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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 00:11
Amiens. 21 Septembre 2015. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 21 Septembre 2015. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                       391

Je me souviens de VDH, Jean-Luc Van Den Heede, et de son bateau Algimouss. Dix-huit mètres de long, deux mâts de vingt-quatre et onze mètres pour un poids de presque 9 tonnes. Algimouss en cale sèche place du Cirque en janvier de l'an 2000. Pour accueillir tous les enfants des écoles de la ville.

 

                                                                       392

Je me souviens du balayeur de la place Gambetta. De sa gestuelle, de son attitude et de la position de ses bras. De ses mains. Cela tient du torero qui s'apprête à toréer. Son jeu de cape, digne de la muleta du matador, vaut de l'or. Le balayeur torée un taureau imaginaire. Vraie danse d'automne que les jets d'eau saluent.

 

                                                                       393

Je me souviens de mon projet "Balayeurs de tous les Pays". Belle idée de livre et d'expo mondiale. Née, vraiment, en Chine, à Chengdu, Sichuan, Septembre 2011. Au  temps où je suis faguo Laoshi. Cinq ans que je photographie systématiquement, méthodiquement, les hommes, les femmes, les attitudes, les gestes, les outils. Plus de 2000 photos déjà. Chengdu, Pékin, Shanghaï, Oulan-Bator, Paris, Montréal, Québec, Saint-Malo, Cannes, Nice, Rome, Copenhague, Glasgow, Londres, Oslo, et... Amiens.

 

                                                                        394

Je me souviens que c'est le geste du balayeur qui  fascine. Quelle qu'en soit l'heure. Le lieu. La ville ou le pays. Le moment. Soir qui tombe, fin de journée ou plein midi. 

Geste qui me rappelle mon père. Dans sa vie de jardinier, il en a donné des coups de balai, mon père. Feuilles mortes ou poussière. Eté, printemps, automne, hiver. En toute saison, son balai avait raison. N'a jamais lésiné. Chaque jour de sa vie. Pas un jour sans un coup de balai. La cour, côté jardin. Le trottoir, côté rue. Impeccable. Fallait que ce soit impeccable. Impeccable. Nickel. Ses deux mots préférés. Pour parler de ces choses essentielles à ses yeux.

 

                                                                        395

Je me souviens que moi, dans ma tête d'enfant, j'imaginais qu'il balayait aussi les jours au calendrier. Pour que le temps passe plus vite. Hop, un coup de balai sur aujourd'hui pour qu'il se nomme hier. Hop, déjà se pointe demain pour balayer les soucis d'aujourd'hui. Hop, demain effacé en un tour de main. Dans les phrases de l'enfance, les éléments aussi étaient de la partie. Le vent balaie la campagne. Le ciel balaie les nuages. La pluie balaie la poussière.

 

                                                                        396

Je me souviens, aujourd'hui encore, quand je pense à toutes ces années amoncelées, qu'il y a toujours un coup de balai à donner quelque part. Le balai Aujourd'hui efface toujours Hier. Rien à faire, il y a toujours quelque chose à faire. Dernier balayage du soir. Déjà pointe le premier coup de balai de demain matin.

Seule différence : s'est enfui à tout jamais le temps de la belle enfance. Mon père a changé de destin. Il s'est absenté. Pour toujours, disent les gens. Je n'en crois rien. Moi, je pense qu'il balaie l'envers des nuages.

 

                                                                         397

Je me souviens de "Roland Dorgelès, au nom de tous mes camarades" à la Bibiothèque municipale. Une exposition consacrée à l'écrivain né à Amiens, 71, rue Vascosan, en 1886, et qui présida le jury de l'Académie Goncourt après la mort de Colette, en 1955, et jusqu'en 1973. Dorgelès ne doit pas être considéré comme l'auteur d'un seul livre, Les Croix de bois, fut-ce son chef-d'œuvre, où il transcrit la vie quotidienne des poilus pendant la Grande Guerre. Il faut tout lire de lui, à commencer par Le Cabaret de la Belle Femme et Sur la route mandarine, ce roman né de son séjour en Indochine.

 

                                                                         398

Je me souviens de la première Fête dans la ville et de cette autre façon de fêter Carnaval.

 

                                                                         399

Je me souviens de l'Amicale des Indiens Picards, de Jean-François Paux, de Robert Landard, de Marc Monsigny, de Laurent Devismes et de la Lune des Pirates.

 

                                                                         400

Je me souviens de Zic Zazou et de sa preuve par 9... Jean-François Hoël, Hervé Mabille, Patrice Boinet, Pierre Denis, Bruno Hic, Frédéric Obry, Alain Graine, François Trouillet, et Michel Berte

 

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

 

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 12:37
Amiens. Saint-Leu, jour gris de pluie grise. Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Saint-Leu, jour gris de pluie grise. Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                       381

Je me souviens des chroniques dominicales du marquis des Dessous chics. A la boulangerie, le dimanche, m'arrive d'acheter Le Courrier picard rien que pour lui. Pour le lire, lui. Un regard ironique et décapant, tendre souvent, sur la vie et sur les gens. Rock et baroque. En prime, quelques vacheries gentiment balancées. Histoire d'être fidèle à son crédo incrédule : j'écris pour vous agacer.

 

                                                                       382

Je me souviens de la Citadelle, vieille forteresse militaire du XVIIe siècle. A l'origine érigée sur ordre du Roi Henri IV pour protéger le nord du royaume des troupes impériales des Pays-Bas espagnols. Site militaire jusqu'en 1993, la Citadelle accueillera bientôt les étudiants de Sciences humaines et sociales. Belle reconversion.
 

 

                                                                       383

Je me souviens de la façon dont J. Bellemère parle, dans les années vingt,  du quartier Henriville. Jugement plutôt cruel. Même si, belle plume ce Bellemère : « C'est le quartier chic de la ville, et la haute bourgeoisie, la noblesse, les "personnes comme il faut", l'ont en grande affection. Cette résidence favorite des gens du monde est mortellement ennuyeuse, avec ses rues tracées au cordeau, son aspect morne, ses maisons du style "écuries de luxe", ses rares passants de "bonne tenue" et son église de briques, laide à faire pitié.» 

 

                                                                       384

Je me souviens de l'année où Luiz Rosas m'a envoyé, pour Leitura furiosa au quartier femmes de la Maison d'arrêt d'Amiens. Atelier d'écriture dans une cellule transformée en mini bibliothèque. Des femmes en jogging le premier jour, des femmes métamorphosées, habillées en femmes, dès le deuxième jour. Des mots-paroles devenus des mots écrits. Des mots traduits. Des cris écrits et lus. A voix basse, d'abord, puis à haute voix. Murmures qui font le mur. Enfin, cette superbe déclaration d'amour le dernier soir du dernier jour : Merci d'être venu, on a compris, la lecture est un excellent moyen d'évasion.

 

                                                                       385

Je me souviens de cette carte postale du Cirque, postée d'Amiens le 2 juillet 1904, - cachet de la Poste faisant foi- et ce post-scriptum adorable : "C'est en ce moment la foire d'Amiens, la ville est bruyante et animée."

 

                                                                       386

Je me souviens de cet instant où j'ai vu s'illuminer le visage de Giang, la maman Vietnamienne à qui la CAF demande le remboursement immédiat de 3.000 €uros d'allocations familiales versées par erreur. Je lui ai simplement dit : écris..."Nous sommes quatre Vietnamiens, deux adultes, deux enfants, cinq et neuf ans, à Amiens depuis 2 ans". Regarde, c'est fabuleux, "il y a AMIENS dans VietnAMIENS". On va le lui dire au Préfet. Ça ne va pas forcément l'émouvoir, mais, sûr, ça va jeter un petit doute dans son esprit. L'humour comme arme de recours, pour requalifier une carte de séjour.

 

                                                                       387

Je me souviens de la Maison Camille Arnoux, Maison de Confiance, fondée en 1888. Spécialité de portraits d'enfants. Reproductions, Agrandissements en tous genres. Médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Paris 1904. Avenue du Général Foy, près de la Gare St Roch et de la Caserne du 72éme. Grande Photographie Parisienne. Les clichés sont conservés.

 

                                                                       388

Je me souviens de l'interview de la Cicciolina au Pré Porus, de son vrai nom Elena Anna Staller. Chanteuse, actrice de films érotiques et politicienne, Italienne d'origine hongroise. L'actrice passe aussi pour être parfois un tantinet exhibitionniste. Lors d'un débat télévisé, sur une chaîne italienne, elle a exhibé son sein gauche pour illustrer - non pas ses plates formes - mais sa plate-forme politique, plutôt de gauche. Au Pré Porus, j'ai eu droit aussi à l'affirmation de ses convictions de gauche. Le sein, c'est sain.

 

                                                                        389

Je me souviens des ouvrages publiés chez Encrage par Alain Trogneux, Amiens, années cinquante, Amiens, années soixante, Amiens, années soixante-dix... Belle permanence et jolie persévérance de l'auteur. Amiens, c'est du baume au cœur.

 

                                                                        390 

Je me souviens des années philo qui filent au fil de l'eau, relisant Rousseau et rêvant d'écrire un jour "Rêveries du promeneur solidaire".

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

 

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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 09:57
Amiens. Place Gambetta. Août 2015. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Place Gambetta. Août 2015. © Jean-Louis Crimon

         

                                                                         371

Je me souviens du mois d'août Place Gambetta. Parapluies qui s'envolent pour se faire parasols. Photo poème d'un matin d'été. Jaune balayeur sur pelouse verte, cueille et recueille les mégots dans l'herbe, ponctuation subtile ou superbe, d'une journée à peine ouverte.

 

                                                                         372

Je me souviens d'chés surpitchets, -ces surnoms- donnés au Courrier picard : Courrier pipi, Courrier ringard, et même, à cause d'un goût prononcé pour les boissons anisées de certains rotativistes et de quelques journalistes des années 70, Courrier Ricard.

 

                                                                         373

Je me souviens de Krasucki, prénom Henri, venu à Amiens, prendre la défense des salariés de Delsey-Montdidier. Salariés grévistes condamnés, dans un conflit ubuesque, à payer des indemnités aux salariés non grévistes. "C'est une affaire scandaleuse. Il existe une répression à caractère judiciaire où on traite les syndicalistes comme s'il s'agissait de malfaiteurs. Il y a des magistrats qui comprennent les réalités du monde et d'autres qui rendent une justice de classe". C'était au Palais des expositions, en 1983 ou 1984. Krasucki avait prévenu : "Nous sommes menacés par des mesures qui risquent de nous ramener aux années d'avant 1936."

 

                                                                          374

Je me souviens du Petit Vélo Rouge, rue de Verdun. Braderie permanente qui doit son nom, légende ou pas, au stock de vélos rouges bradés à son ouverture.

 

                                                                          375

Je me souviens des mercredis soir de RESF 80, Réseau d'Education sans Frontières de la Somme, Place Dewailly, salle numéro 3, et de ces visages qui font bonne figure malgré une vie trop dure. Des sigles en lettres capitales qui vous barrent une existence, qui vous mettent la vie en sens interdit. Entre APS et OQTF. Autorisation provisoire de séjour et Obligation de quitter le territoire français.

 

                                                                          376

Je me souviens du jardin de la préfecture et je me demande pourquoi il n'est pas encore devenu jardin public.

 

                                                                          377

Je me souviens de Marcel Dekervel qui plante un arbre de la liberté. Mars 1981. L'homme a renvoyé ses papiers militaires au Ministère de la Défense. Protestation symbolique contre la militarisation de l'Europe et l'escalade nucléaire Pershing contre SS-20. L'arbre est un cerisier à fleurs.

 

                                                                           378

Je me souviens du temps où l'Orient Express s'arrête en gare d'Amiens. Quatre fois dans la semaine, le jeudi et le dimanche, à 11 heures 23 et à 18 heures 17. Il ne prend pas de passagers, ne figure sur aucun horaire, sur aucun panneau d'affichage. L'Orient Express est un train privé. A chaque fois, quand il entre en gare, je m'assois sur un banc, face à lui, je ferme les yeux et je pars moi aussi à Venise.

 

                                                                           379

Je me souviens de Tahar Ben Redjeb vendant Germinal, son journal, le journal des anars, sur le trottoir des Nouvelles Galeries.

 

                                                                           380

Je me souviens de mon premier photo/poème du temps où je n'avais pas encore d'appareil photo : Le vieil homme marchait, Balançant le bras, Horloge humaine, Rythmant le temps des choses.

 

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.                                                    

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 00:00
Amiens. Rue Laurendeau. 2016. © Jean-Louis Crimon.

Amiens. Rue Laurendeau. 2016. © Jean-Louis Crimon.

 

                                                                        361

Je me souviens de l'étonnement de Jean d'Ormesson quand je m'empare délicatement de son gobelet en plastique vide. A sa demande, juste avant de rejoindre le studio de Radio France Picardie, je lui ai offert un Perrier bien frais. 

– Mais qu'allez-vous en faire, s'inquiète l'Académicien ?

– Un talisman, cher Jean ! Boire dans le gobelet d'un Immortel, c'est pouvoir offrir à chaque instant de ma vie un goût d'éternité.

Ma réplique dessine alors un incroyable beau sourire sur un visage d'enfant incrédule.

Quatre mots de l'Immortel :  Vous êtes drôle, Monsieur !

 

                                                                        362

Je me souviens de Jean Nohain à Amiens, au Cirque Municipal, années cinquante, pour son émission Reine d'un jour, un jour où c'est une Amiénoise la Reine d'un jour. Surtout connu pour avoir été le parolier de Mireille et pour avoir, sous le surnom de Jaboune, organisé avant guerre des émissions radiophoniques pour la jeunesse.
L'émission « Reine d'un jour » permettait à une Française prise au hasard, ou sur la recommandation de ses voisines, de vivre comme une reine le temps d'une journée, en échange de ses impressions et de ses commentaires, sur la vie, la société.

 

                                                                        363

Je me souviens de "nords singuliers, nord pluriel", hiver 78-79, in'hui numéro 6. Page 101, ce poème pleine page blanche de Pierre Garnier, poète spatialiste, -poésie spatiale, poésie spéciale-, le "o" de nord tout en haut à droite de la page, le "o" parti, envolé, tout au nord. Ne reste que trois lettres en bas à gauche n rd, nrd qui ont l'air de s'emmerder. Trois lettres déboussolées. Lamartine, pardon, mais, variante : Une seule lettre vous manque et tout est dépeuplé.

 

                                                                        364

Je me souviens de Jacques Darras arpentant à grands pas le siècle finissant et s'indignant que nous ne soyons pas déjà dans le siècle débutant. A le suivre, nous avions du mal, nous n'étions que de grands débutants.

 

                                                                        365

Je me souviens de la finale de la Coupe du Monde de Football de 82 : Italie - Allemagne, et à la fin, c'est l'Italie qui gagne. Elle passe vite cette soirée dans le petit appartement de la rue Paul Sautai, chez les Ciafarone. Sandro, Jeanne, sa femme née à Mers-les-Bains, Ezio,  l'ami de toujours et les cinq enfants. Match superbe, ponctué de "Viva Italia" à la moindre action de la Squadra Azzurra. 3-1, score final. Schumacher en a pris trois ce soir. Sandro, pas peu fier, s'exclame : "nos amis français sont vengés." Siamo i più forti , chantent en chœur Christina, Tullio, Manuela, Katia et Alessandro.

 

                                                                        366

Je me souviens d'Amiens tout au bout de la route d'Abbeville, quand on s'en va vers la mer et que de la ville, on se libère.

 

                                                                        367

                                                                        

Je me souviens de Nasser Nafa et d'une conversation, commencée en juillet 1979 et jamais interrompue depuis, sur le sens de la vie.

                                                                       

                                                                        368

Je me souviens d'Amiens revisitée par Hervé Jovelin. "Amiens, une nuit", roman policier qui a pour personnage principal Mateo Ambiani, véritable antihéros, aussi à l'aise dans les bas-fonds de l'âme humaine que dans les bas-fonds de la vieille ville.

 

                                                                        369

Je me souviens d'Amiens-Renancourt, quand rue du Bout du Monde et rue d'Enfer font la paire, et que leurs habitants font la chaîne pour se passer les seaux d'eau de la fontaine. Fin des années 70, à Renancourt, c'était comme ça, dans ces deux rues là. On allait, à pied, à la fontaine, car on n'avait pas encore l'eau... courante.

 

                                                                        370

Je me souviens de la serveuse du café de la gare et de son joli regard.

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon  / Le Castor Astral. 2017.

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 00:01
Amiens. Boulevard Longueville, désormais Boulevard Jules Verne. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Boulevard Longueville, désormais Boulevard Jules Verne. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                        351

Je me souviens de cette grande maison, face à la voie ferrée, où Jules Verne vécut 14 ans et où il mourut le 24 Mars 1905, à l'âge de 77 ans. Elle se trouve au 44, Boulevard Longueville, désormais Boulevard Jules Verne.

 

                                                                        352

Je me souviens d'Amiens 1386, quand la ville s'étale très largement au sud de la Somme. De riches bourgeois s'y sont fait construire de belles demeures. Façon de prendre leurs distances avec les rues insalubres de la ville ancienne. Petites rues sales et rarement pavées où les porcs divaguent et côtoient les humains.

 

                                                                         353

Je me souviens de la Confrérie Notre-Dame du Puy d'Amiens, compagnie de mécènes qui, pendant trois siècles et demi, fut la source d'une importante production poétique et artistique. Fondée en 1388, cette Confrérie, société d'encouragement littéraire, organise chaque année un concours de poésie qui obéit à des règles très précises et surtout au calendrier liturgique des fêtes mariales. Fêtes et œuvres sont dédiées à la Vierge Marie, sainte patronne de la cathédrale d'Amiens.

 

                                                                         354

Je me souviens que le mouvement littéraire qui a donné naissance à la Confrérie Notre-Dame du Puy d'Amiens, s'est aussi développé dans de nombreuses villes, non seulement en Picardie, mais aussi en Artois, en Flandre et en Normandie. La Confrérie réunissait des hommes de tous les horizons et de toutes conditions sociales. Marchands, magistrats, nobles, ecclésiastiques, ayant tous en commun un goût pour la poésie et le respect du culte à la sainte Mère de Jésus.

 

                                                                         355

Je me souviens du petit Roland, 8 ou 9 ans, qui ne s'appelle pas encore Dorgelès, qui tire la barbe du vieux Jules Verne quand il le croise Boulevard Longueville ou rue Vascosan, en lui disant : "je veux connaître la fin du capitaine Nemo !" Mais Jules Verne n'avoue rien. Roland Lecavelé, lecteur passionné de Vingt mille lieues sous les mers, devra attendre la parution de L'Île mystérieuse pour avoir la réponse à sa demande et pour apprendre la mort de Nemo. 

 

                                                                         356

Je me souviens des "Médiévales au bord de l'eau" du premier week-end de septembre et des bateaux à cornet qui jouent sur la Somme des batailles navales faussement paisibles. Année 2015, je pense. Véritables combats nautiques et plongeons spectaculaires. Au bord de la Somme, c'est un peu de Méditerranée qui s'invite. Les joutes provençales de Cannes version Samarobrive.

 

                                                                          357

Je me souviens d'un passage de la page 150 des Guetteurs de Pierre Rappo, et je prends plaisir à le relire souvent : " Un jour, pensait-il, un jour, les gens travailleront deux heures par jour, pour le plaisir;  le reste du temps, ils feront l'amour, ils réinventeront le silence et la fête; ils sauront voir le givre sur les branches et entendre le hennissement des chevaux; et dans les rues pousseront des arbres et des rires continus plus frêles que des sonates; on décapera les plaques de bitume pour retrouver les vieux, les antiques pavés, avec les herbes folles."

 

                                                                          358

Je me souviens d'une conférence de Roger Agache au Musée de Picardie sur l'archéologie aérienne. En prenant un peu d'altitude, l'homme a su faire entendre raison aux Ronds de fées et autres Ronds de Sorcières et révéler le sens caché de ce que les paysans et les cultivateurs prenaient pour des manifestations surnaturelles et irrationnelles. La thèse de Roger Agache : les céréales, en poussant trop vite au-dessus des remblais de fossés protohistoriques, versent logiquement. D'où la croyance rurale aux fées qui viennent danser en piétinant les récoltes, à l'emplacement de sites enfouis.

 

                                                                           359

Je me souviens qu'au Nord d'Amiens, il y a un lieu-dit Le Champ de la Danse où il y a tout un groupe de grands cercles protohistoriques.

 

                                                                           360

Je me souviens que l'éclairage des voies publiques, à Amiens comme ailleurs, est une création récente. Samarobrive n'avait pas d'éclairage à poste fixe. Amiens du Moyen-Âge, pas davantage. C'est en 1720 que la ville sera dotée d'un éclairage régulier. L'allumage est confié à vingt-huit commissaires de quartier chargés en même temps de la police, et portant le titre de commissaires aux boues et aux lanternes. Les chandelles sont alors progressivement remplacées par des lanternes à huile, à un, deux, trois ou quatre becs.

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon  / Le Castor Astral. 2017.

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 00:01
Amiens. Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

                                                                      

 

                                                                         341

Je me souviens de ces petits bonshommes, ou petites bonnes femmes, qui servent à bloquer les volets, une fois ouverts. Problème : leur nom. Arrêts de volets n'est pas très glamour. Butées, pas davantage. Comment donc nommer ces petites têtes qui font toujours la tête et sont pourtant si aimables ?
Têtes levées, dans la journée. Têtes baissées, le soir, quand on ferme les volets. Pour la nuit. Quand on se prépare à compter les moutons. Têtes de bergère, voilà le nom.

 

                                                                         342

Je me souviens de 150 salariés sous la pluie d'un samedi après-midi qui essore leur désespoir face à la fermeture de leur usine de sèche-linge. Il n'y a pas foule pour défendre Whirlpool. L'usine part pour la Pologne. Quand un patron délocalise, c'est l'emploi qui fait sa valise.

 

                                                                         343

Je me souviens de " I remember " de Joe Brainard, l'inspirateur de Perec. C'est Joe Brainard, le premier, qui invente cette conjugaison de souvenirs insolites ou insolents. Joe Brainard, plasticien Américain, né en 1941, dans l'Arkansas, s'installe à New-York, au début des années soixante. Publie ses premiers " I remember" en 1970.

 

                                                                          344

Je me souviens du beau regard de Renaud, le jour où je lui ai dit, que mon premier livre, mon livre vraiment à moi, cadeau de ma mère pour mes 11 ans, c'était La Cachette au fond des bois. Par Olivier Séchan. Librairie Hachette. 1960. Par son père, je devenais son frère.

 

                                                                         

                                                                          345

Je me souviens du Pavillon Bleu où, parait-il, dans le temps, on s'encanaillait gentiment.

                                                                          

                                                                          346

Je me souviens de la date de la construction de la Bibliothèque Municipale. Juste avant d'entrer, rue de la République, tout en bas à gauche du petit muret, sur une pierre rectangulaire sont sculptés en relief, quatre chiffres : 1826. Entre "18" et "26", il y a un arbre, symbole de la Connaissance et du Savoir. Sans doute la première pierre de la Bibliothèque, construite à l'emplacement de l'ancienne abbaye de Moreaucourt, à partir de plans dessinés par l'architecte Auguste Cheussey.                                      

 

                                                                          347

Je me souviens de Jean-Michel Palmier, Professeur de Sociologie à la Faculté de Sciences Humaines, et de notre enquête publiée, grâce à lui, dans Politique-Hebdo. Titre de notre enquête sur 5 pages : Avoir 20 ans à Amiens. PH du 29 mars 1973.

 

                                                                          348

Je me souviens de Jean-Paul Neveu et des Editions « Le Nyctalope », rue Jules Barni. Celui qui voit la nuit est au grand jour un amoureux des "vrais écrivains". Une cinquantaine de livres publiés au fil des ans, témoins d'un authentique parcours d'amitié avec les écrivains édités. Littérature :  Mandelstam, immense poète russe, Leiris, Bettencourt, Henein, Bhattacharya, Bernard Noël, Luc Grand-Didier, Michaux, Munier, Martine Vallette-Hémery, une des plus grandes traductrices de la littérature chinoise en France, Véra Linhartovà.

 

                                                                          349

Je me souviens que « Le Nyctalope » publie aussi des livres consacrés à la peinture et aux grands peintres ou plasticiens : Munch, Wols, Fred Deux, Zao Wou-Ki, au collage, Bucaille, ou à la photographie, Henri Cartier-Bresson. Jean-Paul Neveu, le créateur du « Nyctalope », aime à rappeler qu'il publie des textes ou des auteurs qu'il souhaite "au-delà du temps et de l'espace".

 

                                                                          350                                                                   

Je me souviens du jour où Amiens m'a appris à vivre pleinement l'instant présent.

 

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 00:01
Amiens. La Somme et le Quai Bélu, la nuit. Nov. 2015. © Jean-Louis Crimon

Amiens. La Somme et le Quai Bélu, la nuit. Nov. 2015. © Jean-Louis Crimon

 

      

                                                                         331

Je me souviens de la nuit de Saint-Leu quand elle passe pour être grise ou ennuyeuse, et soudain se métamorphose en ville lumières. Singulière cité lacustre plurielle. A cet instant précis,  la nuit, moi, je la trouve belle.

 

                                                                         332

Je me souviens du jour où j'ai eu l'idée d'inventer  "Crimage". Cri + Image = Crimage. Crimage, "Image cri" de Crimon. Ça n'a fait rire personne à la maison.

 

                                                                         333

Je me souviens d'un marché à réderies d'octobre où j'ai trouvé des monnaies de Napoléon III dites "satiriques". Monnaies au casque à pointe allemand gravé sur la tête de l'empereur, pour stigmatiser la défaite de Sedan, le 1er septembre 1870. Une bonne partie du peuple français estime alors que Napoléon III a trahi et s'est laissé volontairement fait faire prisonnier des Prussiens. D'où ce détournement de la monnaie. Surtout des dix centimes, les plus larges, pour mieux permettre au graveur satirique d'exprimer sa haine de l'empire et son talent. Un V majuscule devance parfois le mot EMPIRE. Pour faire "VEMPIRE FRANÇAIS". Orthographe approximative, mais rejet de l'Empire clair et définitif.

 

                                                                          334

Je me souviens de ce bistrot de la rue Alphonse Paillat où l'un des habitués jouait à merveille la réplique de René Génin à Jean Gabin, dans Le Quai des brumes de Marcel Carné :  Les grandes décisions doivent être prises devant des petits flacons. Selon les jours ou les semaines, il ajoutait : Peu importe le flacon, pourvu qu'on... soit pas trop con.

 

                                                                          335

Je me souviens que certains des "fous" de la fête des fous du quartier Saint-Leu, fête du Moyen-Âge, ont, -suprême honneur- leur figure en sculpture dans les stalles de la cathédrale.

 

                                                                          336

Je me souviens de la balade à l'ile Sainte Aragone, une bonne heure de marche pour six kilomètres. Départ du cimetière de la Madeleine, puis allée des acacias, chemin de halage jusqu'à l'écluse et retour par l'ancienne Somme.

 

                                                                           337

Je me souviens de ma première interview de Raymond Devos, à la Maison de la Culture, en mars 1980, et de sa dernière phrase : "Je ne suis qu'un homme de divertissement. C'est pas grand chose. Bon, vous en pensez ce que vous voulez. Les gens en pensent ce qu'ils veulent, mais je le sais bien, je ne suis qu'un amuseur. Mais c'est merveilleux de passer sa vie à amuser les gens !"

 

                                                                           338

Je me souviens du jour où j'ai pris le contre-pied de Perec, pour écrire, non pas des "Je me souviens", un peu trop nostalgiques ou passéistes à mon goût d'alors, mais plutôt, - engagement sublime - des "Je n'oublierai jamais". Recueil de promesses à moi-même, au temps de mes 10 ans. Instants de vie fixés avec des mots, à défaut d'appareil photo ou de magnéto.

 

                                                                           339

Je me souviens de quelques uns de mes "Je n'oublierai jamais" :  Je n'oublierai jamais la chanson du vent dans les feuilles des grands peupliers de la prairie d'en face. Je n'oublierai jamais les branches des saules pleureurs qui dessinent l'eau de la rivière. Je n'oublierai jamais ce moment bizarre du soir quand la lumière indique le retour des beaux jours. Je n'oublierai jamais la douceur de la pluie, les soirs d'été, quand mon père dit : la terre a soif. 

 

                                                                           340

Je me souviens avoir un jour écrit : "Bien sûr, il va pleuvoir, cette ville sans quelques averses, vaudrait-elle la peine qu'on la traverse ? "

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 00:00
Amiens. Pierre l'Ermite. Place Saint-Michel. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Pierre l'Ermite. Place Saint-Michel. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                      321

Je me souviens des arbres de la rue Saint-Honoré après le passage des élagueurs et de la façon dont j'ai noté la chose dans mon journal : Ce soir, les arbres ont d'étranges airs de crucifiés, à n'en pas finir de tendre leurs maigres bras vers ce ciel bâtard que la nuit tarde à clouer d'étoiles.

 

                                                                      322

Je me souviens du jardin de l'évêché, an de grâce 1625, théâtre d'ébats amoureux entre la reine Anne d'Autriche et le duc de Buckingham. Louis XIII en Ménélas. Le duc de Buckingham dans le rôle de Pâris, fils de Priam, roi de Troie, et Anne d'Autriche dans la peau d'Hélène. Pâris, de passage à Sparte, séduisit Hélène et l'enleva. L'emportant vers Troie. Apparemment, le duc de Buckingham laissa la reine au roi. 

 

                                                                       323

Je me souviens que Marguerite Yourcenar ressemblait étrangement à ma Tante Laure. Dommage, vraiment, qu'elles ne se soient jamais rencontrées, la Dame du Mont-Noir et l'alerte centenaire de Contay.

 

                                                                       324

Je me souviens de la Méridienne Verte de juillet 2000. Randonnée cyclotouriste sur les traces du mètre et dans les pas de Delambre et Méchain. Randonnée commémorative à réaliser en six jours ou en six ans. Six ans, le temps que Delambre et Méchain ont mis pour mesurer le méridien de Paris.

 

                                                                       325

Je me souviens de ce professeur d'Histoire pour qui le mètre et le système métrique décimal sont sans doute, avec la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, un des plus importants héritages de la Révolution Française.

 

                                                                        326

Je me souviens du temps où je vais à l'usine à pied et où je compose mes poèmes au rythme de mes pas. Il pleut, il neige, m'est venu comme ça, en plein été, à la fin du mois d'août. Il pleut, il neige, Les flocons font la pluie beige, Flocons fondants, flocons fondus, A la pluie confondus, Pour un hiver qui hésite, A déjà prendre la fuite...

 

                                                                         327

Je me souviens de : Matin blême, café crème, deux qui s'aiment, mais quand même...

 

                                                                         328

Je me souviens de :Tu sais très bien qu't'as beau traîner de bar en bar, il encore trop tôt pour être en retard.

 

                                                                         329

Je me souviens du tandem Darras-Foujols. Un poète, un photographe, pour un recueil au titre volontairement provoquant : Vous êtes en Picardie. Géomètres-arpenteurs des cadastres intérieurs, leurs relevés dessinent une Picardie qui n'existe pas, comme un pays à venir. Amiens moteur d'une Somme sommation.

 

                                                                         330

Je me souviens de mon Art poétique : Un poing au cœur de chaque phrase, et le brandir bien haut. Oui, un poing. Un poing, c'est tout.

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

 

 

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 00:00
Amiens. 1978. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 1978. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                         311

Je me souviens de l'inauguration du Bois Codevelle, rue Saint-Fuscien, dans le cadre de la journée nationale de l'Arbre.

 

                                                                         312

Je me souviens de Paul Watson au Gaumont et de son SOS : "Si l'océan meurt, nous mourrons". Watson, le marin, le poète, le héros de la bataille contre les baleiniers, invité de Jean-Bernard Grubis et de L'audacieux Magazine.

 

                                                                         313

Je me souviens de Jules Verne et de sa lecture faite à l'Académie d'Amiens, en ouverture de la Séance publique annuelle du 12 Décembre 1875. Lassé des discours classiques, Jules Verne décide d'offrir à son auditoire le récit d'une aventure personnelle, une balade rêvée dans Une Ville idéale en l'an 2000. Bien sûr, même si cette ville n'existe pas, pas encore, c'est d'Amiens qu' il s'agit.

 

                                                                         314

Je me souviens du jour où j'ai trouvé, dans les allées de gravier du parc de Saint-Acheul, mon premier morceau de bois pétrifié. Ce petit bout de bois devenu pierre, c'était fascinant pour mes 10 ans.

 

                                                                         315

Je me souviens de la Maison de l'Homme à trois têtes.

 

                                                                          316

Je me souviens de la Maison du Sagittaire, la plus belle du Vieil Amiens, avec ses quatre figures de femmes drapées qui caressent des oiseaux.

 

                                                                          317

Je me souviens des faubourgs qui entourent la ville ancienne, de ceux qui ont reçu le nom de la route qui les traverse - faubourg de Beauvais, faubourg de Noyon -, comme de ceux qui ont pris le nom des petites communes rurales qu'ils ont absorbées, La Neuville ou Montières.

 

                                                                           318

Je me souviens que dans les faubourgs habitaient les trois quarts de la population amiénoise, surtout les ouvriers et les ouvrières des grandes industries locales : industries textiles et leurs ateliers de teinture, bien sûr, mais aussi industries métallurgiques et chimiques.

 

                                                                           319

Je me souviens des six mille femmes qui sont, à domicile, culottières, giletières ou vestonnières. Elles vont, chaque matin, chercher à la maison qui les emploie, les pièces coupées, pour les assembler, et rapportent le soir les vêtements achevés.

 

                                                                            320

Je me souviens des charmes de Samarobrive, la Petite Venise, tendrement enlacée par les onze bras de la Somme.

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

 

 

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 00:01
Amiens. Rue Delpech. Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue Delpech. Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

                    

                                                                       

                                                                         301
Je me souviens de nos marelles sur le bitume du trottoir, craie dérisoire, entre Terre et Ciel, à rêver d'essentiel. Même sans trop y croire.

 

                                                                         302
Je me souviens de la céramique de Montières, et d'une renommée défendue par un commerçant en vins, Désiré Borck, qui avait racheté une petite fabrique de poteries de ménage. Sa fille Renée, fascinée par l'exposition d'Art Nouveau organisée à Amiens, en 1912, y est pour beaucoup. Surtout dans le style des céramiques de l'atelier de Montières, aujourd'hui très recherchées.

 

                                                                         303

Je me souviens de la lecture de Rase campagne de Francis Demarcy. Editions Vague Verte. Un roman où l'on se dit que l'écriture, c'est vraiment ce qu'il y de mieux à faire dans une vie.

 

                                                                         304

Je me souviens de ma balade préférée dans le vieux quartier Saint-Leu, entre le port d'Aval et le port d'Amont. Saint-Leu, cœur historique de la cité, et avant tout, pour toujours, Pont-sur-la-Somme, autrement dit, en celte ou en gaulois, Samarobriva.

 

                                                                         305

Je me souviens de Saint-Germain Cou-cou, fête ed'chès fous. Les jeunes gens du quartier Saint-Germain portaient des primevères à la boutonnière, des coucous.

 

                                                                          306

Je me souviens de la chanson qu'ils chantaient : "Ch'est demain nou fête, El' fête éd' Saint-Germain, Saint-Germain coucous, Paroisse ed' chès fous..."

                                                                

                                                                          307

Je me souviens de l'élection, au Moyen-Âge, chaque 1er janvier, du "Prince des Sots", aussi appelé le "Pape des fous". Maître des jeux et des fêtes, il était reçu par le mayeur, le maire, qui participait au Banquet offert par le Pape des fous, en apportant du vin.

 

                                                                          308

Je me souviens que les fous -fantastique époque- avaient le droit de pratiquer à volonté la moquerie et le quolibet. Les fous pouvaient très bien dénoncer les mariages qui leur semblaient mal assortis, par exemple, un vieillard avec une jeune fille, et les adultères.

 

                                                                          309

Je me souviens de Jean Moulin, secrétaire général de la préfecture d'Amiens, en Juillet 1934. Jean Moulin est amiénois jusqu'en 1936, année où il devient chef de cabinet de Pierre Cot, ministre de l'Air, dans le gouvernement de Léon Blum. Jean Moulin va vivre ses années amiénoises dans une pension de famille de la rue Cozette, au dessus du Cirque municipal..

 

                                                                           310

Je me souviens que lorsque je descends la rue Delpech vers le centre ville, il m'arrive de prendre la rue Latour, puis la rue Cozette jusqu'à la Préfecture et de penser que je mets mes pas dans les pas de Jean Moulin.

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

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