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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 00:01
Cappy. Monument aux morts. 1er Mars 2014. © Jean-Louis Crimon

Cappy. Monument aux morts. 1er Mars 2014. © Jean-Louis Crimon

 

Cher poète de 19 ans,

 

Cette histoire de Chanson de Craonne censurée au cimetière allemand de Fricourt, le 1er Juillet 2016, en plein centenaire de la Bataille de la Somme, te ramène brutalement un demi-siècle en arrière. Tu es élève de Terminale Philo au Lycée Lamarck d'Albert. Somme. Picardie. Tu adores Brel, Brassens et Ferré. Tout autant que Rutebeuf et Villon. Déjà tu t'appelles Crimon. Mon cri, pour tes camarades de Lycée. Mon Cri, martèlent depuis toujours tes copains de cours de récré. Depuis la communale, tu sais que ton nom t'impose de cultiver le Cri.

Te reviens en mémoire ce poème écrit par un poète de moins de 20 ans, en salle d'Etudes des Internes, un soir de novembre 1968. Un camarade de l'Internat, qui habite Bray-sur-Somme, te raconte que dans son village, contrairement aux autres années, des Anciens Combattants ont refusé de se rendre au Cimetière Allemand:

" C' était pas des Alliés ! "                                                                        

Pas des alliés ! Est-ce celà se souvenir ? Y-a-t-il encore des frontières et des drapeaux chez les morts ? Ton sang ne fait qu'un tour. Mots de guerre et mots d'amour plein la bouche. Sans rature, sans retouche, ton poème, jailli d'un jet, fait mouche.

Tu penses à ton grand-père mort gazé de la grand-guerre. A tous ceux qui n'en sont jamais revenus.

Ce soir-là, salle numéro 1, salle d'études des internes, tu écris/tu cries ton premier chant de révolte. Chant de révolte censuré dans le journal du Lycée par le Proviseur : "Monsieur, c'est le poème d'un anarchiste, il n'a pas sa place dans un journal de lycéens !"

"Censure, censure " ! A 48 annnées de distance, deux censures se retrouvent et s'épousent, se rejoignent, pour n'en former qu'une, toujours au cimetière allemand de Fricourt, près de Bray-sur-Somme.

 

 

Onze Novembre

 

Des Anciens Combattants

Battant de la semelle

Derrière un porte-drapeau

Et d'autres cons battant

Battant des mains

Pour ceux qu'ont pu sauver leur peau...

 

D'accord qu'on se souvienne

Mais pas pour jouer les patrios

 

Vous me direz pourtant

De quoi, de quoi, j'me mêle

Mais je ne pourrai pas manquer de vous dire bien haut

De vous dire et de vous redire

D'accord qu'on se souvienne

Mais pas pour jouer les patrios

 

D'accord qu'on se souvienne

Mais pas pour jouer les patrios

 

Dans les mains du poilu

Du Monument aux Morts

Entre les arbres qui seront cet hiver aussi des morts

Dans les mains du poilu

Du Monument aux Morts

Ils ont mis la bleu-blanc-rouge loque

 

D'accord qu'on se souvienne

Mais pas pour jouer les patrios

 

Ces diables de bonshommes

Ces hommes du Bon D...iable

Trop heureux ou trop fiers d'avoir été de la Grand Guerre

D'avoir été de tristes compères

Ont travesti leurs fils

De leur bleu-horizon oripeaux

 

D'accord qu'on se souvienne

Mais pas pour jouer les patrios

 

Et puis ils se recueillent

Pour ceux qui sont des morts sans cercueil

Et l'on voit des combattants

Battant de la paupière

Pour ceux qui ont battu les tranchées

Pour Jacques ou Jules ou bien Pierre

 

Alors on ose espérer qu'ils se souviennent

Simplement et vraiment de ceux qui ne sont plus

 

Mais déjà ils entonnent

Leur hymne national

ça leur prend aux tripes, moi ça m'fait dégueuler

De voir ces cons qui déconnent

Au nom de la Patrie

De voir que des pauv' types sont morts

Pour que de pauv' cons soient encore en vie

 

D'accord qu'on se souvienne

Mais pas pour jouer les patrios

 

Et la bleu-blanc-rouge loque

Au vent de Novembre

Claque et flotte, flotte et claque, claque et flatte

Les A.C. pleins de breloques

Les A.C. qui débloquent

J'foutrai le feu à la tricolore loque

 

D'accord qu'on se souvienne

Mais pas pour jouer les patrios

 

Y'en a assez de ce genre d'A.C.

Faut que ça cesse ou qu'on fasse cesser

Que ça cesse et qu'on n'ait plus à dire

A chaque fois que commence une nouvelle guerre

Que bien sûr ce sera la der des der

 

 

Alors et seulement alors

Qu'on se souvienne d'accord

D'accord qu'on se souvienne

Des pauv' types qui sont morts.

 

 

                                     Jean-Louis Crimon. Chansons noires. 1968.

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2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 00:01
Copenhague. 19 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Copenhague. 19 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher éternel Copenhaguois de coeur,

 

KBH, trois lettres qui te sont chères à tout jamais. København. Copenhague. Depuis tes premiers pas dans cette ville qui a vu déambuler, Place kongens Nytorv, Søren Kierkegaard. Oui, celui dont la plupart des biographies rapides résument la vie en trois lignes:

Søren Kierkegaard, selon l'état civil Søren Aabye Kierkegaard, né le 5 mai 1813 et mort le 11 novembre 1855 à Copenhague, est un écrivain, théologien protestant et philosophe danois, dont l’œuvre est considérée comme une première forme de l'existentialisme.

Kierkegaard que tu as bien connu et tant aimé dans tes périgrinations scandinaves, au début des années 70, quand hitchhiker résolu, tu traçais des liaisons philosophico-romantiques à coup de tronçons d'autoroute.

Tout le monde ne le sait pas, le nom du philosophe Danois signifie très précisément cimetière. Mot à mot: jardin d'église. Kierke: Eglise et Gaard: Jardin. Kierkegaard, père de l'existentialisme. L'existentialisme, courant philosophique qui considère que l'être humain forme l'essence de sa vie par ses propres actions. Des actions strictement humaines qui ne sont pas prédéterminées parc des doctrines théologiques, philosophiques ou morales. L'existentialisme considère chaque personne comme un être unique, maître de ses actes, de son destin et des valeurs qu'il décide d'adopter. C'est ce qui a fait de toi un existentialiste convaincu. Dès que tu as su, tu as compris pourquoi  tu étais, tu es et tu seras, à tout jamais, existentialiste. Entre Sartre et Kierkegaard. Entre Søren Kierkegaard, existentialiste chrétien, et Jean-Paul Sartre, existentialiste athée​, tu construiras ton destin.

Cette fois, sciemment, c'est à dire consciemment. Existentialiste et stoïcien. Existentialiste parce que tu t'efforceras, partout, tout le temps, d'être "maître de tes actes et de ton destin". Stoïcien parce que tu t'interdiras d'être malheureux de ce qui ne dépend pas de toi.

 

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 00:01
Cimetière militaire allemand de Fricourt. Somme. Picardie. © DR

Cimetière militaire allemand de Fricourt. Somme. Picardie. © DR

Cher vieux pacifiste jaurèssien et pas seulement,

 

C'est sans doute parce que ton père a longtemps été jardinier dans les cimetières militaires britanniques, à la Commonwealth War Graves Commission, la Commission anglaise, comme il aimait dire, ton  paternel, que tu as ces idées-là. Aussi parce que ton père s'est tapé, en prime, pour ses 20 ans, deux années de STO, en Allemagne. "Déporté du Travail" -arrêté, menotté et embarqué par des gendarmes français, tenait-il à préciser à chaque fois. STO, du 27 avril 1943 au 25 avril 1945.

 

Quand ton ami François Grandsir t'appelle pour te dire: Tu veux un bel exemple de censure ?, tu n'imagines pas pareille infamie. Retour sur cette journée du centenaire de la Bataille de la Somme, au cimetière militaire allemand de Fricourt, ce 1er Juillet 2016, en fin d'après-midi. La chorale de Poulainville, 15 femmes de 30 à 82 ans, doit interpréter deux chansons, travaillées depuis plusieurs mois, avec François Grandsir. Roses de Picardie, pas encore rebaptisée Roses de Hauts-de-France, et La Chanson de Craonne. Enfin, pas dans son intégralité. Délicat et respectueux d'éventuelles susceptibilités en uniforme, François Grandsir a choisi de ne faire chanter que le premier couplet et le refrain. Délicatesse superflue.
La veille, par mail, "La Chanson de Craonne" a été interdite d'exécution par le Gouvernement Français. Pourtant, côté Allemand, et même côté Français, l'accord avait été donné au Responsable de la chorale. Depuis plus de trois mois. En cette soirée du 1er Juillet 2016, au cimetière de Fricourt, un officiel Allemand est venu serrer la main de François Gandsir et lui dire:
"Je suis désolé, ça n'est pas notre décision, mais vous ne chanterez que... Roses de Picardie."
Trop d'épines dans l'autre chanson ?

 

Moralité: en 2016, sous un gouvernement socialiste, "La Chanson de Craonne" est toujours interdite par le commandement militaire. En 1917, la censure était "motivée" en raison de "ses paroles antimilitaristes, défaitistes et subversives incitant à la mutinerie alors qu'une guerre est en train de se livrer sur le territoire national." En 2016, aucune explication n'a été donnée, seule l'interdiction a été transmise.
Temps de guerre ou temps de paix, au Pays des Droits de l'Homme, pas le droit de chanter "La Chanson de Craonne"!

Vraiment, François Hollande, ton Gouvernement déconne ! Au cas où... tu sais, ça se fredonne...

 

La Chanson de Craonne

 

Quand au bout d'huit jours, le r'pos terminé,
On va r'prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personn' ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là haut en baissant la tête.

Refrain
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés !

C'est malheureux d'voir sur les grands boul'vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la mêm' chose.
Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,
Nous autr's, les pauvr's purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.

Refrain

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu'un qui s'avance,
C'est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

Refrain
Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l'plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !

 

 

Au Cimetière Allemand de Fricourt, en cette soirée de commémoration du 1er Juillet 1916, (3000 morts entre 7 heures 34 et 7 heures 37, 60.000 morts à 13 heures), personne n'a pris la défense de La Chanson de Craonne

Si tu étais Ministre de la Défense ou Secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants, tu te dirais qu'il y a maldonne, que c'est la mémoire que La Défense offense. Que c'est cela qui devrait être interdit.

 

En cette soirée du 1er Juillet 2016, toi, tu rêves du jour où un Président de la République Française décidera de remplacer les paroles de La Marseillaise par les paroles de La Chanson de Craonne.

Sûr, ce jour-là, la guerre aura... du plomb dans l'aile.

L'auteur anonyme de La Chanson de Craonne pourra enfin... reposer en paix.

Manifestement, c'est pas demain la veille !

 

Ceux qui ont cru mourir pour "La der des der" sont toujours en enfer.

 

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 00:02
Amiens. 28 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon.

Amiens. 28 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon.

Cher petit épistolier du dernier matin de Juin,

 

La photo, tu le sais bien, c'est une question d'angle. Angle de prise de vue. Angle de prise de... rue. Cette photo, c'est un cadeau. Un vrai cadeau qui te tombe dessus, juste à l'angle de la rue du Cloître de la Barge. Normal, tout le monde te le dit, avec tes photos, t'es un peu barge. Trop beau cadeau. Ça ne se refuse pas. A l'angle de la rue et à l'angle de tous les possibles: Retraite, Epargne, Santé, Auto, Habitation. Fascinant, vraiment, comme perspectives. Fascinant destin. Fascinant et déprimant.

 

- Vous n'auriez rien d'autre en magasin ?

- Non !

- Bon, je passe mon chemin.

 

Comment croire, même si c'est écrit, tout en bas, que L'avenir commence ici ? Un avenir à ce point tout traçé, balisé, programmé, ça fait flipper, non ?

 

File un grand coup de balai sur tous ces préjugés. Tourne les talons. Pars en courant. Ne te retourne pas. Le vieux monde est derrière toi.

 

Depuis le début, tu l'as toujours su: L'aventure commence au coin de la rue.

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 00:02
Amiens. 28 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 28 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher toi,

 

Cette fois, tu te dis que la photo suffit. Les mots sont inutiles ou superflus. Les mots sont déjà dans la photo. Photo à nouveau "vue" avant de la "prendre". Devinée, pressentie, sentie. D'instinct. Instinct de l'instant. Mise en scène du quotidien. Le nom de la Boutique. Les deux jeunes gens qui arrivent à ta droite. One shot. Only one shot. Pas le droit à l'erreur. Avant, c'est trop tôt. Après, c'est trop tard. Le juste moment. Instant décisif. Cartier-Bresson dixit.

Aujourd'hui, tu n'écriras rien d'autre. Tu t'envoies une Carte Postale comme au bon vieux temps.

Quelques mots au destinataire. Temps superbe. Contrée agréable. Pensons bien à vous. Vous embrassons. C'est tout.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 00:04
Paris. 25 Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

Paris. 25 Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher pauvre toi-même,

 

Il y a des jours où tu te dis que tu n'as rien à te dire, rien à t'écrire. Des jours où ta lettre à toi-même n'a pas de raison d'être. Des jours où l'abandon te guette comme dans le Tourmalet, l'année où tu as failli renoncer, n'ayant plus la sveltesse et la souplesse du coup de pédale qui te voyait t'envoler seul vers le sommet, plantant tes amis Sudistes juste après Sainte-Marie-de-Campan. C'était il y a trente ans et trente kilos de moins.

Il y a des jours où tu te sens étranger à toi-même. Où tu te dis que ton regard aussi a changé. Même si tu t'émerveilles toujours d'un rien. D'un rayon de soleil après la pluie. D'une flaque d'eau où la ville se mire ou se marre. D'un Abribus qui te renvoie -rien que pour toi - ton statut et ton état. Ton état d'esprit. Etrange, oui vraiment, ce sentiment de n'être, au fond, depuis le début et jusqu'à la fin, qu'un... ETRANGER. 

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher vieux Lion,

 

Tu lui parles souvent et tu penses qu'il comprend. Le petit félin sait bien que le vieux Lion est un être sensible. D'un coup d'oeil, il te le fait savoir. Tu ne maîtrises pas parfaitement le "langage-chat", mais "chat va venir" ! Tu te dis que lui saisit bien l'humain. Plus de quinze ans déjà qu'il partage ton temps et ton espace. Avec ces yeux toujours en éveil qui en disent long sur son degré d'humanité et de "chatgesse". Complicité métaphysique essentielle. Il a mis un temps fou - et une sacrée patience - à essayer de te faire comprendre que si toi, tu manges trois fois par jour, il n'était pas question que lui se contente du repas du matin et du repas du soir, même avec croquettes et boulettes en alternance. D'ailleurs, côté pitance, il joue souvent le dépité devant sa gamelle en comparant avec ton assiette. Chat a l'air vraiment plus sympa, plus agréable à regarder du côté de ton assiette. Histoire de contenu et de goût. D'ailleurs, il adore tester les aliments qui composent ton menu.

Si par hasard, ou par lubie, tu décides de ne pas répondre à sa demande, si sa gamme de miaulements à forte densité informative n'aboutit pas, Socrate - c'est son nom- tourne les talons et s'en va se poser au mileu de la pelouse, te tournant le dos, ostensiblement, à toi et à ta maison: il boude.

Une bouderie qui peut durer l'après-midi entière quand elle prend naissance le midi.

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 00:07
Amiens. 26 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 26 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher chasseur de signes,

Première image du matin placée là sur ton chemin. Comment ne pas voir ? Comment ne pas te sentir concerné ? Rappel à l'ordre. D'une évidence flagrante. Ta vie est... comptée. Comment ne pas en tenir compte ? Comment ne pas tenir compte du temps qui passe ? Seconde après seconde. Minute après minute. D'heure en heure. Jour après jour. Le décompte n'en finit pas. Devant toi, pas si loin sans doute, le jour où tu vas devoir rendre des comptes. Y aura t-il vraiment des comptes à rendre ? Toi, tu n'en crois rien. Tu penses que tu es, toi seul, le Maître du temps. Le Maître de ton temps. Du temps de ton existence. De ton existence dans le temps. Dans le fleuve du temps.

L' Homme a pris tout son temps avant de maîtriser la mesure du temps. Aujourd'hui, ne serait-ce pas le temps de la démesure ? Tu rêves de démesurer le temps.

Question ultime: ta vie est-elle aussi bien remplie que l'affirme le slogan d'une grande surface qui confond allégrement "remplir" et "emplir" ? VOTRE VIE N'A JAMAIS ETE AUSSI BIEN REMPLIE. Tu parles ! Le sac peut bien être "rempli", oui, mais quelle importance si l'âme est vide. Ne pas confondre subsistance et existence. Côté existence, toi, tu le sais, tu n'as pas encore vraiment fait le plein.

Ton désir de vivre n'a jamais été aussi intense. Désir de vivre, mais surtout - ce n'est pas tout à fait pareil - immense désir... d' EXISTER !

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 00:02
Amiens. Route de Saint-Fuscien. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Route de Saint-Fuscien. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher piéton d'un siècle beaucoup trop automobile,

Souvent, à la vitre du temps, tu fixes des images fugaces, en dépit des remarques de la conductrice que tu agaces. Tu cadres à travers le pare-brise. Peloton de peupliers en randonnée rang d'oignons sur le bas-côté de la route. Traîne-bitume perpétuels qui marchent toujours à contre-sens. Enfin, comme le croient les hommes qui n'ont pas encore compris que les arbres vont leur survivre. Ainsi va la vie et cet ultime rendez-vous qui signe notre définitive absence. Le plus tard possible, tu penses. Ça prend du temps pour trouver un sens à l'existence.

Dixit Souchon, Alain de son prénom:

" Pour faire la route dans l'autre sens.
On avance.
On avance, on avance, on avance.
Tu vois pas tout ce qu'on dépense. On avance.
Faut pas qu'on réfléchisse ni qu'on pense.
Il faut qu'on avance... "

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 00:02
Amiens. 28 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 28 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher Européen convaincu, surtout convaincu qu'on aurait dû donner naissance à une autre Europe,

 

Tu te réveilles avec cette nouvelle annoncée, burinée, tambourinée, comme impensable ou impossible la veille. Les Britanniques ont voté le Brexit. Que toi, tu t'amuses à écrire, depuis le début, dans ta tête de joueur de mots, break sit. Brexit, mot-valise, de British, Britannique, et de exit, sortie. Sortie du pays de l'Union européenne. La petite Austin Cooper qui se gare parfois devant chez toi t'avait pourtant périodiquement subliminalement prévenu, mais tu n'as jamais été sensible au messages automobiles.

Au fond, tu t'en fous, tu n'as jamais aimé cette Europe des Technocrates, des Banquiers et des Financiers. Jamais cru que l'Europe de Monnet se réalisait vraiment dans l'Europe de la Monnaie.

Ton credo n'a rien à voir avec leurs convictions économiques et monétaires. Ton OUI à toi est d'une autre nature. Il eut fallu d'ailleurs commencer par là. Par la libre circulation des idées, non pas par celle des objets manufacturés. Le commerce des mots et des idées avant le commerce des objets manufacturés. Faute d'avoir su construire dans cet ordre-là, les Etats, quels qu'ils  soient, paient aujourd'hui la facture. A la Grande Maison, ils ont préféré le Grand Marché.

 

Toi, tu persistes et tu signes. Même si ce matin, tu es le seul Européen à l'affirmer de cette façon:

Oui à l'Europe des Poètes et des Philosophes ! Non à celle des Financiers et des Banquiers !

 

Qui se souvient aujourd'hui que, dans une prairie proche de Tübingen​, le jeune Hegel, avec ses potes Hölderlin et Schelling​, a un beau jour planté un arbre de la liberté, pour saluer les idéaux de la Révolution française ?

 

Cameron, Hollande et Merkel ne le savent sans doute même pas. Se peut même qu'ils ne l'aient jamais su, alors...

Alors... nous rêvions d'ÊTRE et nous nous sommes fait... AVOIR !

 
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