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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. 9 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 9 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher diariste,

Parfois, tu te dis qu'une photo suffit. Qu'il n'y a pas à chercher à dire davantage. Inutiles les mots. Ou superflus. D'autant que les mots sont déjà dans la photo. Coeur de cible et cible du coeur.

La légende est à l'intérieur. L'objectif délibérément subjectf.

Rien à dire de plus. Ce serait de la paraphrase.

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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. Palais d'InJustice. 8 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon.

Amiens. Palais d'InJustice. 8 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon.

Cher vieil anar,

 

C'est souvent comme ça. D'un coup, d'un seul, ça te tombe sur la gueule. Tu te sens sec. Vide. Sans idées. Tu te dis que cette fois tu n'as rien à dire, plus rien à dire. Rien à écrire. Rien à exprimer. L'époque te déconcerte. T'agace à un point de non retour. La lassitude et l'écoeurement ont eu raison de toi. De ta faculté d'indignation. De ton pouvoir de révolte.

Tu es sur le point de renoncer. Tu promènes dans la ville étrangement calme une dégaine de milieu de semaine. Un café en terrasse avec une rencontre de hasard. Conversation courtoise. Sans plus. On se salue. Chacun se remet en route. En marche. Vers son manque de destin.

 

Soudain, ils te font face. Une dizaine à peine. Dans un silence recueilli. Cercueil porté à l'épaule. Enterrement de circonstance. Une jeune femme distribue des faire-parts. Sous un semblant de croix, trois petits paragraphes pour dire ce qui tient en une ligne.

A Notre Démocratie, sacrifiée lâchement à coup de 49-3 par ceux qui devaient la représenter et la protéger.

Plus loin: Nous vous invitons à venir nous rejoindre dans cette marche solennelle pour rendre un dernier hommage à notre chère et tendre DéMOCRATIE.

 

Insolite cortège. Milieu d'un après-midi d'un milieu de semaine d'un milieu d'année. Quatre jeunes hommes promènent le cercueil de la démocratie défunte. Du Palais d'InJustice vers l'Hôtel de Police, par le Centre ville, en passant au milieu des passants. Indifférents.

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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 00:01
Cannes. Kiosque des allées. © Jean-Louis Crimon

Cannes. Kiosque des allées. © Jean-Louis Crimon

Cher vieil ado éternellement attardé,

 

"Comme l'eau qui goutte à goutte tombe du toit,

Pleure mon triste coeur..."

 

Te revient en mémoire, en ces jours de pluie incessante sur la ville, ce début de poème raturé en classe de troisième. Lis tes ratures était pour toi Littérature. Ta Prof de Français se prénomme Claire, tu t'en souviens très bien. Elle a pris en affection le cancre que tu es. En tout cas, c'est ce que tu crois. Ce que tu as cru.  Longtemps. Sans le savoir, c'est elle qui t'a sauvé la vie. Ta vie d'élève, d'abord, ta vie en cours, et ta vie tout court. Ta vie entière. Comme tu aimerais la retrouver pour le lui dire. Lui dire merci. Où êtes vous donc passée, vous qui avez su mettre un peu de lumière dans ces années scolaires qui en manquaient terriblement.

 

En cours, Claire prenait un malin plaisir à t'obliger à réciter, chaque semaine, devant tes camarades pas franchement médusés, tes dernières trouvailles. D'ailleurs, elle disait tes "compositions". Compositions poétiques. La faute à Dudule, Dufresnoy, ton voisin de salle d'études, qui t'avait piqué un jour - le traître- ton cahier de poèmes pour le glisser dans le cartable de la Prof. Composition Française était ta matière préférée, la seule avec Dessin Artistique où tu manifestais quelques qualités. Ou plutôt, - formule très classe du conseil de classe -, quelques dispositions.

 

Ton "Gouttagouttetombedutoit" avait plu à la petite Claire -elle n'était pas très grande-. De l'estrade -c'était avant mai 68- elle s'était exclamée, faussement solennelle, mais vraiment convaincue : "allitération en T ". Elle qui désespérait, depuis un bon mois, de nous faire trembler d'effroi devant le fameux "pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes" venait de trouver, dans ta dernière trouvaille, de quoi convaincre la classe entière des bienfaits du style et de l'allitération. Elle avait pris tous les élèves à témoin :

- Voyez l'importance du son dans le sens de ce début de poème très réussi: "Comme l'eau qui goutte à goutte tombe du toit" ! On perçoit vraiment la musique de cette goutte d'eau et le second vers: "Pleure mon triste coeur" est très annonciateur de cette mélancolie soudaine qui frappe le poète... On a envie d'entendre la suite, on a envie de savoir ce qui va arriver, ce qui va se passer... dans la vie de ce poète si... mélancolique.

 

Tu ne savais plus où te mettre. Derrière qui te cacher. Tu avais honte. Vraiment honte. Honte de fierté. Fier, tu ne l'es plus. Pas de quoi l'être. Tu as perdu ton cahier de poèmes de ton année de troisième et tu n'arrive pas à retrouver la suite de ton début de poème...

 

Comme l'eau qui goutte à goutte tombe du toit...

Pleure mon triste moi...

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. Rue de la République. Mai 2016. © Jean-Louis Crimon.

Amiens. Rue de la République. Mai 2016. © Jean-Louis Crimon.

Cher citoyen libéré du travail obligatoire et qui n'a pas une minute à lui...

 

Tu n'y comprends rien: tu n'arrêtes pas ! Tu as toujours quelque chose à faire. Un service à rendre. Une pelouse à tondre. Avec toutes ces pluies, ce n'est plus un gazon, c'est une pâture à herbe haute ! Mais encore, des chaises de jardin à repeindre. Une conférence à préparer. Une soirée lecture à caler. Un coup de main à donner pour le déménagement d'une amie. Un CD de voix d'élèves lisant des extraits de ton dernier roman, à finaliser. Pourtant tu te lèves tôt et tu te couches tard. Mais même avec des nuits de 5 ou 6 heures, les journées ne sont que de 24 heures. A trop privilégier les actions court terme, tu désespères devant la lente progression des ambitions long terme.

Ton beau projet Balayeurs de tous les Pays, toujours à l'état de projet, même si tu as déjà au moins 2.000 photos en boîte.

Sans oublier ce travail que tu diffères de semaine en semaine depuis le début de l'année: mettre la dernière touche et surtout un point final à ce recueil de nouvelles au titre singulier qui méritera bientôt un pluriel: Femme Fatale.

- Tu prendras bien le temps de mourir, me dit mon voisin que mon activité débordante semble agacer. Il reprend: fais donc une pause ! Il insiste: Prends le temps...

- Oui, LE TEMPS... d'UNE pAUSE.

 

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. 7 Avril 2014.  © Jean-Louis Crimon

Amiens. 7 Avril 2014. © Jean-Louis Crimon

Cher humain du signe du... Lion,

 

Il y a des jours où tu te demandes si, au fond, le vrai philosophe, le vrai "Sage", le véritable humain, sous des apparences de félin, ce ne serait pas lui, lui le chat, le greffier, le somnolent permanent, le somnolent indolent, le somnolent pas si somnolent... le somnolent apparent, le rêveur impénitent.

 

Lui seul sait prendre de l'altitude quand il faut, se mettre à l'écart, prendre du recul ou carrément prendre ses distances. Tu entrevois parfois dans son regard comme des pensées profondes. Ses yeux en point d'exclamation en disent long sur la façon dont il juge la moindre de tes actions. Observateur amusé - ou amusant - de ta manière d'être, tu te sais vulnérable à ses yeux. Tu ne dis pas comme la plupart de tes congénères "Dommage qu'il ne parle pas", mais tu penses en silence: me faut de toute urgence apprendre le "langage-chat".

 

Entendu l'autre jour à la radio deux humains qui parlaient chat et chien. L'un expliquait à l'autre la différence fondamentale entre le chien et le chat. Sa conclusion: le chien sait qui est... le Maître alors que le chat sait qu'il est.. le... Roi.

Tu en as touché deux mots à ton chat le soir même: ça ne l'a pas étonné du tout. Dans un demi sourire, il t'a dit: Tu sais très bien que je n'aurai jamais une mentalité de... Toutou !

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 00:01
Paris. 16 Septembre 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. 16 Septembre 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher temporel,

 

Tu te dis que ce Carpe diem est providentiel. Tombe à pic. Te séduit assurément. Parfaitement.

Cueille le jour. Sans te soucier du lendemain. Cueille l'instant. Profite de l'instant présent. Sûr, le monsieur qui consulte ses sms se prénomme Horace. Le Carpe Diem te saute à la face. Incroyable face à face. Au coin de la rue. Rappel à l'ordre. Incitation à ne jamais oublier. Injonction. Injonction suprême. Injonction sublime. Pas dégueu l'impératif d'Horace ! Pas dégueulasse. Mais pas facile à vivre. Au quotidien.

 

"Cueille le jour". Carpe diem. Curieux conseil, tout de même, de la part d'un cafetier. Mais qui te va bien. Parfaitement bien. Carpe diem. Sauf que "Carpe diem", c'est juste les deux premiers mots du vers d'Horace. La citation, texto, du vers final de cette Ode à Leuconoé, c'est  Carpe diem quam minimum credula postero", ce qui se traduit, la plupart du temps, par Cueille le jour sans te soucier du lendemain.

Une traduction plus proche de la phrase initiale, presque "mot à mot", donnerait d'ailleurs quelque chose comme Cueille le jour et sois la moins curieuse possible de l'avenir. Horace cherche à persuader Leuconoé de la nécessité de savoir profiter du moment présent. Vraiment, à plein, sans s'inquiéter ni du jour, ni de l'heure de sa mort.

Epicurien. Stoïçien. Au sens plein. Horace. Certes. Mais pas seulement.

En rester au seul Carpe diem, - le Sens Interdit le dit à sa façon- ce serait oublier en chemin la philosophie de vie voulue aussi par Horace. Mettre l'accent sur le Carpe diem pour n'en retenir que l'exhortation à profiter de l'instant présent et se borner à rechercher activement les plaisirs tant qu'il est encore temps, ce serait oublier toute la force et toute la portée philosophique d'Horace: savourer, certes, le présent, l'avenir étant, par essence, incertain, mais sans oublier, pour autant, toute discipline de vie.

Autrement dit, Carpe diem, certes, mais fuir tout autant le lieu commun du jouisseur épicurien contemporain. Le mot d'ordre Profite du jour présent  n'est pas suffisant. Très vite insatisfaisant.

 

Même si, à sa façon, dès la fin du XVIe siècle, Ronsard, dans son célèbre sonnet pour Hélène, Hélène de Surgères, incitera, lui aussi, à jouir de l'instant.

 

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,

Assise auprès du feu, dévidant et filant,

Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :

Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.

...

Vous serez au foyer une vieille accroupie,

...

Regrettant mon amour et votre fier dédain,

Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain,

Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

 

Joliment dit, sauf que la rose n'est que d'épines, et la belle Hélène, merde, pas la meilleure de tes copines. Alors, de toi à moi, tu vois, si m'en crois, l'amour n'est que chemin de croix. Qu'importe l'instant qui passe, c'est toujours l'amour qui trépasse. Et quand bien même Carpe diem, un beau jour, s'en vont mourir tous ces je t'aime.

 

Comme fleurs de toutes les saisons, l'amour qui fane a ses raisons.

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 00:01
Une salamandre. Illustration du XIVe siècle.

Une salamandre. Illustration du XIVe siècle.

 

Tu ne sais plus quand

Précisément

Vient le temps

Où l'on descend

A la cave...

 

Là, dans un coin,

Le plus sombre,

Tu le sais, tu le sens,

Il y a des êtres étranges,

Qui te font peur depuis longtemps...

 

Une armée de Lilliputiens

Prêts pour l'attaque

Des enfants de géants,

Sans que tu saches vraiment

Depuis combien de temps dure cette guerre souterraine...

 

Des tiges aux pointes bleues et vertes,

Parfois violettes,

Qui te caressent et te menacent

Le bas des jambes,

Si tu passes trop près... 

 

Tiges si curieuses au toucher,

Comme des herbes à la fois liquides et rigides

D'un talus imaginaire qui descendrait vers la rivière,

Mais en contrebas, pas d'eau, pas de rivière,

Juste un radeau de pommes de terre...

 

Un bateau naufragé

Echoué

Sur le sable de la cave,

Et toi, tu dois organiser tes troupes,

Tout mettre en ordre avant de livrer le combat...

 

Tu as peur de ces êtres venus d'ailleurs

Qui entourent de leurs multiples bras tentacules

Chacun de vos tubercules,

Êtres minuscules

Qui grandissent dans le noir

Tournent leurs têtes incrédules

Vers le trou d'air et de lumière du soupirail...

 

Tante Laure pointe alors de sa canne l'immense tas,

Le tas de pommes de terre tout emberlificotées

Dans leurs tiges qui font de la haute voltige,

Elle dit, chaque année sur le même ton tonitruant:

"Allez, au travail, c'est le moment, il faut... DéGERMER ! "

 

Tu n'aimes pas le temps du dégermage,

Sauf pour une raison, une seule, mais c'est un secret.

A chaque fois, ta petite soeur et toi, on vous asseoit

A même le sol, de terre et de sable,

Et commence, comme en cadence

Le temps qui compense l'absence de vacances...

 

C'est jeudi et la Tante dit:

Il n'y a pas d'âge pour le dégermage.

Toi, tu rêves d'un grand voyage,

Mais ton radeau de tubercules, c'est bête,

N'aime pas ce qui germe dans ta tête...

 

A la fin, quand tout prend fin, sous le tas, à l'endroit du tas,

Bousculé, dérangé, déplacé, et reconstitué, juste à côté,

Soudain, tu t'écries: elle est là !

Superbe, gracieuse, étonnante, elle-même étonnée,

Dans sa belle robe noire marbrée de jaune

Avec la peau si douce et si fine de son ventre orange...

 

La Tante s'énerve:

" Ne la touchez pas, c'est la créature du diable,

Laissez là s'enfouir dans le sable ! "

Tu n'en crois rien. Tu la trouves belle, si belle. Trop belle.

En cachette, tu la gardes longtemps au creux de ta main,

Tu caresses longtemps, doucement, la peau de son ventre orange...

 

A tout  jamais, les séances de dégermage, dans la cave de la Tante Laure,

C'est l'or da la peau dorée de ta salamandre adorée,

Salamandre au ventre orange que l'on dérange

Dans son sommeil diurne, sous l'oeil taciturne

De la Tante qui claque d'un coup sec la porte de la cave...

 

Son tas de pommes de terre bien en ordre,

La voilà qui intime l'ordre

De déguerpir, sans même un sourire:

Allez, les chenapans, le dégermage, pour cette année,

C'est terminé, rentrez chez vous !

 

Bien sûr, avant d'obtempérer, sans te faire prendre,

Dernière petite caresse à la petite salamandre,

Avant de la rendre,

A la terre sableuse de la cave,

Tout près du nouveau tas de pommes de terre.

 

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 00:03
Amiens. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher retraité solidaire,

 

Vraiment, ça commence à t'agacer sérieusement tout ce qui se dit sur ceux qui ont le courage de dire NON et de relever la tête face à ceux qui rêvent toujours de mettre le bas peuple à genoux.

Ce matin, sur ces réseaux qu'on dit sociaux, tu t'arrêtes sur un texte que tu trouves très percutant.

Une manière de refus formulé au départ par des Travailleurs Belges qui auraient pu tout aussi bien, parodiant Magritte, s'exclamer: Ceci n'est pas une loi !

 

Tu ne résites pas au plaisir de relayer ce formulaire qui a trouvé la formule. Comprenne qui pourra. Comprenne qui voudra.

 

Le reste n'est que gattazeries inutiles. Tu aimerais tant entendre le Président de la République lui dire: Tu es Pierre et sur cette pierre, je ne bâtirai pas la France du futur. Mais le gouvernement joue le Medef à donf. Patronat fossoyeur. Gouvernementerrement.

 

La marche arrière, tu le maintiens, n'est pas le meilleur chemin pour aller de l'avant.

 

 

 

 

Photo de Les Indignés.

 

Formulaire à faire remplir par ceux qui n'auraient pas compris le sens des grèves actuelles.

Les Belges, eux aussi,  font face à l'une des lois les plus antisociales de leur Histoire.

​Question impertinente: est-ce que l'Europe n'y serait pas pour quelque chose ?

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 00:09
Amiens. Mai 2016. © Jean-Louis Crimon.

Amiens. Mai 2016. © Jean-Louis Crimon.

Cher... toi,

Parfois, la ville te livre un visage que tu ne lui connais pas. Difficile à déchiffrer. A reconnaître. Une vraie toile de Maître. Architecte archi doué. Dessin limpide. D'une belle évidence. Pur impressionnisme de béton. Abstraction incarnée.

Le regard comme sous hypnose, tu te poses une seule question: comment c'est, la vie, à l'intérieur ?

Sans réponse, tu reformules: toi, tu pourrais y vivre ?

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 00:38
Amiens. Tour Perret. © Mai 2016. Jean-Louis Crimon

Amiens. Tour Perret. © Mai 2016. Jean-Louis Crimon

Cher citadin frigorifié,

 

C'est Novembre en Mai. Le grand retour des pluies d'automne. Aux arrêts de bus, le temps qu'il fait redevient le premier sujet de conversation. La UNE de l'actu.

Ces gens qui maugréent, qui pestent, qui protestent, ça t'amuse autant que ça t'étonne. Toi, à tout jamais fils de la campagne, tu sais bien qu'il en faut de l'eau pour les champs et de l'eau pour les jardins. Il faut être crétin comme un citadin pour oublier cette vérité première. Bête comme une citadine pour sortir sans pélerine.

Tu souris, tu compatis, tu t'effaces et tu rentres chez toi. Le doux bruit de la pluie sur la vérenda, tu trouves ça beau et bon. Tu relis ce poème écrit il y a bien 45 ans, au temps où tu étais étudiant, vivant dans ta chambre universitaire de 9 m2. Bailly. Bâtiment B. Chambre 377. Déjà le gris envahissait la ville...

 

 

Par ma fenêtre je ne vois que du gris

Du gris de ciel

Que cache par endroits du gris de murs

Du gris de murs

Où se profile parfois du gris de grues

Du gris de grues

Pour peindre encore du gris de murs

 

Et tout en bas

Du gris de gens qui passent

Et taches grises sur gris de rues s'effacent

 

Par ma fenêtre je ne vois que du gris

Du gris de ciel

Du gris de murs

Du gris de gens

Du gris de rues

Du gris de grues

Du gris de gris

 

Du gris de gris dans le gris du brouillard

Et le matin a l'air d'être déjà le soir.

 

" Et le matin a l'air d'être déjà le soir ", tu n'étais pas peu fier de cette trouvaille. Aujourd'hui encore, tu la trouves bien belle cette manière de dire la grisaille du matin. On ne naît pas poète, on le devient.

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