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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 00:01
Amiens. Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Cher... rêveur,

 

Va savoir pourquoi, ça te vient souvent comme ça, sans prévenir, sans crier gare, au coin d'une rue, sur le bord d'un trottoir. Trois mots, trois fois rien, deux ou trois rimes, un refrain, et à ce moment-là, toi qui n'est pas chanteur, tu chantes, enfin, ça chante en toi. Les mots chantent et puis s'en vont souvent comme ils viennent, jusqu'à ce qu'une autre chanson s'en vienne... Cette fois,  les mots, tu les trouves trop beaux, surtout cette nouvelle façon de conjuguer "avril". Néologisme, diront les savants qui savent. Les mots, tu te les répétes à tue-tête, pour te les fixer bien dans ta tête avant que ton poème ne t'échappe... et que ta chanson ne passe à la... trappe.

 

Tous ces instants que tu disperses

Te mettent le coeur aux averses

Averses éparses d'un mois de mars

Qui faussement s'avrilise

Pour ne pas faire sa valise...

 

Le printemps est à la peine

Le printemps est à la traîne

Toi aussi, t' as le coeur en peine

Mais tu sais bien que ça sert à rien

Ta peine, c'est trois fois rien...

 

Comme tu fredonnes en marchant, une vieille dame t'arrête et te lance:

- Vous êtes chanteur, Monsieur ? 

- Non, Madame, juste un peu... rêveur, oui, rêveur, rêveur... fredonneur.

 

 

 

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 09:34
Amiens. 7 Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 7 Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher footballeur de... papier,

 

Tu pensais que tu ne jouerai pas. Au téléphone, on t'avait dit: c'est juste au cas où... Un arbitre international est invité, mais on ne sait pas s'il arrivera à temps, alors... Ok, pas de problème, ça me va, s'il vient, ce sera le banc. Le banc des remplaçants. L'arbitre n'est pas venu. Tu es entré en jeu dès le début.

La radio, c'est vif, c'est rapide, c'est dans l'instant. Avant, tu te dis " faut dire ça " et " faut raconter ça comme ça". Mais dès que le rouge s'allume, ça ne se passe jamais comme prévu. Tu n'as pas su bien resituer ton football/musique et ton Fontaine/Verlaine. Bien sûr, tu as donné l'esprit, l'ambiance, la "romance", mais pas vraiment bien présenté le roman.

 

Un gros regret surtout: tu n'as pas eu le temps de rappeler ces mots de Denis Troch, l'entraineur de l'ASC, juste avant la finale de Coupe de France, au Stade de France, en 2001, l'année de la parution de ton tant aimé Verlaine avant-centre: "Passez les ballons que vous aimeriez recevoir ! "

Une phrase que tu as tant aimé citer tout au long de ta vie, en la déclinant selon les moments, selon les instants: " Passez les idées que vous aimeriez recevoir"  et aussi " Passez les sourires que vous aimeriez recevoir ! "

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 20:38
Pommes de terre au jardin. © droits réservés.

Pommes de terre au jardin. © droits réservés.

Cher promeneur solidaire,

Il y a des jours comme ça où tu te dis qu'il vaut mieux se mettre à relire. Ecrire ne va pas de soi. Relire, se relire, c'est le meilleur chemin pour ne pas se perdre. Ne pas se perdre en chemin, justement.

Tiens, regarde, ce texte ancien, déjà. Mai 2008. Atelier d'écriture dans le cadre de "Leitura Furiosa". La belle époque. La belle idée. Luis, où es-tu ? Reviens-nous !

"- M'sieur, encore un, encore un !

- Un quoi ?

-Ben, un poème, un poème de terre ! Un poème de votre " Eloge de la pomme de terre" !

Tu t'exécutes. Le faut bien. Tu ne dois pas décevoir. Même si tu en es déjà à ton troisième poème. Tu leur as déjà dit "Le tube du Tubercule" et "La chanson des soirs de Juin", avec ton père au fond du jardin qui siffle, qui siffle, l'air des pommes de terre, qui poussent, qui poussent, et les fanes applaudissent ! Car les pommes de terre, comme les chanteurs célèbres, ont des fanes, même si, tu le sais, ça ne s'écrit pas pareil, ça sonne pareil à l'oreille...

La matinée file à toute vitesse. Déjà Midi et ce curieux sentiment de ne s'être presque rien dit. Pause cantine.

Heureusement, très vite, on se retrouve. Repas frugal, ça m'est égal. Deuxième mi-temps. Les mêmes avec le même enthousiasme.

- M'sieur, ça tombe bien, vous savez c'qu'on a mangé, ce midi ?

- Des raviolis ?

- Non, pardi !

- Des radis ?

- Zéro tout cuit !

En chœur, d'un bon cœur, ils crient à tue-tête: des pommes de terre !

Et ça repart. A nouveau, on s'attable, et les mots font le tour de table. De vrais mots-paroles. Bien en bouche. Bien en place. Bien dans l'oreille. Ici, ça se voit, on écrit avec la voix. Les sons aussi s'invitent. D'abord, le son ! Le sens ensuite ! Mais oui, Constance, c'est le son qui nous met sur le chemin du sens !

- Elles étaient comment vos pommes de terre ?

- Rondes !

- Mais, non, pas la forme, la cuisson, la préparation, la présentation ! à l'eau ? à la vapeur ?

à l'huile ? au beurre ou à la margarine ?

- Y'avait du persil dessus ! Comme de la mange pour poisson !

- Il était comment le poisson ?

- Carré !

- Carré ?

- Enfin... rectangle !

- Des pommes de terre rondes et du poisson rectangle, mais c'est pas possible, à la cantine, c'est le prof' de géométrie qui fait la cuisine !

- M'sieur, heureusement, l'assiette, c'est toujours un cercle, et les segments, de chaque côté,

s'appellent toujours couteau et fourchette !

- Bon, on la raconte notre histoire, on l'invente, on l'écrit ! On a déjà les deux personnages principaux. Qu'est-ce qu'on peut bien en faire ? Une fable, comme Jean de La Fontaine ! Titre: le poisson et la pomme de terre.

- Oui, oui, une fable !

- Un poisson comment ? un poisson volant ! Pas mal, non, un poisson volant, mais n'oublions pas notre second personnage: faut aussi mettre l'accent sur la pomme de terre !

- M'sieur, y'a pas d'accent sur "pomme de terre" !

- Je sais, je sais bien, c'est juste une façon de parler. Bon allez, assez trainailler, au boulot, faut... écrire maintenant...

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LA FABLE

Une pomme de terre

​Pas vraiment terre à terre

Rêvait d'un poisson

Et d'une rivière... de diamants !

Normal, des amants, c'est fou,

Souvent, ça s'offre des bijoux,

Le poisson claquait du bec,

Dans sa rivière presque à sec !

Un pêcheur pas très net

Lui offrit une cannette

Mais la bière n'est pas une boisson

Pour un poisson !

Très vite, l'alcool le chavira

Le poisson "canné"

C'est vrai, manqua

De "caner" !

Trouvant la chose plutôt louche,

La patate lui fit du bouche-à-bouche,

Que croyez-vous qu'il arriva ?

Le poisson ressuscita !

Le poisson tout en nage,

Heureux de reprendre l'air,

Avec la pomme de terre,

Se mit en ménage !

Poisson fit sa plus belle frimousse,

Pomme de terre se fit douce,

Ils filèrent en douce,

Se blottir dans leur lit de mousse !

La fin de la fable, - pas très chouette ! - ,

Est beaucoup moins affable,

Poisson et pomme de terre, c'est bête,

Finirent par finir dans... l'assiette !

Moralité:

Un poisson niais,

Toujours doit se méfier,

Du pêcheur comme du poissonnier !

Amiens. 2008. Avec Alice, Constance, Célia, Jeanine et Steven, tous nés en l'an... 2000.

Sauf Constance, née en 2001.

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 00:07
Autoportrait du dimanche matin sous l'oeil de Verlaine. 2013. © Jean-Louis Crimon

Autoportrait du dimanche matin sous l'oeil de Verlaine. 2013. © Jean-Louis Crimon

Cher toi,

 

Jadis et Naguère. Paris. Léon Vanier, Libraire-Editeur. 19, Quai Saint-Michel, 19. Nouvelle Edition. 1891. Dit comme ça, sûr, ça n'est pas très excitant. Pas très attirant. Sans nom d'auteur, est-ce moins flatteur ? Le recueil se compose de deux parties. L'auteur l'a voulu ainsi. Cette pièce -on dit comme ça- se trouve dans Jadis. Pages 19, 20 et 21. Elle est dédiée à Charles Morice. Son titre: Art Poétique. La première strophe est la plus connue, si bien chantée par Léo Ferré, qui préfaça, naguère, dans la collection du Livre de Poche, les Poèmes Saturniens. quatre premiers vers,  vous ne pouvez pas ne pas les connaître:

 

De la musique avant toute chose,

Et pour cela préfère l'Impair

Plus vague et plus soluble dans l'air,

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

 

Plus loin, redoutable conseil à tout rimailleur débutant. Que tu es toujours et pour longtemps. Variante: Que tu es depuis longtemps et pour toujours. Le conseil en question :

 

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !

Tu feras bien, en train d'énergie,

De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

 

Sans oublier la fin, superbe fin, devenue précepte ou proverbe:

 

Que ton vers soit la bonne aventure

Eparse au vent crispé du matin

Qui va fleurant la menthe et le thym...

Et tout le reste est littérature.

 

Verlaine, bien sûr. Verlaine. Relire Verlaine. Chaque soir de la semaine. Toujours et encore. Relire Jadis et Naguère. Relire Verlaine. Des comme lui, y'en a plus guère.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 00:01
Contay. La maison. Notre maison. Jusqu'en 1964. © Jean-Louis Crimon

Contay. La maison. Notre maison. Jusqu'en 1964. © Jean-Louis Crimon

Cher Trouvère,

 

Tu dois être en classe de troisième. Lycée Lamarck d'Albert. A l'est d'Amiens. Somme. Picardie. Cette année-là, tu décides que tu as trois poètes préférés: Villon, Ronsard, Verlaine. Rien de moins. Rien de plus. Rien de mieux. Chaque soir, après avoir rapidement rempli tes obligations de travaux scolaires parfaitement inintéressants, dans la salle d'études des internes, en silence, même si ça chante dans ta tête, tu composes, tu écris, tu cries. Ta révolte et ton amour. Ton nom de plume est d'un ridicule consommé, mais il est la synthèse de tes trois poètes préférés: VIRONLAINE. Villon, Ronsard, Verlaine. Au bahut, même au foot, dans la cour de récré, c'est devenu ta véritable identité.

 

Tu te souviens de ton premier poème. Une chanson d'un chevalier à sa Dame. Trouvère ou troubadour, c'est le métier que tu aimerais faire, as-tu dit au professeur principal, dès le premier trimestre. Problème : dans le dossier d'orientation, après le BEPC, le Brevet, ces professions-là ne sont pas indiquées. Tu as demandé comment faire. Le prof principal a éclaté de rire. Avant de dire quelque chose comme :"Cherchez pas, Trouvère, vous trouverez pas, ça n'existe pas, ça n'existe plus, on n'en a pas besoin dans la société d'aujourd'hui !"

T'a déçu, ton prof principal. Lui que tu trouvais bien, tu l'as trouvé "moins bien". Tu t'es dit : on n'a pas le droit de décevoir un élève qui veut être Trouvère. Tu as maintenu ton choix d'orientation. Tu as redoublé... d'efforts. Dans l'étude solitaire de la maîtrise de l'art des rythmes et des rimes. Au fait, le titre de ton premier poème, c'était Ma Dame, tout simplement.

 

      Ma Dame

 

Souvent la nuit, je m'éveille,

Cherchant en vain le sommeil,

Je pense. Je pense à vous Ma Dame,

Je vous devine près de la flamme,

Dans votre château vous chauffant,

Tandis qu'au dehors souffle le vent.

 

Il y a deux autres strophes, une où tu fais rimer songe avec mensonge, mais tu ne t'en souviens plus. Dudule, ton copain d'internat de cette année là, te les a piquées. Jamais rendues. Plus tard, le texte a été publié dans un journal qui devait s'appeler Facettes. 1965/1966. Qui retrouvera ce journal qui contient ton beau poème ? Ton premier poème. Ta première parution. Signée "Vironlaine". 

 

© Jean-Louis Crimon

  

 
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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 00:01
Amiens. 2 Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 2 Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher insatiable lecteur,

 

Tu le sais ou tu le crois, enfin, c'est comme ça pour toi. Comme ça depuis le début. Depuis que tu as commencé à lire. A prendre plaisir à lire. 

Il y a des livres pour la pluie. Des livres de ciel gris. Des livres pour la mélancolie. Des livres pour le coeur en automne. Il y a de bons livres d'hiver. Il y a des livres de printemps. Mais tu n'es pas persuadé qu'il puisse y avoir des livres pour l'été. L'été, ce n'est pas fait pour lire. Ou alors le temps d'une matinée grise. Ou bien pour adoucir un soir d'orage. L'été, lire à la plage, tu n'as jamais su. Tu n'as jamais pu. A la rigueur, lire à la montagne. Tu te souviens avoir lu Ainsi parlait Zarathoustra à La Chapelle-en-Valgaudemar. Nietzsche à la montagne, ça se comprend, ça s'impose. Nietzsche à la plage, non, tu ne pourrais pas. Tu ne pourrais jamais. Pas dans une ville de bord de mer. Ou à l'ombre des platanes, quand la fraîcheur du soir invite à s'asseoir

 

Tu te baladais dans tes certitudes quand la lectrice du vendredi est arrivée. C'était au temps où tu étais sur le quai. Bouquiniste parmi les bouquinistes. Elle débarquait toujours à l'improviste. Elle partait à Cannes. Pour une dizaine de jours. Elle voulait trois livres. Elle exigeait que tu lui choisisses trois livres. Pas en fonction de ses goûts, mais en fonction de ton humeur ou de ton humour. De ton humour du moment. Comme d'habitude, elle était pressée. Très pressée. Très vite, Tu as trouvé les trois livres souhaités. Clair de femme de Romain Gary, L'homme de minuit de Francis Carco et Meuse l'oubli de Philippe Claudel.

Pour rire, tu lui a lancé: je vous souhaite un peu d'ombre. Elle a souri, en faisant non de la tête. Avant de te gratifier, d'une voix claire et forte, d'un superbe octosyllabe: 

Lire au soleil, c'est pas pareil.

 

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 00:01
Amiens. 19 Juin 1979. © droits réservés.

Amiens. 19 Juin 1979. © droits réservés.

Cher frangin,

 

Tu le sais, tu en es sûr, c'est Léo qui dit le mieux cette histoire-là. Le reste n'a pas d'importance.

 

"La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore. Cela arrange bien des esthètes que François Villon ait été un voyou."

Relire, relire toujours, relire toujours avec le même plaisir, cette préface de Léo Ferré. Préface qui figure en ouverture de Poète... vos papiers ! Folio n° 926. Edition de 1977. Poète... vos papiers. Première édition parue à la Table Ronde, en 1956. Ferré, né en 1916, a tout juste 40 ans. Léo se préface lui-même. Quelle préface ! Quelle pêche ! Quel punch ! Quelle pugnacité ! La brouille avec Breton y est sans doute pour beaucoup. Breton aurait dit à Ferré que, selon les surréalistes, il n'était pas un poète. 

Qui n'a jamais entendu Ferré dire cette préface sur scène ne peut comprendre toute la force et toute la violence de ce texte. Texte-pamphlet. Texte-plaidoyer. Texte-prophétique. Texte-testament.

"Le snobisme scolaire qui consiste à n'employer en poésie que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain. Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse. Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, c'est la poésie qui illustre le mot."

Tu adores. Tu ne t'en lasses pas. C'est d'une modernité rare. D'une actualité éternelle. D'une insolence définitive et salutaire. Plus loin:

"L'alexandrin est un moule à pieds. On n'admet pas qu'il soit mal chaussé, traînant dans la rue des semelles ajourées de musique. La poésie contemporaine qui fait de la prose en le sachant, brandit le spectre de l'alexandrin comme une forme pressurée et intouchable. Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes : ce sont des dactylographes."

Et encore, juste pour vous donner l'envie de dévorer cette préface incroyable, cette dédicace à Breton sur le vers et le vers libre :

"Le vers est musique; le vers sans musique est littérature. Le poème en prose, c'est de la prose poétique. Le vers libre n'est plus le vers puisque le propre du vers est de n'être point libre." 

Enfin, au cas où vous n'iriez pas jusqu'à la fin :

"Le poète d'aujourd'hui doit être d'une caste, d'un parti ou du Tout-Paris. Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé. Enfin, pour être poète, je veux dire reconnu, il faut "aller à la ligne". Le poète n'a plus rien à dire, il s'est lui-même sabordé depuis qu'il a soumis le vers français aux dictats de l'hermétisme et de l'écriture dite "automatique". L'écriture automatique ne donne pas le talent. Le poète automatique est devenu un cruciverbiste dont le chemin de croix est un damier avec des chicanes et des clôtures : le five o'clock de l'abstraction collective."

Sublime. Léo, sublime. Forcément sublime.

 

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 00:01
Sichuan. Janvier 2012. © Jean-Louis Crimon

Sichuan. Janvier 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher scribe,

 

Tu ne te souviens pas précisément du jour. Mais, sûr, c'était Janvier. Début Janvier. Janvier pluvieux. Milieu d'après-midi sans doute. Une route qui n'est plus une route. Une route devenue chemin de terre. Route de montagne dans le Sichuan, bien au-delà de la capitale Chengdu, et bien après la petite ville de Zi Yang.

 

Y tenir debout tient de la prouesse. Depuis tôt matin, la pluie n'a de cesse. Première éclaircie. Chemin de terre devenu piste de glisse. Ils surgissent comme ça. Tout soudain. Juste avant le soir. Le soir tombe vite.

D'où viennent-ils ? Tu n'en sais rien. Tu ne sais pas. Comme tombés du ciel. Débarqués du dernier virage. Tout en haut du village. Tout au bout de ce chemin de boue. Incroyable gadoue.

Petit couple modeste. Pas le goût du lucre. Juste un coeur en sucre. Deux Peynet chinois. Peynet à la peine. Echappés d'une fête foraine. Tableau nature. Nature morte. Amour vif. 

 

Un coeur en sucre, un jour de pluie. Risque inutile. Epreuve futile. Façon de fondre. De dire qu'on va fondre. Dans ce pays, coeur en sucre ne craint pas la pluie. Sinon, le coeur à la renverse. Quand ça tergiverse.

Deux rimes ultimes à ta chanson :

 

Amour qui fond à la première averse

Adore prendre chemin de traverse 

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 00:01
Paris. Quai de la Tournelle.  2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher... provocateur,

 

Marre, vraiment, de tous ces parleurs, de tous ces phraseurs, ces raseurs, ces moralisateurs, ces donneurs de leçons. Ces gens que t'as élus pour 5 ans en CDD, et qui se comportent comme si tu leur avais d'emblée donné un CDI. 

Loi El Khomery, indispensable réforme du Code de Travail, nécessaire effort de la société tout entière... T'en passes et des meilleures. Tu sais, ces phrases des infiltrés de l'UMP dans le gouvernement soit-disant socialiste: l'idée, c'est de donner davantage de visibilité et de lisibilité aux entreprises, ou mieux, très orwellienne maxime: faciliter les licenciements pour faciliter l'emploi. En plus, tu as l'extrême délicatesse de faire grâce du fameux CICE, tu sais, le Crédit d'Impôt pour la Compétitivité et pour l'Emploi.

Il est où le million d'emplois que le CICE devait créer ?

Alors, franchement, " L'importance historique du projet de réforme du Code du travail, porté par la ministre Myriam El Khomery", ça te laisse... perplexe. Tu penses plutôt comme une majorité de citoyens de ce pays, texte "toxique" pour les salariés.

 

Tu te dis que si Carlos Tavares peut se mettre dans les fouilles plus de 5 millions d'€uros pour une année de travail, (12.500 €uros par jour, samedi, dimanche inclus), toi, tu es une bille, un nul, un moins que rien, une quantité négligeable, une variable d'ajustement. Justement.

 

5 millions 245 mille 284 €uros, tu imagines, un mec qui palpe un salaire annuel comme ça, pour la seule année 2015. 

2 millions 750 mille 936 €uros en 2014.

Bien sûr, c'est si peu, Monsieur Tavares, si on compare vos émoluements aux revenus de Zlatan Ibrahimovic qui, lui, en début d'année, a obtenu une augmentation de salaire de 700.000 €uros par mois.

1 million 500.000 euros, brut mensuel, pour le joueur de foot le mieux payé de la Ligue 1 française.

 

C'est comme ça la vie, au siècle XXI, aux pays des Hommes de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, les grands footballeurs, les grands patrons brassent des millions et le petit peuple les regarde à la télévision. 

 

Agaçant. Enervant. Casse-pieds. Casse-pompes. Insupportable. Quand on s'évertue à te faire croire que c'est la crise, que les petits salaires et les petites retraites ne peuvent pas être augmentés, de 50 ou de 100 €uros, faute de causer un dérapage... fatal.

La fatalité du dérapage fatal, tu rêves, non ? Oui, tu rêves, mais c'est un... cauchemar.

Un vrai cauchemar.

 

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 00:02
Amiens. 29 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 29 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher doux rêveur,

 

Tu le sais depuis si longtemps, c'est comme un éternel instant. Sur tes sentiments, tu le sais tout autant, pas de méprise, le temps n'a pas prise. Quand tu as le vague à l'âme, quand Amiens la grise corne dans la brume le spleen des traîne-bitume, tu t'en vas voir la Marie Sans Chemise, ta belle promise, aux amours marines. Lointaine cousine, c'est sûr, de la petite Sirène d'Andersen. Parenté certaine.

Des heures entières, tu rêves au pied de son socle de pierre, croyant trouver la mer, là-bas, près du grand paquebot gothique. Même qu'elle en sourit alors, la Marie, de te voir parler tout haut, tout seul, dehors. C'est vrai, tu lui parles souvent, du bout des lèvres, du bout des yeux, du bout des doigts, même si tu ne dois. C'est vrai que t'en pinces pour elle et que, sûr, elle en pince un peu pour toi. Certains soirs, tu aimerais la convaincre de descendre de son socle de pierre, pour avec elle, t'en aller boire un verre ou deux, au comptoir des amoureux. 

Mais son silence dissuade: elle ne succombe à aucune passade. Impassible, éternelle sereine, princesse sans prince charmant, elle te regarde, seul sur ton banc et jamais de son socle ne descend.

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