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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 19:58

 

Il est arrivé peu après seize heures. Poussant son déambulateur. Il m'a dit : vous ne pouvez pas me reconnaitre. J'ai souri, me suis demandé ce que ça voulait dire et, tout de suite, j'ai reconnu le regard de l'homme avec qui j'avais, il y a tout juste un an, passé deux bonnes heures, sur le banc, en face de mes boîtes. Le regard était le même. Un rien de tristesse au fond de ses yeux gris. Mais l'homme avait considérablement maigri. Facile vingt kilos de moins.

- Je sais qui vous êtes. Vous m'avez acheté "Oublie pas 36". Sur votre insistance, je vous l'ai cédé à 5 euros, un prix d'ami. Je sais que nous avions eu une belle discussion. Vous m'aviez raconté votre vie, vos passions. 

- Bonne mémoire, monsieur. Je puis même vous dire que c'était précisément le samedi 16 avril 2011, vers 16 heures 16. Je l'ai noté dans mon aide-mémoire. Nous sommes le 6 avril 2012. Pratiquement un an, jour pour jour. Heureux de vous retrouver ici. C'était l'objectif de ma journée. Parce que vous savez, comme j'aime à dire : "je reviens de l'au-delà".

En ce Vendredi Saint des Catholiques, le chemin de croix semblait plutôt se dessiner pour les bouquinistes. Chemin de croix, passe encore. Mais que quelqu'un vienne me parler de "l'au-delà", je ne m'y attendais pas. Peu de passants. Sinon pour Notre-Dame ou Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Passants pressés, comme si l'appel de Dieu les presse. Passants peu intéressés par les lectures païennes. Pas davantage par une vie de Saint. Mon Jean-Paul II, en Librio, 2 euros, leur a tendu les bras en vain. Ce soir, il dort encore dans mes boîtes, à côté d'une bio de Karl Marx, tout près de Chateaubriand.

Comme le milieu de l'après-midi s'annonçait plutôt calme, le vieux monsieur et moi, nous sommes allés reprendre place sur le banc. Ce banc où est toujours gravée cette incroyable incitation,  slogan sans doute du mouvement du droit à la paresse : "Ne travaillez jamais".

Une fois bien assis, côte à côte, l'homme me déclara : il ne faut pas m'interrompre. Ce que j'ai à vous raconter est incroyable. Mais c'est ce qui m'est arrivé. Vous allez comprendre pourquoi je suis aussi heureux de vous revoir ici. On m'avait dit que vous étiez parti enseigner le français en Chine. J'avais peur que vous ne reveniez jamais. Peur de ne jamais pouvoir vous dire mon histoire. Faut vraiment que je vous raconte ce qui m'est arrivé.

D'un signe de tête, j'acquiescai. L'homme commença son récit. Je restitue du mieux que je peux. Tellement c'était dense. Dans une langue choisie. Châtiée. Chatoyante parfois.

 

"Le malheur a voulu qu'une avalanche de malheurs me tombe dessus. Des malheurs qui débouchent  finalement aujourd'hui sur un bonheur relatif. J'étais allé consulter à la Salpêtrière parce que j'avais une opération de la hanche en prévision. Là bas, il y a eu des complications. Ils sont intervenus sur une artère fémorale qui était bouchée. Il y a eu un gros problème. Risque de gangrène. Ils voulaient me couper la jambe. J'ai dit "Non, vous ne me couperez pas la jambe !" J'ai tenu bon. Ils ont craint le pire. Finalement, ils ont réussi à me sauver la jambe. Mais ce n'était qu'un avant-goût des malheurs qui m'attendaient. C'était sans compter sur l'attaque cérébrale. L' A V C. 

Dans la soirée du 14 juin, vers 23 heures 30, je m'installe devant la télé, avec l'idée de la regarder une petit quart d'heure, avant d'aller me coucher. J'ai été foudroyé, je dis bien "foudroyé" par une attaque cérébrale. Mais je ne m'en suis pas rendu compte, bien sûr. Un moment après -combien de temps ? je ne sais pas vraiment- un moment après, donc, je n'étais plus qu'un mort vivant. Toutes mes forces physiques avaient disparu. Incapable de me lever de mon fauteuil. Comme paralysé. Seuls mes yeux marchaient. Après plusieurs tentatives, je décide de me laisser glisser par terre, pour tenter de rejoindre l'emplacement du téléphone. Je me sentais totalement anéanti.  J'étais vraiment un mort vivant. En plus, tout seul dans cet appartement. Personne qui pouvait me rendre visite.

Je me suis donc décidé à ramper vers le téléphone. Vous n'allez pas me croire : j'ai mis deux jours, j'ai rampé pendant deux jours pour atteindre le guéridon du téléphone. Deux jours pour parcourir à peine deux mètres. C'est incroyable mais c'est comme ça. Bouger un corps comme paralysé, ce n'est pas rien. Enfin, j'aborde, j'accoste. J'arrive au guéridon. Pas de quoi se dérider. Tout ça n'est pas très gai."

 

A cet instant précis de son récit, j'ai failli l'interrompre stupidement, l'imaginant réécrivant, sans le savoir, et sans doute sans l'avoir lu, Kafka et sa Métamorphose. J'ai bien fait, je crois, de n'en rien faire. Il ne s'est aperçu de rien. N'a pas souffert de l'absence de mon récit de l'homme métamorphosé en insecte et a poursuivi le sien. Son récit à lui. Le récit de sa vie. D'un moment de sa vie.

 

"Dans un sursaut surhumain, je réussis à faire tomber le téléphone qui se trouve sur un guéridon. Je m'en saisis et là, j'ai pu composer le numéro des pompiers et de la police. Je leur ai murmué "venez tout de suite". Une demi-heure après, ils étaient là et frappaient à ma porte. Ils me disaient : "ouvrez". Je leur répondais : j'aimerais bien, mais je ne peux pas bouger. Ils ont mis la grande échelle et ils ont cassé les fenêtres à coups de haches. Ils m'ont sauvé la vie. Après tout s'est enchaîné. Ce serait trop long à vous raconter. Deux mois d'hôpital, Rotschild et Croix Saint-Simon. Pour tout réapprendre. Réapprendre à parler. A bouger. A sourire. Réapprendre à vivre. Reprendre confiance. Beaucoup de souffrances. Beaucoup de doutes. Progressivement, tout est rentré dans l'ordre.

Pour mon opération de la hanche, ils n'étaient pas très chauds, les médicaux. A 84 ans et demi, ils trouvaient que les risques étaient supérieurs aux éventuels profits. J'ai persisté dans mon idée. Je leur ai signé les documents adéquats pour la décharge. Au cas où ... L'opération a eu lieu le 14 février dernier et regardez, plus de douleurs. Plus aucune douleur. Les douleurs ont cessé depuis la mi-mars. Avant, c'était un calvaire indescriptible. Insupportable.

Voilà, monsieur, je considère que j'ai rempli l'ordre du jour que je m'étais donné. Venir sur le quai de la Tournelle pour vous rencontrer. J'en ressens une réelle satisfaction. J'avais envie de vous revoir et je vous ai revu. Au fait, je dois vous dire, votre roman, je l'ai lu et relu. Il m'a beaucoup plu. Enormément plu. J'ai d'ailleurs écrit, pour vous, quelques lignes de critique et j'y ai ajouté des commentaires. Plus personnels. Je vous apporte ça la prochaine fois. Maintenant que je sais que vous êtes rentré, je vais revenir vous voir. J'ai encore beaucoup de choses à vous dire. Vous parler, vous savez, c'est important pour moi. Vous parler, ça me maintient en vie."

 

Voilà, c'est le plus incroyable monologue qu'il m'a été donné d'entendre en deux années de quai. Pourtant des gens qui aiment parler, des gens qui se racontent, des gens qui se confient, on en rencontre à volonté sur le quai. Mais un humain comme ça, avec un tel tempérament,  un homme de cette nature, c'est plutôt rare.

Sa dernière phrase dite, l'homme se releva. Sans trop de difficultés. Refusa prestement mon aide. Empoigna son déambulateur. Me salua d'un geste de la main. Avant de repartir reprendre son premier bus, vers Saint-Michel. En ce Vendredi Saint, jour de la crucifixion, l'homme avait tenu à me faire part de sa résurrection. Je trouvais le message touchant. J'en fus touché. Ce soir, je me demande s'il est bien rentré chez lui. S'il est aussi heureux que moi de ce bon moment passé ensemble, 41, quai de la Tournelle. Un bien brave homme que cet homme. 84 ans et une vivacité d'esprit intacte. Un sens de la formule. Une langue ferme. Un sens du récit. Sans oublier l'essentiel : un humour à toute épreuve. Un bien brave homme, vraiment.

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 17:42

 

Pardonne cette familiarité soudaine, mais je me dis que j'écris au candidat. Le candidat n'est pas le Président. Je rentre à l'instant du 18, rue de la Convention. Eh oui, une fois n'est pas coutûme, je suis allé chez toi. J'ai pris le pont Mirabeau pour traverser la Seine. Je suis allé dans tes locaux du 15 ème arrondissement. Je voulais être, c'est bête, l'un des premiers à pouvoir lire ta lettre. Ta fameuse lettre. La "Lettre de Nicolas Sarkozy au Peuple Français". Cette lettre éditée, à ce qu'on m'a dit, à six millions d'exemplaires. Je ne sais pas si c'est Claude ou Henri qui t'ont aidé dans l'entreprise, mais, franchement, ce n'est pas très bien écrit. Guaino ou Guéant aidant, ce n'est pas toujours très heureux. Ni très motivant. La réputation de leur plume est surfaite. Tu aurais dû m'appeler. La mienne est plus modeste, mais le style plus leste. L'argument jamais en reste. Là, ça cloche, ça péche un peu. Le style, mais surtout les idées. Voyons ça dans l'ordre.

 

D'abord, l'attaque, la phrase d'attaque, sur "l'amour de son pays" et le lien avec le "bulletin dans l'urne". Mise à part la lecture freudienne qu'on pourrait en faire, ça me semble par trop grandiloquent, pas crédible dans notre siècle, franchement "pipeau". Même si c'est une façon de combattre l'abstention. Accepte donc de relire avec moi ce que tu as écrit. Ou ce que tes scribes ont écrit pour toi. 

 

"Mes chers compatriotes,

Il n'est rien de plus beau en démocratie que l'amour de son pays dont témoigne chaque bulletin de vote glissé dans l'urne le jour d'une élection."

 

Le "dont témoigne" n'est phonétiquement pas très joli. La construction de la phrase alambiquée. Il faudrait renverser la proposition. Placer l'acte de voter en début de phrase. L'amour en seconde position, si je puis dire. Mais je comprends ta démarche et elle se défend : tu veux placer l'amour en premier, le vote en second. Le vote comme "preuve d'amour". Début maladroit, je crois. Ce n'est que mon avis. Je ne suis pas expert en "Lettre de Nicolas Sarkozy au Peuple Français". Je te le dis comme je le ressens. Comme je pourrais le dire à l'un de mes étudiants.

 

Je ne m'attarde pas sur le "Mes chers compatriotes", trop classique, inutilement patriotique, vieux gimmick qu'il faudra bien un jour condamner définitivement aux oubliettes du style présidentiel. Car enfin, devenus tous européens, la "patrie" n'est plus, et ne doit plus être, le moteur premier de l'attachement qu'on porte à son pays. A ce coin de terre qui nous à vu naître. J'attends le premier Président qui saura, au rituel des voeux du 1er janvier, enfin éviter l'inévitable "Chers compatriotes". Mais c'est une autre histoire.

 

Toujours page 3, (page 3, parce que la première de couverture compte pour 1 et  2), toujours page 3 donc, tu enchaînes logiquement dans ce style ronflant :

 

"C'est avec l'amour de la France gravé au plus profond de votre coeur que vous vous rendrez dans les bureaux de vote les 22 avril et 6 mai prochains, conscients de l'importance de votre choix. C'est avec le même amour de la France chevillé au corps que je veux vous parler de ma vision de l'avenir de notre pays."

 

L'amour de la France "gravé au plus profond de votre coeur", pour nous. " L'amour de la France chevillé au corps", pour toi. Là, ça me laisse pantois. Pas toi ? C'est trop. Beaucoup trop. Chevillé au corps. Tu imagines un amour "chevillé" au corps. La France n'est pas une armoire normande. Si tu tiens à la métaphore, gaffe à l'assemblage des tenons et des mortaises. C'est un métier. Un vrai métier. Menuisier. Peut-être d'ailleurs un métier pour toi. Quand tu auras terminé ton CDD. Une bonne formation, tu le sais, tu l'as dit, et on retrouve vite un emploi ! Mais oui, c'est toi-même qui l'a dit aux ouvrières de Lejaby, dont tu parles, dans ta lettre, page 24 :"A 50 ans, on n'est pas foûtu". Toi, non plus.

 

"L'amour de la France chevillé au corps". J'en redemande encore. Chevillé, cheville... Bizarre assemblage. A moins que ce ne soit une façon de prendre ... son pied ! Je plaisante. Mais "chevillé au corps", vraiment, c'est trop fort. Excessif. On ne t'en demande pas tant. Je sais que tu es l'auteur du célèbre "La France, on l'aime où on la quitte", mais quand même, il faut différencier les sentiments et  l'action politique. L'amour et la fonction présidentielle. Surtout ne pas galvauder le beau sentiment d'amour. Il n'est pas tant question d'amour que de Président. Un Président doit présider. Le sentiment d'amour n'a rien à faire dans l'affaire. Pour présider, pour bien présider, mieux vaut garder la tête froide. Garder toute sa lucidité. Et pour voter tout autant que pour gouverner. En politique, on juge aux actes. Pas aux faux semblants des sentiments. On juge aux actes. On juge les actes. Tout le reste est littérature.

 

Tu le comprendras, difficile de résumer en cent lignes les 32 pages de ta longue lettre au peuple français. Certes, c'est touchant, ta manière de déclarer :

 

" Quelques jours avant l'élection, je veux m'adresser à chacun de vous. Je veux le faire le plus directement possible. Je veux le faire par écrit, car l'écrit demeure, l'écrit engage."

 

Touchant mais on a du mal à y croire. Pour reprendre ta métaphore d'amour, tu imagines une femme que tu prétends aimer d'amour, d'un amour fort, d'un amour profond, d'un amour sincère, d'un amour passionné, une femme à laquelle tu n'enverrais, en 5 ans, qu'une seule lettre d'amour. 5 ans. Tu as eu 5 ans pour nous dire que tu nous aimais. 5 ans. 5 ans où, pour ne rien te cacher, nous sommes une majorité à nous être sentis plutôt "mal aimés".

 

Alors ta lettre d'aujourd'hui, où tu veux nous parler de convictions et de valeurs, où, pêle-mêle, tu déclines tes thèmes favoris, archi connus : sécurité, page 4, délinquance, page 6, immigration, pages 8 et 9, droit de vote aux étrangers, page 9 et 10, ça ne surprendra personne. Comme ne surprendra personne, page 10, ta citation de Renan, parlant de la France : 

 

"Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue, ou d'appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir."

 

Citation, très "datée", en vertu de laquelle tu te permets d'affirmer "C'est pour cela que le droit de vote ne peut être donné qu'aux citoyens français." En filigrane, sans doute aussi, tu insinues que l'étranger ne serait pas un homme du futur ? Discours de Dakar, quand tu nous tiens ! Si je puis me permettre, tes ancêtres n'étaient pas Français et toi, tu l'es. Tu es même le premier des Français. Un étranger peut devenir un citoyen français. Platini, Noah, Zidane ne sont-ils pas de beaux et de bons citoyens français ?

Je zappe sur l'Europe et la mondialisation, sur les territoires ruraux qui "ont du potentiel", sur la réforme du système de formation professionnelle, sur la durée du travail obligatoire ou sur la durée obligatoire du travail, sur le nouvel élan "Jules Ferry" pour l'école, nous savons tout cela, nous savons tout de tes idées, de tes convictions sur tout ça, et nous savons que nous n'aurons jamais les mêmes valeurs. Parce que tu n'aimes pas, au fond, les valeurs de la République. Même si tu fais référence, page 12, aux trois mots de notre devise républicaine "liberté, égalité, fraternité". Car, durant tes 5 années passées à l'Elysée, où était la liberté ? où était l'égalité ? où était la fraternité ?

 

Pour finir cette déjà trop longue lettre, moins longue quand même que la tienne, arrêtons-nous sur un passage amusant après le couplet sur les rémunérations exhorbitantes des traders et de quelques grands dirigeants d'entreprise.

Un passage presque réjouissant dans ta prose quelque peu laborieuse et sinistre. Le moment où tu parles de rétablir le sens de la responsabilité. Page 11, tu déclares, comme si tu découvrais la chose "je souhaite mettre un terme à l'exil fiscal des citoyens français" et tu conclues "Si on ne veut plus payer d'impôts en France, parce que les impôts sont trop lourds, on change de nationalité."

L'argument déployé, pour ne pas dire employé, à cet endroit-là de ta lettre, révèle une justesse d'analyse qu'on pourrait croire socialiste. Je souligne pour toi, mais ne souris pas déjà, ça ne suffira pas à te renouveler ton bail: On ne peut pas vouloir tous les droits associés au fait d'être français, le droit de vote, la protection consulaire, la qualité du système de soins, et aucun des devoirs."

Joliment dit, n'est-ce pas. Comme quoi, si tu avais vraiment voulu t'en donner la peine, tu aurais pu faire du bon travail.

Pourquoi ne  pas l'avoir dit et décidé,  plus tôt ?  Beaucoup plus tôt. C'eut été le meilleur des boucliers fiscaux.

 

C'est curieux comme tu sembles avoir de bonnes idées sur la fin. Comme décider soudain de payer la pension des retraités le 1er de chaque mois et non plus le 8. Si, bien sûr, tu es réélu. Mais, réélu ou pas, pourquoi ne pas valider l'idée dès maintenant ? 

 

Que n'aies-tu ainsi commencé ton quinquennat,

Sur une aussi belle et juste idée comme celle-là ,

Nenni, monsieur Sarkozy, tu ne le fis pas,

Comprends qu'il nous faille sortir d'un très mauvais pas : 

Ton CDD, on ne te le renouvelle pas !

 

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 18:29

 

Ces gens-là ne reculent devant rien. Ils sont vraiment prêts à tout. Après avoir acheté Boutin, Morin, Nihous, Borloo, mis en échec Villepin, les voilà qui prennent date pour le mercato de l'entre-deux-tours. Bayrou à Matignon ! C'est la dernière idée du radeau UMP. C'est la Pécresse, en bonne maîtresse, qui affirme "Tout est possible" ajoutant, comme pour la forme : "Cela dépendra des accords du second tour". Dans l'opération de débauchage, la porte-parole du gouvernement ne se contente pas du service minimum. L'opération de séduction est totale : "Ce que je remarque, c'est que ses thématiques sont celles qui sont les nôtres, que ce soit sur l'éducation, la dette, la formation des chômeurs ou sur l'Europe, il y a de grandes similitudes." Moralité, la Maison UMP peut se dire : si les centristes du MoDem ont des thématiques qui sont les mêmes et des idées qui sont les nôtres, qu'ils rentrent vite à la maison.

A la Pécresse, c'est le Raffarin, parfaitement au diapason, qui répond, comme en écho, le soir-même, sur Public sénat : "Bayrou a les capacités pour être Premier ministre". Sous-entendu : "de Nicolas Sarkozy". Pas de Ségolène Royal, bien sûr. C'est une histoire ancienne. Une histoire qui n'a pas eu lieu. Un rendez-vous manqué. Dans une chambre de bonne. Bayrou ne voulait pas faire la bonne. Elle est bien bonne. L'ancien Premier de Jacques Chirac n'est pas le dernier pour parler stratégie. "Si la victoire peut dépendre de Bayrou, un accord électoral entre l'UMP et le centre ne doit pas être exclu."

Pécresse, Raffarin, l'offensive s'est faite en un tour de reins. En un tour de main. Y'en a juste un qui prend sur les doigts. Mais pas sûr que le patron du parti en prenne aussi facilement son parti. Cela dit sans parti pris.

Le patron du radeau que rien ne méduse, essaie d'écoper pour ne pas écoper. N'est-il pas Copé, le copain des copains ? Copé écopant d'un Bayrou à Matignon ne serait plus Premier. Premier maquignon. N'aurait plus qu'un quignon pour 2017. Quignon de pain pour les copains. Ceux avec qui on ne partage pas que le pain.

Résumons-nous : Pécresse et Raffarin au turbin. Copé syncopé. Ou c'est tout comme. Par nature, on le sait, le centre, pas très adroit, est plutôt à droite. La droite, pas maladroite, ne s'intéresse au centre que pour garder la droite. Le pouvoir à droite. Le pouvoir à la droite. A chaque fois, le centre se fait avoir. Cette année, faudra voir.

Bayrou, flatté ou agacé, fait la sourde oreille.

Peut-être pense-t-il déjà qu'il n'aura jamais plus une occasion pareille.

 

La meilleure réponse à cette nouvelle tentative de hold-up de l'UMP ? Simple : Hollande et Mélenchon, en finale ! Oui, Mélenchon et Hollande, tous les deux qualifiés pour le second tour de l'élection présidentielle 2012. Qualifiés pour le second tour du 6 mai ! Voilà une idée vraiment révolutionnaire. Réplique superbe à un certain 21 avril qui nous reste encore dans la gorge.

 

D'ici-là, France 2 doit juste détourner le "P" de UMP pour modifier légèrement le titre de son émission. Vous ne voyez pas ? Evident pourtant. Ajoutez la lettre "p" au dernier mot du titre de l'émission-phare : "Des paroles et des actes". Vous avez la nouvelle émission à confier à David Pujadas. Une émission-phare qui, pour une fois, nous livrerait quelques lumières. Une émission qui s'inscrirait parfaitement dans l'actualité : Des paroles et des pactes.

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 17:54

 

J'avais manqué la Bastille. Pouvais pas manquer le Bataclan. Mélenchon, superbe orateur. Mais pas seulement. Du sens dans le son. Des paroles dans la chanson. Fait plaisir à voir. L'intelligence est quand même plutôt de gauche. On ne m'ôtera pas ça de l'esprit.

En plus, comme un cadeau, croisé Guy Bedos, à la sortie. Venu "en ami". Cuir noir. Dégaine adolescente. Allure tranquille. En solitaire. Guy Bedos venu "écouter un confrère". Toujours cette incroyable malice dans le regard. Cette fraternité rare. Quelques dizaines de pas, côte à côte, Boulevard Voltaire. Lui et moi, devisant comme de vieux amis. "Non, vous ne me dérangez pas". Insolite. "Surtout, Monsieur, ne changez rien, tout est très bien". Insolite vraiment. Poignée de main fraternelle. En prime, ce regard, cette parenté soudaine. Cette complicité avec les mots de René Char, cités discrètement, mais avec une belle élégance, par l'un des premiers orateurs du début de la soirée:

 

"Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience."

 

René Char, poète français, né en 1907, à l'Isle sur la Sorgue. L'Isle sur la Sorgue, là où Renaud a sa maison.

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 09:45

DSCN0291

© Jean-Louis Crimon                                                                   Paris. Avenue Théophile Gautier.

 

 

 

On pourrait vous appeler Dubois ou Labranche, car ça fait bientôt cinq ans que vous nous faîtes scier. Si on oublie les cinq premières années où déjà, dans des seconds rôles, vous vous étiez montrer très sciant. Bien sûr, tout aurait pu se passer autrement, mais c'est connu "avec des scies" ... Nous allons donc bientôt scier la branche sur laquelle vous êtes assis. Faut dire que vous avez déjà bien entamé le travail. Votre métier, sans doute, c'est sciant. Depuis cinq ans, vous en avez scié. Vous avez scié nos retraites. Vous avez scié notre pouvoir d'achat. Vous avez scié le remboursement de nos médicaments. Vous avez scié notre Agence Nationale Pour l'Emploi. Vous avez scié les postes de professeurs. Au collège, au lycée, à l'université. Vous avez scié la police de proximité. Vous avez scié, scié, scié, vous faisant, chaque jour, de plus en plus sciant. Vous donnez l'impression de tout savoir et de vouloir être partout à la fois : vous êtes, objectivement, omni-sciant.
Nous en avons assez. Vous êtes désormais, non plus comme les neuf autres candidats, un présidentiable, mais vous êtes le premier, le seul, le vrai, l'authentique Président ...sciable.

Pardon de vous dire ça comme ça, mais hier, votre manière de parler des ouvriers de Florange, ça m'a scié ! Cette fois, c'est décidé, vous vous êtes vous-même placé sur la branche du Président sciable. Croyez-moi, je n'ai, moi, jamais parlé la langue de bois.

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 18:47

 

C'est vrai, je le reconnais, le mécréant que je suis, est plutôt fasciné par "la création des Oeuvres" que par "les Oeuvres de la Création". Cela dit, je ne m'interdis pas de trouver une certaine beauté dans la manière dont le catéchisme d'autrefois nous racontait la "Création du Monde".

Sur le quai, en ce Dimanche des Rameaux, je feuillette Explication du Catéchisme du Diocèse d'Amiens. Neuvième Edition. Un petit livre à la couverture grise. 236 pages. 25 chapitres. Le chapitre IV est composé de six parties. Son titre : Des Oeuvres de la Création. La première partie, intitulée de De la Création en Général, pose sept questions d'une apparente simplicité. Les réponses semblent d'une évidence troublante. Je restitue in extenso.

 

Que signifient ces paroles: Dieu est le Créateur du ciel et de la terre

- Ces paroles Dieu est le Créateur du ciel et de la terre signifient que Dieu a fait toutes choses de rien.

Comment appelez-vous l'action de faire quelque chose de rien ?

- Faire quelque chose de rien s'appelle créer.

Les hommes peuvent-ils créer ?

- Non, Dieu seul peut créer : les hommes pour faire quelque chose, ont besoin d'une matière première, d'instruments, de temps, etc. ; il suffit à Dieu de vouloir ; il parle, c'est à dire il veut, et tout est fait  (Ps. 32 : 9.)

Qu'est-ce que Dieu a créé ?

- Il a créé le ciel et la terre, toutes les choses visibles et invisibles (Coloss. 1. 16.)

Qu'entendez-vous par le ciel  ?

- Par le ciel, j'entends 1° le lieu qui est rempli de l'air qui nous fait vivre; 2° celui où sont tous les astres qui roulent avec tant de majesté et de régularité; celui où Dieu se manifeste à ses Anges et à ses Saints.

Qu'entendez-vous par la terre ?

- Par la terre, j'entends le globe que nous habitons, avec ses montagnes, ses eaux, ses plantes, ses arbres, ses oiseaux, ses poissons, etc. , enfin avec son roi qui est l'homme.

Quand Dieu a-t-il créé tout cela ?

- Au commencement, dit l'Ecriture, il créa le ciel et la terre, le ciel encore sans ses ornements, la terre informe et toute nue; mais voici le détail magnifique. (Gen. 1 : 1 , 2).

 

Enfant, longtemps, devant pareille lecture, je demeurais perplexe. A peine sceptique. Le curé de mon village m'aurait excommunié. Je m'accrochais aux montagnes, aux forêts, aux eaux, aux poissons, aux oiseaux et j'imaginais l'homme, Roi de la Création. Je l'imaginais plutôt en "roitelet" puisque le vrai Roi, le Grand Roi, c'était, bien sûr, Dieu le Père.

 

Devant mon silence, sans doute trop métaphysique, le curé enchaînait très vite sur la partie 2 du chapitre IV , partie qui portait en titre "De l'Oeuvre des Six Jours". Qui n'étaient pas, plaisantait mon père, quand je lui racontais "Les Six Jours Cyclistes". Les premières questions étaient fascinantes. Leurs réponses aussi. In extenso, toujours.

 

Combien de temps Dieu employa-t-il pour créer le ciel et la terre ? 

- Dieu employa six jours.

Puisque Dieu peut tout ce qu'il veut dès qu'il le veut, pourquoi Dieu a-t-il mis six jours à créer le monde ?

- 1° Pour nous apprendre qu'il est libre d'agir comme il lui plaît. 2° Pour montrer à l'homme qu'il y a temps pour le travail et temps pour le repos.

Que créa-t-il au premier jour ?

- Au premier jour, Dieu créa la lumière ; il vit qu'elle était bonne, il la sépara d'avec les ténèbres. (Gen. 1 : 3, 4, 5).

Que créa-t-il au second jour ?

- Au deuxième jour, Dieu créa le firmament et divisa les eaux de la terre d'avec les eaux du ciel. (Gen. 1 : 7).

Que créa-t-il au troisième jour ?

- Au troisième jour, Dieu sépara la terre d'avec les eaux, et les rassembla dans un même lieu très-vaste qu'on appelle mer. Il commanda ensuite à la terre de produire toutes sortes d'herbe, de plantes et de fruits. (Gen. 1 :9, 10, 11).

Que fit-il au quatrième jour ?

- Au quatrième jour, Dieu fit le Soleil pour présider au jour, la lune et les étoiles pour présider à la nuit et pour marquer les temps, les saisons, les jours, les mois et les années. (Gen. 1 : 17, 18, 14).

Et au cinquième jour, que fit Dieu ?

- Au cinquième jour, Dieu forma les poissons qui devaient nager dans l'eau, et les oiseaux qui devaient voler dans l'air. (Gen. 1 : 20, 21, 22).

Que créa-t-il au sixième jour ?

- Au sixième jour, Dieu créa tous les animaux de la terre, et enfin l'homme pour présider à tout. (Gen. 1 : 27, 28).

Qu'y a-t-il de remarquable dans la création de l'homme ?

- Deux choses : 1° pour toutes les autres créatures, Dieu avait dit : qu'elles soient, que la lumière soit, que les eaux produisent, que le soleil soit fait... Quand il s'agit de créer l'homme, il tient un autre langage : il semble se consulter, délibérer... Faisons l'homme, dit-il ; 2° il le fait à son image et à sa ressemblance. (Gen. 1 : 26).

Quelles sont les plus parfaites créatures de Dieu ?

- Les plus parfaites créatures de Dieu sont l'Ange et l'Homme.

 

Là, à cet instant précis, je pensais fortement à ce petit frère, né le matin et mort le soir, et dont tout le monde au village me disait qu'il était devenu un Ange. Je me demandais pourquoi lui et pas moi ? Pourquoi, moi, il allait me falloir tant d'années pour devenir un homme ? Pourquoi, lui, il lui avait suffi d'une journée pour devenir un Ange ? 

 

La partie 3 du petit livre de toutes les questions, intitulée Des Anges, ne me donnait pas vraiment la réponse. Monsieur le Curé pas davantage. C'est moi qui posait la question :

 

Qu'est-ce qu'un Ange ?

- Un Ange est un esprit qui n'est pas destiné à être uni à un corps.

 

J'étais bien avancé. Venait alors très vite le moment des explications sur les mauvais Anges et leur chef, Lucifer, un des Anges les plus brillants, qui selon le petit livre à la couverture grise, voulut par orgueil s'égaler à Dieu. Mais là, je décrochais vraiment. J'en parlais parfois, le soir, au grand frère de ma copine Lucie, lui qui disait toujours en se marrant comme un pauvre diable, il faut laisser Lucie faire !

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 11:07

 

Ma mésaventure de la gare d'Amiens m'a traumatisé. Amiens, ma ville, ma ville de départ. Dans tous les sens du terme. Ville de ma sixième au Petit Séminaire. Ville de ma licence de philosophie. Ville de mes années de professorat de philosophie. Ville de mes premiers articles de journaliste. Ville de mes premiers micros à la Radio.

Ma mésaventure de la gare me reste sur le coeur. La SNCF m'a tué. A tué en moi tout désir. Je suis mort. Mort et enterré. Enterré vivant. Plus de photos. Plus de mots. Plus d'idées. Plus de révolte. Plus de talent. Plus d'envie. Plus de désir. Plus qu'à mourir.

J'ai décidé d'arrêter. J'arrête. J'ai compris. Orwell avait raison. 1984 est derrière nous depuis longtemps dans le fleuve du temps, mais 1984 est plus que jamais notre présent. Notre destin. Nous n'avons pas d'autre avenir. J'ai compris. J'accepte. Je renonce.

J'arrête.

 

La photo, mes photos. Atteinte à la vie privée. J'arrête.

Mon sourire aux gens que je croise dans la rue. Atteinte à la vie privée. J'arrête.

Mon bonjour aux gens qui passent sur le même trottoir que moi. Atteinte à la vie privée. J'arrête.

Mes mots. Mes idées. Mes livres, mes romans. Atteinte à la vie privée. J'arrête.

J'avais, dans un roman, repris des mots de la vie de tous les jours, des paroles entendues dans le bus ou dans le métro, dans la rue. Atteinte à la vie privée. J'arrête. Je ne publie plus.

Mon blog. Les paroles que j'y rapporte. Les conversations. Atteinte à la vie privée. J'arrête. J'ai compris. Faut protéger autrui.

Ma liberté à moi, ma vie à moi, mon tempérament de rebelle et d'artiste, on en fait quoi ? T'occupe, on s'en occupe. D'accord, faut que je me fonde dans la masse. Faut qu'on me noie dans la nasse. Faut qu'on me broie, qu'on me casse.

J'accepte. Je suis mûr pour l'embrigadement.

J'arrête. J'arrête tout.

Désormais je m'enfonce dans le silence.

 

J'arrête. Je vous laisse. Je vous quitte.

 

Les caméras à chaque carrefour dans les villes. Atteinte à ma vie privée ? Non, c'est pour ma sécurité.

Les caméras sur les quais du métro ou du RER, cogestion RATP/SNCF. Atteinte à ma vie privée ? Non, c'est pour ma sécurité.

Mon téléphone portable grâce auquel la police me localise dès qu'elle le souhaite. Atteinte à ma vie privée ? Non, c'est pour ma sécurité.

J'arrête.

 

J'accepte de boire la ciguë. Qu'on m'apporte le poison. Je suis coupable. J'avoue : je suis coupable. Coupable de ne pas croire aux dieux de la Cité. Coupable de ne pas croire aux valeurs de mon temps. Coupable de ne pas croire aux lois de mon temps.

A mort, l'artiste. A mort, le libre penseur. A mort, le philosophe. A mort, l'empêcheur de ronronner en rond. A mort, le non conforme. A mort, le rebelle. Nos libertés se font la belle.

Qu'on apporte la ciguë. Je la boirai demain. Demain, 1er avril. La ciguë, poison d'avril !

La ciguë, boisson d'avril !

Non, je ne la boierai pas : la ciguë, .... poisson d'avril

 

Désolé de vous décevoir ou de vous avoir déçu : quand la loi est illégale, il faut la combattre. Le droit, quand il n'est que le droit de quelques uns, n'est pas le droit, c'est l'injustice. L'injustice se combat. Comme la bêtise. Les ânes au pouvoir, ça me fait braire. L'heure n'est pas à pleurer. L'heure est à la révolte. C'est le temps du refus. C'est l'heure de dire " non, ça suffit". Inventons une autre démocratie. Une vraie démocratie.

 

Pour la ciguë, vous m'aviez cru ? Vous avez tort. C'est mal me connaître. C'est pas demain la veille que je vais mettre ma révolte en sommeil. Je ne renonce pas. Je ne renonce jamais.

Pendant des années, on m'a buriné "ta liberté s'arrête où commence celle des autres". Aujourd'hui, j'affirme, haut et fort : la réciproque est également vraie, ma liberté commence ou s'arrête celles des autres. Encore faut-il que celle des autres ne soit pas sans limites.

 

J'arrête.

Mais non,  je n'arrête pas. Je n'arrête plus.

Le combat continue.

Qu'importe les déconvenues.

La liberté n'est pas née dans les nues.

La liberté, ça commence au coin de la rue.

 

 

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 23:01

 

Une brève du quotidien gratuit Métro. Page 5 de l'édition de ce vendredi 30 mars. Deux premiers mots en faux titre. Séguéla dérape, en caractères gras. Suivent sept petites lignes d'explication : Le publicitaire s'en est pris à Audrey Pulvar dans une émission de radio hier, en la traitant de "salope", avant de s'excuser. Des propos et excuses jugés "pitoyables" par la journaliste.

 

Séguéla, l'inventeur de la "La force tranquille" devenu "la faiblesse sénile" ! Quel gâchis ! Signe avant-coureur : il avait déclaré un beau matin, sur un plateau de télévision, qu'on avait manqué sa vie si, à 50 ans, on n'arborait pas une Rolex au poignet. Question: qui va lui remettre les pendules à l'heure ?

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 22:39

 

Un jour de la fin février, je me suis dit que ce serait marrant, et sans aucun doute intéressant, d'inviter à venir sur le quai, pour une courte promenade littéraire, chacun des candidats à l'élection présidentielle. On en a parlé  entre nous, au sein du bureau de l'Association des Bouquinistes des Quais de Paris, et mes amis m'ont dit " c'est pas une mauvaise idée", s'empressant d'ajouter, comme à chaque fois "mais c'est toi qui fais la lettre". Je me suis exécuté. Voici, en exclusivité, la lettre adressée aux candidats. On offrira un livre à chacun. Pas la peine de préciser qui aura droit à La Princesse de Clèves et qui aura droit à Oublie pas 36. Voici la lettre :

 

 

 

 

Madame,
Monsieur,



Nous ne sommes pas les derniers des Mohicans, mais nous avons parfois le sentiment d'être les derniers Indiens du paysage urbain. Derniers représentants des métiers de rue, puisque croiser sur le trottoir une marchande de fleurs ou un marchand de châtaignes va devenir très bientôt "mission impossible". On interdit tout. Ou presque. Signe des temps. Signe inquiétant.

Nous nous adressons à vous aujourd'hui pour vous inviter à une petite promenade sur les quais de Seine. Promenade qui, du quai Voltaire ou de Saint-Michel à la Tournelle, en passant par les Grands-Augustins et Montebello, vous donnera un bel aperçu de la vie quotidienne du petit monde des bouquinistes du 21 ème siècle.

Façon, pour vous, de mesurer, sur le terrain, l'importance du "commerce culturel" assuré par les "libraires de plein air" que nous sommes.

Nous savons votre temps précieux et vos obligations nombreuses. Venir à notre rencontre serait, pour nous, une forme de reconnaissance de notre importance dans un moment où le doute touche beaucoup d'entre nous.

Selon vos disponibilités, le début de l'après-midi serait le meilleur moment. Nous ne doutons pas que, sur fond de Notre-Dame, notre rencontre puisse donner lieu à d'aussi belles images que de fructueux échanges. Un peu de détente dans une campagne où la crispation commence à se faire ressentir, ne peut être que profitable à tous.

Faut-il vous rappeler que les Bouquinistes et les Quais de Seine appartiennent au Patrimoine Mondial de l'Humanité, qu'un célèbre habitant de la rue de Bièvre n'a, pendant longtemps, manqué pour rien au monde sa balade quotidienne, de Saint-Michel à la Tournelle, et que le nom moins célèbre "locataire" du Quai Voltaire a su apprécier aussi le chemin des libraires de plein air.

Bienvenue si vous décidez de prendre le temps de venir nous rendre visite.
Bon courage dans vos obligations de campagne, si vous estimez ne pas en avoir le temps.

Veuillez croire, Madame, Monsieur, à nos meilleurs sentiments,


                                               Pour le Bureau de l'Association des Bouquinistes des Quais de Paris,
                                                                 
                                                            
                                                                                                                                  Jean-Louis Crimon

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 23:48

 

La photo, toujours. La photo, cette passion dévorante. La photo, cette incroyable nécessité de saisir les instants. D'arrêter les instants. Au bout du comptoir. Aux terrasses des cafés. Au bord des bars. Sur le quai de la gare. La photo, cette façon, sans façon, de dire le temps qui passe et qui fait que, nous aussi, nous passons. Qu'un grincheux s'agace, qu'une pétasse se fâche, et l'on lance à vos trousses la police du chemin de fer, la sûreté ferroviaire, qui, sans manière, vous sort du train, vous, le bout en train, vous encercle, vous interpelle comme un grand terroriste, vous qui n'avez jamais terrorisé que le temps qui passe.

Cette histoire est mon histoire. Croyez-le bien. Mon histoire en gare d'Amiens. L'histoire du train de 17h14. Un train pour Paris que je ne prendrai jamais. La "sûreté SNCF" m'en a empêché. D'une façon plutôt cavalière.  Pour ne pas dire fort discourtoise. Pratiquement manu militari. Amiens, Picardie, Aisne Somme Oise. La raison : quelques photos prises place de la gare, juste avant mon départ, la Tour Perret, en contrepoint. D'autres, prises à l'entrée du hall de la gare. D'autres, enfin, dans l'escalier qui conduit à la voie 8. Celle du train pour Paris. Belles photos de mon ami Martin qui descend prendre le train.  Quel crime ! Quatre balèzes, la matraque à la ceinture, qui m'entourent et me ceinturent. M'interdisent de prendre mon train qui part ... sans moi. Mon ami Martin, déjà dedans, ouvre la porte pour ne pas m'abandonner sur le quai, aux mains d'individus peut-être dangereux. L'un d'eux n'hésite pas et déclare à l'adresse de mon camarade : "On va vous  verbaliser pour entrave à la fermeture des portières avant le départ". Double abus de pouvoir d'une police qui n'en est pas une. Une police nulle et non avenue. Inefficace et malfaisante à la fois. Qui, incapable de régler elle-même l'affaire, -les faits reprochés sont tellement dérisoires- appelle à la rescousse la Police Nationale. Histoire de finaliser l'histoire. L'histoire d'un mercredi soir qui aurait dû être sans histoire.

Entre temps, comme vous avez de la ressource, vous avez appelé la responsable de la Communication de la gare. Elle, elle vous connaît. Sait qui vous êtes. Connaît et reconnaît votre valeur humaine et professionnelle. Vous accorde d'emblée une autorisation de prise de vue dans la gare et sur les quais. Promet de vous la descendre, de suite, voie 8.

Moralité : ce que la sûreté ferroviaire vous inderdit de faire, au contraire, la Communication va tout faire pour vous satisfaire. Aux chemins de fer, tout est affaire de savoir faire.

Vous transmettez l'information aux uniformes, maintenant au moins douze, qui vous entourent fermement. Perplexe, le Chef sans doute, recueille, pour la seconde fois, les renseignements d'usage. Nom, prénom, profession. Tarde à vous rendre votre passeport. Bredouille les mots "main courante, avocat", avant de tourner les talons. Direction escalier roulant. L'escouade vous plante là sur le quai, sans un mot. Sans même un mot d'excuses. Pour cette interpellation abusive. Va falloir aussi, de toute urgence, inscrire la politesse, le respect des droits de la personne humaine, aux programme de formation des agents. La capacité à reconnaître une erreur tout autant. A s'en excuser, promptement.

Pas rancunier pour deux sous,  -pour les deux heures de votre vie perdues à tout jamais, pour le rendez-vous manqué à Paris-, et pour finir sur un sourire, vous lancez comme une bouée de sauvetage en direction de l'escadron plutôt penaud et pas vraiment peinard  :" Messieurs, s'il vous plaît, un instant ! On peut faire une photo ? Oui, ensemble, ce serait... rigolo..."  Les tronches ! Patibulaires ! Manque d'humour, manque d'amour, ça va de pair.

Quelques badauds s'attardent. Tendent l'oreille. Eclats de voix. Eclats de rires. Enorme ! Quand la connnerie prend forme au seul port de l'uniforme. Un souhait de nombreux passagers : que la SNCF cesse de perturber les déplacements des honnêtes gens avec ces escouades de cow-boys d'opérette, jamais-là où ils devraient être.

Pour en finir avec cette lamentable histoire où l'on s'acharne à persécuter un voyageur totalement inoffensif, une ou deux questions à inscrire, désormais, au programme du concours d'examen de recrutement des agents. De police. De malice. De sécurité. De sûreté. Ou d'entretien.  Deux beaux sujets de "Rédaction".

Peut-on vraiment affirmer que l'on porte  "atteinte à la vie privée" sur la voie publique ? C'est la question. Toute la question. Formulable de mille et une façons.  Peut-on parler de vie privée dans les lieux publics ? La liberté de création du photographe est-elle définitivement rendue impossible par la liberté d'un anonyme à ne pas être photographié ? Doit-on demander au moindre passant l'autorisation de prendre une photo, au cas où par inadvertance, il se retrouverait dans le champ, dans le cadre, et donc sur la photo ? Est-il encore possible, aujourd'hui, en France, de faire de la photo ? Librement. De revendiquer ce droit ? Le droit de l'artiste à créer ? A faire une oeuvre ? Ou sommes-nous définitivement dans un pays totalitaire qui, incroyable prétention, donne des leçons de démocratie à la Terre entière ?

 

Cartier-Bresson, Brassaï, Doisneau, au secours ! à l'aide ! à moi ! Ils sont devenus fous ! Imaginez, mes frères, mes confrères : on me demande désormais, à chaque fois où je souhaite arrêter un instant, d'en demander l'autorisation à  la personne qui se trouve, par hasard, dans le champ de l'instant, le champ visuel de l'instant, mais si je le fais, si je m'exécute, si j'obéis à cet ordre stupide, alors il n'y a plus de photo possible. Où est la photo ? Où sera la photo ? Où est l'acte de photographier ? La personne va se figer, la personne va poser et ... il n'y a plus de photo. Plus de photo possible. C'est impensable. L'inattendu, l'insolite, l'humour, la rêverie, le coup d'oeil, le clin d'oeil, faut en faire son deuil.  Tout s'efface. Tout s'enfuit. Le talent qu'il faut pour saisir l'instant n'a plus sa place.

Arrêté pendant plus de deux heures pour avoir voulu arrêter un instant ! Le comble du photographe !

Je pose une dernière question : sommes-nous déjà dans cet univers totalitaire où l'artiste n'a plus qu'une solution ? Au choix : se taire, se résoudre à l'exil, ou... mourir.

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