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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 00:05
 Paris. 41, Quai de la Tournelle. Août 2010. © DR

Paris. 41, Quai de la Tournelle. Août 2010. © DR

 

 

Le quai de la Tournelle a ses familiers. Ses habitués. Ses fidèles. Souvent, deux ou trois fois par mois, un vieux professeur s'arrête à  hauteur de mes boîtes et prend plaisir à s'attarder dans le coin des livres de philosophie. Je le laisse fouiner à sa guise. Il adore prendre son temps. Je respecte sa quête silencieuse. Parfois, il rompt rapidement le silence. A propos d'un titre ou au sujet d'un auteur. Les petits "Que sais-je" des Presses Universitaires de France sont souvent prétexte à de belles discussions. Le vieux professeur a la nostalgie pédagogique. Il partage son savoir en même temps que ses souvenirs. Il adore Platon et vénère Socrate. L'autre jour, il m'a retracé les grandes lignes de la vie de Platon. La rencontre avec Socrate. La mort de Socrate. Bio express, mais passionnante. A vous donner envie de relire tout Platon. L'intégrale des dialogues. Toutes les oeuvres de Platon sont des dialogues. Sauf l 'Apologie de Socrate et les Lettres. C'est Socrate qui mène le jeu dans la plupart de ces dialogues. Ces dialogues sont de véritables petites comédies et le caractère des interlocuteurs de Socrate est à chaque fois habilement brossé, voire même parodié. Tourné en dérision. Dérision toute philosophique.

Platon est né à Athènes, probablement en l'an 427 av.J.-C. Platon appartient à une famille noble. Platon reçoit l'éducation physique et intellectuelle des jeunes gens de son époque. En 407 se produit l'évènement capital de la vie de Platon, un évènement qui vous change une vie : la rencontre avec Socrate. Socrate a alors 63 ans. Platon est âgé de 20 ans. Platon va suivre les leçons de Socrate pendant huit ans. Peu après la chute des Trente, les Trente Tyrans, Socrate est accusé par trois délateurs de ne pas croire aux dieux de la cité et de corrompre la jeunesse. Socrate est condamné à mort. Il refuse de s'évader et boit la ciguë en 399. Par peur d'être inquiété et poursuivi comme "élève du philosophe", Platon quitte Athènes et se réfugie dans une ville voisine : Mégare.

 

- Arrêtez, Professeur, je sens que je m'égare !

- Amusant, jeune homme ! Vous ne saurez donc pas la suite aujourd'hui ! Tant pis pour vous !

Craignant d'avoir fâché mon adorable interlocuteur, je le persuade que vraiment cette histoire de la rencontre de Platon et de Socrate me passionne autant que lui. Que j'aimerais être capable d'écrire sur le sujet. Pas un ouvrage de philo, non. Je n'en suis pas capable. Pas non plus un essai. Plutôt un roman.

Le vieux professeur semble, non pas déçu, mais désemparé. Il ne me suit pas. Pas du tout. Je le sens comme perdu.

 

A la fin, je lui dis : ça y est, Professeur,  je l'ai mon idée. Une belle idée. Une vraie idée de roman. Avec un titre. Un bon titre. Le titre, c'est "Socrate s'est évadé". Vous rendez-vous compte, monsieur le professeur de grec ancien, ce qui se serait passé si Socrate avait accepté de s'échapper. Comme un de ses disciples le lui avait proposé. Si Socrate n'avait pas bu la ciguë. Le sort de la philosophie en eut été changé, non ? Le sort du monde pareillement. L'avenir de la démocratie aussi. Vous n'êtes pas d'accord ? Non, ne qualifiez pas d'absurde, mon raisonnement par... l'absurde.


Le vieux professeur est resté de longues minutes sans dire un mot. Perplexe, vraiment. Puis il m'a dit : faites-le, monsieur. Ecrivez-le. Ce roman insolent, ça peut être drôle. Mieux: précieux. Il faut parfois revisiter les vieux mythes. Tordre le cou aux idées reçues. Même en matière de philosophie.

J'ai souri. Le vieux professeur m'a souri aussi. Il est parti avec son petit Que sais-je au titre, pour lui, appétissant : "Platon et l'Académie". Jean Brun. PUF. 1960.

 

On fait de belles rencontres, n'est-ce pas, sur le quai ? On y tient de beaux dialogues. On y partage de beaux projets. Pleins d'idées. De belles idées. Des idées pleines d'idées...

Que sais-je encore ? 

 

 

"Journal du bouquiniste". 2011. © Jean-Louis Crimon 

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30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 10:58
France Culture. Journal de 22 heures. Saison 2008 / 2009. © DR

France Culture. Journal de 22 heures. Saison 2008 / 2009. © DR

 

Au départ, je suis professeur de philosophie. Maître Auxiliaire. A cette époque - (1977-1978) - à la fin de chaque cours, je lance à mes élèves cette fausse boutade, vrai principe de vie : " Entre Être et Avoir, ne vous trompez jamais d'auxiliaire, et vous pouvez me croire, moi qui suis Maître Auxiliaire ! "

 

Le 1er Juillet 1979, je deviens journaliste. Georges-Louis Collet, le Rédacteur-en-Chef historique du Courrier Picard, m'accueille dans son bureau de la rue Alphonse Paillat, et me met d'emblée à l'aise : "Paraît que vous savez écrire, montrez-nous ce que vous savez faire et surtout sentez-vous libre ! Je vous engage pour les deux mois d'été." Deux mois extraordinaires qui décidèrent de ma nouvelle vie. Deux mois qui durèrent près de quatre ans. Mille et un papiers sur mille et un sujets. L'apprentissage au quotidien, dans tous les sens du terme, du fascinant métier d'écrivain de reportages ou de chroniques. Ensuite, ce sera la radio, Radio France Picardie - un micro pour écrire avec la voix - puis France Inter et Copenhague, ESP au Danemark, Envoyé Spécial Permanent, pour tutoyer pendant trois ans les pays scandinaves et les pays baltes, et la Russie aussi, via Saint-Pétersbourg. Puis retour en Picardie pour diriger cette Radio qui m'avait, dix ans plus tôt, accueilli comme pigiste. Enfin, France Culture, où je boucle cette année 2009 l'aventure commencée en 79, en présentant, chaque soir à 22 heures, du lundi au vendredi, le journal de la nuit. 

 

De ce périple de 30 ans au pays des Médias, je garde deux ou trois certitudes et une foultitude de questions. Pour faire court - la règle du métier - je me borne ici aux certitudes :

 

Un : je confesse un faible définitif pour un journalisme qui dérange, qui prend l'actualité à contre-pied, qui rebondit, qui choisit et qui sait dire non aux sirènes de la Com', la Communication, souvent brouilleuse et embrouilleuse de pistes.

Deux : je suis pour un journaliste à la fois observateur, interprète et narrateur de la réalité. Sans jamais oublier cette réalité première : les faits sont têtus et ne se soumettent qu'à la question.

Trois : pas de pertinence sans impertinence, regard critique oblige. Avant de vous tirer ma révérence, je suis - définitivement - pour un journalisme irrévérencieux.

 

Quant à la recherche de la vérité, la quête et l'enquête, choisir là encore les chemins humains : non pas "couvrir" mais "découvrir", non pas "assurer la couverture", mais prendre le parti de "la découverte". Enfin, pour la sacro-sainte objectivité, ne jamais oublier que nous sommes tous des sujets, et que nous ne produisons rien d'autre que du "subjectif".

Moralité : cette objectivité journalistique que certains voudraient nous imposer est un leurre, une illusion. La vérité de la Presse ne sera jamais une vérité scientifique, d'ailleurs toute relative elle aussi, mais une vérité humaine, c'est à dire toujours imparfaite et toujours à parfaire. 

Résolument, je persiste et je signe : je suis à tout jamais pour l'imparfait du subjectif. 

 

Jean-Louis Crimon, carte de presse n° 45785. 

 

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29 mai 2018 2 29 /05 /mai /2018 16:56
Saint-Souplet-sur-Py. Marne. Début des années 1980. © Juliette Crimon

Saint-Souplet-sur-Py. Marne. Début des années 1980. © Juliette Crimon

 

 

Quand je regarde les mains de mon père

Je me dis que ces mains là

Sont toutes les leçons de philosophie

Que je cherchais en vain dans les livres…

 

Quand je regarde les mains de mon père

Je me dis qu'elles sont aussi

Le prix des peines acceptées

Et des révoltes contenues

 

Parfois je les vois deux poings forts

Capables de frapper la tête des gouvernants

 

Mais quand je regarde les mains de mon père

Je vois que les poignets sont encore rouges

Des chaînes qu'il lui a fallu porter

Et je  me demande sans comprendre

Pourquoi il n'aspire qu'à se taire

Et comment il a pu tant accepter

 

Je sens qu'au fond de moi la révolte gronde

Je sais pourquoi je veux la fin du vieux monde

 

Alors que mon père me pardonne

De ne pas seulement rêver de liberté

 

Alors que mon père me pardonne

S'il apprend qu'un fils d'esclave s'est révolté.

 

 

Jean-Louis Crimon

(La chanson amère)

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 09:44

 

 

DSCN0271

Paris. Rue Gros. Octobre 2012.                                                                  © Jean-Louis Crimon                  

 

 

 

 

 

Feuille qu'automne endeuille

Vivants que mort effeuille

 

De vie à trépas

La faux n'hésite pas

 

Attention au faux pas

C'est son dernier repas

 

Cruel destin de feuille

Que vent trop froid accueille

 

Succombe au moindre écueil

Pour dormir sans cercueil

 

Qu'importe la saison

Mort a toujours raison

 

La mort toujours emporte

La vie qui prend la porte

 

       

Jean-Louis Crimon 

(La Chanson amère)

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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 14:43
Just Fontaine et Roger Piantoni. Coupe du Monde de 1958. © Jean-Louis Crimon

Just Fontaine et Roger Piantoni. Coupe du Monde de 1958. © Jean-Louis Crimon

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C'est L'Est Républicain qui, le premier, a donné l'information. Samedi 26 Mai 2018, à 15h25 : Roger Piantoni, partenaire de Raymond Kopa et Just Fontaine à la Coupe du Monde de 1958, est mort ce samedi, à l'âge de 86 ans, à l'Hôpital de Nancy. 

 

J'ai voulu relire tout de suite le petit mot qu'il m'avait adressé à la parution de Verlaine avant-centre. "Il me semble que vous êtes gaucher ! Est-ce que je me trompe ? "

Roger Piantoni s'était trompé, mais à moitié seulement, puisque ma mère, elle, était gauchère. De l'apprendre, ça l'avait fait sourire, le Pianto.

Dans la foulée, j'ai voulu relire les premières pages de mon petit roman rémois. Où Kopa, Piantoni, Fontaine, mon père et moi, on jouait la Coupe du Monde de 58.

 

 

Verlaine avant-centre, page 17 :

"Le bonheur de la victoire est de courte durée. En un instant, mes coéquipiers redeviennent de simples arbres fruitiers, et le grand stade de mes exploits un verger paisible. Ma mère a toujours les mots qu'il faut pour interrompre mes rêveries d'après-match : Piantoni, t'as fini ? Ton père t'attend pour aller tondre chez Debrie."

 

Verlaine avant-centre, page 20 :

" Ce soir, à nous deux, mon père et moi, on va jouer la Coupe du Monde. On sera Fontaine, Kopa et Piantoni. Et Pelé, et Garrincha, et Gilmar aussi. Ce soir, on révise le premier but de Fontaine. Mon père fait le passeur. Moi, je suis le marqueur. D'abord, on répète le mouvement, ensuite, on le joue vraiment. Kopa, Kopa-Piantoni, Piantoni-Fontaine... Tir de Fontaine. A côté. Je fais aussi le commentaire du match. Mon père a les bras en l'air. La foule des supporters nous applaudit. Les feuilles des arbres en frémissent. 

" Ça sent l'herbe fraîchement coupée. Après le match, on ira s'asseoir en haut du talus près de la rivière, les jambes dans le vide. Ce sera beau. On écoutera le bruit de l'eau qui joue dans les pierres. On regardera le soir qui vient à notre rencontre. Je me dirai : un jour, c'est sûr, je serai footballeur. "

Ce samedi 26 Mai 2018 m'a fait penser à un autre 26 Mai, le 26 Mai 2001. Qui était aussi un samedi. J'ai compris, samedi pour samedi, que Piantoni et mon père, son premier supporter, étaient morts le même jour. A 17 années de distance. "C'est pas banal", aurait forcément dit ma mère, devant pareille coïncidence, si elle n'était pas morte, elle aussi, il y a quatre ans déjà.  

Kopa en mars de l'an dernier, Piantoni en mai de cette année. Mon père en 2001, ma mère en 2014. L'ami Béal fin 2017. Sans oublier Joseph, Jacques ou Jean-François. Trop de morts autour de moi, même si, dérisoire revanche, mes mots dans mes romans les rendent éternellement… vivants. 

 

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 00:28

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Paris. Nov. 2012.                                                                                               © Jean-Louis Crimon                                                                                          

  

 

 

Jour de semaine ou dimanche,

Pas facile de faire la manche,

Tu tends ta tasse à c'ui qui passe,

Mais c'est du vent que ça ramasse...

 

C'est cruel, parfois, les passants,

Surtout quand ils ne sont "pas sans",

Ça joue l'absent ou l'air hagard,

A peine si ça te donne... un regard,

 

Toi, t'es là, propre et modeste,

T'attends juste un petit geste,

T'aimerais qu' ça vienne sans demande,

C'est pas une vie la quémande...

 

L'autre passe, les yeux droit devant,

Des fois qu'il craquerait en te voyant,

Par terre, et que, sans mentir,

Sans te donner, pourrait pas... partir

 

C'est drôle la vie, ça tient à rien,

Y'a pas longtemps, tu t'en souviens,

T'étais passant, et pas sans rien,

La vie, tu vois, ça va, ça vient…

 

 

                         Jean-Louis Crimon

                         (La Chanson amère)

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 21:43
Paris. Vitre du RER. 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Vitre du RER. 2012. © Jean-Louis Crimon

 

 

 

 

 

Je sens bien que la fin est proche

Je sais bien que la mort s'approche

Ma vie n'en fait même pas reproche...

 

Faut bien que ça s'arrête un jour

Ça ne peut pas durer toujours

C'est écrit dès le premier jour...

 

Tout ça n'a pas beaucoup de sens

Pourquoi une telle existence

Qui se solde par notre absence...

 

On vient sans l'avoir demandé

Ça se joue sur un coup de dès

Et l'on s'en va sans décider…

 

 

                          Jean-Louis Crimon

                          (La Chanson amère) 

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 10:53
Saint-Malo. Mai 2018. © Jean-Louis Crimon

Saint-Malo. Mai 2018. © Jean-Louis Crimon

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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 10:43
Dinan. Du Guesclin. Mai 2018. © Jean-Louis Crimon

Dinan. Du Guesclin. Mai 2018. © Jean-Louis Crimon

 

Bertrand du Guesclin, né en 1320 à la Motte-Broons près de Dinan, mort le 13 juillet 1380 devant Châteauneuf-de-Randon, est un connétable de France d’une des plus anciennes familles de Bretagne.

Le Dogue noir de Brocéliande

Fils aîné de Robert II du Guesclin (v. 1300-1353), seigneur de la Motte-Broons et de son épouse Jeanne de Malesmains (morte en 1350), dame de Sens, sa laideur (on dit de lui qu’il est « le plus laid qu’il y eut de Rennes à Dinan »), et sa brutalité lui valent l’opprobre paternelle, et il doit gagner le respect de la noblesse à la pointe de son épée. Il se fit remarquer dès son enfance par sa force, son habileté dans les exercices du corps et ses goûts belliqueux. Lors d’un tournoi où il a interdiction de participer, il défait tous ses adversaires, avant de refuser de combattre son père en inclinant sa lance par respect au moment de la joute (à la grande surprise de l’assemblée). Il a 15 ans.

Bertrand du Guesclin se fait connaître en 1357 en participant à la défense de Rennes assiégée par Jean de Gand, duc de Lancastre. Eléastre de Marès l’adoube chevalier au château de Montmuran dans les Iffs, et le nomme capitaine de Pontorson et du mont Saint-Michel. Il commença à signaler sa bravoure dans les guerres que se livraient Charles de Blois et Jean de Montfort pour l’héritage du duché de Bretagne : il soutenait les droits du premier.

En 1360, il est lieutenant de Normandie, d’Anjou et du Maine puis en 1364, capitaine général pour les pays entre Seine et Loire et chambellan de France.
La bataille d’Auray, d’après la Chronique de Bertrand du Guesclin par Cuvelier
La bataille d’Auray, d’après la Chronique de Bertrand du Guesclin par Cuvelier

Il passa en 1361 au service de la France et célébra l’avènement de Charles V en avril 1364, en remportant la bataille de Cocherel contre l’armée du roi de Navarre. Il reçoit le duché de Longueville en Normandie.

Après cette victoire, il vola de nouveau au secours de Charles de Blois en Bretagne ; mais en septembre 1364 à la bataille d’Auray, malgré tous ses efforts, son parti fut battu, il est fait prisonnier par John Chandos chef de l’armée anglaise (sept. 1364). Le roi de France paie sa rançon de 100 000 livres.

En 1365 à la demande du roi de France il délivre le royaume et entraîne les Grandes compagnies, amas de soldats indisciplinés qui ravageaient les provinces. Il les persuada d’aller combattre en Espagne, se mit à leur tête, et lès conduisit défendre en Espagne les droits de Henri de Transtamare qui disputait à Pierre le Cruel le trône de Castille. Il s’y couvrit de gloire, et déjà il avait anéanti le parti de Pierre le Cruel, lorsque celui-ci appela à son secours deux vaillants capitaines anglais, Chandos et le prince Noir.

Du Guesclin fut défait et pris après des prodiges de valeur à la bataille de Najera, livrée contre son avis (1367). Il est fait prisonnier et n’est libéré que contre une forte rançon, à nouveau payée par Charles V. Il participe et venge sa défaite à la bataille de Montiel, en 1369. Il rétablit Henri sur le trône et en récompense de ces actions en Espagne il est fait duc de Molina.

 

En octobre 1370, revenu en France, il est fait connétable par Charles V. Sa grande entreprise va être d’expulser les Anglais. Contrairement aux habitudes de la chevalerie française, il ne procède pas par grandes campagnes avec tout l’ost français, mais préfère reconquérir méthodiquement des provinces entières, assiégeant château après château. Il va chasser les Anglais de la Normandie, de la Guyenne, de la Saintonge et du Poitou.

Bien souvent, le siège ne dure pas, l’issue en étant accélérée par un assaut victorieux ou plus souvent encore par une ruse.

En 1373, il participe à la campagne contre la Bretagne, avec son cousin Olivier de Mauny - chevalier banneret, notamment seigneur de Lesnen et Pair de France.
En 1374, il combat à La Réole.
En 1376, il reçoit la seigneurie de Pontorson en Normandie.
Charles V, ayant en 1378 confisqué la Bretagne à Jean IV de Bretagne, les soldats bretons, jaloux de l’indépendance de leur patrie, désertent l’armée de Du Guesclin, et le connétable est soupçonné lui-même de trahison. Indigné d’un tel soupçon, il renvoie aussitôt au roi l’épée de connétable, et veut passer en Espagne auprès de Henri de Transtamare ; mais, apaisé bientôt par le roi, qui reconnaît son erreur, il retourne dans le Midi pour combattre encore les Anglais.

En 1380, il combat contre les Grandes compagnies en Auvergne, et il met le siège devant Châteauneuf-de-Randon : après plusieurs assauts terribles, la place promet de se rendre au Connétable lui-même, si elle n’était secourue dans 15 jours. Le héros mourut dans cet intervalle (d’avoir bu trop d’eau glacée après avoir combattu en plein soleil), le 13 juillet 1380, et le gouverneur vient, la trêve expirée, déposer les clefs de la place sur son cercueil. Son corps est déposé à Saint-Denis.

Du Guesclin avait souhaité que son corps fût rapporté en Bretagne. La route était longue, il faisait chaud et l’on décida de l’embaumer. En l’absence des embaumeurs royaux, on éviscéra et décervela le corps qui fut baigné dans une mixture de vin et d’épices, mais sans obtenir l’effet escompté : quelques jours plus tard, un nuage de mouches obscurcit le cortège, suivant de près la charrette sur laquelle on avait posé le corps. Il fallut le bouillir dans un grand chaudron pour détacher les chairs du squelette. Celui-ci et le cœur poursuivirent leur route vers la Bretagne jusqu’à ce que le roi Charles V décide, fait presque unique pour un cadet de petite naissance, d’inviter les ossements de son défunt connétable à reposer dans la basilique royale de Saint-Denis, aux côtés des rois de France. Sa sépulture, comme celles de la plupart des princes et dignitaires qui y reposaient, fut profanée par les révolutionnaires en 1793, comme le furent les tombeaux contenant ses entrailles (au Puy) et chairs bouillies (à Montferrand). Son cœur seul parvint en Bretagne où il fut déposé sous une dalle au couvent des Jacobins à Dinan. En 1810, la pierre tombale et l’urne contenant le cœur furent transférées dans la basilique Saint-Sauveur de Dinan. Ses quatre tombes sont toutes encore visibles et ornées de monuments. Le gisant de St-Denis permet d’observer un personnage et un visage apparemment sculptés à la ressemblance du sujet, par ailleurs connu par des descriptions physiques et plusieurs miniatures contemporaines, insistant toutes sur la laideur et la pugnacité que révélait son visage.

Voir Eustache Deschamps : Ballade sur le trépas de Bertrand Du Guesclin.

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On connaît deux unions pour Bertrand du Guesclin :

Il fut l’époux, en premières noces, probablement en 1363 à Vitré, de Tifenn Raguenel (morte en 1373), fille de Robin III Raguenel, seigneur de Châtel-Oger, héros du combat des Trente, et de Jeanne de Dinan, vicomtesse de La Bellière ;
Il épousa, en secondes noces, le 21 janvier 1374 à Rennes, Jeanne de Laval (morte après 1385), fille de Jean de Laval (mort en 1398), et d’Isabeau de Tinteniac. Après son veuvage, en 1380, Jeanne de Laval se remaria, le 28 mai 1384, avec Guy XII de Laval (mort en 1412), sire de Laval.

On ne connaît aucune descendance légitime à Bertrand du Guesclin. En revanche, Jeanne de Laval, par son second mariage, est l’ancêtre d’un nombre incalculable de roturiers, nobles et souverains de toute l’Europe.

Bertrand du Guesclin avait un frère :

Olivier du Guesclin : (mort en 1403). À la mort de Bertrand du Guesclin il reprit le titre de comte de Longueville.

et deux cousins :

Olivier de Mauny : Capitaine général de Normandie et chambellan de Charles VI de France.

Olivier du Guesclin : Seigneur de Vauruzé, partisan de Charles de Blois, duc de Bretagne.

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 10:19
 Le Mans. Mai 2018. © Jean-Louis Crimon

Le Mans. Mai 2018. © Jean-Louis Crimon

 

TGV  8084  Saint-Malo - Paris Montparnasse. Arrêt en gare du Mans. 

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