© Jean-Louis Crimon
Paris. Quai de la Tournelle. Automne 2012.
La décision se prend souvent comme ça. Par la lecture de la quatrième de couv'. La quatrième de couverture. Si le texte est bien écrit, si le texte est "vendeur", l'achat ne fait aucun doute : le livre est "vendu". Cette fois, je ne vous dis pas si la fille aux cheveux jaunes a remis le livre en place, dans sa rainure grise ou si, d'un pas décidé, elle s'est dirigée vers le bouquiniste, assis sur le banc, en lui disant, formule caractéristique de celle qui aimerait marchander, mais n'ose pas vraiment : vous me le faites à combien ?
La fille aux cheveux jaunes portait un sac jaune. Ah bon, on doit dire blonde ! On ne doit pas dire la fille aux cheveux jaunes. Dommage, ça ferait un début de roman. La fille aux cheveux jaunes portait un sac jaune. Elle était absorbée dans la lecture de la quatrième de couverture...
La quatrième de couverture où était écrit, noir sur blanc : La fille aux cheveux jaunes portait un sac jaune. Elle était absorbée dans la lecture de la quatrième de couverture...
Combien de livres ne se sont jamais vendus, à cause d'une quatrième de couverture trop fade ? Trop informative. Trop classique. Trop banale. Pas assez incitative. La quatrième de couvertture, c'est comme l'accroche d'un article. L'accroche, ces quelques lignes entre le titre et l'article proprement dit. C'est l'argumentaire sous son angle le plus séduisant. Le moins argumenté, justement. C'est senti. C'est joli. C'est bien dit. C'est accrocheur. C'est "vendeur".
Je vous rassure : c'est rarement comme ça. Ces livres-là nous restent sur les bras.