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15 novembre 2018 4 15 /11 /novembre /2018 08:37
Contay. La Place et l'Eglise. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Contay. La Place et l'Eglise. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Ce doit être avant-guerre. Ou peut-être pendant la guerre. Avant 1918. Avant 1920. Sur la Place, il n'y a pas encore de Monument aux Morts. Les survivants n'ont pas encore décidé de le construire en hommage aux Morts de la Grande guerre. Ceux qui sont morts pour que ce soit "la der des der".

La photo a pu être prise un dimanche. A la sortie de l'Eglise. Au centre de la vingtaine de personnes, des enfants et de jeunes hommes, le prêtre ou l'abbé, qu'au village on appelle Monsieur le Curé. Une fonction qui a au moins trois noms avait de quoi impressionner l'enfant de choeur que je serai à la fin des années cinquante. 

Pas de femmes au premier plan, une petite fille uniquement. 

 

© Jean-Louis Crimon

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14 novembre 2018 3 14 /11 /novembre /2018 08:57
Contay. Vue générale du Cimetière militaire Anglais. © Lelong.

Contay. Vue générale du Cimetière militaire Anglais. © Lelong.

Mon père a travaillé presque trente ans comme jardinier au cimetière anglais. De la fin des années cinquante jusqu'au début des années quatre-vingts. Employé de la Commonwealth War Graves Commission. Sans doute les plus belles années de sa vie de travail. De Décembre 1956 à Mars 1983. Avec une parenthèse d'à peine une année, de Décembre 1963 à Septembre 1964, où il avait repris son métier de livreur de pain. Pour gagner davantage, je crois. Mais ne s'entendant pas très bien avec le nouveau patron de la boulangerie, il démissionna fin Septembre 64 et reprit début Novembre son travail de jardinier au cimetière anglais. Jusqu'au 31 Mars 1983 où il prit sa retraite.

Né en 1922, mais ayant commencé à travailler dès l'âge de 14 ans, s'arrêter à 61 ans n'avait rien de scandaleux. La retraite à 60 ans, un des acquis du Gouvernement Maurois-Mitterrand. 

 

© Jean-Louis Crimon

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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 08:07
Contay. Les Prés du Château. L'Abreuvoir.

Contay. Les Prés du Château. L'Abreuvoir.

Pour la première fois, je ne reconnais pas l'endroit. Je n'arrive pas à situer l'abreuvoir. Je ne sais pas comment lire le sens de la rivière qui serpente entre les peupliers et les saules. Chasseur de ragondins. Chasseur au gibier d'eau. De l'autre côté de la rive, le garde-chasse. Son képi le trahit. Le porte-carnier montre au photographe le premier trophée. Le chasseur au chapeau met en joue un volatile imaginaire. Tableau savamment mis en scène. Le chien, lui aussi, prend la pose.

 

© Jean-Louis Crimon

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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 08:37
Contay. Route de Franvillers. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Contay. Route de Franvillers. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

La route de Franvillers, la route que prend le berger quand il arrive chez nous avec ses moutons et son chien. La route qui passe par le pont de l'Hallue. La route qui passe aussi devant notre maison et d'abord devant la maison de Tante Laure que tout le monde au village appelle Mademoiselle Laure, parce qu'elle ne s'est jamais mariée. 

Sur la photo, Laure, c'est sans doute elle, qui se protège du soleil, avec une ombrelle. 

 

© Jean-Louis Crimon

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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 11:00
Contay. Le Cimetière militaire anglais. © R. Lelong.

Contay. Le Cimetière militaire anglais. © R. Lelong.

A la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l'année... Onze Novembre 1918, fin de quatre ans de guerre. Au nom des pères et des fils, enfin, l'armistice. 

20 millions de morts, civils et soldats, dans cette guerre qui devait être la "der des der". 100 ans plus tard, les fabricants et les marchands d'armes font toujours leurs affaires. Ont trouvé la parade. Les guerres, aux autres, les font faire. 

Onze Novembre 2018. La jolie marche des 70 vers l'Arc de Triomphe sonne faux. C'est le bal des hypocrites. Syrie, Yemen, Ukraine... Nous faudra-t-il toujours dire... AMEN  ?

Pas un mot, bien sûr, pas une pensée, pour les mutins de 1917, les fusillés pour l'exemple... Ceux qui avaient compris que "Guerre à la guerre" était le seul véritable avenir humain. L'ont payé de leur vie, tués par les balles de leurs propres amis.

 

© Jean-Louis Crimon

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10 novembre 2018 6 10 /11 /novembre /2018 08:47
Contay. Grande Rue. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Contay. Grande Rue. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Quand le photographe prend cette image, le Monument aux Morts et l'Eglise sont dans son dos et à sa gauche se trouve la route de Franvillers, celle qui passe devant ma maison et devant la maison de Tante Laure, une Longère que le lit de l'Hallue, la rivière tant aimée, borde, chaque soir, pour la nuit. J'aime cette idée que l'eau du lit de l'Hallue nous entoure et nous protège. 

 

© Jean-Louis Crimon

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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 08:07
Contay. Rue Neuve. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Contay. Rue Neuve. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Tout en haut de la rue Neuve, pas si neuve, il y avait la ferme Labesse et puis, après le virage sur la gauche, un peu plus loin, la maison du père Delacroix, qui se prénommait Georges comme mon père. C'est lui qui venait cueillir les cerises dans le verger de la maison de Madame Morel, où Tante Laure était la gardienne des lieux. Le père Delacroix, - ça m'étonnait vraiment -, était toujours en bottes de caoutchouc, même quand il ne pleuvait pas. Il grimpait aux arbres sans échelle, et avec ses bottes. Un sacré asticot, disait de lui la Tante Laure, un tantinet admirative de la souplesse et des prouesses du septuagénaire.

Seule déception pour ma Tante Laure très pieuse et pour moi qui voulait toujours trouver du sens dans le nom des gens: Delacroix n'allait pas à l'église, pas à la messe, pas à confesse. Un comble. Dans ma tête d'enfant, me suis dit: je crois que Delacroix ne croit pas. 

 

 

© Jean-Louis Crimon

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8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 09:17
Contay. La Grande Ecole. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Contay. La Grande Ecole. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Au village, il y avait la petite école et la grande école. La petite école où c'était Madame, l'Institutrice. Madame était la femme de Monsieur. Elle enseignait aux petits. Leur apprenait la forme et le dessin des lettres. Monsieur était l'Instituteur des grands. En ce temps-là, nous avions un profond respect et une véritable admiration pour nos enseignants que nous appelions nos Maîtres. Madame l'Institutrice nous apprenait à écrire et son mari, Monsieur l'Instituteur, nous apprenait à parler et à penser. A réfléchir. J'ai beaucoup appris au contact de Monsieur. 

Je dois tout à mes Instituteurs. L'enfant que j'ai pu être autant que l'adulte que je suis devenu. Un temps où un beau mot en quatre syllabes n'avait pas encore été effacé au profit d'une périphrase pédante en trois mots. Ins/ti/tu/teur, dans mon coeur, à tout jamais, ça sonne beaucoup mieux que Professeur des écoles.  

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

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7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 08:57
Contay. Route d'Hérissart. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Contay. Route d'Hérissart. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Au début, mon père travaille au Château. Ensuite chez la Tante Laure. C'est beaucoup plus tard que mon père prendra la route d'Hérissart, quand il devient livreur de pain. Avec Philibert, son cheval, tirant sa carriole de pains chauds et fumants. Je l'imaginais, mon père, fouettant le vent et la pluie plus que son cheval qu'il adorait. Le boulanger, son patron, s'appelle Dieu. Dieu nous donne notre pain quotidien. Enfin, nous le vend. Le Dieu boulanger, m'a expliqué mon père, n'est pas le Dieu de la prière de Monsieur le Curé. En plus, Dieu boulanger -c'est amusant- était... Protestant. 

Le village où le boulanger se nomme Dieu, le cantonnier Laflotte et le menuisier, qui fabriquait les cercueils, Vérité, était pour moi un village extraordinaire où les noms des gens avaient du sens.

A 7 ans déjà, grâce au sens du nom des gens, j'avais tout pressenti du sens de la vie. 

 

© Jean-Louis Crimon

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6 novembre 2018 2 06 /11 /novembre /2018 07:47
Contay. La Grande Rue. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Contay. La Grande Rue. Carte postale ancienne. © G. Lelong.

Le meilleur endroit pour prendre une photo de mon village. Au milieu de la Grande Rue. L'Eglise tout au fond, en point d'exclamation. Dans l'écriture paisible d'un jour de semaine. Le berger, arrivé par la route de Franvillers, a tourné vers la gauche pour prendre la rue qui va vers Amiens. Celle qui passe par Beaucourt-sur-l'Hallue. Pour que les moutons y gourmandent sans retenue l'herbe des talus. L'Hallue, la rivière qui vient de Vadencourt et qui traverse aussi Contay. L'Hallue, ma rivière bien aimée. L'Hallue qui borde le verger et le jardin de Tante Laure.

Les moutons, raisonnables, ont accepté de ne pas prendre tout l'espace de la chaussée, et de se regrouper sur le trottoir. Difficile de savoir si c'est le matin ou si c'est le soir. Le printemps ou l'été. Les vêtements des enfants, le fait qu'ils ne soient pas à l'école, sont des indications très parlantes pour les gens de ce temps-là. Pas immédiatement déchiffrables un siècle plus tard. Moi, je me dis que ce doit être un jeudi. 

 

© Jean-Louis Crimon 

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