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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 00:02
Amiens. 28 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 28 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher toi,

 

Cette fois, tu te dis que la photo suffit. Les mots sont inutiles ou superflus. Les mots sont déjà dans la photo. Photo à nouveau "vue" avant de la "prendre". Devinée, pressentie, sentie. D'instinct. Instinct de l'instant. Mise en scène du quotidien. Le nom de la Boutique. Les deux jeunes gens qui arrivent à ta droite. One shot. Only one shot. Pas le droit à l'erreur. Avant, c'est trop tôt. Après, c'est trop tard. Le juste moment. Instant décisif. Cartier-Bresson dixit.

Aujourd'hui, tu n'écriras rien d'autre. Tu t'envoies une Carte Postale comme au bon vieux temps.

Quelques mots au destinataire. Temps superbe. Contrée agréable. Pensons bien à vous. Vous embrassons. C'est tout.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 00:04
Paris. 25 Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

Paris. 25 Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher pauvre toi-même,

 

Il y a des jours où tu te dis que tu n'as rien à te dire, rien à t'écrire. Des jours où ta lettre à toi-même n'a pas de raison d'être. Des jours où l'abandon te guette comme dans le Tourmalet, l'année où tu as failli renoncer, n'ayant plus la sveltesse et la souplesse du coup de pédale qui te voyait t'envoler seul vers le sommet, plantant tes amis Sudistes juste après Sainte-Marie-de-Campan. C'était il y a trente ans et trente kilos de moins.

Il y a des jours où tu te sens étranger à toi-même. Où tu te dis que ton regard aussi a changé. Même si tu t'émerveilles toujours d'un rien. D'un rayon de soleil après la pluie. D'une flaque d'eau où la ville se mire ou se marre. D'un Abribus qui te renvoie -rien que pour toi - ton statut et ton état. Ton état d'esprit. Etrange, oui vraiment, ce sentiment de n'être, au fond, depuis le début et jusqu'à la fin, qu'un... ETRANGER. 

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher vieux Lion,

 

Tu lui parles souvent et tu penses qu'il comprend. Le petit félin sait bien que le vieux Lion est un être sensible. D'un coup d'oeil, il te le fait savoir. Tu ne maîtrises pas parfaitement le "langage-chat", mais "chat va venir" ! Tu te dis que lui saisit bien l'humain. Plus de quinze ans déjà qu'il partage ton temps et ton espace. Avec ces yeux toujours en éveil qui en disent long sur son degré d'humanité et de "chatgesse". Complicité métaphysique essentielle. Il a mis un temps fou - et une sacrée patience - à essayer de te faire comprendre que si toi, tu manges trois fois par jour, il n'était pas question que lui se contente du repas du matin et du repas du soir, même avec croquettes et boulettes en alternance. D'ailleurs, côté pitance, il joue souvent le dépité devant sa gamelle en comparant avec ton assiette. Chat a l'air vraiment plus sympa, plus agréable à regarder du côté de ton assiette. Histoire de contenu et de goût. D'ailleurs, il adore tester les aliments qui composent ton menu.

Si par hasard, ou par lubie, tu décides de ne pas répondre à sa demande, si sa gamme de miaulements à forte densité informative n'aboutit pas, Socrate - c'est son nom- tourne les talons et s'en va se poser au mileu de la pelouse, te tournant le dos, ostensiblement, à toi et à ta maison: il boude.

Une bouderie qui peut durer l'après-midi entière quand elle prend naissance le midi.

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 00:07
Amiens. 26 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 26 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher chasseur de signes,

Première image du matin placée là sur ton chemin. Comment ne pas voir ? Comment ne pas te sentir concerné ? Rappel à l'ordre. D'une évidence flagrante. Ta vie est... comptée. Comment ne pas en tenir compte ? Comment ne pas tenir compte du temps qui passe ? Seconde après seconde. Minute après minute. D'heure en heure. Jour après jour. Le décompte n'en finit pas. Devant toi, pas si loin sans doute, le jour où tu vas devoir rendre des comptes. Y aura t-il vraiment des comptes à rendre ? Toi, tu n'en crois rien. Tu penses que tu es, toi seul, le Maître du temps. Le Maître de ton temps. Du temps de ton existence. De ton existence dans le temps. Dans le fleuve du temps.

L' Homme a pris tout son temps avant de maîtriser la mesure du temps. Aujourd'hui, ne serait-ce pas le temps de la démesure ? Tu rêves de démesurer le temps.

Question ultime: ta vie est-elle aussi bien remplie que l'affirme le slogan d'une grande surface qui confond allégrement "remplir" et "emplir" ? VOTRE VIE N'A JAMAIS ETE AUSSI BIEN REMPLIE. Tu parles ! Le sac peut bien être "rempli", oui, mais quelle importance si l'âme est vide. Ne pas confondre subsistance et existence. Côté existence, toi, tu le sais, tu n'as pas encore vraiment fait le plein.

Ton désir de vivre n'a jamais été aussi intense. Désir de vivre, mais surtout - ce n'est pas tout à fait pareil - immense désir... d' EXISTER !

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 00:02
Amiens. Route de Saint-Fuscien. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Route de Saint-Fuscien. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher piéton d'un siècle beaucoup trop automobile,

Souvent, à la vitre du temps, tu fixes des images fugaces, en dépit des remarques de la conductrice que tu agaces. Tu cadres à travers le pare-brise. Peloton de peupliers en randonnée rang d'oignons sur le bas-côté de la route. Traîne-bitume perpétuels qui marchent toujours à contre-sens. Enfin, comme le croient les hommes qui n'ont pas encore compris que les arbres vont leur survivre. Ainsi va la vie et cet ultime rendez-vous qui signe notre définitive absence. Le plus tard possible, tu penses. Ça prend du temps pour trouver un sens à l'existence.

Dixit Souchon, Alain de son prénom:

" Pour faire la route dans l'autre sens.
On avance.
On avance, on avance, on avance.
Tu vois pas tout ce qu'on dépense. On avance.
Faut pas qu'on réfléchisse ni qu'on pense.
Il faut qu'on avance... "

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 00:02
Amiens. 28 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 28 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher Européen convaincu, surtout convaincu qu'on aurait dû donner naissance à une autre Europe,

 

Tu te réveilles avec cette nouvelle annoncée, burinée, tambourinée, comme impensable ou impossible la veille. Les Britanniques ont voté le Brexit. Que toi, tu t'amuses à écrire, depuis le début, dans ta tête de joueur de mots, break sit. Brexit, mot-valise, de British, Britannique, et de exit, sortie. Sortie du pays de l'Union européenne. La petite Austin Cooper qui se gare parfois devant chez toi t'avait pourtant périodiquement subliminalement prévenu, mais tu n'as jamais été sensible au messages automobiles.

Au fond, tu t'en fous, tu n'as jamais aimé cette Europe des Technocrates, des Banquiers et des Financiers. Jamais cru que l'Europe de Monnet se réalisait vraiment dans l'Europe de la Monnaie.

Ton credo n'a rien à voir avec leurs convictions économiques et monétaires. Ton OUI à toi est d'une autre nature. Il eut fallu d'ailleurs commencer par là. Par la libre circulation des idées, non pas par celle des objets manufacturés. Le commerce des mots et des idées avant le commerce des objets manufacturés. Faute d'avoir su construire dans cet ordre-là, les Etats, quels qu'ils  soient, paient aujourd'hui la facture. A la Grande Maison, ils ont préféré le Grand Marché.

 

Toi, tu persistes et tu signes. Même si ce matin, tu es le seul Européen à l'affirmer de cette façon:

Oui à l'Europe des Poètes et des Philosophes ! Non à celle des Financiers et des Banquiers !

 

Qui se souvient aujourd'hui que, dans une prairie proche de Tübingen​, le jeune Hegel, avec ses potes Hölderlin et Schelling​, a un beau jour planté un arbre de la liberté, pour saluer les idéaux de la Révolution française ?

 

Cameron, Hollande et Merkel ne le savent sans doute même pas. Se peut même qu'ils ne l'aient jamais su, alors...

Alors... nous rêvions d'ÊTRE et nous nous sommes fait... AVOIR !

 
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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. 23 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 23 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher chercheur,

 

Toi qui passes parfois pour un être par trop terre à terre, ce qui n'est pas juste, tu te surprends souvent à lever les yeux vers ce ciel auquel tu ne crois pas. Tu sais, faculté si rare désormais sous nos climats, lire le ciel, selon le moment de la journée.

La nuit, sans doute, la mer prend la place du ciel. Preuve: le ciel du matin garde mémoire des vagues de la nuit. Image mirage visible seulement de ceux qui se lèvent tôt.

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. 21 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 21 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher rêveur à la fenêtre,

 

Tu adores ce genre de soir quand le soleil met de l'or sur l'immeuble d'en face. C'est bref. C'est rapide. Immédiat. Instantané. C'est souvent après une journée de pluies grises et froides. D'un coup, d'un seul, le vent balaie les nuages et nettoie la palette céleste. En quelques secondes, le miracle se produit. Tu ne dois pas te laisser surprendre. Tu ne voudrais manquer pour rien au monde cet instant magique. Sa durée de vie est si brève. Le mur s'illumine comme dans un rêve. Ephémère éternité.

Ce soir, vraiment, mais ce soir seulement, tu acceptes le compliment: tu as de l'or dans les yeux.

 

 

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 00:01
Cité Scolaire d'Amiens. Première Inspection. Rapport signé Georges Laforest. 15 Mars 1978.

Cité Scolaire d'Amiens. Première Inspection. Rapport signé Georges Laforest. 15 Mars 1978.

Cher Maître Auxiliaire,

 

Ce matin, tu te souviens de la fin des années 70. Prof de Philo. Tu es Professeur de Philosophie à Amiens. La Philo, de tous les enseignements, le plus beau. Terminale D, Terminale C, Terminale A. Des Scientifiques et des Littéraires. Des classes de plus de 30 élèves. De bons élèves, mais aussi de sacrés dilettantes. Des fugueurs. Des élèves qu'il te faut parfois aller rechercher à "La Bonne Brise", le troquet le plus près de la Cité Scolaire. Tu n'hésites jamais à le faire. Quand il te voit entrer dans son établissement, le Patron se marre: il sait que tu vas d'abord lui régler les consommations, te mettre debout sur une chaise ou sur une table et commencer ton cours pour ceux qui voulaient "sécher". Ensuite, tel le joueur de flûte du conte des frères Grimm, les élèves vont succomber à la musique de tes mots et de tes phrases et tu vas les ramener au bercail. Dans le Hall du Bâtiment B, le Proviseur te complimentera avec humour, pour ton sérieux et ton originalité pédagogique, en s'exclamant devant tes élèves médusés: quel talent !

Tu mets un point d'honneur à ne jamais sanctionner les délinquants et à régler toi-même les problèmes d'absentéisme ou d'indiscipline. Sans avoir recours au Surveillant Général, devenu CPE. Conseiller Principal d'Education.

A la fin de chaque cours, tu leur annonces le thème, la notion, la question, le sujet du prochain cours. Tu demandes à la classe de préparer par des lectures la notion qui sera à l'étude. Tu les salues de ce rituel, inventé très tôt, juste après la rentrée de septembre:

Surtout n'oubliez jamais, entre ÊTRE et AVOIR, ne vous trompez jamais d'auxiliaire, et vous pouvez me croire, moi qui suis... Maître Auxiliaire !

 

Vingt ou trente, ou même quarante ans plus tard, il n'est pas rare que, croisant par hasard l'un de tes anciens élèves, celui-ci te déclare d'emblée, avant même les salutations d'usage et dans grand éclat de rire: Entre ÊTRE et AVOIR...

Accolade et congratulations de circonstance, forcément, cafés ou boissons pétillantes au bistrot d'en face, et très vite tu avoues au détenteur d'une si bonne mémoire qu'il a sans aucun doute retenu l'essentiel du cours de philosophie, mais que dans la vie, parfois, on se perd, que toi-même tu t'es un peu... perdu, que tu as dû, souvent, parier sur l'AVOIR, en négligeant l'ÊTRE. Que l'essentiel était de toujours en avoir une claire conscience.

Avoir un métier, avoir une voiture, avoir une femme - ou un mari-, avoir des enfants, avoir un appartement, avoir une maison, avoir un jardin, avoir un bon salaire, avoir du temps libre, avoir des vacances... Toutes formes d'avoir imposées par notre existence sociale et qui - jamais - ne résoudront la question de l'ÊTRE... la nécessité d'ÊTRE, l'obligation morale ou simplement humaine d'ÊTRE, d'ÊTRE un ÊTRE HUMAIN, simplement, totalement HUMAIN.

Être journaliste, être mobile, grâce à l'automobile, être marié, être père, être parent, être soi-même à travers toutes ces existences plurielles et singulières à la fois, simultanées ou successives, ÊTRE, sans jamais oublier d'ÊTRE, dans tout ce qui, dans la vie, nous arrive. ÊTRE, oui, enfin... peut-être.

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. Léo Ferré. Première interview. 19 Juin 1979. © DR

Amiens. Léo Ferré. Première interview. 19 Juin 1979. © DR

Cher intervieweur débutant,

Tu t'en souviens comme si c'était hier. La veille, dans la loge du Cirque Municipal, à la fin du concert, Marie avait soufflé à l'oreille de Léo: Tu sais, lui, c'est le monsieur d'Amiens, il est bien, tu peux accepter de le recevoir. En te regardant, Léo avait murmuré: Ah, si Marie vous apprécie...

Tu n'en avais pas dormi de la nuit. Une interview de Léo Ferré. Le grand Ferré. Léo, l'anar. Léo, le poète. Léo, le chanteur. Celui qui a su si bien mettre musique Verlaine et Rimbaud. Aragon aussi.

Le rendez-vous avait été fixé par Léo lui-même: "Viens demain à l'Hôtel vers 9 heures et demie ! "

Incroyable rendez-vous. Ce jour-là, ta vie a pris un tournant. Ponctuel, Léo a descendu l'escalier, dès le coup de fil de l'hôtesse, jeans, blouson de cuir, chemise ouverte. Allure décontractée comme la tenue vestimentaire. Aucun signe extérieur de richesse pour celui dont la richesse est intérieure. Caractéristique des vrais grands hommes.

L'entretien a été cordial, au début, fraternel, très vite, et amical, vraiment, sur la fin. Tu te souviens de tes premiers mots, en guise de première question: Hier soir, juste après le dernier rappel, et les derniers applauds, un jeune homme est venu vers vous, au pied de la scène, vous vous êtes penché vers lui, et il vous a dit cette phrase incroyable: vous êtes plus grand que sur les affiches !

Avant de te répondre, Léo t'a observé, avec ce sourire qui en disait long, ce sourire des yeux qui va si bien aux gens heureux. Puis Léo a déroulé: Oui, c'est vrai, je n'ai pas compris tout de suite ce que ce jeune homme voulait dire, mais après j'ai compris...

L'interview était partie. Lancée. Tu ne voulais pas démarrer trop brutalement, pas courir le risque d'agacer l'artiste au saut du lit. Pas le décevoir par une question banale, basique, maladroite. Ton entrée en matière était une belle entrée en scène. Réussie.

19 Juin 1979 - 20 Juin 2016. C'était il y a... 37 ans. Léo allait vers ses 63 ans, et toi, tu n'avais pas encore... 30 ans.

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