ces vieux ouvrages. La manière dont ils sont construits. Les thèmes abordés. La morale induite ou explicite qu'ils contiennent. Ils ont une particularité dont je ne suis pas sûr qu'elle subsiste aujourd'hui. Chaque édition comporte deux sortes d'ouvrages: le livre de l'élève et le livre du maître.

Celui que j'ai entre les mains porte, en sous-titre, la mention "Livre du Maître". L'auteur du livre, Georges Gillard, dans l'avant-propos intitulé  Préface du Livre de L'élève, préface également présente dans Le Livre du Maître, donne très clairement ses intentions.

 

" Le présent volume, destiné aux élèves du cours moyen et du cours supérieur, est avant tout un livre de lecture.

" C'est aussi un livre d'enseignement du français, la leçon de lecture étant, dès le cours moyen, une leçon de langue française. (Instructions officielles du 23 février 1923.)

"Par le choix des textes, par la nature des exercices, par la qualité de l'illustration, nous nous sommes efforcés de justifer notre titre : "Le Français Vivant".

 

De fait, le sous-titre, très détaillé, annonce un menu fort copieux. De quoi vraiment mettre en appétit les élèves des années trente. Lecture et Récitation expressives, Elocution, Composition française, Orthographe. Tout un programme.

De La pêche merveilleuse (un extrait du Roman de Renard) aux Moutons de Panurge, d'après Rabelais, en passant par Le respect du pain, extrait de L'Enfant de Jules Vallès,  La vigne arrachée, extrait de La Terre qui meurt de René Bazin ou encore Nuit de neige de Maupassant, c'est une belle invitation à un double voyage qui est faite : voyage au pays des mots de la langue et voyage dans le pays réel. Juste pour le plaisir, arrêtons-nous sur les quatre pages consacrées à  Maupassant. Le texte à étudier se trouve page122 et page 123 du Livre du Maître et la page 122 précise astucieusement page 88 du Livre de l'Elève.

 

Nuit de neige.

 

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix

Pas un bruit, pas un son; toute vie est éteinte.

Mais on entend parfois, comme une morne plainte,

Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

 

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.

L'hiver s'est abattu sur toute floraison.

Des arbres dépouillés dressent à l'horizon

Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

 

La lune est large et pâle et semble se hâter.

On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.

De son morne regard elle parcourt la terre,

Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

...

 

Page 124, la rubrique Conseils pour la récitation pourrait paraître complétement désuète aujourd'hui. Ces conseils ne sont pourtant pas sans un certain charme. Pour le plaisir à nouveau, lisons-les ensemble :

Récitez lentement, avec émotion.

Les trois premières strophes peuvent être dites avec une certaine monotonie, comme avec lassitude.
La voix devient plus ferme à partir de la quatrième strophe, qui doit produire une impression d'inquiètude un peu mystérieuse (fantastiques lueurs, sinistrement, étranges reflets, clarté blafarde).

Les deux dernières strophes doivent exprimer votre pitié. (Bien détacher : Oh! la terrible nuit ... Un vent glacé frissonne... sur leurs pattes gelées... tout tremblants).

Elargir le dernier vers : Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

Remarque : Lueur a 2 syllabes; inquiet en a 3.

 

La phrase. The phrase. Lueur a 2 syllabes; inquiet en a 3. Je ne m'en remets pas. Je sais pourquoi je ne suis pas inquiet. Le changement, c'est maintenant. C'est une vraie lueur d'espoir.

 

Pour le plaisir, maintenant, les trois dernières strophes de "Nuit de neige".

 

Et, froids, tombent sur nous les rayons qu'elle darde,

Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant;

Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,

Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

 

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !

Un vent glacé frissonne et court par les allées.

Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,

Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

 

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas,

Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège;

De leur oeil inquiet, ils regardent la neige,

Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

 

 

Une pièce de Maupassant d'une facture on ne peut plus classique. Cette Nuit de neige a-t-elle ému ou agacé un certain Gustave ? On dit que c'est Flaubert, son tuteur, son mentor, son parrain, qui conseilla au jeune Maupassant de ne pas persister dans la poésie. Sans ce conseil de Gustave au jeune Guy, nous n'aurions jamais eu de nouvelles de Maupassant.

Nuit de neige. Six strophes. Vingt-quatre vers. Des vers de Maupassant. Des vers auxquels Flaubert avait conseillé au jeune Guy de ne plus sacrifier. Des vers, le titre, justement, du seul ouvrage de poésies jamais publié par Guy de Maupassant. En 1880. A l'âge de trente ans. Chez Charpentier, Editeur. 13, Rue de Grenelle-Saint-Germain,13. Avec une superbe et tendre dédicace, police de caractères respectée :

 

A  GUSTAVE  FLAUBERT

A  L'ILLUSTRE  ET  PATERNEL  AMI

que j'aime de toute ma tendresse,

A  L'IRREPROCHABLE  MAITRE

que j'admire avant tous.

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 14:39

 

La plus belle et la plus réussie de toutes les passations de pouvoirs. Sans aucun doute. La nouvelle ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a offert un livre à Frédéric Mitterrand, le ministre qui s'en va. Les gens qui offrent des livres sont des gens attachants. L'ancien ministre avait déclaré, en accueillant  la jeune professeur de Lettres : "C'est un jour de chance pour ce ministère". C'était hier.

Aujourd'hui, relire "Les derniers jours de la classe ouvrière", paru chez Stock, en 2003. Aurélie Filippetti sait de quoi elle parle et d'où elle vient : petite-fille d'immigré italien installé en Lorraine et fille d'un ancien mineur communiste. 

En dédicace du livre de l'Italien Erri de Luca, la Franco-Italienne Aurélie Filippetti a cité le Mexicain Carlos Fuentes : "La littérature est une blessure par où jaillit l'indispensable divorce entre les mots et les choses. Par cette blessure nous pouvons perdre tout notre sang." 

Carlos Fuentes mort depuis peu. Carlos Fuentes toujours vivant dans le coeur d'une jeune ministre qui aime les livres. Qui aime les livres et les écrivains qui les écrivent. Qui sait surtout partager son bonheur.

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 17:06

 

34 ministres. 17 femmes, 17 hommes. Parité promise. Parité tenue. Parité obtenue. Première promesse tenue. Dans tous les sens du terme, ce gouvernement a de la... tenue.

Le droit de partir à la retraite à 60 ans, pour les personnes ayant cotisé 41 annuités, ce n'est pas rien. C'était une promesse. Une promesse de campagne. Promesse sera tenue. 100.000 à 150.000 salariés concernés chaque année.

Autre promesse de campagne, -exemplarité oblige-, la baisse de 30 % des salaires des ministres et du salaire du Président de la République. Promesse tenue. Adoptée par décret, dès cet après-midi, au cours du premier conseil des ministres. Le Président Hollande percevra un salaire brut de 14.000 euros par mois. Brut mensuel de 10.000 euros pour  les ministres. Paradoxe : durant six mois, -c'est la coutume-, l'ancien Président et les anciens ministres percevront, eux, leurs salaires "plein pot" : 21.000 euros pour Sarko et 14.000 euros pour les ministres du gouvernement Fillon

Bien sûr, si  vous pensez au salaire mensuel de Gignac, à l'OM, cette saison, la mesure peut sembler dérisoire. Aussi dérisoire que les salaires de ceux qui nous dirigent ou nous gouvernent. Vous ne connaissez pas le montant du salaire mensuel de Gignac ?  Moi, si. Je l'ai lu, dernièrement, dans Libé : 350.000 euros. Oui, 350.000 euros pas mois. Moralité : François Hollande gagnera désormais 25 fois moins que le footballeur André-Pierre Gignac. Je sais, ils n'ont pas tout à fait le même niveau de football. Mais tout de même, sans parler de Zidane ou de Ronaldo, bien étrange époque que celle qui veut que les gladiateurs des temps dits modernes soient mieux rétribués de leurs efforts et de leur sueur que les Chefs d'Etat et de gouvernement.

Pour cette fois, je n'évoque pas le montant des salaires perçus, des appointements reçus, des émoluments dûs ou indûs, des grands patrons du CAC 40. C'est d'une autre nature. C'est une autre histoire. Ce qui ne veut pas dire pour autant que ces gens-là méritent leurs salaires exorbitants. Enfin, sans transformer ces quelques lignes en supplique par trop incorrectement politique, petite question également salutaire : quid des salaires des grands patrons des grandes entreprises publiques ?

A la devise de la République Française, Liberté, Egalité, Fraternité, en ces temps d'efforts nécessaires, eux aussi doivent savoir qu'il faut désormais ajouter... Exemplarité.

 

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 19:02

 

Annonce à 16 heures... Annonce en fin de journée... Annonce imminente... Imminente, mais plus tard que prévue... De report en report, et d'annonce imminente en annonce imminente, on se dit que ce n'est pas si facile de faire un gouvernement. Entre l'Elysée et la Croisette, les radios font la causette. Les auditeurs font leurs emplettes. Entre le perron de l'Elysée, à Paris, et la montée des marches, à Cannes, on hésite, on pianote. On s'impatiente.

Finalement, pourquoi pas aller voir Moonrise Kingdom de Wes Anderson ? Film de cet Américain à Cannes pour la première fois ? Moonrise Kingdom avec Jared Gilman, Kara Hayward, Bruce Willis, Edward Norton... ce film qui fait l'ouverture du 65e Festival et qui sort simultanément en salle, dès 20 heures. Même si, du peu que j'en ai vu et lu, son côté remake américain d'une Guerre des boutons très française, encadrée par des chefs scouts attardés, a de quoi dérouter. A Cannes, la cérémonie d'ouverture vient juste de commencer. A L'Elysée, on attend toujours.

La voix familière de France Info ponctue l'attente. Un petit coup de météo. Un petit tour sur la Croisette. 19 heures 13, toujours rien. Toujours suspendu à l'annonce de la composition du premier gouvernement Ayrault. Ayrault, héros discret d'une distribution apparemment pas évidente à distribuer. Casting difficile et délicat.

Relance de la voix d'Info : A 19 heures 23, quels sont les pronostics les plus plausibles ? Réponse immédiate de la journaliste : Vincent Peillon à l'Education, Aurélie Filippetti à la Culture...

Seule information confirmée : Martine Aubry n'en sera pas. Ne fera pas partie du gouvernement. La radio nous refait le coup du bal des égos. Moi, ça m'est égal. Je retourne au Festival...

Moonrise Kingdom et ce court extrait de la chanson de Françoise Hardy, ça me tente bien ... Le temps des copains, le temps de l'amour, et de l'aventure... 

Finalement, ça traine trop, je coupe la radio. Veste, écharpe, je sors. Le Gaumont de ma ville n'est pas très loin. La composition du gouvernement, je verrais ça demain. Ou tout à l'heure, après le cinoche. Filippetti à la Culture et Peillon à l'Education, ça me plaît bien déjà. Le reste peut attendre.

M'attendra bien.

 

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